-Snake0644's profile"Mister Moochagoo and I"PhotosBlogListsMore ![]() | Help |
L'aventurière de la mer des SargassesMonsieur Moochagoo ne lisait plus en marchant, il écrivait sur un petit carnet. La forêt de Fontainebleau, même sous le soleil, ne l'intéressait pas. J'osais un : "Vous écrivez vos mémoires ?".
"Non, je ne cèderais jamais aux mémoires nombrilistes tant prisées par nos contemporains, j'écris un roman d'aventure : L'aventurière de la mer des Sargasses. Cela se passe au début du XIXème siècle, entre 1800 et 1810".
Tous les ouvrages du même genre que j'avais lu dans mon adolescence étaient d'une ineptie flagrante. Les personnages étaient en général fades, inintéressants, et on prévoyait le déroulement l'intrigue longtemps à l'avance. Encore une tentative qui allait tomber à l'eau.
"Je vais vous lire le début", m'annonça-t-il : Le pirate était assis sur un mur, avec une femme à la chevelure rousse, coiffée d'un chapeau vert, vêtue d'une cape rouge, d'un chemisier blanc et et de bottes noires. Elle tenait un pistolet et regardait ostensiblement une montre gousset.
Bon, c'est un début, pensais-je.
A leurs pieds gisait William Benjamin Rahmah bin Jabir al-Jalahimah, mort de blessures par balles infligées par un lapin.
"Vous plaisantez, dis-je, comment voulez-vous avoir des lecteurs avec ce genre d'idées ?"
"Tempora mutantur, et nos mutatur in illis, les temps changent et nous changons avec eux, il faut surprendre le lecteur", me répondit-il, "vous ne voudriez pas que j'écrive mort de blessures par balles infligées par un dodo, alors que les derniers dodos ont été aperçus vers 1670. Ce serait anachronique."
Nous nous étions arrêtés pour le pique-nique. Monsieur Moochagoo avait amené un petit réchaud à gaz et faisait une omelette. Cuisinier était l'un des nombreux métiers qu'il avait exercé dans sa vie. Mais il était surtout fier d'avoir été joueur de cornemuse écossaise, en kilt, dans un pipe-band. Nous buvions un rosé frais et j'avais de gros doutes sur l'avenir littéraire de L'aventurière de la mer des Sargasses.
"Je continue mon roman", dit-il : Le pirate se mit à parler à la femme rousse : "William Benjamin Rahmah bin Jabir al-Jalahimah est mort en tentant de cacher une carte dont il n'existe qu'un seul exemplaire. Cette carte nous indique où se trouve le trésor des lapins pirates...."
Si par hasard, le monde recommençait à nouveau de zéro, je me demandais si Monsieur Moochagoo aurait une chance d'apparaître une seconde fois..
Dans ma boîte à outils"Dans l'oeuvre d'art, le chaos doit scintiller sous le voile de l'ordre". (Novalis).
"On ne peut apprécier les attraits de la sécurité sans un sentiment latent de danger". (de Botton).
"Nous avons tous assez de force pour supporter les maux d'autrui". (La Rochefoucauld).
J'aime bien la dernière citation (hors métiers médicaux).
Attack of the killer squirrels ?Il y a quelques jours, il gelait encore. Je suis allé me promener au Parc de Sceaux pour faire quelques photos, et entendre les bruits étranges de la glace du grand canal, lorqu'on frappe dessus.
Les corbeaux et les mouettes se disputaient quelques rares bouts de pain. Le soleil provoquait la montée d'un brouillard qui envahissait les bois, les grandes pelouses et dissimulait en partie la silhouette des marcheurs.
Avec le froid, la vessie se contracte et on a envie de faire pipi. Il faut aussi savoir que par temps chaud, l'organisme se met en mode économie d'eau. Pour cela, il existe une hormone ADH (anti diuretic hormon) qui est synthétisée, et ne donne pas envie de faire pipi. Quand il fait froid, ce mode disparaît. C'est comme ça et pas autrement. Faut tout expliquer à c't'heure, on s'en sort plus.
Je cherchais donc un endroit discret et commençait à faire pipi en sifflotant, "Tout pour la musique" de Michel Berger, quand soudain, un écureuil s'est approché au raz de ma chaussure. D'habitude, il me faut utiliser des ruses de sioux pour approcher un écureuil à moins de deux mètres !
Je fis "pschuuuuut, pschuuuut", en l'éloignant avec ma canne, très gêné de m'exposer ainsi. Et...aussitôt un deuxième écureuil s'est agrippé à mon pantalon, l'oeil insolent. Je lui expliquais en écureuil (une langue bien difficile), que les règles de la bienséance veulent qu'on n'importune pas quelqu'un qui fait pipi. Il resta agrippé en me fixant.
Heureusement j'avais terminé, et des menaces verbales le firent s'éloigner. Je chantais en m'en allant : "Dégage..Il ya quelqu'un de trop dans le pays / Tu devrais aller voir ailleurs si j'y suis" *.
Je pensais à plusieurs hypothèses :
- Les écureuils n'aiment pas qu'on fasse pipi sur leur territoire. Ils tentaient de m'en empêcher.
- L'odeur les attirait. Me voilà mal parti !
- Ils quémandaient un fruit sec ou des graines, les bourgeons n'étant plus de saison.
J'en parlais à Monsieur Moochagoo qui me dit que j'avais eu beaucoup de chance, d'un air mystérieux. Je ne pus rien en tirer d'autre.
Attack of the killer squirrels ? J'angoisse...
* Jonnhy Hallyday
Les belles histoires de la fin de l'annéeLa Comtesse de Mount Edgcumb fit ériger en 1770 (?) une obélisque de 9m, en mémoire de son cochon de compagnie (pet pig), nommé Cupid*.
Son cochon bien aimé l'accompagnait dans ses promenades et partageait ses repas. Elle l'emmenait même à Londres. A sa mort, le cochon fut déposé dans un cercueil doré, et l'obélisque marqua l'endroit où il avait été enterré.
La Comtesse composa également une ode :
"Oh dry those tears so round and big
Nor waste in sight your precious wind Death only takes a little pig Your Lord and Son are still behind" La triste beauté de cette ode est telle, que je me garderais bien de la trahir en la traduisant.
Monsieur Moochagoo me fait remarquer qu'elle ne devait pas manger de bacon, afin de ne pas heurter la sensibilité de Cupid.
* Pour Cupidon
Un beau ténébreux"J'ignore non seulement l'ordinateur, le CD-Rom et le traitement de texte, mais même la machine à écrire, le livre de poche, et, d'une façon générale, les voies et moyens de promotion modernes qui font prospérer les ouvrages de belles-lettres".
Julien Gracq, 1910-2007
Râle sous-crépitant"N'allez pas trop vite à cause de mon genoux, et en plus j'ai une bronchite !"
"Le médecin a-t-il diagnostiqué un râle sous-crépitant en raison de la difficulté de la pénétration de l'air dans les bronches ?", demanda Monsieur Moochagoo, tout en lisant "Les 3 formules du Professeur Sato", Tome II, d'Edgar P. Jacobs, dessiné par Bob de Moors.
Son hématome au mollet durant la dernière randonnée ne lui avait pas servi de leçon. Heureusement pour lui, les chemins de la Forêt de Fontainebleau étaient sablonneux et dégagés.
"Si vos bronches se remplissent de mucosités et font entendre un bruit de gargouillement, si votre expectoration devient tout à fait nulle, et si votre peau se refroidit alors vous succomberez asphyxié."
Monsieur Moochagoo avait le don de rassurer les gens. Je touchais ma peau discrètement, bon, ça allait. J'avais bien un petit chatouillis dans la plante des pieds, mais inutile d'en parler.
Je laissais passer un gros sanglier qui manqua de peu Monsieur Moochagoo. Je ne sais pas pourquoi les gros sangliers se laissent toujours surprendre en hiver.
"J'ai cru entendre un bruit curieux", me dit-il en tournant la page 20. A la page 21, dans le première case, le professeur Mortimer pense tout haut : "Jusqu'ici ça va..", une phrase très appropriée.
Je répondis : "C'est un caniche nain qui s'est sans doute égaré, il est passé à vos pieds".
Quand je parle avec monsieur Moochagoo, j'ai l'impression de me cramponner au bord d'une cuvette et de glisser irrésistiblement vers le fond, sauf que souvent il n'y a pas de fond.
La forêt était blanche de givre aux endroits où le soleil d'hiver ne pouvait pénétrer.
"Les gens ne devraient pas toujours tant réfléchir à ce qu'ils doivent faire, ils devraient plutôt penser à ce qu'ils doivent être ", cette phrase de Maître Eckhart me turlupinait.
J'aime bien être turlupiné et j'en parlais à Monsieur Moochagoo. Il me cita aussitôt la phrase de Mallarmé qui dit que le langage est "comparable à cette monnaie effacée qui se passe de la main à la main en silence".
C'était bien parti.
Belle journée !
Les NamaquasParoles de Namaquas, descendants des Khoïkhoïs, au sud de la Namibie et au nord de l'Afrique du Sud, vers 1661.
"Pourquoi devrions-nous adresser nos prières à quelqu'un qui donne tantôt trop de sécheresse, tantôt trop de pluies, alors que nous préférerions voir la pluie tomber modérément et quand il faut ?"
Olfert Dapper, "Naukeurige Beschrijvinge der Afrikaenssche Gewesten", Amsterdam, 1668 (Cité par J.M. Cotzee, "Terres de crépuscules", Seuil 1987).
Le poignard des larmes"Quand une pensée mortelle monte en ton coeur, ne cherche pas à prier, mais aiguise le poignard des larmes."
C'est assez poétique.
Evagre Le Pontique (346-399 de notre ère), était un maître spirituel et un contemplatif. C'était aussi un terrible ascète qui avait beaucoup écrit, notamment : l’Antirrheticos (Réfutation ), un recueil de sentences à opposer aux tentations des démons. Il y a huit livres, un par péchés capitaux : gourmandise (gluttony en anglais), impureté, avarice, mélancolie ou acédie, colère, paresse, vaine gloire et orgueil. Grégoire le Grand les réduira à sept en enlevant la mélancolie. Chaque péché capital a son démon particulier.
Evagre utilisait largement les larmes et même des "fontaines de larmes" pour résoudre les problèmes intérieurs : "Use des larmes pour réussir toutes tes demandes, car ton Seigneur est très content de toi quand tu prie dans les larmes"
Si on ne pleure pas, il ne faut surtout pas utiliser des moyens fallacieux (peler un oignon, ou se taper sur les doigts avec un marteau) : "Prie d'abord pour recevoir le don des larmes, afin d'amollir...la dureté inhérente à ton âme.."
J'ai un gros retard en matière de larmes. Je vais aller acheter une boîte de mouchoirs en papier, et nous verserons des "fontaines de larmes" avec Monsieur Moochagoo en buvant un petit Chablis, afin de combattre le redoutable démon de la gourmandise : Belzébuth.
A propos, le démon de la paresse, c'est Belphégor.
Je pleure à gros bouillons. Snorg. Poueeeeeeet.
Les ténèbres et la lumièreJ'étais en train de méditer sur les ténèbres et la lumières, et j'avais trouvé un certain nombre d'éléments :
Goethe a dit juste avant de mourir les yeux ouverts : « Mehr Licht ! Mehr licht ! » (« Plus de lumière! Plus de lumière! »). Certains ont compris qu'il demandait à sa servante d'ouvrir les volets, d'autres, qu'il réclamait encore plus de savoir, de lumières, sur les choses de ce monde. Personne ne peut dire s'il voulait faire entrer la lumière dans sa chambre, ou s'il voulait affirmer une pensée philosophique.
Phèdre, dans la pièce éponyme de Racine, dit ces dernières paroles avant de mourir : "Et la mort, à mes yeux dérobant la clarté / Rend au jour qu'ils souillaient toute sa pureté."
Mère Thérésa :
"Tout au fond de moi, il n'y a que le vide et l'obscurité."
"Si un jour je deviens sainte, je serais sûrement celle des ténèbres."
Thérèse de Lisieux, 18 mois avant sa mort : "Tout à coup, les brouillards qui m'environnent deviennent plus épais, ils pénètrent dans mon âme.." (Histoire d'une âme, ed. Pocket).
Goethe encore : "Ewiger Mann, den ich werde noch kreuzen mögen..." (L'homme le plus heureux est celui qui peut relier la fin de sa vie avec son commencement.)
"Vous n'êtes pas gai aujourd'hui", me fit remarquer Monsieur Moochagoo. Je lui répondis le réel n'est pas toujours gai, et qu'il faut bien réfléchir sur des choses désagréables de temps à autre. Le bonbon sucré, ça donne le diabète. Si on ne progresse dans la vie que sur des plans inclinés faciles à monter, on mène une vie de limace. Mehr Licht ! Chauffer la salade4 8 15 16 23 42, cette suite de chiffres inscrite sur un ticket d'achat des légumes, abandonné sur les oranges, me disait quelque chose. Mais à quel souvenir ces chiffres étaient-ils liés ? Cela restait vague.
Paula, la marchande de légumes du marché d'Antony me disait qu'elle allait se présenter à la Star Act, qu'avec sa voix puissante, elle avait ses chances. Avec plusieurs vestes sur le dos pour lutter contre le froid et un bonnet extravagant, elle ressemblait à une sorte de père Noël sans la barbe. Je me dis, pendant qu'elle pesait des pommes, que le succès allait être immédiat, mais pas dans le sens où elle l'imaginait.
J'avais moi-même sur le dos un sous-pull, une chemise, un pull, un polaire noir de l'armée, très seyant, et un blouson de protection par dessus. Je lorgnais vers la bonbonne de gaz qui chauffait les salades. Paula m'apprit que les chauffages au gaz pour les humains n'était plus autorisés sur les marchés, par sécurité. "On a bien essayé de se chauffer avec, mais on s'est fait disputer", m'a affirmé Paula, "alors on a rendu le chauffage aux salades".
J'allais lui conseiller de se déguiser en salade, mais je ne voulais pas dépasser les limites de la bienséance. Et puis Paula en salade à la Star Act...
J'avais toujours un doute à propos de 4 8 15 16 23 42, mais j'ai oublié d'y penser, car nous sommes partis acheter du foie . Vous me direz qu'oublier de penser à ce qu'on a oublié...
Belle matinée !
NB Félicitations à Igloo et П●● qui ont trouvé la bonne réponse. C'était un petit jeu "caché" dans le billet.
Promenade en forêt"Saviez-vous que jusque vers 200 avant J.-C., les Romains mangeaient de la bouillie de céréales ; puis, progressivement, ils ont commencé à panifier le blé ?"
Peine perdue, Monsieur Moochagoo lisait en marchant, "Les 3 formules du Professeur Sato", d'Edgar P. Jacob. Le sol était gelé et il ne craignait pas de glisser dans la boue. Notre groupe - assez important - était parti du Parc de Saint Cloud, en direction de Viroflay.
Nous sommes sortis de la forêt de Fausses Reposes pour pique-niquer sur les bords de l'Etang de Ville-d'Avray et profiter du soleil par -4°. Moi j'aime bien profiter du soleil par -4°, en jetant quelques morceaux de pains aux foulques macroule (fulica atra). Le foulque "défend son territoire énergiquement en se précipitant contre les intrus", et en effet, quand des canards se sont approchés, ils se sont fait rosser de belle manière.
Au lieu de manger, Monsieur Moochagoo semblait faire une prière à voix basse. Etait-ce un rituel sacré dédié à Diane, divinité des sources et des forêts ? Je lui fis la remarque que pour les Romains, si on priait à voix basse, on pouvait être inquiété par la "police" locale. La prière à voix basse était interprétée comme un rite magique, notamment pour jeter un sort à son voisin. Normalement, la prière se faisait à haute voix et devant une assemblée.
J'eus droit à "l'oeil noir Moochagoo", qui est un oeil terrible, encore pire que dans Carmen de Bizet. Je fredonnais pour me rassurer : "Et songe bien, oui, songe en combattant / Qu'un œil noir te regarde...", mais comme il faisait beau, je m'arrêtais.
Après le pique-nique, nous sommes arrivés dans le nord de la Forêt de Meudon. Monsieur Moochagoo n'avait pas dû exécuter correctement le rituel pour le culte de Diane, déesse "cruelle et vindicative", car, tout en lisant "Les 3 formules du Professeur Sato", il s'est pris les pieds dans une grosse branche morte et s'est étalé sur des feuilles bordées de givre.
Avec une dame, nous l'avons relevé. Il avait un sérieux hématome sur le mollet de la jambe droite. Nous étions prêts à le soigner - pas en appuyant bien là où ça fait mal, je vous vois venir - mais il déclina. La dame était déçue. Elle me confia : "même contusionné, il a de l'allure". Je restais évasif, mais je souriais intérieurement.
Froide journée.
KrsnaCelui qui s'intéresse à l'hindouisme est d'abord étonné par l'extraordinaire diversité des dieux. Un de ces dieux, assez célèbre en France grâce à ses bruyants adorateurs, est Krishna ou Krsna ou Yadav. C'est une divinité de premier plan, huitième avatar (incarnation) de Vishnu, un des deux grands dieux.
C'est un dieu qui s'amuse, et un des principaux épisode de sa vie raconte sa jeunesse comme bouvier. L'événement le plus illustré par les miniatures populaires, montre Krsna qui vole les vêtements de gôpi (femmes) qui se baignent nues dans un étang. Il monte en haut d'un arbre et ne rend les vêtements que lorsque les femmes viennent les réclamer au pieds de l'arbre.
"Habile stratégie", me confie Monsieur Moochagoo.
Pot-au-feu5-12
En 1833, le chroniqueur Auguste Jal, devant la prolifération des portraits dans les Salons officiels, notait :
"Le portrait est le pot-au-feu du peintre ; c’est avec des portraits qu’il bat monnaie, c'est sa vie entière, c'est celle de sa famille, c'est sa seule ressource pour sa vétérance et sa retraite."
Je vais me mettre au portrait, j'arrête de peindre des anges.
Portrait de Monsieur Moochagoo. "C'est raté, je ressemble à un bandit calabrais", s'est-il exclamé.
Répéter / Accepter"Quand un homme oublie qu'il est porteur de la parole, il ne parle plus. C'est bien en effet ce qui se passe : la plupart des gens ne parlent pas, ils répètent, ce n'est pas tout à fait la même chose. Quand l'homme ne parle plus, il est parlé."
" Il ne suffit pas qu'on accepte quelque chose pour qu'on la comprenne pour autant, n'est-ce pas ? Je dirais même plus, c'est encore la meilleure façon de n'en rien comprendre. Quand on est résolu d'accepter, on est désormais déchargé de tout examen !"
Jacques Lacan (Le mythe individuel du névrosé, Seuil, 2007)
SarngadharapaddhatiDans "Centurie de la passion amoureuse", Bhartrhari, poète indien (VIème siècle ?), traite d'une question d'importance :
"Quand la pensée n'est pas résorbée dans l'acte amoureux et dans la concentration yogique, à quoi sert le recueillement ? A quoi sert l'acte amoureux ?"
Oui c'est vrai, il a raison de se poser la question. Vous vous la posez sûrement aussi. Mais quand on sait que "l'acte amoureux" c'est la traduction du mot "Sarngadharapaddhati", on n'est pas trop rassuré.
C'est quand même très éloigné de l'amour courtois (fin'amor) :
"Notre amour va ainsi,
comme branche d'aubépine sur l'arbre, tremblante la nuit, à la pluie, au gel jusqu'au lendemain, quand le soleil s'étire, sur les branches vertes et les rameaux." Guillaume de Poitiers, duc d'Aquitaine (11OO-1124) Boucles d'oreilles et piercingsA la fin de sa vie, Jérôme Bosch (1453-1516), a peint "Portement de Croix avec Sainte Véronique". C'est un remarquable tableau où on voit le Christ portant sa croix au milieu de trognes et de visages issus de la Cour des Miracles.
A la droite du Christ et un peu en dessous, on peut voir deux personnages grotesques, avec des "piercings" à la mode "gothique" actuelle. Un peu au dessus une sorte de bourgeois arbore une boucle d'oreille.
A l'époque, boucles d'oreilles et piercings étaient des symboles du Malin, et dans ce tableau cela indique que les personnages autour du Christ sont des êtres diaboliques. Seule Sainte Véronique, en bas à gauche, en bonnet bleu, échappe à ce symbolisme "diabolique".
J'enlève immédiatement tous mes piercings et mes boucles d'oreilles.
L'ennui c'est que les cavités qui restent sont pleines de pus. Si j'appuie dessus pour faire sortir le pus, et il va y avoir des odeurs nauséabondes. Tante Germaine va encore me faire des reflexions désobligeantes du style : "As-tu pris une douche ce matin ?".
Ah là, là !
SilenceJ'allais voir Monsieur Moochagoo pour discuter du Triptyque de la famille Braque peint par le peintre Rogier van der Weyden (en 1451 ou 1452).
Ce triptyque, visible au Louvre, montre une scène religieuse baignée dans la lumière, sur le thème de la fidelité. Mais quand le triptyque est fermé, la mort apparaît sous forme d'un crâne. Au XVème siècle l'idée de la mort est omniprésente (épidémies, maladies, rixes, guerres..), et on rappelle aux familles : "Etes-vous prêts à comparaître devant Dieu ?". C'est le thème "Memento mori" (Souviens-toi que tu vas mourir).
Se souvenir d'une chose qui va arriver dans le futur...Ceci me paraissait étonnant.
Je trouvais Monsieur Moochagoo, assis dans le plus grand silence. Je m'étonnais, mais il me répondit qu'il écoutait la musique du silence, et que la meilleure musique est celle qui met en valeur le silence.
J'étais très mal parti avec mon "Memento mori". Il est vrai que notre enveloppe corporelle, une fois hors d'usage, serait tout à fait silencieuse. A moins de croire aux fantômes.
Monsieur Moochagoo ajouta qu'il se "lavait les oreilles au silence", afin de se débarrasser des bruits de la musique enregistrée. Il préférait la musique vivante des orchestres et des musiciens qu'on va écouter in situ.
J'allais proposer une petite séance de viole de gambe, avec quelque Pièce De Violes d'Antoine Forqueray, mais je me rappelais à temps que je ne jouais d'aucun instrument de musique.
Je laissais Monsieur Moochagoo à ses bruits de hasard, au gré de silences chaotiques.
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