-Snake0644's profile"Mister Moochagoo and I"PhotosBlogListsMore Tools Help

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    Rich Hart

     
    En 1396, Richard II roi d'Angleterre épouse Isabelle de France, c'est un second mariage. A cette occasion, il fait probablement exécuter en Angleterre ou dans le Nord de la France, un petit dyptique, dit le Dyptique Wilton, décoré au recto et au verso.
     
    A cette époque, les princes et les nobles s'attribuent un "badge", le plus souvent un animal qui représente un individu. Richard choisit l'image d'un cerf blanc [voir image], "hart" en anglais. Le roi fait également faire des penditifs en forme de cerf pour les offrir aux princes et aux vassaux 
    Ces penditifs sont des bijoux, richement décorés. Cela donne rich-hart, ou Richard. Le jeu de mot avait été voulu par le roi.
     
    Dans le même esprit le manteau de Richard II est décoré de genêts [Planta Genista, en latin]. Le surnom "Plantagenêt" a été trouvé à l'origine par Geoffroy V, comte d'Anjou et du maine. Il aurait aperçu une licorne à tête de femme au milieu d'un champ de genêts. Geoffroy décida alors d'adopter le genêt comme emblême.
     
    Richard II fut par ailleurs le dernier des Plantagenêts.
     
    Dyptique 01
     
     
    Dyptique 02

    Cotons-tige

     
    "Vous photographiez des cotons-tige maintenant ?"
     
    Monsieur Moochagoo était penché sur une boîte de cotons-tige et prenait une photo très rapprochée, à quelques centimètres.
     
    J'attendais qu'il me réponde : "Oui, ils n'ont pas servi, rassurez-vous !" Mais non, il me répondit : "Une envie de changer de sujet.... envie aussi de me changer les idées, bien besoin en ce moment ! Et les cotons-tiges correspondent à ma personnalité !"
     
    "Après les grilles-pains en gros plan et les poussières, vous passez donc au coton-tige. Au moins, après, vous pourrez vous déboucher les oreilles".
     
    Silence...j'ai senti que j'avais commis un impair.
     
    Monsieur Moochagoo se récita une phrase rituelle du bouddhisme khmer, adhuvam me jitivam dhuvam maranam avassam maya maribattam maranapariyosanam me jivitam sassatam maranam*, afin de garder sa sérénité.
     
    Depuis quelques temps il avait décidé de visiter Angkor, sans avoir déterminé de date, et il s'était plongé dans le rite du pansukul. Ce rite consiste à donner à un religieux des vêtements de vieux chiffons pour que cela bénéficie à une personne décédée. Pourquoi des vieux chiffons ? Parce que Bouddha était vêtu d'un pansukula (pansu = saleté, kula = "étoffe au rebut" ou "chose à jeter").
     
    Il m'expliqua que vanga + çukla (coton + blanc) faisaient parties d'une étymologie possible de pansukul, c'est pourquoi il s'intéressait aux cotons-tiges.
     
    Là, je restais sans voix. J'eu comme une bouffée de chaleur mêlée de sueur froide. Je tentais de trouver une phrase pour me montrer à la hauteur, mais en vain.
     
    Dure journée. 
     
    * Ma vie est instable. Ma mort est stable. Je dois mourir inévitablement. Ma vie a pour terme la mort. La mort est éternelle (trad. François Bizot).
     
    cotons-tiges une photo de Monsieur Moochagoo
     
    khmer


     

    Proverbes sumériens

    un compteur pour votre site
    05-12
     
    (Environ 2000 ans avant J.C.)
     
    "Ma femme est au temple
    Ma mère est au bord de la rivière
    Et moi, je suis ici, crevant de faim."
     
    "Pour le plaisir : mariage
    A la réflexion : divorce"
     
    "Tu peux avoir un maître, tu peux avoir un roi,
    Mais l'homme à redouter, c'est le percepteur."
     
    Source : "Naissance de l'écriture", 1982, Editions de la Réunion des Musées Nationaux
     
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    Si pense tant que il s'oblie

     
    Chretien de Troyes, dans le conte du Graal nous dit que Perceval "si pense tant que il s'oblie", ou en d'autres termes, "Perceval était tellement perdu dans ses pensées, qu'il s'était oublié lui-même". Et bien, c'était le cas de Monsieur Moochagoo, plongé dans la lecture de "SOS Météores" d'Edgar P. Jacob.
     
    Il s'était oublié lui-même (c'est toujours pratique au cas où on ne s'entend pas bien avec soi-même, mais je ne gloserais pas sur ce point). Nous étions dans le nord de la Forêt de Dourdan et piqueniquions sur la Route aux Lapins, assis sur un chêne fraichement coupé, avec une bouteille de Julienas.
     
    J'essayais deux vers d'Horace : "Dum loquimur fugerit invidia aetas / Carpe diem quam minimum credula postero" * (Ode 1.11.7-8). Il serait peut-être sensible au fameux Carpe diem. Le résultat fut inaudible ou le son invisible. Vous allez me dire que le son est toujours invisible, mais je me comprends.
     
    J'avais en face de moi, un Monsieur Moochagoo, oublié par lui-même sur le bord du chemin. Il fallait que je retrouve celui qui avait oublié l'autre et que je réunisse les deux. J'avais une peur bleue de me trouver face à un cas d'oubli brusque de soi-même,  ou en face d'un excès d'oubli, et alors là...
     
    Georges Braque a eu beau dire, "L'art est fait pour troubler", je repris mes esprit lorsque je vis une petite limace sur l'écorce d'un bouleau. Prendre une photo de ce petit animal, me rendit ma sérénité.
     
    Soudain j'entendis : "Caput mihi dolet" [la tête me bat], expression utilisée par les romains pour exprimer un mal de tête. Il aurait pu dire : "la teste me deult" [1606], cela aurait été plus proche du français actuel. Mais ne nous plaignons pas, Monsieur Moochagoo s'était retrouvé !
     
    Il demanda  "Quod sectabor iter ?" ** Monsieur Moochagoo s'était retrouvé, mais il parle en latin. Nous voilà bien !
     
    Nous repartîmes par la Route du Gros Chêne, parallèle à la Route du Hibou. Belle journée !
     
    * "Sois sage, filtre tes vins et mesure tes longues espérances à la brièveté de la vie. Pendant que nous parlons, le temps jaloux s'enfuit. Cueille le jour, et ne crois pas au lendemain." (trad. Leconte de Lisle )
     
    ** "Quel chemin suivrais-je ?"
     
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    Suave

     
    Il est doux, quand la mer immense est soulevée par les vents, d’observer du rivage la détresse d’autrui ; non qu’on trouve si grand plaisir à regarder souffrir nos semblables ; mais on aime voir à quels malheurs on échappe. Il est doux aussi d'assister sans risque, aux grandes luttes de la guerre, de contempler de haut les batailles rangées dans les plaines.
     
    Lucrèce, De Natura rerum, livre II
     
    Naufrage-Big

    Vérité

     
    Dimitri : Donc, Tasso, vous semblez être une de ces personnes qui pensent qu'il n'y a pas de Vérité avec un grand V, de Vérité Absolue, et que toutes les vérités sont relatives ?
     
    Tasso : C'est exact !
     
    Dimitri : Etes-vous certain de cela ?
     
    Tasso : Absolument !
     
    (source : "Plato and a Platyplus..", T. Cathcart et D. Klein, ed. Abrams Image, 2007)
     
     
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    Des copies abandonnées de nous-même

     
    "Nulle crainte ne tient contre la faim, nulle patience n'en viendrait à bout, le dégout n'existe tout simplement pas en sa présence ; quand à la superstition, aux croyances, à ce qu'il vous plait de nommer principes, ils sont bien moins que paille au vent".
     
    Je me demandais pourquoi Monsieur Moochagoo faisait référence à l'ouvrage Joseph Conrad, "Au coeur des ténèbres".
     
    En ce qui me concerne, je savais que j'avais lu une grande partie de l'oeuvre de Conrad pendant toute une année. Cette version de moi-même se réveillait à nouveau alors que Monsieur Moochagoo lisait ces lignes.
     
    Les Moi de nos souvenirs sont comme des copies abandonnées de nous-même. Ils mènent une vie secrète et puis, un jour, au hasard d'une vision, d'une odeur ou d'un son, comme le faisait remarquer Proust, ils reviennent à la vie.
     
    Ces Moi d'autrefois marchent sur les feuilles mortes du passé, tel le petit mulot dont le bruit nous surprend.
     
    Les Grecs appelaient l'âme "psuche", de psucho, la respiration. Ils pensaient qu'en éternuant on risquait d'expulser son âme. Parfois on aimerait bien expulser tous ces Moi antérieurs d'un simple éternuement.
     
    Monsieur Moochagoo me dit que les feuilles mortes servent à faire du compost afin d'aider les plantes à vivre, et qu'il n'est pas bon de brûler toutes les feuilles du passé.
     

    Dompteur de chats

     

    "Il y a sept ans, j'ai accepté d'être dompteur de chats en Inde du Nord, c'est la stricte vérité".

    Là, il m'en bouchait un coin Monsieur Moochagoo. Je lui servis un verre de rhum du Costa Rica, il fallait le mettre à l'aise pour continuer cette incroyable histoire.

    "J'ai fait une formation de dompteur de chats dans un monastère bouddhiste. Il y avait là des moines et des chats. Normalement les chats en surnombre sont offerts aux visiteurs. Les chats se balladent et sont d'un caractère indépendants comme tous les chats. Et pourtant un des moines a eu la patience d'apprendre à un chat à sauter à travers un cerceau et il a réussi.

    J'ai donc suivi une formation de dompteur de chats il y a sept ans, au début de l'an 2000, ce qui m'a permis, entre parenthèses, d'échapper à la folie des célébrations de l'an 2000. A la fin de la formation, j'ai dû promettre de ne pas dévoiler la technique employée."

    J'allais dire : "Je connais la technique ! Le chat qui fait sa mauvaise tête est écorché vif devant ses petits camarades, qui, du coup, filent doux". Mais je me demandais si c'était une reflexion de bon goût, et je la gardais pour moi.

    "C'est une activité qui ne sert rigoureusement à rien, qui ne rapporte aucun argent et qui va à l'encontre des idées actuelles, c'est pourquoi elle me plaît beaucoup."

    Monsieur Moochagoo se remit à tricoter un pull en laine façon blouson, et me confia qu'il lui faudrait environ 14 pelotes et que les points utilisés étaient : côtes 3/3 et 9/3.

    Quelle histoire !

     

     
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    H & A

     
    Héloise

    Par quelle douceur d'écriture m'adresser à toi, bien-aimé,
    cela dépasse la capacité de mon esprit ;
    car, de même que le cœur humain place au milieu du sang le siège principal de son exultation,
    mon esprit t'a choisi comme son désir le plus haut dans toute forme d'affection. (
    Lettre 69).


    Abélard

    Que ta nuit soit claire, .
    Et quand, ma belle, je te manque, pense manquer de tout.
    Aperçois-moi dans ton sommeil, quand tu veilles pense à moi.
    Et comme je suis le tien, sois pour moi mon esprit. (Lettre 111).

    "Lettres des deux amants. Attribuées à Héloise et Abélard", traduction du latin de Sylvain Piron, Gallimard.

    Heloise

    La Solitude

     
    Monsieur Moochagoo était en train de lire "L'énigme de l'Atlantide" d'Edgard P. Jacobs. J'aime bien les aventures de Blake et Mortimer mais, là, au sud de la forêt de Meudon, il faisait vraiment très froid.
     
    J'avais décidé de tester mon genou, car le médecin avait dit : "Vous pouvez recommencer à faire de la randonnée, environ 15km, sans forcer, avec une canne."
     
    Nous étions partis du Parc de Sceaux, avions traversé la Coulée Verte, puis le Parc de La Vallée-aux-Loups et le Parc Henri Sellier. En arrivant dans Le Plessis-Robinson, nous nous sommes complètement perdus. C'est fou, tout le quartier près de l'Eglise est reconstruit. Nous avons erré entre les immeubles neufs, puis Monsieur Moochagoo a demandé a un monsieur a casquette, avec un cabat rempli de pain et de légumes, où était le Bois de la Garenne.
     
    Le monsieur était "presque aveugle", mais il a sorti une grosse loupe pour regarder notre carte. Finalement le Bois de la Garenne était derrière nous. Dans Le Bois de la Solitude (qui jouxte le Bois de la Garenne), il y a l'Allée du Château de la Solitude et le Château de la Solitude (en ruine). Quelle imagination débordante !
     
    Dans le Bois de Meudon, nous avons fait un pique-nique au dessus de l'Etang de...la Garenne. Le brouillard épais nous permit une certaine *solitude*, et nous avons bu un petit Gewurztraminer, assez frais au départ et très frais à la fin, mais au bout d'un certain temps ça réchauffe.
     
    Une dame habillée d'un anorak-patchwork très coloré, courrait au ralenti. Oui, une sorte de film au ralenti qui me fit penser que mes facultés de perception subissaient quelque altération. Monsieur Moochagoo me rassura, elle courrait bien au ralenti. Elle nous demanda d'une voix normale : "Il ne fait pas trop froid ?". Nous répondîmes non, car, à ce moment-là, nous nous servions un café sorti d'un thermos. "Une dame charmante", me confia Monsieur Moochagoo qui, du coup, arrêta de lire "L'énigme de l'Atlantide".
     
    Mes doigts étaient congelés. Je cherchais mes gants alors que j'étais assis dessus. La distraction aura un jour raison de moi.
     
    Nous sommes repartis. Nous nous sommes à nouveau perdus. Le genou a tenu, et sur 18km.
     
    Belle journée !
     
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    Raconter ses malheurs

     
    "Thèse I. Il est difficile d'être heureux
     
    Thèse II. Il n'est pas aussi difficile que la collectivité a intérêt à le laisser croire, d'être heureux.

    Le problème que pose le bonheur est déroutant : rares, extrêmement rares sont ceux qui le désirent. On aime plus à se raconter ses malheurs et à capter par ce récit l'oreille d'autrui qu'à taire sa joie, et à y demeurer isolé."

    Pascal Quignard (Vie secrète, Folio, 1998)

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    "La mémoire ne trace aucun sillon"

     
    Monsieur Moochagoo était sérieux : "En raison ou grâce aux aléas actuels des transports publics, je suis en train de tenter de faire remonter à la surface un souvenir qui a disparu dans les circonvolutions de mon cerveau. Mais ce souvenir est corrompu et, pour qu'il soit à nouveau clair, je dois faire un travail lent et difficile, un travail désespéré en raison de l'indigence des éléments qui nourrissent ce souvenir, un travail toujours guetté par l'arbitraire."
     
    Il me rappela deux vers d'un poème de Borgès : "Nous sommes fleuve et nous sommes les yeux / du grec qui vient dans le fleuve se voir"*. Et il m'expliqua qu'il s'agissait d'Héraclite qui regarde le fleuve et y voit ses yeux où se reflète le fleuve qui passe. "Mais comme Héraclite ne peut - comme nous tous - voir ses propres yeux, le fleuve s'offre comme des yeux de substitut. Et dans ces yeux de substitut, le reflet du fleuve qui passe, est une métaphore du jeu des souvenirs".
     
    Ouh là....Ce jeu de miroirs provoqua dans mon esprit une légère angoisse. Pour moi, Héraclite, c'était la fameuse phrase  : "On ne peut pas se baigner deux fois dans le même fleuve" (fragment 91). Ce passage "Borgèsien" compliquait mon *souvenir* d'Héraclite. 
     
    "Tout nous dit adieu et tout s'enfuit / La mémoire ne trace aucun sillon / Et cependant quelque chose tient bon / Et cependant quelque chose gémit". Monsieur Moochagoo finissait le poème.
     
    Je risquais un : "Ah, alors la fin est optimiste, tenez bon, faites remonter votre souvenir".
     
    Mais je n'eu pas de réponse. Je me retrouvais dans la rue, et j'entendis une musique sortant d'une fenêtre entrouverte : "Yes, sir, she's my Baby / No, sir, dont say "Maybe" / Yes, sir, she's my Baby now". Cette chanson pour ne rien dire, me rassura.
     
    * "Les fleuves" in "Les conjurés", 1985
     
    blot
     
    borges
     
     

    Un hérisson chez le poissonnier

     
    Nous étions au marché d'Antony, non pour rencontrer un chaman yakoute qui nous eût indiqué comment libérer une âme captive*, mais pour acheter des légumes et des fruits à Paula. C'était moins romantique, mais, de temps à autre, il faut acheter des fruits et légumes.
     
    Les clients devisaient sur l'augmentation des prix. L'augmentation des prix fait l'objet de commentaires rituels et Paula s'en mêla en nous disant : "Le meilleur moyen de lutter contre la hausse des prix, c'est d'aller chez le poissonnier là-bas de l'autre côté, et d'acheter un hérisson. Une fois le hérisson dans le porte-monnaie, on a du mal à saisir les pièces sans se piquer, et ainsi on fait des économies".
     
    Heureusement, le cercle des auditeurs de Paula était fort restreint, et ce conseil ne risquait pas d'avoir des conséquences funestes sur les quantités de hérissons pêchées en mer.
     
    "Si tout le monde se mettait à économiser en mettant un hérisson dans son porte-monnaie", me dit Moochagoo, "la demande serait forte, les poissonniers débordés, et on ne respecterait plus les quotas de pêche au hérisson."
     
    Quand même, quelque chose me tarabustait à propos des hérissons vendus chez le poissonnier. J'ai un doute, et lorque j'ai un doute je me sens comme une proie victime de quelque Circé. (Ulysse avait été victime de la magicienne Circé (Kirké), et Kirké veut dire "oiseau de proie"). 
     
    Circé utilisait des filtres magiques, mélangés à des bouillons de lait de miel et de verdure, pour transformer les pauvres humains en animaux. A propos de transformations, je pense que je vais aller consulter un chaman yakoute. Qui sait, à l'occasion, il se transformera en hérisson, et saura m'éclairer sur les hérissons du poissonnier.
     
    chaman sibérie
     
      
    circe
     
    * "Le chaman...pénètre dans les organes menacés à la tête du bataillon surnaturel des esprits, et..libère l'âme captive".  Claude Levi-Strauss, ("Chamanes et Psychanalystes", 1949)

    Bachibouzouk

     
    Le mot bachibouzouk rebondissait sur les parois de mon esprit, ping, plong, ping, plong, ping, plong. Bachibouzouk veut dire "mauvaise tête" en turc. Je suivais le mot avec mes yeux intérieurs.
     
    Les yeux intérieurs sont ceux de la poésie dit-on, mais là, ils étaient occupés avec bachibouzouk. "C'est une injure du Capitaine Haddock", m'affirma Monsieur Moochagoo, en tricotant son écharpe, clic, clic, clic.
     
    Une sorte de musique accompagnait ce mot : "Bong, doum, bong, doum, clong, doum". Un peu le genre de musique atonale balinaise (musique bamboo gamelan), qui au bout de trois heures vous fait tomber en catalepsie
     
    Je tentais de penser à Muhammad Ibn Alî Muhyî al-Dîn Abû Abd Allâh Ibn'Arabî, qui a dit "le contraire fait ressortir le contraire", comme le blanc fait ressortir le noir. Rien. Cette tentative pour immobiliser le mot bachibouzouk avait lamentablement échouée.
     
    Je m'efforçais d'être plaisant, car je ne voulais pas renoncer à détruire la course de bachibouzouk à travers les méandres de mes pensées.
     
    Monsieur moochagoo me conseilla de penser à une autre injure du capitaine Haddock, par exemple "Tchouk-Tchouk-Nougat". 
     
    Maintenant "Tchouk-Tchouk-Nougat", fait le tour de mon esprit comme un petit train pour enfants, avec une sorte de musique "Tchouuuuuk-Tchouuuuuk-Nougaaaaat". 
     
    C'est raté !
     
    Dessin de Goro Fujita :
     
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    Visage

     
     
    "L'image gravée de Shirin s'efface de la pierre, mais il n'est pas possible
    Que l'idée de son visage s'efface de l'esprit de Farhad."
     
    Khamse (Quintette) d'Amir Khosrow Dehlavi (1450 ?)
    Source : Exposition "L'Iran Safavide" au Louvre
    Shirin farhad

    De l'utilité posthume d'un Empereur

     
    Nicéphore 1er, dit Le Logothète (ancien responsable du Trésor), vécu de 769 à 812 ap JC. Empereur de Byzance de 802 à 812, il fut qualifié "d'avare et tyrannique" par le chroniqueur Théophane. Il assainit les finances de L'Empire Romain d'Orient, et recolonisa la Grèce.
     
    Il eût à lutter contre Haroun Al-Rachid et fut battu d'une façon très humiliante. Haroun Al-Rachid mourut opportunément en 809.
     
    Afin de briser une vaste coalition slave, il lutta également contre Kroumn (ou Krum), le chef des Bulgares. Après avoir dévasté Pliska en mai 811 (il fait tuer toute la population, y compris femmes, enfants et bébés), il poursuit Kroumn le 24 juillet à travers un défilé rocheux. Les Bulgares bloquent le défilé des deux côtés avec des palissades, anéantissent l'armée, et tuent l'Empereur Nicéphore le 25 juillet.
     
    Kroumn fit récupérer la tête de Nicéphore pour la ficher sur une pique. "Plus tard Kroumn fit monter en bol le crâne couvert d'argent, et l'utilisa pour boire jusqu'à la fin de ses jours".
     
    Une fort délicate attention. On ne nous dit pas ce que buvait Kroumn.
     
    Source : Histoire de Byzance, John Julius Norwich, ed. Perrin 2002 (format poche).
     
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    Lavages d'eaux

    erysimum-capitatum Erysimum
     
    "En tout cas ce syrop d'erysimum n'est point assurément une vision, M. Dodart, à qui j'en parlai il y a trois jours, me dit et m'assura en conscience que ce M. Morin qui m'a parlé de ce remède, est sans doute le plus habile médecin qui soit à  Paris et le moins charlatan. Il est constant que pour moi je me trouve mieux depuis que par son conseil j'ai renoncé à tout ce lavage d'eaux qu'on m'avait ordonné, et qui m'avoit presque gâté entièrement l'estomac, sans me guérir mon mal de gorge."
     
    J'étais en train de lire une lettre de Racine à Boileau datée du 8 août, sans que l'année fut mentionnée (1661 ?1662 ?). Cette lettre est parue dans "Oeuvres de Jean Racine", tome cinquième, imprimé en 1801 (en frimaire an X), par L.E. Herhan à Paris. La couverture en peau est mangée par les vers, elle est cassée en divers endroits et laisse apparaître les ficelles qui lient les pages entre elles. 
     
    Racine a eu un mal de gorge et maintenant c'est au tour de Boileau. Il en a perdu la voix, et Racine lui remonte le moral.
     
    Progressant dans ma lecture des "Lettres de Jean Racine à Boileau, avec les réponses", je me préoccupais, comme Racine le fit, des maux qui avaient affecté Boileau cet été-là.
     
    Dès le 21 juillet, Boileau confie à Racine : "J'ai été saigné, purgé, etc.[...] La médecine que j'ai prise aujourd'hui m'a fait, à ce qu'on dit, tous les biens du monde ; car elle m'a fait tomber quatre ou cinq fois en faiblesse, et m'a mis dans un tel état qu'à peine je puis me soutenir." Il va "aux eaux", selon les conseils de M. Bourdier, son médecin, et, le 29 juillet, écrit : "Les eaux jusqu'ici m'ont fait fort grand bien suivant toutes les règles, puisque je les rends de reste, et qu'elles m'ont, pour ainsi dire, tout fait sortir du corps, exepté la maladie pour laquelle je les prends."
     
    Le 13 août, Boileau rapporte qu'il a eu "la lassitude des jambes" et "peu d'appétit", et qu'on lui a conseillé "de laisser fondre dans la bouche un peu de myrrhe, la plus transparente qu'on puisse trouver. D'autres se sont guéris avec la simple eau de poulets, sans compter l'erysimum".
     
    Le 19 août, il avoue : "J'ai pris une médecine qui m'a fait tomber quatre fois en faiblesse, et qui m'a jeté dans un abattement dont mêmes les plus agréables nouvelles ne seraient pas capables de me relever [....]. J'accepte l'augure qu'il [Louis XIV] m'a donné en disant que la voix me reviendrait lorque j'y penserais le moins [...]. Vous ne sauriez croire combien je vous suis obligé de la tendresse que vous m'avez témoigné dans votre dernière lettre [lettre de Racine] : les larmes m'en sont presque venues aux yeux ; et quelques résolutions que j'eusse faites de quitter le monde, supposé que la voix ne me revint point, cela m'a fait entièrement changer d'avis."
     
    Le 23 août, Boileau est guéri : "Je me suis mis aujourd'hui dans le demi-bain [....]. Je n'y ai été qu'une heure; cependant j'en suis sorti beaucoup en meilleur état que je n'y étois entré, c'est à dire la poitrine beaucoup plus dégagée, les jambes plus légères, l'esprit plus gai : et même mon laquais m'ayant demandé quelque chose, je lui ai répondu non à pleine voix..."
     
    Ah, les livres dépareillés ! Que d'informations sur la médecine du XVIIème siècle (elle est quasi inexistante), sur l'humour de Boileau et du Roi (qui a, lui aussi, dû subir à maintes reprises les "remèdes" des "médecins" de cours).
     
    PS 08/11 13h30 :
    - Je suis déçu que personne n'ait fait de l'humour sur "Boileau" et "les eaux" (bues), où il allé en cure.
    - Entièrement d'accord avec LN, notre médecine actuelle paraîtra assez empirique à nos descendant, qui eux-mêmes paraîtront, etc.
     
     
    boileau Boileau
     

    L'arc en ciel de mardi

    un compteur pour votre site
    05-11
     
    "Bonjour, avez-vous pris une photo de l'arc en ciel de mardi ?"
     
    J'étais au Parc de Sceaux en train de prendre des photos des couleurs d'automne, et une dame en vélo s'arrêtait auprès de chaque personne qui avait un appareil de photo.
     
    "L'arc-en-ciel de mardi ? Non, je n'étais pas là mardi." Il y avait l'arc-en-ciel permanent du grand jet d'eau de l'Octogone, mais je n'osais pas lui proposer. C'est un arc-en-ciel pour tout les jours de la semaine, au cas où on aurait raté celui du mardi.
     
    La dame semblait en proie aux affres de la disparition de l'arc-en-ciel de mardi, à une sorte d'émotion intime. Je voulais lui témoigner de la sympathie, mais un arc-en-ciel de mardi ne se retrouve pas aux objets perdus. Le mardi 30 octobre 2007 est une date unique et s'il y a un arc-en-ciel ce jour-là, après c'est fini.
     
    Quand Kim Carnes chante de sa voix inimitable : "She's got Bette Davis eyes, She'll turn her music on you, You don't have to think twice...", vous pouvez vous repasser la chanson tous les jours de la semaine. Il est vrai que la dame avait précisé : "une photo de l'arc-en-ciel de mardi". Cela permet de regarder le mercredi, une image de l'arc-en-ciel de mardi.
     
    Quoique...dire, "J'ai regardé le mercredi une photo de l'arc-en-ciel de mardi", personnellement je trouve ça moins magique, un arc-en-ciel en photo, c'est un arc-en-ciel de papier.
     
    En rentrant, j'allais parler de l'arc-en-ciel de mardi à Monsieur Moochagoo, en lui demandant si, par hasard, ne l'avait-il pas pris en photo ? Il me dit que non, mardi, il était sur un banc au Jardin du Luxembourg et se tricotait une écharpe pour l'hiver.
     
    Il me cita un poème de Claude Roy : "Pour faire un très bel arc-en-ciel / il faut un arc à songerie / et plusieurs flèches au pluriel..."
     
    Monsieur Moochagoo tricote...Je restais discret sur cette nouvelle activité, et songeais que, pour retenir l'arc en ciel de mardi, il aurait fallu un filet à arc-en-ciel. Le plus dur est de s'en approcher, les arcs-en-ciel sont méfiants. Ils ont tendance à s'éloigner, à s'évanouir dans la pluie et les nuages, ou à partir comme l'éclair.  
     
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    Anthropologue extraterrestre

     
    "Nous pouvons très bien être le babouin de quelque anthropologue extraterrestre, dont nous ne sommes pas près de comprendre le programme de recherche !"
     
    Monsieur Moochagoo était en train de lire à haute voix cette déclaration du sociologue Pierre Lagrange dans un article intitulé "Extraterrestre, l'impossible contact", dans Le Monde du 4-5 novembre. Je savais combien il était *intéressé* par le sujet et je répondis avec prudence : "Héan, Héan, Héan, Héan..Hon... Hon... Hon... Hon..."
     
    Monsieur Moochagoo me regarda de son oeil noir (je déteste son oeil noir), et me dit : "C'est le cri du Cercopithecus cephus et non du babouin..."
     
    Il me fallait faire preuve de présence d'esprit après cet échec, et je répondis : "Il me semble que dans cet article, Pierre Lagrange ajoute aussi qu'en Occident, nous avons du mal à comprendre des civilisations différentes lorsque nous les découvrons, alors, vous pensez, si nous étions en contact avec une civilisation extraterrestre, nous ne serions pas près, en effet, d'avoir une conversation autour d'un petit Chablis".
     
    Là, j'eu droit à deux yeux noirs (Monsieur Moochagoo a deux yeux), je sentis une sorte de consternation s'insinuer en lui. Je m'assurais que je n'étais pas un indien d'Amazonie qui a du mal à se faire comprendre. En général, je gagne pourtant à être connu. Je devais admettre que - imaginons que je sois un extraterrestre - j'avais totalement raté mon *contact*.
     
    Je persévérais : "Et tous ces beaux dessins compliqués dans les champs, ce sont peut-être des messages d'extraterrestres qui nous surveillent et parlent de nos *progrès* aux touristes extraterrestres. Des messages du style : "Si vous approchez de tel ou tel endroit, vous serez impitoyablement abattus. Vos chances de survie après un premier contact, sont de quinze minutes."
     
    Monsieur Moochagoo fronça les sourcils avec ses deux yeux noirs et garda le silence.
     
    J'abandonnais.
     
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    Clafoutis et bichons

     
    Monsieur Moochagoo était en train de chanter : "...Et même s'il a tellement de boutons, qu'on dirait un clafoutis...", une chanson sans doute toute en réminiscences de Bénabar, en comtemplant le petit lac du Parc Ratel à Bièvres. Les canards se disputaient parmi les roseaux et les promeneurs commençaient à rentrer car la lumière diminuait.
     
    Je pensais que si on appuyait sur les boutons, la figure ne ressemblerait plus à un clafoutis mais à un agrégat d'huîtres, mais je ne voulais pas gâcher l'atmosphère romantique de cette soirée. Parfois, il faut savoir ne pas dire des choses qu'on voudrait dire d'un air dégagé, mais qui peuvent indisposer les gens qui ont un estomac sensible.
     
    Un bébé voulait tirer les oreilles du bichon de la famille et sa grand mère lui conseillait avec douceur : "Ne va pas encore embêter ce chien". Le temps que le bébé arrive, le bichon s'était éloigné. Les bichons connaissent les bébés et tiennent à leur liberté.
     
    D'un côté, un bichon doit susciter l'intérêt de ses maîtres, pour obtenir ses boulettes quotidiennes, d'un autre côté il ne doit à aucun prix susciter l'intérêt des bébés. Ce genre de réflexions subtiles rendent les bichons intelligents. Un bichon intelligent maîtrise les problèmes affectifs de ses maîtres, et se crée un environnement favorable ou en d'autres termes une niche écologique.
     
    Monsieur Moochagoo termina sa chanson "...Pour penser à autre chose il a rangé trois fois le garage / Il a tondu le jardin... et celui du voisin."
     
    Belle journée !
     
    bichon
     
    Clafoutis
     
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