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BONNE ANNEE 2009

Bransle double irrégulière

 
Monsieur Moochagoo dansait-il une Bransle double à gauche découpé ? Je me posais la question depuis quelques minutes, car il venait de faire un pas du pied gauche à gauche, puis un pas du pied droit près du gauche, et brusquement de faire un pas sauté sur le pied gauche en levant la jambe droite , et enfin un pas sauté sur le pied droit en levant la jambe gauche, et ce n'était pas fini !
 
Madame Snake me fit remarquer que Monsieur Moochagoo tentait de garder son équilibre sur les trottoirs gelés, et qu'il ne fallait pas se moquer des gens en difficulté. Elle me dit cependant qu'elle avait cru discerner les pas de la Bransle double irrégulière. Au fond, je m'en fichais, mais je regrettais qu'il n'y eu point le son du cornet à bouquin (ou sacqueboute soprano), instrument essentiel pour danser la Bransle.
 
Je progressais en m'agrippant aux grilles ou aux grillages des pavillons. La technique est la suivante : dans la main gauche, le caddie pour le marché, et la main droite serrant fermement  les barreaux des grilles. Ah, ça y est, Monsieur Moochagoo avait chu. Il avait constaté qu'il aurait un bleu sur la fesse droite. Je fis semblant de compatir, car, je suis d'accord avec Tante Germaine, "il ne faut jamais rire ouvertement du malheur d'autrui".
 
Monsieur Moochagoo eût une expression étrange : il dit qu'il avait "secoué son Karma". Je me gardais de faire un commentaire. Avec le Karma, on ne sait jamais où ça peut vous mener. Quelqu'un m'avait dit une fois que j'avais un "Karma à faible teneur en matières grasses, mais riche en matière grise". Je n'en ai pas cru un mot.
 
Karma ou pas, ce fut une journée glissante !
 
 
La Bransle est une danse du XVI/XVIIème siècle

Un peu trop frais

Pendant les vacances de Noël, Monsieur Moochagoo était parti "loin du monde et de ses ors". Je l'imaginais quelque part dans l'Himalaya avec quelques grands initiés ou quelque Docteur Faustroll qui lui aurait enseigné la pataphysique*.

Il était revenu, l'air plus mystérieux que jamais, pour cette randonnée entre Nemours et Moret-sur-Loing, en suivant le canal. Il soufflait un vent à 0° qui suivait les sinuosités du canal, gelé par endroits. Moi je n'étais pas gelé par endroits, mais complètement, malgré cinq épaisseurs. Monsieur Moochagoo, sans doute fort de son expérience himalayenne, à aucun moment ne ressentit le froid. Il sifflotait : "C'est la mère Michèle qui a perdu son chat", en admirant les cygnes et un vol d'oies au raz des arbres.

Après plus d'un mois de temps gris et humide, un grand soleil faisait du bien, et nous avons déjeuné en plein air, de foie gras et d'un petit Graves un peu trop frais. Il faut bien des compensations.

Il m'attaqua en me conseillant d'aller aux "Bloggeurs Anonymes Anonymes" (BAA), car il avait peur que je devienne "un vieux schnock qui souffre d'un déficit d'intérêt pour ce qui n'est pas son blog". Les BAA me permettraient de "surmonter ce lourd handicap". Il jugeait que je devrais écrire une tragédie, "car le genre est un peu délaissé ces temps-ci".

Je promis de lire "Comment écrire une tragédie, pour les nuls", mais je refusais d'aller aux BAA, à moins qu'on y mange des rollmops.

Froide journée !

* Alfred Jarry : "Gestes et opinions du docteur Faustroll"



L'auréole d'Edgard

 
un compteur pour votre site 12-27
Nous étions dix-huit pour le déjeuner du vingt-cinq décembre. Une fois tout le monde assis, il était difficile de jouer entre deux plats, à la marelle, à saute-mouton, ou encore à la corde à sauter.
 
Edgard, 14 ans, était là. Ce garçon est parfait à tous points de vue - qui ne l'est pas à 14 ans - au point qu'il a une auréole qui stationne en permanence, et scintille au-dessus de sa tête. J'avais déjà parlé lui en juin, en évoquant son caractère semblable au cochon, où tout est bon.
 
Il n'y a qu'un petit ennui : si tout le monde peut voir son auréole, elle reste hélas, invisible aux yeux de ses parents. En raison de ce petit détail, anodin quand on y pense, Edgard s'était mis le plus loin possible de ceux-ci, à l'autre bout de la table.
 
"C'est regrettable", dit sa tante Patricia en lui ébouriffant les cheveux. C'était la chose à ne pas faire, car Edgard avait passé un temps certain, à coiffer ses mèches de cheveux, suivant un arrangement qui n'avait rien à voir, disait-il, avec les vedettes actuelles d'un concours musical. Nous avons eu beau chercher, nous n'avons pas trouvé qui avait été l'inspirateur de cette coiffure.

Tante Germaine pensait que c'était le portrait de Chateaubriand par Girodet, qui avait inspiré Edgard. Pour ma part, je doutais qu'Edgard eût fait des "Mémoires d'outre-tombe", son livre de chevet, ni qu'il ait jamais vu le tableau de Girodet.

Maintenant, je regrette de n'avoir pas pensé à offrir à Edgard, les "Mémoires d'outre-tombe". Il aurait beaucoup apprécié, je le sens. Ce sera pour la prochaine fois.

Ce fût une belle journée.






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Joyeux Noël !

 

(Image Renderosity)

Supercherie

 
Hier, lors de la randonnée, alors que nous faisions une halte à la Maison Forestière de la Grille aux Lapins, sur la Route Coupe-Gorge, un randonneur a parlé gravement d'un faux médecin qui avait exercé à Périgueux en 2002. Il avait pratiqué la médecine générale grâce un faux certificat de doctorat en médecine. Les journaux avaient rapporté qu'il "semblait bénéficier de l’estime de ses patients". Le randonneur, se mettant à la place du vrai-faux médecin, avait tiré une morale de cette histoire : "Quand on met le doigt dans ce genre de supercherie, après on est coincé, on ne sait plus comment faire machine arrière."
 
Je pensais en moi-même, Dieu merci, personne ne sait que je ne suis pas un vrai randonneur. Je feins d'en être un et parfois je "semble bénéficier de l'estime des autres randonneurs". Je ne sais pas ce qui m'a pris de monter une telle supercherie, mais maintenant, je suis fichu. Tout se passe comme si j’étais un randonneur. Je peux même l’avouer, je crois par moments que je suis un randonneur.
 
Tante Germaine, à qui je confiais mon désarroi, m'exhorta à ne rien avouer : "Entre être un randonneur et croire qu’on est un randonneur, quelle est la différence ? Et d’abord est-ce la bonne question? As-tu analysé de façon juste ton état de faux randonneur ? Sois un peu sérieux et responsable, personne ne peut deviner que tu n'es pas un vrai randonneur. Quitte ta condition douloureuse de faux randonneur ; imagine que tu es un randonneur heureux et comblé. C'est le paradoxe de la possibilité d'être un vrai randonneur."
 
J'étais tout requinqué, mais je ne lui ai pas encore annoncé que je suis un faux bloggeur, ce sera pour une autre fois.
 
 

Homard géant en aluminium polychrome

 
J'aurais dû me méfier, la randonnée avait commencé avec cette blague lancée par une randonneuse : "Fourmicro-ondes". C'était apparemment très drôle, sauf pour moi. D'autres blagues ont suivi, du même tonneau. Mes muscles zygomatiques étaient bloqués, et je me voyais en Droopy, le chien qui ne rit jamais.
 
La forêt de Rambouillet, à part ses beaux arbres, est sans grand relief. J'évitais les profondes ornières remplies d'eau. Monsieur Moochagoo avait déjà dérapé deux ou trois fois et prenait une belle couleur boue. Il écoutait un monsieur qui avait soixante dix chats, "tous opérés" et qui "s'entendent très bien". Monsieur Moochagoo a dit : "Ah bon ?", mais je sentis qu'il doutait.
 
Une dame devant moi râlait à cause d'un homard géant en aluminium polychrome, accroché dans le salon de Mars du château de Versailles par Jeff Koons. Je pense que l'artiste en pince pour Versailles et qu'il a voulu s'exprimer, mais c'est une opinion personnelle.
 
Ma voisine, comme je lui disais que le père de l'enfant de "Madame la Présidente", était un professeur de philosophie, laissa tomber avec dédain : "Les philosophes, c'est le bas de gamme". Je soupirais intérieurement, ce qui me fit gonfler le ventre, et quand le ventre gonfle : "C'est la nervosité et le stress", selon Tante Germaine.
 
Heureusement, la conversation s'est orientée sur la vente qu'elle avait faite de "deux fauteuils norvégiens". J'ignorais tout des fauteuils norvégiens, j'eu droit à un regard consterné et elle ajouta : "Des fauteuils Falcon Sigurd Ressell, bien sûr". Oui, c'est vrai, où avais-je la tête ?
 
Monsieur Moochagoo était maintenant bien recouvert d'une boue qu'il qualifia de "propre", car il ne voulait pas qu'on le prenne pour un "clochard". J'abondais dans son sens : "Une boue propre, c'est plus seyant". Je me pris un coup de "regard Moochagoo".
 
Quelle journée !
 
 
 
 
 

Sava

 
Je lisais un mot reçu par Madame Snake. C'était un petit voisin de sept ans, à l'autre bout du couloir qui lui souhaitait un bon Noël : "Coucou Joyeux Noël merci pour les bonbon que vous acheté pour nous. Cava ma soeur sava et vous moi aussi sava. Merci pour les bonbon (...). On a fait les décoration de Noël, à bientot j'espère".
 
Bon, voilà qui est rafraîchissant. Cet enfant fait encore des choses normales, à une époque qui semble s'inspirer de la loi de Murphy : "Tout ce qui est susceptible de mal tourner, tournera nécessairement mal" (version simplifiée), avec son corollaire : "C'est au pire moment que les choses tourneront mal."
 
Tante Germaine, à qui je confiais ces pensées, était préoccupée par un dessert italien qu'elle venait de manger et dont elle ne trouvait pas le nom. Je lui proposais successivement : Tiramisu, Focaccia, Semifreddo, Allogatto...finalement c'était un Panacotta (crème fraîche, vanille et gélatine).
 
Alors que j'insistais sur les rigueurs du temps, elle me dit "Le Vlit". Là, je dois vous informer que Le Vlit c'etait mon surnom quand j'avais l'âge du petit voisin. Elle disait donc, : "Le Vlit, sois sérieux pour une fois, et fais comme Samuel Beckett qui chantait quand il était dans la merde." *
 
Je fis l'erreur de parler de tout cela à Monsieur Moochagoo qui réfléchit un bon moment en tricotant des chaussons pour un nouveau-né (il aime tricoter par moments). Il me souffla : "L'époque actuelle est caractérisée par deux mots : chute libre et le mot libre me laisse songeur."
 
En plus, hier soir, nous avons vu au cinéma "L'emmerdeur" qui est vraiment un navet**. Pourtant je suis bon public, en général j'adore aussi les navets.
 
Quelle journée !

NB : Parfois perdu dans le labyrinthe des commandes, je me prends à paraphraser Freud, et "je recommande très sincèrement Windows Live Messenger à tous ceux qui en auront besoin".

 
* "Quand je suis dans la merde, je chante". 
 
** Patrick Timsit fait ce qu'il peut, mais les autres sont d'une telle médiocrité en "surjouant" leurs rôles...
 
panacotta au caramel


L'art délicat du billet

 
un compteur pour votre site 11-23
 
"L-A-M-E-N-T-A-B-L-E ! Votre dernier billet "Au marché", était L-A-M-E-N-T-A-B-L-E ! Vous allez perdre vos derniers lecteurs, qui se font de plus en plus rares. Quand aux commentaires, je suis même étonné qu'il y en ait encore ! Votre blog ne sera jamais "grand public". Et si quelqu'un a ajouté : "C'est vrai que c'est dégoûtant!", vous n'avez qu'à vous en prendre qu'à vous même !"
 
Monsieur Moochagoo trouvait que j'avais pris une liberté excessive avec la bienséance et, que j'avais l'illusion de croire que je détenais l'art de faire des billets, qui est un art fort délicat.
 
Tante Germaine m'avait conseillé : "Apprends une bonne fois pour toute à ne plus tomber dans ces pièges sournois du billet dégoûtant !" Elle m'a cité Marguerite Duras : "L'écriture c'est l'inconnu. Avant d'écrire on ne sait rien de ce qu'on va écrire. En toute lucidité. C'est l'inconnu de soi, de sa tête, de son corps. Ce n'est même pas une réflexion, écrire, c'est une sorte de faculté qu'on a à côté de sa personne, parallèlement à elle-même, d'une autre personne qui apparaît et qui avance, invisible, douée de pensée, de colère..." ("Ecrire"). Elle m'a recommandé de lire "très rapidement" les 900 pages du livre d'Hubert Haddad, "Le nouveau magasin d'écriture".
 
J'avais tout le monde sur le dos ! En plus Monsieur Moochagoo avait conclu en japonais : "Shikita ga nai" (De toute façon, il n'y a rien à faire), et mon blog ne faisait que participer à : "Mono no aware" (La poignante mélancolie des choses), et qu'il allait bientôt disparaître.
 
Boris Cyrulnik a dit que : "Le talent suprême consiste à exposer son malheur avec humour". J'espère avoir suivi son conseil, et les doigts dans les mucosités du nez !
 
Quelle journée !
 
Cercueil à découper pour un enterrer un blog.

Au marché

 

Paula, la marchande de fruits et légumes du Marché d’Antony, portait six épaisseurs pour résister au froid. Elle n’avait plus de mouchoirs en papier pour éponger les débordements de ses mucosités nasales. Je lui donnais volontiers la moitié de mon paquet de mouchoirs.

Il n’est pas bon pour une marchande de légumes d’éparpiller quelques mucosités dans les légumes, à moins de vouloir offrir à la clientèle des concombres préalablement fourrés, où il ne resterait à ajouter que de la crème fraiche et du fromage. Un plat de choix en ces fêtes de Noël.

Nous eûmes une discussion  sur l’écoulement rétronasal (lorsque la mucosité nasale s'écoule dans la gorge). Monsieur Moochagoo nous rappela que dans la culture japonaise, se moucher le nez en public est très malpoli ; on s’isole pour se moucher.

Madame Snake dit que nous étions horribles et dégoûtants. Monsieur Moochagoo se remémora un belgicisme : “smeirghe rotte stinkoet”, qui indique qu’un personnage est “dégoûtant et puant à outrance”.

Paula n’avait pas l’air chamboulée ; la rédemption spirituelle est dans le mouchoir en papier.

Bon, allez, je vais me moucher, mais pas dans mes doigts comme d’habitude.

Restons Zen

Cadeaux

 
Einstein a dit : "Le télégraphe sans fil n'est pas difficile à comprendre. Le télégraphe ordinaire est comme un très long chat. Vous tirez sur la queue à New York et il miaule à Los Angeles. Pour le sans fil c'est la même chose, mais sans le chat."
 
Monsieur Moochagoo examinait un téléphone portable inclu dans une peluche de chat. La touche décrocher pouvait aussi s'activer en tirant sur les moustaches du chat, et la touche raccrocher, en tirant sur sa queue. Il semblait douter que sa vieille maman apprécie ce genre de cadeau. Moi je savais que ce téléphone plairait à Tante Germaine, mais seulement s'il est aussi capable de prédire les éclipses.
 
Personnellement je n'utilise qu'assez peu le téléphone portable et uniquement en randonnée ou en cas de grève. Quand aux fonctions GPS, MP3, Internet...Mais c'est vrai que je regrette de ne pas brandir devant moi l'écran du téléphone, à la recherche du texto perdu ; et de ne pas dire à tout moment : "Allo c'est moi, chui-là."
 
Monsieur Moochagoo testait la ligne et prononçait pour son correspondant des mots mystérieux : "Shar, Sogo, Here, Jar, Kano, Bulip, Grimol, Thrux, Motu, Daso, Feng, Zolo", en me confiant : "Seuls les mots qui ne résoudront pas le problème peuvent être utilisés."
 
Je renonçais à comprendre le fonctionnement de l'esprit de Monsieur Moochagoo, et décidais d'aller faire ma modeste argenterie. Voilà une activité saine et logique.
 
Belle journée !
 
Chat long, opportunément raccourci pour le billet.
 
Argenterie faite.

Une vie de Napoléon

 
J'avais eu rendez-vous avec Monsieur X qui voulait me montrer une vie de Napoléon, illustrée avec des dessins abstraits.
 
Lorqu'il me montra l'enfance de Napoléon, je sentis un léger brouillard monter dans mon cerveau. J'avais du mal à voir où était Napoléon. Monsieur X m'assura qu'il fallait regarder le dessin avec un "regard intérieur, une sorte de troisième oeil".
 
J'avais beau exercer mon troisième oeil, ce que je devais voir s'était évanoui sans laisser de traces. Monsieur X me montra alors "Le sacre de Napoléon" :
 
Je cru voir Napoléon, mais avec un pull à l'envers. Monsieur X fût assez mécontent de ma remarque, je m'excusais  en lui disant : "Je suis un peu distrait ces temps-ci".
 
Il me montra encore une dizaine de dessins du même genre. Le brouillard dans mon cerveau avait fait place à de la sauce blanche, et chacun sait que la sauce blanche pour penser... Je ne voulais pas, in fine, ressembler à de la "guimauve frippée", selon l'expression de Tante Germaine.
 
Monsieur X me montra la dernière illustration : "Napoléon à Sainte-Hélène".
 
Je devinais que j'allais avoir besoin d'un transplantation du cerveau, et au grand désespoir de Monsieur X, je pris congé.
 
Je me souvins de l'aphorisme de Tante Germaine : "Si on ne pense pas l'Art, il ne peut exister". J'aimerais avoir l'avis de Monsieur Moochagoo sur cette question, mais je crains ses réponses.
 
Quelle journée !
 
Dans l'ordre : L'enfance de Napoléon, Le sacre de Napoléon, Napoléon à Sainte-Hélène. Les originaux font environ 1OOx70cm. Monsieur X n'a autorisé que la reproduction de miniatures.
 
NB Images rétablies 12/12/08

La rêverie, c'est dûr !

 
J'étais allé écouter une conférence au Collège de France. Le conférencier avait un fort accent étranger qui me rendait inaudibles certains mots, et je connaissais en partie les thèmes qu'il développait. Mon attention commença à flotter avec un roulis de quelques degrés, sous l'effet d'une houle de rêveries qui arrivaient de travers.
 
Je m'enfuis dans une rêverie qui filait à travers le temps, et me fit revenir à certains moments de ma jeunesse où je m'ennuyais.
 
Le conférencier parlait de Rousseau, d'Hegel et Marx, mais mon regard se porta sur le mur blanc à ma droite, où je vis des traces de griffures. Je me souvins aussitôt des murs d'une chambre à la campagne, où j'étais obligé de faire la sieste. Pour m'occuper durant ces moments là, j'imaginais des visages ou des paysages dans les irrégularités du papier et du plâtre. Je disparaissais alors derrière les rideaux d'un théatre sans spectateurs.
 
Juste au dessous des griffures, un éclairage au niveau du plancher, qui passait à travers une grille en fer, dessinait des ombres géométriques sur le mur de la salle de conférences, les mêmes que celles qui passaient le soir à travers les volets en bois de ma chambre en province, alors que j'attendais le sommeil. Parfois ces ombres glissaient sur le plafond en fonction des voitures qui roulaient dans la rue.
 
Enfin, au dessus des ombres et des griffures, une fenêtre permet d'apercevoir la cour intérieure du Collège de France, un modèle d'architecture inspirée de l'Antique ; la même architecture que je contemplais lorsque j'allais à l'intérieur de l'église de la Madeleine, et où mon esprit, immanquablement, partait vers des cieux très profanes.
 
Ces souvenirs formaient comme trois bulles au dessus de ma tête. J'eu le sentiment qu'elles allaient se fondre en une unique sphère et que j'allais enfin découvrir avec précision...
 
"Eh bien voilà, Mesdames et Messieurs, j'ai terminé. Y a-t-il des questions ?"
 
Les trois bulles éclatèrent et je retombais brutalement dans le présent. Ah, la rêverie, c'est dûr !
 
Image de Goro Fujita
 

Calypso aie!, Calypso aie!

 
Monsieur Moochagoo devait, pour une revue spécialisée, commenter une citation du mystique persan Djalal al-dîn Rûmi (1210-1273) : "Le passé et le futur n'existent qu'en relation avec toi ; tous deux ne sont qu'un, c'est toi qui penses qu'ils sont deux".
 
Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais cette phrase est une illustration du mot "paradoxe". Monsieur Moochagoo était depuis une demi-heure devant une feuille blanche, l'air héberlué, et me parlait de "la sagesse impalpable du crayon à bille".
 
J'étais dans l'incapacité de dialoguer sur ce sujet "sous-jacent et précaire", comme aurait dit Tante Germaine, lorsque nous avions des discussions philosophiques pendant une partie de croquet. J'aime bien les sujets "sous-jacents et précaires", mais les stylos à billes me laissent sec, surtout si leur encre devient inutilisable par grande chaleur.
 
La radio déversait les sons harmonieux d'un "Calypso Italiano", chanté par Dalida : "Calypso aie!, Calypso aie! calypso Italiano, Calypso si! calypso si! calypso Siciliano, calypso..", des paroles pleines de bon sens qui reposent un esprit volontier inquiet comme le mien.
 
Monsieur Moochagoo avait écrit : "La délectation vénéneuse des bons souvenirs rompt l'harmonie de..". Il s'était de nouveau arrêté et il y eût une grande plage de silence.
 
Je sentis le chatouillis de la solitude. Dalida continuait : "Mais un jour ce petit vent de folie, S'envolera loin de l'Italie, Remportant aux îles lointaines, Mille sérénades Napolitaine".
 
Certains jours on ne construit rien de durable...
 
Belle journée !
 
Cube sous-jacent et précaire

"Gishi-gishi",

 
un compteur pour votre site 11-23
 
Nous étions revenu à l'Etang du Moulin à Renard, au sud de Versailles. Je voulais faire des photos en prenant mon temps, ce qui n'avait pas été possible la semaine dernière avec le club de randonnées.
 
Monsieur Moochagoo lisait "Moo" de Jane Smiley (1996, Payot), un roman sur les "ploucs"* du Midwest américain. Je lui demandais s'il avait choisi "Moo" en fonction de son nom. Il me lança un regard de biais, retourné. Je déteste les regards de biais retournés, je les trouve inquiétants. Ils me font des cliquetis dans l'âme. Et les cliquetis dans l'âme, ça peut aller loin. Fitzgerald parle même à ce sujet de "l'obscure nuit de l'âme".
 
Je sentis que j'allais me créer une liste de choses détestables, comme Sei Shônagon dans ses "Notes de chevet" (XIème siècle). Parmi les choses détestables, elle citait : "Un visiteur qui parle longtemps alors qu'on est pressé", un bâton d'encre qui grince "gishi-gishi", "On se couche ; mais un moustique s'en vient voler tout près de votre figure", "Celui qui, en sortant, ne referme pas la porte qu'il vient d'ouvrir".
 
Je n'osais pas demander si "Moo" de Jane Smiley était "gishi-gishi" ou non. Mais il me parla soudain de sa soeur qui avait été reine du cochon en Bretagne. Personnellement je préfère le titre de "Reine des fraises" qu'avait obtenu une tante de Madame Snake à Bièvres, c'est quand même plus seyant.
 
Je répondis à Monsieur Moochagoo que ça me reconfortait de savoir que sa soeur avait eu une belle vie, une fois reine des cochons. Là, j'ai eu droit à un double regard de biais, retourné.
 
Belle journée !
 
* Comme le soulignent les aimables commentateurs, chacun les siens. En plus on est toujours le plouc de quelqu'un d'autre.
 

Voisinage

 
"Cuire un ver "anaret" dans l'huile de "ben" et en frotter la tête de la femme haïe."
"Placer une feuille de lotus brûlée dans l'huile et en frotter la tête de celui, ou celle, que l'on déteste." *
 
Monsieur Moochagoo trouvait ces deux recettes magiques pour faire tomber les cheveux, fort intéressantes, et était prêt à les utiliser contre une voisine envahissante, qui avait ses humeurs et disposait des plantes partout sur le palier.
 
Je lui demandais s'il était sûr que la paix régnerait à nouveau. Il me répondit : "A quoi bon tergiverser ?" 
 
S'agissait-il d'une sorte de ping-pong à contre-temps, ou mieux encore d'un saut périlleux dans l'inconnu, car qui pouvait prévoir la réaction de la voisine ?
 
Je lui proposais une nouvelle arme, les orties crues en salade, mais Monsieur Moochamoo eût des craintes car : "une exposition de la langue aux piqûres d'orties, pouvait soudainement causer un œdème fatal".
 
Un œdème fatal ! Je pensais en moi-même que la voisine pourraît revenir sous forme de fantôme domestique, mais qu'elle serait probablement incapable d'enlever les plantes du palier, car un fantôme traverse tous les matériaux.
 
Longtemps, Tante Germaine a été persuadée qu'un fantôme se manifestait par un bouton du volume d'une radio qui tourne tout seul, un chat qui crache et qui s´enfuit après avoir regardé en l´air "dans le vide" (sic), et une roue de vélo qui tourne toute seule. Depuis, elle a beaucoup évolué et pense que ce qui existe, "ce sont des personnes qui interprètent certains évènements très ordinaires, comme des manifestations fantomatiques".
 
Monsieur Moochagoo était revenu à de meilleures dispositions, car il avait lu que pour les egyptiens, l'érable sycomore ainsi que le pavot servaient à la préparation de potions apaisantes *. Nous avions peut-être trouvé une solution pacifique ; il nous reste à trouver une préparation issue du pavot sans nous retrouver en prison.
 
Belle journée ! 
 
* Papyrus Ebers
 
Morceau de céramique égyptienne :

Ergonomie

 
Pendant un mois je vais mettre mes billets en double sur MsN et Blogger.com [Google]. Au bout d'un mois je verrai quel est le système le plus ergonomique.
 
 
J'ai déjà copié tous mes billets depuis 2005 sur Word, car les farfelus d'ici pourraient bien les faire disparaître, au nom des "mamours en réseau" et autres billevesées de marketing. Je vois d'ici les réunions : "Il faut nous recentrer sur le style FaceBook, c'est l'avenir...et l'argent".
 
Dindon de la farce
 
 

Progrès et nouveautés

 
C'est un vrai labyrinthe pour se retrouver dans la nouvelle présentation. Sans doute un "progrès" pour exercer nos neurones...
 
Quelques doux dingues ont voulu justifier leurs salaires !
 
Le pire c'est qu'ils doivent avoir une très bonne image d'eux-mêmes et nous, on doit apparaître comme les "mauvais", qui ne comprennent pas leur Grand Oeuvre !
 
Les mauvais (nous)
 
 Les bons redresseurs de site
 
 

"Tu as éloigné mon coeur de moi de milliers de mille"

 
On ne connaîtra jamais ce qui était écrit sur un papyrus de la reine Tiyi (épouse d’Aménophis III, 1391-1353 av JC), dont on n'a retrouvé que la fermeture de l'étui où il se trouvait. Seul le nom de la reine et le "titre" du rouleau sont lisibles sur cette fermeture : "Le Livre du doux sycomore"*.
 
C'est comme si l'on avait devant nous une porte définitivement close, avec une plaque où est gravée cette phrase emprunte de poésie. Monsieur M. Wilson dans une fiche du INIST-CNRS (2008), nous indique que : "Le sycomore joue un rôle important dans la croyance égyptienne, il était assimilé à la déesse Hathor et aussi à Nout". Et Monsieur Bellakhdar Jamal sur le site "Tela Botanica" (2004), rappelle opportunément que : "Le Sycomore, appelé aussi Figuier des Pharaons, est présent partout dans la civilisation égyptienne ancienne."
 
Voilà des indices ténus, au delà desquels nous ne pouvons aller, sinon, comme on dit : "C'est l'aventure".
 
J'en étais là de mes reflexions quand je me souvins que je faisais du yoga dans une pénombre bienvenue, sinon j'aurais eu droit à un regard réprobateur de mes voisins. 
 
Une personne venait de péter, et je rigolais intérieurement pensant au mot de Tante Germaine : "Le pet , c’est un des risques du yoga !"
 
Je n'arrivais pas à me concentrer, d'autant que me revenaient à l'esprit les admirables lamentations de Nephtis, lors de la mise au tombeau d'Osiris : .."Tu as éloigné mon coeur de moi de milliers de mille / Avec toi seul je désire faire ce que j'aime ! / Si tu vas au pays d'éternité je t'accompagne.."* (Papyrus du Metropolitan Museum de New York, trad. de Schott).
 
Il faut un jour que j'arrive à faire coïncider mon esprit avec ce que je fais, et que je cesse de l'éloigner de moi de milliers de mille.
 
Belle journée !
 
* Cf : "La femme au temps des pharaons", Christiane Desroches Noblecourt, 1986
 
TiyiTiyi