-Snake0644 的个人资料"Mister Moochagoo and I"照片日志列表更多 ![]() | 帮助 |
Mantegna"J'ai rêvé que j'entrais dans une pièce où il y avait des sortes d'abrutis robotisés qui jouaient de la musique pré-adolescente et je souriais ravie..."
Nous étions en train de parcourir l'exposition Mantegna (1431-1506) au Louvre, et certains visiteurs semblaient plus intéressés par leurs rêves que par les oeuvres de Mantegna et de ses contemporains.
Monsieur Moochagoo se demandait s'il ne serait pas utile de faire des incantations, et d'utiliser les Forces Obscures comme véhicule, pour prendre possession des visiteurs et les diriger vers la sortie. Bien que d'accord sur le principe, je l'en dissuadais. Faire appel aux Forces Obscures en ces périodes troublées, pourrait augmenter le désordre ambiant.
Madame Snake s'énervait parce qu'un couple discutait sur le meilleur moyen de touiller une salade, et bloquait la vue sur une série de dessins préparatoires. Sans parler des dames BCBG en vestes matelassées, qui ne venaient là que parce qu'il est de bon ton d'avoir vu Mantegna, et parlaient de leurs familles respectives ou du futur mariage d'Aude-Sixtine avec Henri-Maxandre.
Le public était si dense que la chaleur avoisinait les 30°. Je regardais au dessus des têtes des visiteurs le haut d'un tableau représentant le martyre de Saint Sébastien. Le malheureux avait une flèche plantée entre les deux yeux, et une autre plantée dans la gorge. Un bien triste spectacle. Une dame crût que je sanglotais, mais c'était une goutte de sueur tombée sur ma joue.
Pour la petite histoire, un encart de l'exposition nous explique que depuis 1498, Isabelle d’Este, femme du protecteur de Mantegna, cherchait à obtenir une image d’elle-même. Ce qu'avait fait Mantegna ne lui plaisait pas, et elle demanda son portrait à Léonard de Vinci, qui, selon son habitude, ne termina jamais ce qu'il avait commencé. Néanmoins, l'ébauche de Léonard est éblouissante. Et, miracle, devant ce portrait, il n'y avait...personne.
Chaude journée !
"They kill us for their sport""Moucherons pour enfants malicieux ; voilà ce que nous sommes pour les dieux ; ils nous tuent pour s'amuser", (Shakespeare, "Le Roi Lear", trad. Armand Robin)
Lire le Roi Lear pour se remonter le moral en ces temps de crise, n'était pas une bonne idée. D'autant que "ils nous tuent pour s'amuser" est bien plus fort dans le texte original : "they kill us for their sport". On imagine des dieux jouant au golf, qui décident de notre destin, au gré des coups réussis ou ratés.
Monsieur Moochagoo écoutait une vieille chanson d'Aznavour : Jezebel. Il me rappella que Jezabel ("Chaste"), a été reine d'Israël, épouse d'Achab. Elle était la fille d'Ethbaal, un roi Phénicien. Elle était considérée comme une reine impie et cruelle qui protégeait l'idolâtrie et persécutait les prophètes, notamment Elie. Elle adorait Melqart, le dieu Baal de la ville de Tyr.
Après la mort d'Achab, un officier, Jéhu, tue Jorham, le fils d'Achab, et ordonne qu'on jette Jezabel, vieillisante, en bas du palais. Il la fit piétiner par les chevaux de son char. On nous précise dans la Bible que les chiens n'avaient laissé de Jézabel que le crâne, les pieds et les paumes des mains. Jéhu, considérant qu'elle avait été reine, la fit quand même ensevelir. Bon, c'est déjà ça, les choses se sont finalement arrangées.
Tante Germaine m'a téléphoné pour m'informer qu'elle écrivait "un roman* avec plein de zombies dans lequel tout est permis. Pas de concessions, du gore comme s'il en pleuvait, des personnages qui tiennent la route, des bimbos, des flingues, des explosions, et du barbecue".
Je vais relire "Alice au pays des merveilles" de Lewis Carroll, ça me changera les idées.
* Titre du roman : "Ne mordille pas mes boyaux !"
"La vie de loisir, l'absence de fatigue"Je n'en croyais pas mes yeux, en lisant cette phrase d'Aristote (384-323 av. JC) : " Si d'autre part l'activité de l'intellect, activité comtemplative paraît..posséder un plaisir achevé qui lui est propre..; si enfin la pleine suffisance, la vie de loisir, l'absence de fatigue...sont les manifestations rattachées à cette activité : il en résulte que cette dernière sera le parfait bonheur de l'homme - quand elle est prolongée pendant une vie complète..." (Ethique à Nicomaque, trad. Tricot, 1990)
Si la vie de l'intellect implique une vie de loisir et l'absence de fatigue, voilà qui réconciliait avec la philosophie et me faisait oublier le fairenéant * de certains. Au fairenéant, je préfère encore les paroles de Rimbaud : "Allons feignons, fainéantons, ô pitié! Et nous existerons en nous amusant, en rêvant amours monstres et univers fantastiques, en nous plaignant et en querellant les apparences du monde, saltimbanque, mendiant, artiste, bandit, prêtre!" (Une saison en enfer).
Monsieur Moochagoo, qui lisait un article sur le difficile accouchement d'un grand Parti, me regarda d'un oeil soupçonneux. Son oeil soupçonneux se transforma en oeil dubitatif, puis en oeil froid. Je me sentais comme une sorte de marchandise de contrebande ou une rature sur une page blanche. Il désapprouvait une vie de loisir et l'absence de fatigue, même sous couvert de la vie de l'intellect, et encouragée par Aristote.
Il sortit d'un placard une ancienne machine à écrire aux touches de bakélite, il mit dedans une feuille de papier et tapa : "L'hiver est en avance: pensez-donc, la neige est déjà là!", puis il se tourna et me dit : "Vous allez finir comme ce romantique allemand, Karl Philipp Moritz, qui écrivait dans "Anton Reiser" (1785) : "La pensée de son propre anéantissement lui était agréable, elle lui donnait une espèce de sensation voluptueuse...".
Il continua à taper : "La mammilaria était un peu dégarnie, les escargots avaient decidé d'en faire leur ordinaire". Je m'eclipsais car l'activité de mon intellect réclamait une vie de loisir et une absence de fatigue.
"Allons feignons, fainéantons !"
* Cf Hegel : "L'homme doit se faire néant", ou encore Heidegger : "Le néant néantise".
J'ai honte, mais pas tropCurieuse journée en Forêt de Fontainebleau, qui avait commencé avec un relatif beau temps et fini, après une heure de neige, sous une pluie persistante et froide. Nous buvions un petit Chablis bien frais (il avait gelé), en contemplant du haut du Rocher des Ecritures, la Route du Belvédère.
Les premiers flocons commençaient à tomber, lorsque quatre jeune filles, qui suivaient un sentier bleu, s'arrêtèrent à côté de nous, et dirent, au bord d'une forte dénivellation : "Heu, le chemin passe par là ?" J'espérais qu'elles allaient descendre la pente accidentée, pour se perdre définitivement dans le Rocher Boulin ou la Gorge aux Loups. C'est le genre de pensée qui traversait mon esprit, à la vue des hésitations de ces randonneuses débutantes. Il faut bien bizuter les bleus ! Que les bleus cherchent leur route ! J'ai honte, mais pas trop.
La jeune fille qui avait la carte m'a demandé où était le sentier bleu, j'ai répondu, honnête : "C'est derrière vous, par là". Damned !
C'est là que Monsieur Moochagoo m'a exposé son point de vue sur les Techniques d'Apprentissage Par l'Erreur (TAPE).
"Première TAPE : Ex abrupto, constater au bord d'une forte dénivellation, que le sentier bleu disparaît." A ce moment-là nos jeunes filles, qui s'étaient éloignées, se sont retrouvées à nouveau près de nous. Monsieur Moochagoo a énoncé sa deuxième TAPE : "Se retrouver au point de départ, alors qu'on croyait marcher en ligne droite, et en déduire, in fine, que le chemin ne tourne pas rond".
J'étais admiratif devant tant de science, et bût un autre verre de Chablis. Nous avions terminés le repas, et alors, nous avons vu les jeunes filles en train de rebrousser chemin, sur le sentier bleu. Avaient-elles renoncé ? Etaient-elles dans le mauvais sens ? Il y avait un tel amas de rocher ! Et le sentier bleu tournicotait beaucoup.
"Troisième TAPE : rebrousser chemin, si on constate, ab absurdo, que le sentier se perd définitivement dans une végétation hostile". Mais, là aussi, j'espérais qu'elles s'étaient vraiment perdues. Au même moment, elles disparurent dans un tourbillon de neige.
Dieu merci, la neige ne tint pas. Je pense qu'on retrouvera facilement leurs corps. C'est une pensée rassurante.
Belle journée !
"das Nichts nichtet""L'être-le-là de l'homme pro-ventuel c'est d'être exposé comme étant la brèche en laquelle la pré-potence de l'être fait irruption en apparaissant, afin que cette brèche-même se brise sur l'être" (Heidegger, "Introduction à la métaphysique", traduction G. Kahn, 1967, p.169)
J'avais eu le tort de lire cette phrase. J'avais récolté une crampe au cerveau et mes yeux faisaient zig-zag de gauche à droite, et inversement.
Mon cerveau m'avait envoyé un message : "Il est nécessaire de procéder à une restauration de ma configuration par défaut". J'ignorais que j'avais un cerveau configuré par défaut, on en apprend tous les jours. Je ne suis pas sorti de l'auberge.
Tante Germaine m'aurait conseillé : "Quand le cerveau vous dit : "Euh... j'chuis pas là", il vaut mieux le laisser se reposer."
Je demandais à Monsieur Moochagoo ce qu'il pensait de cette phrase, espérant secrètement qu'il aurait aussi une crampe au cerveau. Il lut le texte et me regarda, ironique. Il dit "das Nichts nichtet" ["Le néant néantise"], ce qui est un autre énoncé de Heiddeger. Il se refusa à tout autre commentaire.
Lorsque mon cerveau a pu restaurer sa configuration par défaut, j'ai compris le sens de sa réplique.
Dure journée !
Arrêter les mouvements de la penséeJ'étais en train de courir comme un dératé dans un sombre couloir en béton, en espérant sauver ma vie. Les murs suintaient un liquide de couleur rouille et une sorte de brouillard m'empêchait de voir le bout du couloir.
La séance de yoga s'était pourtant bien déroulée. Auparavant, j'avais révisé mes classiques : Les Yogasutra attribués à Patanjali nous enseignent que le yoga est une méthode pour arrêter les mouvements de la pensée. Avec moi, c'était très mal parti, j'ai une imagination qui fonctionne en roue libre à tout instant.
J'avais trouvé cependant dans "Les philosophes de l'Inde" de Jean Filliozat une allusion, entre autres, à deux "pouvoirs merveilleux" qu'on pouvait acquérir grâce au yoga : "Se faire petit comme un atome" et la "lévitation".
Pour se faire petit comme un atome, j'allais devoir attendre car je n'ai vu aucun changement durant les mouvements effectués. Quand à la lévitation, peut-être m'étais-je élevé d'un cent millième de millimètre, mais ça reste à vérifier.
Bref, nous étions arrivés au moment de la relaxation, et j'étais à nouveau en imagination sur une plage. Je m'apprêtais à passer quelques bons instants, les doigts de pieds en éventail, lorque je vis une porte plantée là, dans le sable. Je l'ouvris, juste histoire de voir, et me retrouvais en train de courir comme un dératé dans un couloir en béton, car quelque chose était entré derrière moi et me menaçait directement.
En général on ne choisit pas les choses qui vous menacent. Je courais à toutes jambes sans tourner la tête, je sentais une haleine immonde dans mon cou. J'allais y passer... C'est sûr, j'allais mourir, je le savais..
"Bon, alors, c'est fini, vous vous levez ?" Cette phrase de Monsieur Moochagoo me permit d'échapper in extrémis à l'enfer. Je le remerciais chaudement en lui expliquant ma mésaventure.
Il me regarda avec un air consterné, et cita ce haïku de Bashô : "Sa mort prochaine, Rien ne la fait prévoir, Dans le chant de la cigale".
Je l'ai échappé belle !
Sentiment philanthropique aiguJe me sentais animé d'un vif sentiment de philanthropie en regardant les autres randonneurs qui marchaient dans la Forêt de Fausses Reposes.
Monsieur Moochagoo m'avait conseillé d'avoir "un sentiment philanthropique", pour "mettre en oeuvre un nouveau projet" : il voulait que je fasse des billets "qui soient agréables au grand public". Il avait affirmé que je devais commencer avant toutes choses, par tester mon sentiment philanthropique durant cette randonnée de dimanche.
Boris Cyrulnik a dit que "nous sommes contraints de chercher des épreuves afin d'en triompher", pour "éviter la sécurité totale qui engourdit la vie émotionnelle". Ce matin, en me réveillant, ma vie émotionnelle était totalement engourdie, même après le café. La proposition de Monsieur Moochagoo fût donc la bienvenue.
En essayant de prendre une photo au Carrefour de la Côte Brûlée, malgré le ciel bas et une luminosité inexistante, je tombais nez à nez avec un écureuil qui m'a toisé d'un oeil insolent à moins d'un mètre. Je voulus tester mon "sentiment philanthropique", mais Monsieur Moochagoo m'a prévenu : "Avec les écureuils, ça ne compte pas". Peste et choléra !
Un randonneur m'a raconté sa vie d'ingénieur dans le secteur de l'aéronautique, et en particulier dans le secteur des procédures de contrôle des moteurs. Pour ne pas mourir d'ennui (le sujet ne m'est pas inconnu), je suis passé en mode "sentiment philanthropique aigu".
Pour me consoler, Monsieur Moochagoo m'a fait goûter de l'alcool de sorgho chinois "Mei Kuei Lu Chiew", à l'extrait de rose. Mon sentiment philanthropique s'étendit à Monsieur Moochagoo, ce qui est assez remarquable, quand on y pense.
Dans un souci d'honnêté, je le prévins qu'il était toujours possible que je devienne athée en matière de "sentiment philanthropique". Il me regarda en levant les sourcils : "J'espère que vous n'allez pas céder à un athéisme de sous-préfecture, ne vous laissez pas détourner de votre future vocation d'écrivain de billets qui soient agréables au grand public".
Vers la fin de la randonnée, nous avons une nouvelle fois perdu notre groupe, en prenant quelques photos de l'étang de l'Ursine, et en buvant un petit café pour faire passer le sorgho à la rose. J'avais perdu également toute possibilité de me perfectionner en "sentiment philanthropique".
Dure journée !
Désuet et coupé du réelJe faisais remarquer à Tante Germaine que telle personne avait un regard profond et très humain, ce qui n'est pas courant de nos jours, où les regards glauques, tendance zombie, sont à la mode.
Tante Germaine avait retrouvé sous son lit, son ouvrage préféré : "Mark Twain, écrivain de l'Ouest" de Bernard Poli (PUF, 1965). Elle me répondit : "Quand on est humain, on a forcément un regard humain. Au sujet de la profondeur, je vais te faire un aveu, je n'y crois pas, c'est une illusion."
J'émergeais à grand peine des décombres de ma remarque, pulvérisée en quelques mots. Je me suis demandé si Tante Germaine n'était pas influencée par Monsieur Moochagoo.
Elle me dit soudain : "Mettre à la suite l'un de l'autre des billets incongrus et absurdes, sans savoir où tu vas - ils se succèdent au hasard de ta fantaisie - constitue la forme de ton blog, si ce que je pense est exact. Ne serait-ce pas un peu factice, désuet et coupé du réel ? Ce qui intéresse les lecteurs ce sont les côtés affreux, malhonnêtes et immoraux de la société."
Aïe, l'attaque était sévère. J'en parlais à Monsieur Moochagoo. Il refléchit puis me conseilla de me lancer dans la tragédie comique ou sérieuse, selon les nécessités, "pour plaire au grand public".
Je me demande si je ne vais pas faire des billets régionalistes. Je pense commencer par la saucisse de Toulouse, qui "tient sa réputation du fait qu'elle garnit le célèbre cassoulet".
Dure journée ! "O catalinetta bella ! Tchi-tchi""La perception qu'il avait de son identité était si nébuleuse et confuse..qu'il se demandait parfois s'il n'était pas un pur produit de son imagination". Monsieur Moochagoo lisait cette phrase trouvée dans "Une mystérieuse fiancée" de Kate O'Riordan.
J'avais l'impression que certaines pièces du puzzle de mon identité pourraient se réunir, grâce à Kate O'Riordan. J'avais longtemps écrit sans filet au sujet de mon identité, ce qui est bien pour les identités en béton, mais en ce qui me concerne c'est un peu plus problématique... Je devais chercher à améliorer ma technique. Je demandais à Monsieur Moochagoo s'il avait des exercices d'identité à me proposer ?
"Je ne vois pas vraiment d'exercices qui pourraient vous aider à améliorer votre identité sinon... écrire un billet sur votre identité. Mais écrire sur son identité est quelque chose de long et il est facile de se perdre en cours d'écriture. Vous ferez sûrement des erreurs au début, mais c'est comme cela qu'on apprend."
Je n'étais pas tout à fait convaincu. J'allais voir Tante Germaine. Elle me dit qu'elle avait une solution : "Il y a quelque chose de très simple à faire : décrire, et imaginer, le plus possible ton identité. Fais des fiches d'identité. Cela peut être un bon entraînement. Tu imagines quelques identités."
Quelques identités ? Je commençais à avoir mal au crâne. En fond sonore, il y avait une chanson de Tino Rossi, que Tante Germaine adore : "O catalinetta bella ! Tchi-tchi, Ecoute l'amour t'appelle Tchi-tchi, Pourquoi dire non maintenant ? Ah... ah..., Faut profiter quand il est temps : Ah... ah..., Plus tard quand tu seras vieille, Tchi-tchi..."
Elle continuait : "De toute façon tu perdras ton identité avec le lecteur du billet qui te considérera comme une sorte de personnage. Je sais, c'est une nuance parfois difficile à saisir."
Je laissais Tante Germaine en me demandant si moi aussi je n'étais pas un pur produit de mon imagination.
Quelle journée !
YogaFaire du yoga alors qu'on est aussi souple qu'une barre de fer est une sorte de pari. Hier soir, Madame Snake m'avait emmené à un cours de yoga dans une école, sous l'autorité d'une dame proche des 80 ans, nettement plus souple moi. J'ai compris que j'allais avoir du travail pour toute l'année à venir.
J'ai commencé avec un petit objectif : améliorer la souplesse du petit doigt de pied de mon pied droit. Les mouvements se sont enchaînés. J'espionnais discrètement ma voisine - une dame un peu enveloppée - pour ne pas me tromper. Bientôt j'ai senti une sorte de chaleur dans le petit doigt de pied, avec un début de souplesse qui me permit de le faire bouger de droite à gauche. Un beau succès !
Au moment où il a fallu faire la chandelle, là, ça a été la bérézina. La chandelle doit assurer un "relâchement nerveux" et une "activation de la conscience". En fait j'étais très nerveux, car je n'y arrivais pas. Quand à ma conscience, si elle a le malheur de s'activer, elle part immédiatement en me disant : "Bon, eh bien je vais voir ailleurs". J'ai l'impression qu'elle a des comptes à régler. Un jour nous aurons une explication.
Monsieur Moochagoo avait atteint rapidement le nirvana et, Dieu merci, ne me voyait pas plus que Madame Snake. Soulagement ! Je suis retombé une dizaine de fois, avec la légèreté d'un hippopotame hors de l'eau, puis l'exercice a pris fin. On allait vers le dernier exercice : la relaxation. Il a fallu relacher les membres les uns après les autres, y compris l'intervalle entre les sourcil. Là, c'était fastoche, j'aime bien relacher l'intervalle entre mes sourcils. Tante Germaine m'a souvent conseillé de surveiller mon Ajna Chakra (plus connu sous le nom de 3ème Oeil), entre les sourcils, "car c'est là que ça se passe". Maintenant je comprend.
Après, il a fallu nous imaginer sur une plage au soleil. Alors là, c'était parfait, j'avais mis mon costume de bain à rayures, de la crème pour les coups de soleil, et je m'apprêtais à lire un livre palpitant, en buvant un petit Chablis frais, quand soudain, *pouf* plus de sable, ni de Chablis, le cours était terminé. Damned !
Monsieur Moochagoo m'a fait remarquer qu'en matière de souplesse, "le corps a des capacités d'adaptation insoupçonnées". Très drôle !! Je ne l'ai pas frappé car le yoga mène à la non-violence (ahimsa), au moins pour cette soirée.
Belle journée !
"Sur les chemins sans risques on n'envoie que les faibles".Je venais d'avoir un entretien téléphonique avec Tante Germaine. Elle était rentrée de Floride, et était très déçue. Elle n'avait jamais réussi à surfer correctement, car une fois sur la planche, elle était contrainte de se pencher pour vomir, ce qui lui faisait perdre l'équilibre. Elle avait conclu par un : "Que veux-tu ? C'est la vie, on ne peut pas gagner à tous les coups."
Je m'étonnais des petits problèmes de nausée de Tante Germaine, elle qui était solide comme un roc.
Monsieur Moochagoo qui lisait "Le mot d'esprit et ses rapports avec l'inconscient" de Freud, et faisant référence à une phrase prononçée par celui-ci durant un voyage en bateau, voyant quelqu'un être malade après avoir mangé, dit : "A moins que ce ne soit quelque chose qu'elle a pensé", puis après un instant : "Si elle avait pensé assez fortement qu'elle ne serait pas malade, dans ce cas elle n'aurait pas été malade".
Moi j'étais d'accord avec Freud qui avait affirmé à Jung que : "Il y a des choses que même la force de la pensée ne peut empêcher".
Jason, le "coach" de Tante Germaine, avait dû la convaincre - non sans mal - de renoncer au surf. Monsieur Moochagoo cita Hermann Hesse : "Sur les chemins sans risques on n'envoie que les faibles".
Henri Michaux a dit : "J’écris pour me parcourir". J'imaginais volontiers que Tante Germaine voulait surfer pour se parcourir. Ce sont les vagues les unes à côtés des autres, sur lesquelles la planche ricoche, qui nous construisent. C'est comme parcourir des fragments de soi.
Monsieur Moochagoo a eu un mot rassurant : "Elle aurait pu finir déchiquetée par une hélice ou mangée par des requins. Il faut savoir renoncer à la vie que l’on espérait avoir, au profit de celle qui se constitue quand on vit." *
Belle journée !
* On aura noté que monsieur Moochagoo était en train de lire : "Le mot d'esprit et..." de Freud, et que sa dernière phrase prononcée sur le mode sarcastique : "Il faut savoir renoncer à la vie que l’on espérait avoir...", a probablement un tout autre sens.
"Les questions existentielles, c'est fou comme ça use !"Monsieur Moochagoo réalisa qu’il avait franchi le point de non-retour. Il devait me tuer. Il parcourut la pièce du regard. Il s’appuya contre la porte et parla : "Je pense vraiment que ça en vaut la peine, de faire un effort supplémentaire pour remettre de l'ordre. Sera-t-il facile de se débarrasser de vous ? Est-ce que je m'en ficherais complètement ou aurais-je un petit pincement au coeur ? Comment me sentirais-je après votre mort ?"
Là, à cet instant du récit, je dis clairement tout de suite, et tant pis si cela tue le suspense, que je ne survivrais pas à cette effroyable histoire. Je ne suis qu'un personnage secondaire, certes parfois sympathique, mais qu'il faut sacrifier. Tante Germaine me dirait : "Les questions existentielles, c'est fou comme ça use !"
Les doigts de Monsieur Moochagoo se refermèrent sur le manche d'un grand couteau de cuisine. Il sourit, satisfait et s'approcha de moi. Je sentis un choc, et tout ne fut plus que ténèbres...Lorsque je m'éveillais, la douleur dans mon cou fut telle, que je manquais de perdre conscience à nouveau. Je sentis le sang visqueux sur ma chemise. Je mourus avec élégance en prononçant ces mots : "I non mori, e non rimasi vivo". C'était beau.
Tous les enfants applaudirent, ils étaient contents de voir expirer le très très méchant démon GROAFF. Monsieur Moochagoo avait eu le beau rôle en fée Mélusine* chargée de protéger les petits enfants.
"N'oubliez pas d'enlever la douleur dans votre cou, votre masque, et rendez-moi le sang en plastique mou", me dit Monsieur Moochagoo, et s'adressant aux enfants : "La semaine prochaine on apprendra à faire le clafoutis".
Ce fût une belle soirée d'Halloween !
*Monsieur Moochagoo avait un chapeau de fée et une grande cape rose, et on avait dit qu'il était une fée.
"Les homards sont malpropres et non épilés..""Je crois à l'immortalité, mais je crains de mourir avant de la connaître". Monsieur Moochagoo me citait Raymond Devos pour me remonter le moral, car dimanche dernier, nous étions cinquante quatre randonneurs perdus. Je lui répondis par cette autre phrase de Raymond Devos : "Un croyant c'est un antiseptique", car je croyais fermement que nous allions nous en sortir.
Nous devions faire 19km en suivant la Marne autour de St-Maur-Des-Fossés et nous errions depuis ving minutes dans le quartier de La Pie , au milieu des pavillons, à la recherche du chemin vers une passerelle. J'aperçus un monsieur dans son jardin où il y avait un nain de jardin masqué, les mains sur les hanches, avec une brouette. Le responsable de la randonnée repartit subitement en sens inverse, et je n'ai pas eu le temps de demander pourquoi le nain de jardin était masqué.
Nous avons enfin trouvé la passerelle de La Pie, pour traverser l'Ile Ste Catherine et l'Ile Brise-Pain. Une dame m'a dit : "J’ai plutôt l’impression de voir à travers mes propres yeux". J'ai été un peu désarçonné, je lui ai demandé si c'était une citation soufie, elle m'a regardé bizarrement. Monsieur Moochagoo, qui avait écouté, riait bêtement. J'allais peut-être le pousser dans la Marne.
Nous sommes repassés dans St-Maur, au niveau de l'ancienne Abbaye, pour rejoindre à nouveau la Marne au niveau du Vieux St-Maur, mais le responsable a reçu un coup de téléphone d'un groupe de quatorze randonneurs perdus. Là, le responsable a paru un peu déprimé, il a soufflé plusieurs fois, et a indiqué au téléphone où nous étions.
Nous avons attendu les perdus autour de l'Eglise Saint Nicolas qu'avait connu François Rabelais. L'écho des chants de la messe du dimanche nous berçait vaguement, pendant que Monsieur Moochagoo commentait cette phrase de Rabelais : "Le jus de la vigne clarifie l'esprit et l'entendement".
Après le pique-nique dans le parc de l'Abbaye, arrosé de jus de vigne, l'après-midi s'est passée sans incident, mais certains randonneurs mécontents ont disparu.
En arrivant, je ne sais pourquoi, je pensais tout haut à cette remarque d'Alfred Jarry : "Les homards sont malpropres et non épilés, c’est une preuve peut-être qu’ils sont libres". Monsieur Moochagoo m'a conseillé en ricanant de "cultiver l’impasse verbale".
Belle journée !
Jersey, Sunday, october 26Il pleuvait pour visiter le Château de Mont Orgueil à Jersey, au dessus du port de Gouray. Les allemands ont eu le bon goût (ou l'astuce), d'y construire des fortifications supplémentaires invisibles. Il pleuvait vraiment beaucoup.
Monsieur Moochagoo m'avait précisé avant de prendre l'autobus qu'un tel temps pouvait "engendrer des états d'âme dangereux". Il avait ajouté : "L'insoutenable silence de la pluie peut parvenir à bout des meilleures résolutions. Il faut remplir toutes les cases de la journée avec des couleurs chaudes, dans l'espoir de détacher l'esprit du corps humide".
J'attendais un apparté soufiste, mais il ne vint pas. Nous étions entre les murs de la forteresse, et une bande de gamins anglais jouaient à Harry Potter dans le labyrinthe des escalier et des pièces. Il faisait froid et humide et on ne voyait pas grand chose.
J'avais perdu toute espérance au sujet d'un rayon de soleil, seule la voie express vers la pluie était ouverte. On ne pouvait même pas faire le mur vers le beau temps, les remparts étaient trop hauts.
J'essayais néanmoins d'agacer Monsieur Moochagoo : "Pour les états d'âme dangereux, j'espère que je bénéficie d'un sursis. En revanche la pluie devrait vous donner l'idée de méditer sur l'infini."
Monsieur Moochagoo ne se laissa pas démonter, et répondit par un proverbe soufiste : "L'optimisme vient de Dieu, le pessimisme est dans le cerveau de l'homme". Ouf ! je le retrouvais.
Journée humide !
NB Le lendemain nous sommes repartis à Paris en avion "low cost", en faisant Jersey-Guernsey (20 minutes), puis Guernsey-Birmingham (1h30) et enfin Birmingham-Paris (1h15). Un vol très direct et écologique.
Jersey, Saturday, october 25Une dame était en train de dire à son chien : "It must be at least 3 o'clock" (Il doit être au moins 3 heures). Le chien n'a pas répondu ; s'il avait su qu'on lui poserait cette question, il aurait amené sa montre gousset. Personnellement j'aurais trouvé bizarre qu'il en amena une. Mais Tante Germaine m'avait prévenu : "L'Angleterre, c'est un pays où tout est possible !"
Non loin de St Peter, il existe un réservoir d'eau dont on fait le tour en un heure avec des dénivelés particulièrement rudes. Les dénivelés n'empêche pas les dames anglaises de promener leurs chiens et leurs enfants. Il y a également quelques messieurs, dont un - il venait de nous croiser avec un chien de chasse - disait à son voisin : "I dare that Marcus will accept" (Il est probable que Marcus acceptera). Si Marcus etait le nom du chien, cette remarque devenait éminement souhaitable dans l'esprit du maître. Le voisin répondit : "He may not be understanding you correctly" (Il se peut qu'il ne vous comprenne pas correctement).
"She was offered a bunch of flowers when she arrived at the station". Monsieur Moochagoo tout en marchant, lisait dans le Jersey Evening Post, que la Reine Elisabeth II avait reçu des fleurs en arrivant à une gare dans le nord de l'Angleterre. C'était la plus importante nouvelle du journal en dehors de celles sur la situation financière internationale. Je répondis : "C'est fou de voir que destin de la Reine a convergé inexorablement avec celui des personnes qui l'accueillaient. "
Monsieur Moochagoo m'a expliqué que le journal voulait sans doute nous informer sur "les tribulations de la Reine face aux méfaits de la crise mondiale, mais chacun doit trouver son chemin et évoluer à son rythme." Nous avons terminé la journée au pub en buvant une bière Mary Ann Special au goût léger de caramel, pendant que Madame Snake buvait de la sparkling water.
Belle Journée !
Jersey, Friday, October 24"Je suis la plaie et le couteau ! Je suis le soufflet et la joue ! Je suis les membres et la roue, Et la victime et le bourreau !" Monsieur Moochagoo déclamait le poème "L'héautontimorouménos" de Baudelaire. Cela ne troublait pas les dames anglaises qui promenaient leur chien sur la longue plage (6 km), qui va de St Aubin à St Hélier. C'est une plage de sable fin, bordée par un quai promenade en granit, d'où émergent quelques traces de bunkers allemands *
Le seuls obstacles sur cette immense plage sont des sortes de petits cours d'eau qui traversent le sables et sont infranchissables. Il faut revenir de temps à autre sur le quai et en profiter pour boire une "nice cup of tea" dans une des cabanes en bois, où on se croirait revenu dans les années 50. Madame Snake buvait son thé en surveillant d'éventuels "gargouillons" dans son système digestif. Le gargouillon est un être vindicatif, et seule une oreille attentive permet de veiller aux aléas de ses déplacements.
Monsieur Moochagoo avait abandonné Baudelaire pour me lire un vers apparement énigmatique du poète soufi Hallâj (857-922), qui mourut en martyr : "J'ai vu mon Seigneur par l'oeil du Coeur. Je dis : 'Qui est tu ?'. Il répondit : 'Toi' " J'avais beau boire du thé, mon esprit demeurait à l'état d'ébauche rudimentaire. Je m'en ouvrais à Monsieur Moochagoo qui répondit que mon esprit était peut-être une ébauche rudimentaire antérieure.
Là, je pense qu'il se moquait, mais je pris soudain conscience qu'il y avait le long de la promenade en granit un tuyau jaune d'environ 1 km, qui n'était raccordé à rien ni au début, ni à la fin. Sans vraiment y réfléchir je dis alors : "Le soufisme ressemble à ce tuyau, seulement placé là pour laisser passer des flux et des reflux entre l'intérieur et l'extérieur".
J'eu droit à un regard perçant, suivi d'un : "Vous m'étonnerez toujours !".
Belle journée !
* Jersey fut occupée par les allemands de 1940 à 1945 |
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