-Snake0644's profile"Mister Moochagoo and I"PhotosBlogListsMore ![]() | Help |
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"Mister Moochagoo and I"La légende des intestins Le Martyre de Saint Erasme (N. Poussin)Voulant venir en aide à Monsieur Moochagoo dont le moral était en berne, je me penchais sur les peintres du XVIIème siècle, domaine où il n'avait trouvé finalement aucun réconfort quant à ses fins dernières. Je préférais m'inspirer du conseil suivant : "Parfois c'est le silence, parfois c'est la poésie, mais de toutes façon, c'est toujours l'art qui nous sauve" (Baudelaire ?). Je voulais trouver des oeuvres du Grand Siècle, qui lui rendent optimisme et gaité. Tante Germaine m'avait dit : "Vois du côté de Nicolas Poussin, il y a de belles choses". Alors que je m'attelais consciencieusement à une lecture biographique de Nicolas Poussin, je constatais que sa première oeuvre publique - à Rome, où il s'était installé - avait été : "Le Martyre de Saint Erasme" (1628). Je regardais attentivement la reproduction du tableau. On y voit que Saint Erasme (mis à mort en 303), se fait arracher les intestins par enroulement sur un treuil. L'image est très explicite, je ne me sentais pas très bien. Heureusement l'auteur de la notice du tableau, nous précise que : "La légende des intestins dévidés aurait été forgée au XIVe siècle à Gaète où se trouvait son tombeau" *. Je respirais, le pauvre n'avait pas subit réellement ce supplice. Le véritable supplice n'avait pas été aussi terrible. On lui avait seulement enfoncé une alène sous chaque ongle des doigts, puis on l'avait brûlé au fer rouge et enfin arrosé d’huile bouillante. A la suite de quoi, il était mort. Cela me ramenait aux fins dernières. Peste et choléra ! Je crois que Nicolas Poussin n'était pas une bonne idée. Je demande si je ne devrais pas me tourner vers le XVIIIème siècle et les fantaisies de Watteau. Je vais remonter le moral de Monsieur Moochagoo ! Belle journée ! * Notice : Stéphane Lojkine , 05/11/02. Est-ce que les moutons rétrécissent ? "Par un nuit claire, je puise l'eau transparente / La lune brillante surgit du puits / En silence je me tiens à la margelle / la brise agite l'ombre du pawlonia." (Kim Samindang, 1769- ?) Ce poème d'une coréenne, concrétisait un rêve d'enfant : voir sortir la lune des profondeurs, triomphant de l'obscurité humide et menaçante et prenant la place de cette lune fallacieuse, là-haut, dans le ciel. Monsieur Moochagoo ne goûtait pas la poésie coréenne et méditait toujours sur ses fins dernières depuis la mort tragique d'un chanteur. Il parcourait un ouvrage sur l'Art du XVIIème siècle, au chapitre "vanité". Il regardait un tableau de Le Guerchin : "Et in Arcadia ego" (1618), où on peut voir "un crâne en décomposition, attaqué par des souris et des insectes [qui] symbolise sans équivoque le momento mori des chrétiens (souviens-toi que tu vas mourir)." * Le titre du tableau situe la scène en Arcadie, qui est un paradis mythique chez les grecs anciens. La présence du crâne confirme au spectateur que le paradis lui-même est soumis au règne de la mort. "L'inéluctabilité de la mort". Monsieur Moochagoo se parlait à lui-même. Je sentais son moral s'effilocher et s'agiter telle l'ombre du pawlonia. Je lui proposais un manuel pour apprendre à lire dans les feuilles de thé, afin qu'il pusse déterminer au mieux l'instant fatal..sans aucun succès. Je risquais une blague à deux sous : "Quand il pleut un jour où il fait très chaud, est-ce que les moutons rétrécissent ?" Encore un flop ! Belle journée. * L'Art au XVIIème siècle, Rosa Giorgi, Hazan. ![]() Mon cœur bat aujourd'hui, mais battra-t-il encore demain ?"Et dire que, la dernière fois que j'ai voulu faire le poirier, je suis tombé à la renverse.." Tout en parlant de ses prouesses sportives, Monsieur Moochagoo tentait d'arroser la pelouse de sa maison de campagne, où il ne mettait pratiquement jamais les pieds. Le tuyau d'arrosage était percé en tant d'endroits que je lui demandais si c'était un tuyau micro-poreux. Il me regarda d'un oeil las, ce qui n'était pas dans ses habitudes. Il avait été impressionné par la mort de Michael Jackson et me dit d'une voix faible : "Mon cœur bat aujourd'hui, mais battra-t-il encore demain ?" Tante germaine m'a toujours affirmé : "Il vaut mieux être optimiste que pessimiste. Cela aide, même si ça ne change rien aux problèmes de toute une vie." Fort de ce principe, je répondis : "Si votre coeur cesse de battre brusquement, vous serez le seul à ne pas être au courant. Donc, pas d'inquiétudes." Curieusement, je dois vous avouer que je n'ai pas eu le succès escompté. Cela me rappelle la fois où je me suis déguisé en saucisse, pour une sorte de bal costumé où il n'y avait que des marquises et de pirates ; quel flop ! En rentrant, je parlais de mes déboires à ma voisine, qui me lança : "Quand on voit ce que l'on voit et qu'on entend ce que l'on entend... on a bien raison de penser ce que l'on pense". Je restais sans voix. Belle journée ! ![]() Je suis trop jeune pour vivre "Moi par exemple, je suis né le même jour que Jose Luis Borges, exactement le même jour. Je l'ai vu dans des situations parfois ridicules, parfois pathétiques. Et comme je l'air toujours eu sous les yeux, je me suis identifié à lui" [Borges]. Je lisais "Cours de littérature anglaise" [Seuil, 2006], et j'étais fasciné par ces mots de Borges. Soudain, Tante Germaine me déstabilisa tout de go en affirmant : "Je suis trop jeune pour vivre". Je ne lui fis pas de reproches, en dépit du paradoxe qu'elle avait émis, car je suis pour la libre expression, mais lui fis remarquer que, puisqu'elle n'était plus vraiment jeune, il n'y avait pas lieu de mourir. Elle me regarda droit dans les yeux et s'écria : "Faire remarquer son âge à une femme est fort impoli". Damned ! J'étais coincé. J'allais revenir à Borges, lorsque je l'entendis ajouter : "Je vais m’attaquer à quelque chose de plus sérieux : une tablette de chocolat par exemple, en apprenant à être un geek sur internet". Je posais la question avec calme : "Et c'est quoi un geek, au fait ?" Elle dit d'un air triomphant : "Un geek passe du temps à envoyer des messages à d'autres geeks, pour se rencontrer entre geeks ; rien de bien compliqué." Je crois que, comme Borges, je me vois dans une situation ridicule et même pathétique. Finalement, je vais m'identifier à moi-même. Quelle journée ! "Sur Internet, personne ne sait que vous êtes un chien" Cela semble toujours plus sombre avant de devenir totalement obscurMoochagoo : Vous n'avez rien remarqué ? Moi : Je veux savoir avec exactitude où nous nous sommes trompés [Voir billet du 11 juin]. Ah, voilà, nous sommes arrivés au Carrefour du Gâteau et nous allons prendre la route Bellaval qui part au Nord-Est et rejoint la Route de l'Entonnoir. Là dernière fois nous nous sommes retrouvés inexplicablement au Poteau des Bruyères en plein Sud-Est. Je vérifie ma boussole. Nous suivons une direction Nord-Est, c'est bon. [Plus tard] Moochagoo : Eh bien, nous avons parcouru 800m, comme indiqué sur la carte, et nous voilà en effet sur la Route de l'Entonnoir. Vous ne vous êtes pas perdu. Bravo ! Moi : Quelle déception ! Moochagoo : On ne se perd pas et vous êtes déçu ! Moi : Oui, car maintenant je ne saurais jamais où nous avons commencé à nous perdre la dernière fois. Une terrible angoisse ! Moochagoo (sourire sardonique) : "It always looks darkest just it gets totally black" (Cela semble toujours plus sombre avant de devenir totalement obscur) [Charlie Brown]. Moi : Un jour, je comprendrais, je le jure. Moochagoo (toujours sardonique) : "Reality is almost always wrong." (La réalité est presque toujours fausse) [Dc House] Il a fait beau pratiquement toute la journée, et nous avons bu un petit Coteau du Languedoc, au milieu d'un véritable tapis de fleurs et d'abeilles. Belle journée ! DétecteurJamais je n'aurais dû passer la revue de cinéma "Première" à Monsieur Moochagoo. Il avait lu un interview de Christian Bale, le héros de "Terminator Renaissance", où celui-ci disait : "Je me suis passé moi-même au détecteur de conneries, et j'en suis sorti serein". Il avait décidé dans l'urgence de construire un détecteur de conneries. Je ne fus pas rassuré quand je le vis, car l'engin ressemblait à une machine vendue fort chère par une organisation religieuse. Pour reculer l'instant fatal où je servirai de sujet de test, je lui fis remarquer que dans le film "Delicatessen", un des personnages disait : "Je vends un détecteur de conneries, suffit de dire une conneries et l'engin se met à bipper, twitt, twitt". Faisait-il une amusante référence à ce film ? Il blémit, et bredouilla quelque chose comme : "Un esprit sain dans un corps sain", et me dit: "Je dois vous quitter tout de suite, pour voir une copine inconnue". N'ayant jamais eu de copine inconnue, je m'interrogeais un instant. Et puis, j'ai réalisé que j'avais peut-être échappé à une électrocution, ou même à un danger plus grave, si la machine avait réellement marché. Il y a parfois des prises de conscience difficiles. Belle journée ! ![]() Dessin de Heath Robinson Byeolsin gut Tout à ses études d'ethnologie, Monsieur Moochagoo voulait reconstituer un byeolsin gut sud coréen, c'est à dire un rite chamanique pour favoriser la pêche. Je lui fis remarquer qu'au Parc de Sceaux, les pêcheurs étaient surtout présents sur le grand canal ou l'octogone, et que la mer était loin. Il me dit que ma remarque était lacunaire, et persévéra dans son projet. Il amena un tibett, une sorte de bateau d'un mètre de long et de cinquante centimètres de large, en paille et en bois. Il le lança dans l'eau du canal ; là, je redoutais de gros ennuis avec les responsables du parc. J'espérais qu'ils croiraient que nous testions une maquette de bateau. Il m'expliqua que le bateau était chargé tous les malheurs d'un village. Nous aurions normalement comme spectateurs invisibles : "les douze esprits titulaires du village et le roi-dragon". Je cherchais où pouvait se trouver un village de pêcheurs dans les environs. Mais mon interrogation était paraît-il fallacieuse, et il ajouta : "dans le sens insidieux". Je n'insistais pas. Monsieur Moochagoo me précisa que le roi-dragon est aisé à reconnaître lorsqu'il est visible : "Il a une longue barbe et n'a pas d'ailes". Je ne demandais pas s'il fonctionnait avec une sorte de bio-carburant, c'eût été aggraver mon cas. Il ajouta : "Le rite sera hélas inachevé, car nous aurions dû lier entre eux les hommes du village, avec une corde de chanvre. Mais nous pouvons jouer de la cymbale et du tambourin, absolument nécessaires." C'en était trop ! Je refusais de me couvrir de ridicule en imitant les "Hare Krishna". Monsieur Moochagoo prit un air navré : "C'est dommage, car, à la fin, on dirige le bateau, chargé de tous les malheurs du village, vers la Chine". Et en plus, il allait falloir trouver la direction de la Chine ! Belle journée ! Shaman Coréen : Conversation sur un banc La dame : J'ai lu dans ma revue préférée, que le génome de la paramécie contient 40 000 gènes, deux fois plus que chez l'homme. Moi : Dépassé par la paramécie ! On est peu de choses finalement. Pour vous remonter le moral, pensez à Bob Dylan : "When you've got nothing, you've got nothing to lose." (Quand vous n'avez rien, vous n'avez rien à perdre). La dame : Il y avait aussi un article sur l'homme de Néanderthal. Eh bien, ce n'est même pas notre ancêtre. C'est une espèce séparée qui s'est éteinte il y a moins de 30 000 ans, probablement éliminée par nous, les hommes modernes. Moi : Comme dit Tante Germaine : "Tout finit par s'arranger. Même en mal...." La dame : Toujours votre humour noir ! Et sa capacité crânienne était d’environ 1700 cm3 en moyenne, contre 1500 pour l'homme moderne. Moi : On peut avoir une tête bien faite sans avoir un gros cerveau. C'est un problème de connections. La dame : Et j'ai lu aussi qu'il y en a qui veulent cloner l'homme de Néanderthal. On sait, grâce aux gênes retrouvés, qu'il avait la peau blanche et les cheveux roux. Moi : Moi j'ai lu aussi qu'on voulait cloner un mammouth. On pourrait mélanger les deux gênes, on aurait un mammouderthal roux à la peau blanche ! La dame : Je vous laisse, vous ne savez que vous moquer ! Jeune néanderthalien (reconstitution en cire à partir d'un crâne fossile) "O we do hou" Monsieur Moochagoo avait emmené une revue sur Marcel Proust *, et me lisait un passage de La Recherche : "C'était un soir ravissant où le coucher de soleil n'avait oublié qu'une couleur : le rose. Or sa robe était toute rose et de très loin mettait sur le ciel orangé la couleur complémentaire du crépuscule. Je suis resté bien longtemps à regarder cette fine tache rose, et je suis rentré, enrhumé, quand je l'ai vue se confondre avec l'horizon à l'extrémité duquel elle fuyait comme une voile enchantée". Les yeux de Monsieur Moochagoo semblaient regarder un horizon marin et suivre une robe rose en forme de voile enchantée. Je le ramenais à la réalité : "La mer est encore loin, nous sommes dans la forêt de Chantilly où les voiles se confondent avec les ramures des arbres. Et nous ne sommes pas du tout, mais alors pas du tout où je pensais être." Nous faisions exceptionnellement une randonnée le lundi. L'atmosphère était étrange, à part quelques promeneurs non loin du champ de courses, il n'y avait personne dans la forêt, ni coureurs, ni cyclistes en VTT, ni randonneurs. J'avais suivi un chemin presque droit entre la gare et le Carrefour de la fosse à Biche, puis au Carrefour du Gâteau j'avais été obligé d'obliquer sur la Route Belleval, à cause de deux allées strictement réservées à l'entraînement des chevaux de course. En suivant cette route, nous nous sommes retrouvés au bout de 500m, au carrefour du Poteau des Bruyères, c'est à dire à un endroit totalement différent, 1,5km au sud est de l'endroit où nous devions arriver, la route de l'Entonnoir. Je ne voyais pas comment nous avions pu arriver là, même en regardant tous les parcours possibles, cela me rendait fou. Monsieur Moochagoo me dit : "C'est comme dans X-files, des extraterrestres nous ont enlevé et remis à proximité du Poteau des Bruyères. Cette explication a le mérite de la simplicité." Je regardais ma montre, non 9 minutes n'avaient pas "disparues", comme dans le premier épisode de X-files. Mais je me souvins que nous avions croisé un curieux petit personnage au début de la randonnée. Nous étions dans un sous-bois, il faisait sombre, mais il portait des grosses lunettes de soleil, de celles qui recouvrent des lunettes de vue, et il nous a dit d'un air inquiet : "O we do hou" plusieurs fois. Nous en sommes restés coi. Y avait-t-il un rapport ? Nous avons quand même pique-niqué avec un petit Merlot, mais juste après, il a beaucoup plu. J'avais mes chaussures humides "jusqu'au bout des ongles", comme dit la prof de yoga. Nous ne nous sommes plus perdus. Quelle étrange journée ! * "Lire" hors-série n°8 Le chemin en pointillé rouge indique un chemin "possible" et le rond rouge, le Poteau des Bruyères. ![]() Genre de lunettes du petit promeneur : ![]() "Un mur tout couvert de crachats de malades"Il y en a qui disent : "Je suis moi-même, sans masque ni artifice", mais en ce qui me concerne j'avais mis mon masque de moi-même ce jour-là. C'est le seul masque auquel je suis habitué, alors il faut faire avec. Monsieur Moochagoo avait des doutes sur l'authenticité de mon masque de moi-même et trouvait que je me leurrais, car "il est difficile de savoir qui on est exactement, alors de là à mettre un masque de moi-même !" Pascal a dit que : "Le Moi est haïssable...il est injuste en soi, en ce qu'il se fait le centre de tout ". Je préférais donc changer de sujet et lui lût une phrase que j'avais vue à l'exposition : “Une image peut en cacher une autre", au Grand Palais. "Il s'arrêtait parfois pour contempler un mur tout couvert de crachats de malades, et il voyait des batailles à cheval, les villes les plus fantastiques, et les plus grands paysages qu'on pût voir ; il faisait de même avec les nuages du ciel". (Vasari, "Vie de Piero di Cosimo", 1550.) "Il faut être plus spécifique", répondit Monsieur Moochagoo, "de quels couleurs étaient les crachats ? Oui, parce qu'il y a des crachats noirs, des crachats de couleur rouge brique, dits crachats rouillés, ou des crachats issus de sécrétions nasales de couleur jaunâtre." Je restais vague : "Piero di Cosimo (1440-1521), était un peintre florentin très estimé pour sa grande imagination, et Vasari a aussi dit de lui : 'Il aimait voir tout ce qui était sauvage, car il disait qu'il faut laisser la nature prendre soin d'elle-même'. On est loin des murs de crachats". Monsieur Moochagoo était songeur : "C'est dommage. Tiens on pourrait rechercher un mur blanc et susciter un concours de crachats. On verrait le résultat." Tante Germaine m'a invité à manger des huitres laiteuses n°5, "bien meilleures car elles sont de petite taille". Vais-je accepter ? Belle journée ! "La découverte du miel" de Piero di Cosimo (1505-1510) : Souvenirs du futurIl y en a qui lisent l'avenir dans les nuages - l'aéromancie se base sur l’observation de la forme des nuages - moi j'y vois toutes sortes d'histoires qui évoluent sans cesse. Mais, en ce qui me concerne, je vis assez souvent dans les nuages, pour savoir qu'on ne peut y discerner l'avenir. Il m'a regardé d'un oeil noir. Lapins d'élevage alertés par une phrase clé : "Laisser mijoter à feu doux 45 minutes". * Libé des Livres 28/05/09 Promenade Moi : Ce qui me gêne avec les anniversaires, c'est qu'on a une seule fois tel âge. Moochagoo : Vous pourriez préciser ? Moi : Oui, on a qu'une seule fois dix ans, une seule fois vingt cinq ans, etc. Moochagoo : Vous plaisantez ? Moi : Pas du tout, je suis tout turlupiné. Il y a des âges que j'aimais bien, et j'aurais aimé les avoir plusieurs fois. Moochagoo : Ah, ah (rire appuyé). Moi : Oui, par exemple je préfère les âges pairs : vingt, vingt deux, vingt quatre. Ce serait bien de sauter les âges impairs. Moochagoo : Ce serait *un peu* compliqué : "j'ai vingt deux ans, année deux". C'est RIDICULE ! Nous étions en train de randonner entre Pont sur Yonne et Villeneuve la Guyard. Monsieur Moochagoo avait failli entrer en collision avec un essaim d'abeilles posé sur une vieille souche, juste au bord du chemin. Il y avait là plusieurs dizaines de milliers d'ouvrières. Ce n'était pas le moment d'avoir une discussion avec ces dames, surtout si on les dérangeait. Monsieur Moochagoo se souvint d'une rencontre plus ancienne avec un essaim d'abeilles, en Bourgogne. Moochagoo : Quand on y pense, chaque souvenir qui nous revient est en quelque sorte nouveau. Ce souvenir qui passe aujourd'hui dans notre cerveau suit un itinéraire unique, celui d'aujourd'hui, puis retombe dans l'oubli. Et si j'y repense demain, il passera par d'autres circuits et cet "instant" sera à nouveau unique. Moi : Vous pouvez préciser ? Moochagoo : Oui, Jean-Pierre Changeux, le neurologue, a évoqué... Ainsi se passa le journée, belle, ensoleillée et raisonnablement venteuse. Belle journée ! ![]() Un livre qui n'existe pasMonsieur Moochagoo glissa d'un pied sur l'autre avec un petit jeté, puis s'éloigna de sa cavalière. Il mit les bras en couronne au dessus de sa tête, en se rapprochant à nouveau de sa cavalière. Puis ils passèrent à la gaillarde : il mit le pied en l'air à gauche, puis le pied en l'air à droite. Il répéta deux fois ces mouvements avec un saut majeur, et retomba les deux pieds au sol. Son stage de danse baroque lui permettait d'oublier la lettre anonyme signée qu'il avait reçu. J'ai eu beau lui dire qu'une lettre anonyme signée n'est plus anonyme, ce fut sans effet. En fait, j'étais venu lui parler d'un livre qui m'avait beaucoup marqué ! Je n'ai jamais pu l'oublier. Je l'ai gardé longtemps sur ma table de chevet, même si je ne l'ouvrais pas souvent. C'était "Itinerarium mentis in omnia paratus", de Lucovico-Francesco Gazueo (1375-1432 ?). Je n'ai absolument aucune idée de pourquoi je l'avais acheté, ou comment j'en avais entendu parler, mais c'est grâce à ce livre que j'ai commencé à changer ma vision de la philosophie. Je rigolais beaucoup à chaque lecture, ne me demandez pas pourquoi, c'était comme ça et pas autrement. Je voulais le relire et entrepris de le chercher dans ma bibliothèque, mais ne le retrouvais pas, même en fouillant dans les endroits les plus improbables. Je finis par le chercher sur internet pour éventuellement le racheter. Enfer et damnation (ou tonnerre de Brest, comme on voudra) ! Le livre que j'avais lu n'existait tout simplement pas. J'allais dans un grand magasin parisien aux Halles, et le vendeur finit par poser une bonne question : "Qui pourrait acheter un livre qui n'existe pas ?" Monsieur Moochagoo fut d'emblée intéressé par ce livre lu : "Retrouver un livre lu qui n'existe pas, voilà un des projets les plus curieux dont j'ai jamais entendu parler !" Un jour, je retrouverai ce livre ! NB. Si mes souvenirs sont bons, voici une reconstitution très personnelle du portrait gravé de Lucovico-Francesco Gazueo, tel qu'il apparaissait sur le quatrième de couverture : Cheminement![]() Rouler sur la vieille route 66 entre Chicago et Los Angeles n'est pas une sinécure. Non seulement il faut traverser les Etats-Unis d'Est en Ouest, mais à chaque étape, il faut retrouver les tronçons perdus de la route 66 qui se trouvent en général à l'écart de l'autoroute qui la remplace. Nous roulions sur un tronçon à demi envahi par la végétation, quand soudain Monsieur Moochagoo qui dormait jusqu'à là comme un bienheureux, se réveilla d'un coup, et dit : "Le cheminement sur la route 66, c'est bien, mais ce serait quand même plus chic de suivre le cheminement d'une idée créatrice." Madame Snake qui conduisait pendant que je regardais une carte "spéciale route 66" - plutôt mal faite - arrêta la voiture, et demanda à Monsieur Moochagoo de conduire silencieusement, sinon elle devrait l'abattre avec le pistolet Glock qu'elle venait d'acquérir sur une brocante. Entre nous, je lui avais déconseillé cet achat, car nous allions être obligés de le donner à l'Armée du Salut, juste avant de rentrer en France. Curieusement, Monsieur Moochagoo ne dit mot avant l'arrivée au Motel "Economique 9", à Holbrook. NB : Exercice donné par Brindille sur le sujet suivant : "Il est toujours étonnant de voir le cheminement d'une idée créatrice !" Essence de cornichon "Beaucoup de personnes, croient que les petits pois, par exemple,
s'arrondissent conformément à l'idée de
petits pois et que les cornichons sont cornichons parce
qu'ils participent à l'essence de cornichon." (Sartre) Tante Germaine avait un doute raisonnable sur la pertinence de cette phrase, n'ayant jamais rencontré quiconque qui croie que les petits pois, s'arrondissent conformément à l'idée de petits pois, ou bien que les cornichons sont cornichons parce qu'ils participent à l'essence de cornichon. Elle a ajouté : "Quand tu étais très jeune et me fauchais les petits fours que je tentais d'attraper sur un buffet, je pensais alors tu étais un cornichon, mais non point parce que tu participais à l'essence du cornichon." Le mot "cornichon" ne me gêne pas beaucoup, car je dois reconnaître que j'en fus un. Voilà pourquoi je fus un cornichon : c’était par une nuit sombre et orageuse, le genre de nuit où le méchant explique pourquoi il doit tuer le gentil. Mais je m'arrête là, car Tante Germaine m'a dit : "N'avoue rien, je ne veux pas t'apporter des oranges en prison. Raconte plutôt un truc sympathique, dans un monde idéal, où tous les gens sont heureux et souriants ; ou alors commente cette phrase de Julien Green, comme tu sais si bien le faire : "La sortie de secours est à l'intérieur de nous-mêmes". Voilà une bonne idée, je plonge immédiatement à l'intérieur de moi-même. ![]() A l'intérieur de moi-même. Fringues : recherche objet désespérément ! [Pour un exercice proposé par Brindille : Alors, à quoi ressemble votre garde-robes ?] Moochagoo : Je vous laisse le soin de fouiller dans vos sous-vêtements et dans les chaussettes. Moi je m'occupe des teeshirts. Il s'agit bien de retrouver un petit objet triangulaire noir de 3cm environ ? Moi : Oui, vous le reconnaitrez tout de suite. Une fois dans la main, on a l'impression qu'il vibre légèrement. Moochagoo : Il sert à quoi ? Moi : Croyez-moi, il vaut mieux ne pas le savoir ! Moochagoo : Vous tenez vraiment à garder tous ces teeshirts ? Il y en a plus de cent ! Une sorte de collection ? Moi : Pas du tout, ce sont des souvenirs de voyages. Je les mets en été. Moochagoo : Rien...Bien..Je passe aux chemises à manches longues. Oh, superbes motifs canadiens ! Et celle-là, avec une paire de lunettes et des crayons brodés qui semblent sortir de la poche. Moi : Contentez-vous de chercher et passez-moi les commentaires. Je termine les shorts et les bermudas : rien ! Moochagoo : Si vous aviez des bermudas exotiques comme moi, on apercevrait votre objet noir tout de suite. Moi : Parmi les palmiers, les ananas et les poissons rouges ? Moochagoo : Après les chemises à manches courtes, j'attaque vos quarantes polos. J'aime bien vos polos Ralph Lauren. Moi : Rien dans les pantalons et les affaires de randonnée. Moochagoo : Je ne sais pas si votre stratégie vas donner des résultats. Je m'attendais à un tutu rose. Je suis déçu. Moi : Je l'ai donné à l'Armée du Salut, le rose n'est plus à la mode. Rien dans les vêtements polaires et les pulls. Rien de rien. Moochagoo : C'est important ce triangle noir qui vibre ? Moi : Vous ne pouvez même pas imaginer. On va vers de très gros ennuis Moochagoo : J'adore ! ![]() ![]() Exercice d'ennui Daniel Pennac dans "Chagrin d'école" (Folio, 2007), raconte qu'il conseillait à ses élèves des exercices d'ennui : "Je les priais de ne rien faire : ne pas se distraire, ne rien consommer, pas même de la conversation, ne pas travailler non plus, bref, ne rien faire, rien de rien [...] Vingt minutes. Montre en main." Je décidais d'en faire autant. Je vous vois venir : "Il l'a fait entre 3h et 3h20 du matin en dormant". Ou alors comme un copain de bureau : "De toutes façons, il ne fait jamais rien, alors vingt minutes de rien entre deux périodes de rien, on ne verra pas la différence". Je laisse cracher le venin, "la tête haute", ajouterait ma voisine. Je me suis donc mis au bord de mon lit - au cas où je tomberais endormi, il vaut mieux prévoir - et commençais mon exercice d'ennui. Mon cerveau s'est déconnecté, mon oeil droit s'est mis à regarder le plafond et le gauche regardait la moquette. Au bout de cinq minutes, le gauche a regardé le plafond, et le droit, la moquette. Ils se sont remis à l'horizontal pour suivre un minuscule insecte qui a volé de gauche à droite. Le mot trottinette a fait son apparition. Il a semblé se balader en faisant tou-glouc, tou-glouc, tou-glouc, à travers les circonvolutions de mon cerveau, puis il a disparu. Mes yeux faisaient des balancements sur le rythme de "Singing in the rain". Dix minutes s'étaient écoulées. J'ai entendu dans le lointain : "C'est le chant de l'aigle bleu des steppes, Le soleil vers lui te guidera, Vers celui dont elle garde les lettres, Doux trésor précieux de Katiouchka". Mais je ne me laissais pas distraire de mon exercice d'ennui, tout en me laissant distraire d'une certaine façon, car un réel effort pour ne pas me laisser distraire, eût interrompu l'exercice. Il me fallait entendre Katiouchka et ne rien entendre ni rien faire, en trouvant un juste équilibre. Quinze minutes. Durant les derniers instants de l'exercice, j'entendis un autre genre de chant : "Un jour en colonie, la si, la sol, un jour en colonie la si la sol fa mi, On sautait sur les lits, la si la sol, on sautait sur les lits la si la sol fa mi...". Le chant se rapprocha et Monsieur Moochagoo apparu à la fin de la vingtième minute. J'étais complètement épuisé par cet exercice d'ennui. L'ennui, quel travail ! Belle journée ! ![]() Edward Hopper Pierre Mignard![]() Hyacinthe Rigaud a peint en 1691 un portrait austère de Pierre Mignard (1612-95), premier peintre du roi Louis XIV. D'habitude c'est le spectateur qui regarde le tableau, mais là, j'avais la désagréable impression que c'était le tableau qui me regardait, en la personne de Pierre Mignard. Je ne sais pas si c'est pareil pour vous, mais je déteste ces portraits qui vous suivent du regard. Vous me direz, pour que Pierre Mignard me regarde, il faut d'abord que je le regarde. Sinon, il ne se passe rien, enfin je le suppose. J'avais un doute. Pierre Mignard me regardait-il encore, dès lors que je cessais de le regarder ? Il m'était impossible de le savoir : si je ne regarde plus le tableau, comment savoir si Pierre Mignard me regarde ? Peste et choléra ! Je me tournais vers Sophie, une petite fille qui était là à côté de moi, avec son gros lapin en peluche sous le bras. C'est un lapin qui assure la sécurité morale de Sophie, et il s'appelle Hector. La sécurité morale est une chose à ne pas prendre à la légère, Hector en est bien conscient. Je demandais à Sophie de vérifier si Pierre Mignard me regardait encore, quand je ne regardais plus le tableau, et me tournais in petto. Elle me répondit : "Non, c'est moi qu'il regarde, le Monsieur, et j'ai peur". Je ne lui proposais pas de nous tourner tous les deux et d'appeler Monsieur Moochagoo à la rescousse, c'eût été imprudent. Je vais réfléchir à une autre énigme : "Si un arbre tombe au milieu d'une forêt et qu'il n' y a personne pour l'entendre tomber, fait-il quand même du bruit ?" Belle journée ! Le chien tourne de l'oeil Moi : Alors la locomotive a été réparée. Nous sommes repartis vers 1h du matin et sommes arrivés à la frontière mexicaine. Le lendemain matin nous passions au Guatemala. Moochagoo : La fille a vraiment recousu le bouton de braguette et coupé le fil avec ses dents, sans que votre ami enlève son pantalon ? Moi : Nous étions coincés dans ce wagon mexicain surpeuplé, en rase campagne ; impossible de se balader sans pantalon. Moochagoo : Quelle histoire ! Toute une vie a failli basculer pour un bouton de braguette. Une vraie force d'âme. Moi : Eh oui, en rentrant en France il s'est fait moine. Attention, le sentier est glissant. Nous arrivons sur Les Granges-le-Roi. C'est quoi vos moulinets avec cette canne de noisetier ? Moochagoo : Je garde la main. Lorsque j'ai fais mon service, j'étais chargé d'éliminer le chiens dangereux en opération commando. Un coup de bâton dans l'oeil jusqu'à la cervelle, on tourne le bâton, et le chien tourne de l'oeil, si je puis dire. Souverain contre les Pittbulls. Moi : Epargnez-moi les détails. Je suis sceptique sur ce genre d'opérations. On ne peut contrôler tous les détails, et, en général rien ne se passe comme prévu. Moochagoo : Vous êtes de ceux qui pensent qu'on ne trouve jamais de solution à rien. Moi : Ne me faites pas rigoler. Tiens, j'ai aperçu un chihuahua dans la cour de cette maison de campagne, ne lui faites pas de mal. Moochagoo [Sur le Chemin du Plessis, il glisse avec un très beau mouvement de patineur artistique, mais rétablit son équilibre] : Vous n'allez pas me faire une crise de larmes ? Je n'ai rien fait de mal. A moins que vous ne mettiez une virgule : rien, fait de mal. Moi : "Much ado about nothing" [Beaucoup de bruit pour rien]. Nous allons pique-niquer dans le Bois du Taillis, avant de rejoindre le Bois de la Grange. Nous boirons du Bordeaux avec notre viande des Grisons. Moochagoo : La faim est notre faiblesse et notre limite. Mais nous survivrons grâce au Bordeaux. Belle journée ! Ego"Cette nuit ressemble au jour, mais au jour malade; elle est un peu plus pâle que lui." Je lisais cette phrase du "Marchand de Venise", et jetais un coup d'oeil par la fenêtre du wagon du RER B. Le ciel était chargé, mais pas malade. Je suppose qu'un jour malade, est celui que nous apercevons l'hiver, au sortir du sommeil. Et la nuit ressemble au jour dans nos songes et dans nos cauchemars. Bon j'arrête là, sinon Monsieur Moochagoo me dira d'un air suave : "Vous avez trouvé ça tout seul ?". Et je serais obligé de répondre : "Non, j'ai trouvé tout cela sur le Forum Marie Claire". En face de moi venait de s'installer quelqu'un qui avait manifestement reçu un gros coup d'ego. Il y en a qui sont victimes d'une évaporation d'ego, mais là, c'était l'inverse. J'en causais encore à ma voisine le mois dernier : il faut se protéger des gros coups d'ego, sinon on a tendance à enfler. Elle m'a confié : "Ah oui, les chevilles !" et après avoir réfléchi un instant : "Néanmoins, l'ego, c'est comme les couverts en argenterie, il faut de temps à autre les réargenter, sinon ça n'a plus de brillant. Et un ego qui n'a plus de brillant...Remarquez, les hommes politiques, ils n'ont pas besoin d'être réargentés." En rentrant, j'en parlais à Tante Germaine qui me répondit : "J'ignore mon ego, afin d'alléger au maximum mon karma. Je ne veux pas subir des cycles et des cycles de réincarnation." En ce moment elle est influencée par ses lectures des textes de la Bhagavad-Gîtâ. Cela devrait lui passer. Belle journée ! ![]() Ego en réparation Mots emballés Monsieur Moochagoo : Je suis en train d'écrire une nouvelle. Je fais très attention au choix de mes mots. Je les emballe soigneusement en pensée avant de les coucher sur le papier. Moi : Je serais curieux de voir ces mots emballés les uns à côté des autres. Monsieur Moochagoo : Je vois que vous faites preuve d'une remarquable finesse d'esprit, lorsque vous vous gaussez de quelqu'un. Moi : Vous comptez écrire dans un style néoclassique proche d'Anatole France, ou mieux de Paul Bourget, deux écrivains que vous semblez priser, lorsque vous vous laissez distraire de vos ouvrages savants ? Monsieur Moochagoo : Vous avez de la chance, je suis de bonne humeur. Soyons clair, cette nouvelle ne va pas révolutionner la littérature. Moi : Vous abandonnez vos recherches actuelles sur le signifiant/signifié, les paradigmes métonymiques et toutes sortes de tropes étranges ? Monsieur Moochagoo : Pour en revenir à ma nouvelle, j'affiche en quelque sorte les mots à la porte de mon cerveau, puis les emballe afin d'avoir un "plaisir prorogé"*, en écrivant mes phrases. C'est essentiel, vous comprenez ? Ne méprisez pas l'usage des tropes. Ils permettent d'expliciter les différents sens dans lesquels on peut prendre un mot dans une même langue. J'avais l'impression d'avoir mes neurones emballées. "Les cerveaux actuels ne valent plus ceux d'autrefois", me dit toujours Tante Germaine. Je partis et le laissais à ses travaux d'écritures. Belle journée ! * Proust : "Venise ne s'en est pas moins inscrite en moi et je goûte encore, à me souvenir d'elle, un plaisir prorogé." (Lettre à Gide). Trope fémininConversation sur un banc La dame : J'ai fait des courses et acheté des croquettes pour mon chien. Il a reniflé un coup, a fait mine de gratter le sol et n'y a même pas gouté. Il est peut-être vexé. Mais pourquoi ? Moi : Vous avez une vie trépidante La dame : Vous n'êtes pas très gentil avec moi. Moi : Je n'ai pas voulu vous froisser, je plaisantais. La dame : Tenez, ma nièce m'a vu parler à mon chien, et elle m'a dit : "Concerto de blabla en n00b bémol majeur", en se moquant de moi. Moi : Il y a encore des gens qui disent "n00b" ? Je croyais que c'était réservé aux internautes du fin fond du Kansas. La dame : Ils parlent en français ? Moi : Je plaisantais encore. Mais là, c'est mon inconscient qui a fait un mot d'esprit. Je ne le maîtrise pas toujours, il est du genre salopiot des marais *. La dame : A parler comme ça, vous me faites penser au "Da Vinci code". J'ai vu le film, mais il parait que le livre est bien. Moi : Je veux pas être rabat-joie, mais je n'ai pas trop aimé ce livre d'où l'humour est totalement absent. Ce qui ne change pas grand chose, cela dit, à son énorme succès. La dame : Pour en revenir à mon chien, je le gâte trop et son caractère s'en ressent. Moi : Avant de l'euthanasier, donnez vous quelques jours de réflexion. C'est pas le genre de décision qu'on prend à chaud. La dame : Vous vous moquez encore. Mon pauvre cri-cri ! Allez je vous laisse. Moi : Bonne soirée ! * Animal qui vit dans les BD de Bretecher. "Féministes devant lui et devant moi, rien!" "Laura ne coince pas ta soeur avec ton vélo, et laisse-la passer ! Ne t'arrête pas brusquement ! Avance !" Les promenades dominicales en vélo sur la piste cyclable entre St Martin d'Etampes et St Hilaire (6 km), sont éprouvantes pour les pères de famille. Nous avons dépassé Laura et son vélo rose. Monsieur Moochagoo était parti d'un bon pas, pour ces 25 km entre Etampes et Dourdan. Le train était à 17h à Dourdan, le temps nous était compté. Nous avons évité une autre famille en rollers, à l'équilibre incertain. Ils n'en étaient pas encore à faire un slide sur une rembarde, ou à griller un feu rouge dans un escalator. Nous avons laissé passer un club de cyclistes (vélos de route), dont un des deux premiers disait à l'autre : "Féministes devant lui et devant moi, rien!" Je réfléchis un instant et j'en déduisis qu'il n'était pas séduit par les féministes, et que le fait de n'avoir pas de féministes devant, lui permettait d'avancer plus aisément. Monsieur Moochagoo ne fut pas séduit par mon raisonnement. Après un homme en roller, un coureur, trois cyclistes en VTT qui nous dirent : "Bonjour", "Bonjour", "Bonjour", une dame seule en promenade et deux messieurs également en promenade, un nouveau groupe de cycliste nous dépassa, dont l'un disait : "Ta morale sur la chirurgie esthétique hier soir tu peux te la foutre derrière l'orteil !" Je n'entendis pas la réplique. Dommage ! Un cycliste qui avait du retard sur son groupe me demanda si les cyclistes avaient tourné à droite, ou avaient continué tout droit. J'hésitais une seconde à lui dire "à droite", mais mon moi raisonnable eût le dessus. Monsieur Moochagoo me dit : "De toutes façons je lui aurais indiqué le bon chemin". Comment avait-il déviné ? A St Hilaire, nous aperçûmes un arrêt à un stand de boissons, pour ce qui était une sorte de "rallye" des clubs cyclistes du coin. Voilà pourquoi il y avait autant de cyclistes. Grâce à un Bourgogne bien frais, les 25km ont été parcourus sans problème, et nous avons raté le train de 17h, qui est parti sous nos yeux. Damned ! Belle journée ! [pour arf] Ce qui est à l'intérieur"On a beau se poster nu devant un miroir aussi longtemps qu'on le souhaite, ce qui est à l'intérieur ne s'y reflète pas." Je lisais cette phrase de Haruki Murakami* à Monsieur Moochagoo. Il me répondit avec son petit air satisfait qui m'horripile le plus : "Déjà faudrait-il savoir ce que l'on est à l'intérieur". Mais je préfère encore ce que dit Monsieur Moochagoo, à ce que répondait une autre personne que je connais, dans le genre : "Tiens le miroir me fait penser que je n'ai plus de chaussettes, et tu vas voir, si j'en trouve une dans le panier de linge propre, je trouverai pas la deuxième..." J'allais en parler à Tante Germaine qui, sobrement et avec le sourire, répliqua : "Il lui suffit d'aller voir son médecin et de demander à passer un scanner. Il aura une belle vue sur son intérieur et, qui sait, sur quelques maladies qui passionneront le corps médical". Elle avait beau afficher des bons sentiments, ceux-ci masquaient à grand peine un cynisme, que je n'approuvais pas, cela va sans dire. Je réfléchis que Haruki Murakami avait dit "se poster nu". Ma voisine aurait plaisanté aussitôt qu'il ne savait sans doute pas qu'il avait la liberté de s'habiller, ou au pire aurait insinué que mieux vaut être tout nu que mal habillé. Je poussais néanmoins ma réflexion : même la nudité est un masque pour ce qui est à l'intérieur. Tante Germaine se voulût compréhensive : "Si ton auteur veut parler de son âme, il devrait considérer que certaines âmes sont comme les faux billets, il vaut mieux qu'elles soient le plus discrètes possibles." Je pouvais aller me rhabiller. Belle journée ! * "Autoportrait de l'auteur en coureur de fond", Belfond 2009. NB. Nous sommes en France depuis le 7 Mai. Conversation en voiture, pour meubler. Moochagoo : C'est prouvé qu'elle a fait ce genre de bêtise ? Moi : Ben oui, elle mettait du vernis à ongle sur ses ongles de pieds en conduisant. Et du coup elle a eu un accident grave. Moochagoo : Je pense que ce n'était pas une bonne idée. Moi : Elle aurait mieux fait de faire de la course à pieds Moochagoo : C'est déjà plus difficile de vernir ses ongles de pieds en courant Moi : Oui, les capacités de concentration sont plus limitées dans ce genre de double exercice. Peut-être faut-il choisir entre courir ou vernir. Moochagoo : Surtout si les pieds se mettent à gonfler au bout de quelques kilomètres. Moi : Remarquez vernir les ongles de pieds doit avoir un sens, et doit rendre heureux, sinon pourquoi le ferait-on ? Moochagoo : Il y a des courses qui vous laissent sur les genoux. On ne sait pas comment on sera à la fin de la course...avant d'être à la fin de la course. Moi : ..avant d'être à la fin de la course ! C'est insensé quand on y pense. Moochagoo : Vous me direz, si on s'accorde dix minutes de repos, on peut se faire les ongles de pieds. Moi : Oui en effet, cela peut redonner l'envie faire ses ongles de pieds. Moochagoo : Il y aura forcément un résultat : être en meilleur santé et/ou avoir les ongles de pieds faits. Moi : Grâce à des exercices répétés, on doit pouvoir y arriver. Moochagoo : "Business as usual". |
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