![]() |
|
Spaces home Est-ce raisonnable ?PhotosProfileFriendsMore ![]() | ![]() |
|
|||||||||||||||||||||||||
|
|
Est-ce raisonnable ?"Si la tartine tombe du côté non beurré, vous avez beurré le mauvais côté."
Boum !"Les secrets, si on les laisse comme ça, ça enfle à l'intérieur, et il arrive qu'on ne puisse plus les porter. Si on ne laisse pas entrer un peu d'air de temps en temps, ça finit par exploser. Boum ! Tu saisis ? Et là, ça devient difficile de continuer à vivre."
Haruki Murakami, "Danse, danse, danse", Points 1995.
Petits cailloux tout droit au fond"Quand je la regardais longtemps, j'avais l'impression d'avoir reçu une pierre au plus profond du coeur. Voilà le genre de beauté qu'elle avait. Le chemin vers le fond de mon coeur était tortueux et compliqué, et tellement long que normalement personne ne pouvait l'atteindre, mais elle, elle avait le pouvoir de viser juste et d'envoyer ses petits cailloux tout droit au fond."
Haruki Murakami : "Danse, danse, danse", Points 1995
Crotte de mammouth !"J'ai dis à ma petite fille, on ne dit pas Ferme ta bouche à Mamie, et alors elle a dit : Crotte de mammouth. Vraiment...!!!"
Je marchais à côté de trois dames dans la forêt de Fontainebleau, il faisait plus de 25° et nous étions 58 randonneurs, partis pour un parcours de 22km. Passer en une semaine d'une randonnée dans la neige, à une randonnée sous un soleil ardent, c'était dur.
J'étais d'accord avec la Mamie, sa petite fille aurait pu dire Crotte de poulet, alors que Crotte de mammouth semblait indiquer que Mamie était un peu enveloppée. J'étais épuisé à passer mon temps à refléchir ainsi. Nous venions de croiser deux jeunes garçons avec des planches de surf, qui, à nos questions, avaient répondus qu'ils allaient à "Oceanic 815".
Des planches de surf en pleine forêt de Fontainebleau, je trouvais cela curieux et voulait m'en ouvrir à Monsieur Moochagoo. Il expliquait à une dame aux cheveux teints en orange vif, qu'il cherchait à acheter une méthode de pensée pour ratisser les idées. Pour ce faire il était allé au Collège de France et avait rencontré deux professeurs de philosophie Jean-Jacques Rosat et Jacques Bouveresse. Ils lui avaient confirmé que dans la boutique "Au Bazar Philosophique" du Collège, on ne trouvait pas de rateau à ratisser les idées. Il avait été profondément déçu, mais la dame ne semblait pas très concernée, et lui demanda s'il aimait "L'amour est bleu" de Vicky Leandros.
Je devais cesser de penser à la signification des choses, et en particulier des planches de surf en forêt. Si on commence à réfléchir quand il fait beau et chaud, les jambes s'arrêtent. Je parlais avec la dame aux cheveux oranges, de "Moon river" de Johnny Mercer et Henry Mancini, qu'on entend dans "Breakfast at Tiffany's". C'est un sujet de conversation qui permet d'ouvrir la bouche de temps en temps, sans fatigue excessive.
Monsieur Moochagoo me dit discrètement, l'oeil ironique : "Si après les jeunes gens aux planches de surf, vous voyez passer un sportif avec la flamme olympique, prévenez-moi..."
Parfois, il m'énerve vraiment.
Belle journée !
Business ClassEn avion vous n'avez rien à faire et vous n'êtes pas obligé de faire quelque chose. Vous pouvez vous occuper avec les revues disponibles. Un article sur Britney Spears assaillie par des photographes est une sorte d'illustration de la culture du rien qui règne dans les avions. Monsieur Moochagoo, pour une fois compatissant, trouvait que l'effondrement psychologique récent de la chanteuse, lui avait fait gagner subitement en densité. Moi je doute que la chanteuse remplisse le vide créé par le phénomène people, qu'elle a contribué à provoquer.
Nous rentrions mercredi dernier, et il semblait y avoir un petit problème autour de nos billets. J'avais reçu des messages contradictoires et incompréhensibles de la compagnie d'aviation. Au bout de quelques minutes, on nous annonça que nous étions...en classe affaires en raison de l'accumulation de nos "miles"*.
Nous nous étions donc retrouvés dans un salon d'attente, confortable et luxueux, au milieu d'hommes d'affaires stressés et penchés sur leurs ordinateurs portables, ou crispés sur leurs téléphones. C'est bien de se retrouver les doigts de pieds en éventail, non dans un champ de fleur, mais dans des grands fauteuils, avec une boisson de notre choix. Par rapport à la partie de l'aéroport où attend le passager "standard", il règnait dans ce salon d'attente, un silence reposant. Madame Snake buvait une bière Rolling Rock ("It comes from the mountain springs to you"), avec des petits gâteaux salés et du cheddar. Elle s'habituait très rapidement au luxe.
Au moment de rentrer dans l'avion, il faut remettre ses doigts de pieds en position normale, entrer dans la zone de bruit, où attendent épuisés, les passagers standards. Madame Snake prit son air de marquise et dit : "C'est insupportable, ce bruit, et tous ces gens partout...!"
Monsieur Moochagoo était détaché de ces contingences et lisait : "Kluge, The Haphazard Construction of the Human Mind", de Gary Marcus. En informatique "kluge" est une "petite portion de programme dont on ne connaît pas l'utilité", ou quelque chose qui marche pour une mauvaise raison. En argot, "kluge" est une solution inélégante ou maladroite. En gros, au cours de son évolution, qui a duré quelques millions d'années, le cerveau humain s'est construit de bric et de broc. Je n'osais pas imaginer quel bric et quel broc il y avait dans le cerveau de Monsieur Moochagoo.
Une fois l'avion en l'air, étalés dans des sièges...très larges et presque complètements inclinables, on nous a proposé des "Noix et amandes servies chaudes" avec du champagne, histoire d'attendre un entrée de "Saumon fumé et crevettes marinées aux fines herbes" et la "Salade verte de saison, agrémentée de légumes frais avec une vinaigrette balsamique à l'huile d'olive". Nous notons avec Monsieur Moochagoo que les vins blancs "Raymond Napa Valley Reserve Chardonnay" (Californie) et "Giesen Malborough Sauvignon Blanc" (Nouvelle Zélande), ne sont pas à la hauteur des vins français.
Le repas se poursuivit en ce qui me concerne, sur des "crevettes sauce barbecue à l'orange et au piment", avec du riz basmati, des haricots verts et des poivrons rôtis.
Pour finir, une coupe glacée à la vanille, excellente. Honnêtement, après un tel repas, la moitié des passagers commence à somnoler et ne regarde pas les quelques vingt films à disposition sur un écran vidéo individuel.
Je me prépare déjà au prochain voyage qui se passera en bétaillère normale, avec des *repas* qui laissent sur une petite faim, et pas de place pour les jambes.
Monsieur Moochagoo me lit un aphorisme qu'il avait trouvé dans "Kluge" : "Bad luck is better than no luck at all" [N'avoir pas de chance, est mieux que de n'avoir aucune chance].
* Chaque miles parcouru donne droit à des points, qui eux-mêmes donnent droit à des voyages gratuits, ou à passer dans la classe supérieure.
Le LacIl faisait très beau !!! Vite, nous nous sommes précipités vers la Kancamagus Highway, dans les White Mountains.
La Falls Pond (le Lac des Chutes) était un objectif ambitieux : le chemin qui passe autour du lac fait 1 mile de long. Je vous vois dire : "Eh, eux, 1 mile ça fait 1,609 km, ouai, fastoche". Profonde erreur, car il reste pas mal de neige en plaques irrégulières. La neige masque en partie le sentier et détrempe le terrain. Les racines d'arbres affleurent un peu partout et sont glissantes, comme là où la neige est durcie.
Les rares visiteurs qui venaient voir le lac s'arrêtaient au bord, après deux cent mètres d'un chemin sec. Aucun ne pensait à s'aventurer autour.
Prudents, nous avons mis Monsieur Moochagoo par devant. Il espérait rencontrer à nouveau des wild turkeys, et tenait son appareil de photo prêt. Nous nous enfoncions dans les premières bandes neigeuse, et le bruit de nos chaussures faisait CHROMP CHROMP, et CHLIP, si la neige fondait.
Monsieur Moochagoo récitait "Le lac" de Lamartine : "Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscures ! Vous que le temps épargne ou qu'il peut rajeunir, Gardez de cette nuit, gardez, belle nature, Au moins le souvenir !"
Je confiais à Madame Snake que le charme de ce poème allait agir rapidement sur les wild turkeys. Je les voyais déjà accourir, pâmées d'amour et d'admiration, et criant "glouglou, glouglou, glouglou". Madame Snake penchait pour un Moose (Elan), qui viendrait bientôt lécher avec sa langue baveuse, le visage de Monsieur Moochagoo.
Heureusement, il arriva à la fin du poème : "Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire, Que les parfums légers de ton air embaumé, Que tout ce qu'on entend, l'on voit ou l'on respire, Tout dise : Ils ont aimé !". Ouf ! Je déteste Lamartine. Flaubert trouvait que Lamartine : "C’est de la folie arrivée à l’idiotisme". Je suis bien d'accord avec lui.
On avait l'impression que la neige s’était appliquée à effacer, voire à détruire le chemin initial jusqu’à le rendre invisible. Elle faisait ressembler les traces à un palimpseste raté, qui, sous des abords innocents mettait en pièce notre sens de l'orientation. Madame Snake qui se perd facilement dans un centre commercial, n'apercevant plus notre voiture depuis longtemps, ne voyait que des ombres et des lumières, réfléchies et retournées par des bouts de forêt totalement inondés.
Je dois avouer que le suspense était un peu éventé. Le chemin tournait grosso-modo autour du lac, il suffisait de le garder dans le champ visuel. Notre randonnée était comme un texte où il ne se passe rien, un récit caractérisé par l'absence d’événements romanesques. Nous n'allions pas entendre Monsieur Moochagoo dire, tel le narrateur dans "Le Noeud de Vipères" de Mauriac : "Je croyais aux larmes de l’amour heureux. Ma jeunesse ne savait pas interpréter ces râles, ces suffocations..".
J'avoue que je déteste aussi les romans de François Mauriac. Tante Germaine me disait toujours : "Si tu ne veux plus avoir le moral, lis Le Sagouin."
Belle journée au soleil ! Wild TurkeysIl pleuvait beaucoup pour changer. La Nouvelle Angleterre est sous l'eau cette année. Après avoir fait un tour à Berlin (NH), ville industrielle sinistrée, en traversant le superbe massif des White Mountains, nous avons tenté d'apercevoir Rocky Branch Ridge (1195m), noyé dans des nuages bas, puis le Mont Washington (1917m)* et le Mont Adams (1760m). Il n'y avait que des nuées qui s'effilochaient sur des traces de neige tardive.
En revanche nous avons vu deux beaux dindons sauvages (wild turkeys) qui ont traversé la route devant nous. Ils avaient complètement disparu en 1854, mais ils sont de retour depuis 1975, et seraient 36000.
Madame Snake voulait les écraser, mais nous l'avons dissuadé d'accomplir un acte aussi excessif, préjudiciable à la santé de ces innocents animaux, et non remboursé par l'assurance de la voiture.
Monsieur Moochagoo, en pleine forme, chantait une chanson séminole de Floride ("Alligator Dance"), que lui avait envoyé un ami du MIT (Massachusetts Institute of Technology) : "HO YA NEH HO YA NEH, HO YA NEH HO, HO YA NEH HO YA NEH / HO YA NE HO. yo ho WI YE, yo ho, WI YE / WAY HOO YA WAY HOO YA/ yo ho WI YE / WAY HO YA NEH WAY HO YA /NEH yo ho WI YE..".
Cette chanson, qui raconte comment les guerriers Ukwehuw protègent les femmes des incursions des alligators des Everglades, n'a pas ramené le beau temps.
Nous sommes allés au cinéma de North Conway sans Monsieur Moochagoo, qui voulait confirmer la traduction d'un texte religieux Ukwehuw, que lui avait envoyé le même ami du MIT. Le film était une comédie avec Patrick Dempsey** : "Made of honor" (Garçon d'honneur). Il y joue "le rôle d'un homme amoureux d'une femme, qui lui demande de devenir son garcon d'honneur pour son mariage". Nous étions entourés de minettes en transes. A côté de moi, une dame d'un certain âge, tricotait malgré l'obscurité. Elle a tricoté pendant tout le film sans regarder ses mains. J'étais franchement admiratif. En revanche le film est incroyablement convenu, même si l'acteur est fort sympathique.
Nous sommes retournés à l'hôtel en écoutant "My Blakean Years" : "..So throw off your stupid cloak Embrace all that you fear / For joy shall conquer all despair In my Blakean year". Du très grand Patty Smith.
Une journée à l'eau !
* On y a enregistré le 12 avril 1934, les vents les plus violents jamais enregistrés sur la planète : 370 km/h ou 231 mph.
** De la série "Greys Anatomy". Mi'kmacMonsieur Moochagoo a finit par trouver LE tee-shirt simple et de bon goût :
Nous étions partis de Bangor pour visiter l'Acadia National Park, où se trouve l'Ile de Mount Désert, où habitait Marguerite Yourcenar (Marguerite Cleenewerk de Crayencour, 1903-1987). C'est un endroit peu propice aux débordements sentimentaux, qui plaisait beaucoup à Marguerite Yourcenar, auteur des plus austère, dont la citation la plus drôle est : "Tâchons d'entrer dans la mort les yeux ouverts".
Monsieur Moochagoo, à qui je confiais mes pensées, trouva que j'étais de mauvaises foi. Il était presque couché sur des algues, à Sand Beach, en train de photographier de minuscules crevettes. Une vague un peu plus forte que les autres vint tremper ses baskets multicolores et son pantalon. L'art vaut bien quelques sacrifices.
Je me rappellais une autre citation de Marguerite Yourcenar : "Le malheur est que parfois des souhaits s'accomplissent afin que se perpétue le supplice de l'espérance". A mourir de rire !
Monsieur Moochagoo était en caleçons, afin de faire sécher son pantalon. Il devait faire 10°C au plus. Madame Snake était enveloppée de divers vêtements, et ressemblait à un eskimau. Il dit soudain : "Je sens l'esprit de Marguerite Yourcenar autour de nous". Un des effets insidieux du froid est de troubler certaines personnes qui y sont sensibles, pensais-je en moi-même, ou alors, nous avions affaire à un épisode chamanique des indiens Mi'kmac, anciens occupants de la Nouvelle Angleterre et de l'est du Canada.
Je voulus faire diversion : "Avez-vous lu Alasutmaqn ta'n tetli komkwejwika'sik en mi'kmac ? On y apprend que les puissances négatives étaient les ju'jij ou weti (insectes ou vers de terre) et le jipijka'm (serpent à cornes). N'est-ce pas amusant ?"
Non il n'était pas amusé (we are not amused, comme disait la Reine Victoria), mais sous l'emprise de Marguerite Yourcenar. Je proposais à Madame Snake de le retremper en douce dans l'eau, mais elle proposa de lui faire boire un petit verre de poire william.
Puisqu'il s'agissait de remonter Monsieur Moochagoo - qui récitait "L'Oeuvre au noir" in extenso, il a une mémoire d'éléphant - je lui fit boire, d'un seul coup, un grand verre de poire william.
Monsieur Moochagoo dormit pendant tout le reste de la visite, y compris pendant la montée à Cadillac Mountain.
Belle journée "yourcenaresque" !
Bangor"Trust him, but still keep your eyes open" [Croyez-le, mais continuer à garder un oeil ouvert], en lisant ce "fortune cookie", à la fin d'un repas dans un restaurant asiatique du Bangor Mall, j'étais stupéfié, c'était exactement ce que je pensais de Monsieur Moochagoo. Il avait eu pour sa part : "From now on your kindness will lead you to success" [A partir de maintenant, votre bonté vous conduira au succès]. Parfois, je crois rêver...Madame Snake lut son petit papier : "A secret adventure is store for you" [Une aventure secrète vous est réservée]. Le problème c'est que l'aventure est restée secrète.
Le matin, sur la route n°1 qui longe la côte du Maine, en direction de Bangor, nous faisions une pose dans un magasin d'articles de sport. Il s'était longuement arrêté devant une épuisette pour pêche en eaux calmes, et m'avait dit réfléchir sur un "filet à trier les bonnes idées". Il avait ajouté : "Le tout de est de savoir si on a bien trié une bonne idée. Un bonne idée du jour, peut d'avérer désastreuse le lendemain. Il faut donc incorporer la notion de durée, c'est là où cela devient complexe." Je lui répondis que pour l'instant je pensais à des concombres. Etait-ce une bonne idée ? Non ? Bon, je n'insistais pas. Il me regarda intensément de l'oeil droit, et dit d'un air sentencieux : "Les gens qui ne doutent pas sont en général fort peu nombreux..." Je ne sais pas si c'est pareil pour vous, mais moi je déteste les airs sentencieux. Monsieur Moochagoo sifflotait maintenant l'Air d’Allazim, "Nur mutig, mein Herze", ["Zaïde" de Mozart, 1780]. Personnellement je préfère l'Air d’Osmin "Wer hungrig bei der Tafel sitzt". C'est un air railleur, ponctué par un rire virtuose : le sot qui se lamente sans connaître où se trouve son bonheur. Un thème très actuel en Occident. A Bangor, nous étions allé voir la fameuse statue du légendaire bûcheron Paul Bunyan (9,30m !). Juste à côté, se trouve le bâtiment du journal local "Bangor Daily News". Monsieur Moochagoo nous quitta, pour rencontrer un journaliste, qui devait lui donner "certains renseignements", sur un histoire bizarre de Stephen King (pour les fans, l'écrivain habiterait à Bangor, au 49 Florida Avenue). Je n'aimais pas trop cette "histoire bizarre" avec Stephen King. Nous avions été suivi (?) pendant une heure par une cadillac noire de 1950, conduite par un clown avec un nez et des cheveux rouges, et surtout un sourire sinistre. J'avais eu droit là encore, à des quolibets de la part de Madame Snake et Monsieur Moochagoo. Mais que savons-nous réellement des histoires de Stephen King ? Hein ? Je me sentais seul et sans soutien, comme jeté dans une de ces histoires, sans corde pour me retenir. Et même si j'avais une corde, si le clown la coupait ? Problemes provisoires de connexion reseau.2/5/08 Fin des problèmes. L'hôtel de Bangor me permettait de me connecter par WiFi, mais sans pouvoir accéder à un quelconque site. Bizarre, non ?
SchadenfreudeSchlip, schlip, schlip, schlip, le bruit et le mouvement des essuies-glaces a un effet hypnotique. Depuis douze heures, il pleut vraiment beaucoup et régulièrement. C'est ce qu'on appelle la pluie "Cape Cod". Ce qui est curieux c'est que l'intensité de la pluie semble augmenter sur l'autoroute. C'est probablement dû à la vitesse et au nombre de camions qui projettent de véritables trombes d'eau avec leurs dix-huit roues.
Visiter la côte du Maine dans ces conditions n'était pas très enthousiasmant. Cela donnait des photos de pluie, de brouillard et de flaques d'eau. Monsieur Moochagoo avait commencé sa journée sportivement en essayant d'utiliser un de ces tapis roulants dans la salle de sport de l'hôtel. Il n'a jamais réussi à se mettre réellement en phase avec la machine. Nous avions eut droit à des *mouvements* comiques entre Jacques Tati et Mac Sennett. Je pouffais intérieurement, mais je gardais un air sérieux et compassé.
Il faut toujours garder un air sérieux et compassé devant le malheur d'autrui. Tante Germaine aimait citer à ce sujet Emile Bergerat (1845-1923) : "Le malheur d'autrui ne nous paraît jamais tout à fait immérité". J'avoue que j'étais TRES content. Un allemand parlerait de Schadenfreude (malin plaisir).
"Vous auriez peut-être dû acheter ces chaussures en forme d'exosquelette que nous avons vu dans le magasin LL Bean ? Elles vous auraient donné des ailes". Le visage de Monsieur Moochagoo se mit à ressembler à celui de l'affreux Docteur House *. Je m'attendais à une phrase assassine ou a une réflexion désagréable. Mais il a seulement dit : "N'oubliez pas de vous couvrir, il pleut beaucoup".
D'après un journal local, on rapportait que certains avaient cru apercevoir cette nuit, dans la région, un objet non identifié. Honnêtement je me demandais comment avaient-ils pu apercevoir quoi que ce soit, puisqu'il avait plu toute la nuit. Là, j'étais sceptique. Monsieur Moochagoo, pourtant très versé dans les phénomènes OVNI, me cita Groucho Marx : "One morning I shot an elephant in my pajamas. How he got into my pajamas, I'll never know." [Un matin, j'ai tiré un éléphant dans mon pyjama. Comment a-t-il fait pour mettre mon pyjama, je ne le saurai jamais].
Belle pluie !
* "Docteur House" est une série où un docteur cynique et asocial, résoud des cas médicaux assez difficiles. On aime ou on n'aime pas.
Image pieuse"That sounds like a good plan darlin' " [ça a l'air d'un bon plan, chérie]. Cette phrase était prononcée par une vendeuse de Wal Mart, au physique de catcheuse, qui m'aurait dévissé la tête avec une seule gifle. Elle s'adressait à une minuscule collègue. Le ton de sa voix était doux et chantant, un peu comme la voix de Tommy Lee Jones dans le film "No country for old men".
Moi aussi j'avais un bon plan : pour conjurer le mauvais sort, et selon les conseils de Monsieur Moochagoo, j'avais acheté trois gousses d'ail, dix grains de sel et du blé. Quant à l'image pieuse, je l'avais trouvé par hasard. J'avais découpé dans une revue "people", la photo d'un acteur très connu, adepte de missions impossibles, et membre très important d'une organisation religieuse controversée (un peu comme Joseph Ratzinger à l'époque de Jean-Paul II). J'ai mis le tout dans un petit sac.
Monsieur Moochagoo m'a fait remarquer que cette "image pieuse" ne concerne que l'organisation religieuse de l'acteur. Honnêtement, du moment que cette organisation ignore mon existence (et surtout l'existence de mon portefeuille, si j'ai bien compris ce qui l'intéresse), je n'en ai cure.
Sur la route du Maine, il pleuvait, et les gros camions nous dépassaient à 80 miles à l'heures, en projetant des gerbes d'eau. Nous nous sommes arrêtés à une "Liquor Store" de l'Etat du New Hampshire*. Nous avons achetés un vin rouge "Bored Doe" d'Afrique du Sud, et une petite bouteille de poire william.
Malgré la pluie, il y avait non loin un marchand de glaces ouvert, dans une sorte de cabane en bois. En voyant les clients acheter des glaces, je me dis que les américains devaient avoir un oeil qui correspond directement avec l'estomac. La simple vue du mot glace, déclenche des groui-grouic dans l'estomac - qui est vaste par définition - et le cerveau coordonne une suite de gestes automatisés qui mènent à l'achat d'une glace et à son ingestion. L'américain serait-il une sorte de robot dont la finalité est de manger des glaces ?
Arrivés à Freeport (Maine), nous avons mangé...des homards, arrosés de Chardonnay. Miraculeusement, tout s'est bien passé. J'avais conjuré le mauvais, certainement à cause de l'image pieuse.
Belle journée !
* L'Etat de New Hampshire a le monopole sur les alcools, en échange, il n'y a presque pas de taxes.
Gulu-GuluMonsieur Moochagoo avait absolument voulu aller déjeuner au Gulu-Gulu Café. Nous étions à Salem, la ville des sorcières, dans le Massachusset. Je dis que je n'étais pas très rassuré car je sentais comme une présence bizarre derrières certaines façades de vieilles maisons. J'eu droits à quelques quolibets sceptiques.
N'empèche la journée avait mal commencé. Madame Snake avait beau faire "bip bip" avec la clé électronique de la Pontiac, impossible de situer la voiture. Un parking de magasin Wal Mart peut contenir plusieurs centaines de voitures et si vous ne vous souvenez plus du chiffre de votre allée..Monsieur Moochagoo avait pourtant affirmé : "Si on est perdu sur un parking de supermarché , on déclenche la clé électronique et allez, si le joujou n'est pas trop loin, le klaxon se va se faire entendre".
Sachant que nous allions à Salem, j'y voyais un mauvais présage. Nous avons fini par passer par hasard à côté de notre "joujou". Je pensais à Tante germaine qui ne perd jamais sa voiture, car elle a une vieille Rosengart coach et cabriolet Ariette 1953. Elle a vécu aux Etats-Unis, mais à une période où il n'y avait pas de Wal Mart.
Au Gulu-Gulu, Madame Snake, après s'être fait expliquer TOUS les plats de la carte, a hésité entre une clam showder (soupe aux clams), et un pizza, et se décida pour un petite "white pizza", qui s'avéra être une pizza de huits grosses part. Elle dût à la fin, demander un doggy bag, pour les restes. Je précise que nous n'avons pas de chien avec nous.
Monsieur Moochagoo se battit avec un New York steak. Il l'avait demandé "bleu" (rear), ce qui se traduit pour un cuisto américain par "bien cuit". Pour se venger, il noya les frites et le steak sous des flots de Ketchup. Ecoeurant ! Je commandais sobrement de l'espadon et du riz *.
J'eu une sorte de crise cardiaque, quand en passant devant une fenêtre, j'aperçus une sorcière. Ce n'était qu'un mannequin, mais l'effet de surprise eût pu m'être fatal. C'était un signe évident des mauvais sorts qui devaient voler - j'en étais certain - ça et là, dans les airs.
" Vous devriez fabriquer un petit sac, avec dedans trois gousses d'ail, dix grains de sel, du blé et une image pieuse. C'est souverain contre le mauvais sort, surtout à Salem."
Sous un vernis de générosité ce conseil de Monsieur Moochagoo était ironique et hautement sarcastique. Je déteste cela. Bon, si nous retournons à Wal Mart, je trouverai facilement trois gousses d'ail, dix grains de sel et du blé. Mais pour l'image pieuse ???
Une journée ensorcelée.
* A propos de riz, Costco et Sam's Club, deux chaînes de magasins, ont décidé mercredi dernier, de "limiter temporairement la quantité de grands sacs de riz qui peut être vendue à chaque client, en raison de l'envolée des cours du riz".
| ||||||||||||||||||||||||