-Snake0644's profile"Mister Moochagoo and I"PhotosBlogListsMore Tools Help

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    Brin d'herbe et pudeur.

     
    A l'époque du Ramayana (environ 500 av JC, 100 ap JC), dans le Nord de l'Inde, il n'est pas convenable pour une femme d'avoir un contact (verbal ou autre), avec un homme qui n'est pas son mari ou un proche parent.
     
    Si la femme veut exprimer son refus de tout contact avec un homme étranger, montrer qu'elle reste fidèle à son époux et manifester sa pudeur, elle dépose sur le sol un brin d'herbe.
     
    Le brin d'herbe représente symboliquement la clôture du gynécée, que tout homme, respectueux et moral, ne doit pas franchir.
     
    Dans le Ramayana, la princesse Sita, épouse de Rama, a été enlevée par le roi des Démons, l'infâme - mais follement amoureux - Ravana. Celui-ci tente de persuader Sita de devenir son épouse. Néanmoins il ne la touchera pas, car il souhaite provoquer son amour, par l'amour qu'il porte en lui.
     
    Sita refuse en déposant un herbe entre elle et Ravana, et en lui exposant longuement ses raisons de ne pas céder.
     
    Ravana est furieux et remarque : "Plus on cajole les femmes, plus on tombe en leur pouvoir ; plus on leur parle aimablement, plus elles vous dédaignent."
     
    Il respectera Sita, mais jusqu'à un certain point : "J'attendrai encore deux mois ; c'est le délai que que je te fixe pour monter sur ma couche, ma belle. Au terme de ces deux mois, si tu ne m'accepte pas pour époux ; mes cuisiniers te découperont en morceaux pour mon déjeuner."
     
    Ouf, la vertu de la princesse Sita est sauve !
     
    Source : "Le Ramayana", La Pléiade, Gallimard, 1999. Notes par Madeleine Biardeau.
     
     
     
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    Sita1La princesse Sita
     
    RavanaL'infâme Ravana
     
     

    Jeunes des tribus Surma et Mursi en Afrique de l'Ouest dans l'Omo Valley

     
    La mode à la limite de l'Ethiopie, du Kenya et du Soudan. Une mode infiniment plus belle et poétique que ce que nous infligent les défilés de modes d'anorexiques à Paris, New York ou Milan.
     
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    Source : Daily Mail (UK) du 28/02/08, Photos superbes de Hans Silvester.
     

    Visage qui tremble

     
    "Il boit son café à petites gorgées. Le visage qui tremble et bouge dans le liquide noir de la tasse semble un présage des choses à venir. Des choses qui perdent leur forme. Qui vous emportent avec elles. Il pose sa tasse.."
     
    "No Country for Old Men", Cormac McCarthy, Points, 2006
     
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     file_1390519Photo Andreas Stridberg

    Hic sunt dracones

     
    Hier en marchant dans la Forêt de St-Germain-en-Laye, je remarquais au carrefour de l'Etoile du Bout du Monde, un poteau qui indiquait la Route du Bout du Monde.
     
    Je fis remarquer à Monsieur Moochagoo : "A la fin de la Route du Bout du Monde - c'est pratique - on peut considérer qu'en pleine Forêt de St-Germain-en-Laye, on est au bout du monde".
     
    "Oui c'est exact", dit-il, "à la fin de cette Route du Bout du Monde, nous sommes bien au bout du monde. Nous ne sommes pas, comme vous pouvez le constater, en terra incognita, dans un territoire qui n'aurait jamais été exploré par l'homme. "
     
    "C'est rassurant, répondis-je, d'arriver au bout du monde dans des conditions d'aussi grande sécurité. Autrefois on pensait qu'au bout du monde "hic sunt dracones" (ici il y a des dragons)."
     
    Monsieur Moochagoo se voulu pédagogue : "La Terre étant ronde, il faut bien que le bout du monde soit à un endroit précis, et il se trouve que c'est dans la Forêt de St-Germain-en-Laye. Il fût un temps où ce bout du monde n'avait pas été dégagé. Il était caché par un tas d'autre bouts."
     
    "De bouts de quoi ?"
     
    "D'autres bouts du monde, voyons !!", Monsieur Moochagoo commençait à s'énerver, "Mais un seul bout du monde s'est imposé, celui-là".
     
    J'argumentais : "Oui, mais la Route du Bout du Monde a deux bouts. Quel est le bon bout ?"
     
    Monsieur Moochagoo fronça les sourcils et me foudroya du regard : "Vous n'avez qu'à considérer que cette Route du Bout du Monde est un ruban de Möbius, un point, c'est tout".
     
    Je jetais l'éponge. "Peut-être le bout du monde n'est-il que dans les gares ?", pensais-je en m'inspirant d'un citation de Gorges Perec. *
     
    * "Peut-être le bonheur n'est-il que dans les gares ?"  tiré de "Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour".
     
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    moebius_stripBande de Möbius
     
     
     
     
     

    Attaquée par une taupe à Meudon !!!

     
    "Tiens un chêne pédonculé !"
     
    Pour une fois Monsieur Moochagoo ne lisait pas en marchant. Nous étions en train de progresser dans la Forêt de St-Germain-en-Laye, accompagné de soixante dix personnes. Il avait interrompu une  chanson de Léo ferré : "Je suis d'un autre pays que le vôtre, d'un autre quartier, d'une autre solitude..", pour s'intéresser au chêne pédonculé "dont le fruit est le gland". Je suis assez nul en taxinomie des plantes, mais ça, je le savais.
     
    Il y a des années, Tante Germaine, alors que nous étions en vacances dans l'Aube, m'avait tout appris sur le chêne pédonculé. J'avais eu le tort de vouloir ramener ma science toute nouvelle des chênes pédonculés devant le bistrotier du coin. Il m'avait vertement prévenu : "Restez poli s'il vous plaît, je ne suis pas de ce bord-là !" Une amitié naissante avait été étouffée dans l'oeuf..
     
    Je me rappelle qu'une autre fois j'avais voulu parler du bouleau verruqueux à ma chef. Elle m'avait répondu: "Ah oui, les varices, c'est du boulot pour les enlever." Tante Germaine m'a toujours dit qu'il faut éviter les quiproquos avec la hiérarchie, j'ai donc changé de sujet et évoqué le camerisier à balais, "arbrisseau dont les rameaux servaient jadis à confectionner des balais rustiques". Je n'eu aucun succès. La vie est ainsi faite.
     
    Une randonneuse racontait qu'elle n'avait pu emmener du saucisson ce matin, car celui-ci avait été grignoté, "et il y avait des crottes de souris". C'est ce qu'on appelle dans l'industrie agro-alimentaire un produit transformé. Je vois d'ici la publicité : "Des crottes de souris, oui, mais c'est du saucisson réduit ! Gagnez de la place !"
     
    Une autre randonneuse évoquait la peur d'un voisine "attaquée par une taupe à Meudon ! Vous vous rendez compte, à Meudon !" Monsieur Moochagoo me jura qu'il n'avait jamais été attaqué par une taupe, "mais il est vrai qu'à Meudon, c'est peut-être possible". Je vis que son moral remontait.
     
    Il m'entretint de l'aubépine monogyne "qui a pour fruit la cénelle qui servait à faire de la farine". J'opinais du bonnet tout en écoutant une personne qui affirmait que "la ruralité revient". Pour ma part je préfèrerai que l'urbanité revienne, surtout en ville.
     
    Belle journée !
     
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    Fenêtres de l'âme

     
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    "On dit que les yeux c'est les fenêtres de l'âme. Je me demande de quoi ces yeux-là étaient les fenêtres et je crois que j'aime mieux ne pas le savoir."
     
    "No Country for Old Men", Cormac McCarthy, Points, 2006
     
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    Drôle à pleurer

     
    Monsieur Moochagoo était d'humeur mélancolique. Il me confia : "Tout ce que j'entreprend en ce moment se solde par un échec. Rien ne marche comme je voudrais."
     
    Loin de me réjouir - Tante Germaine me dit toujours : "Ce n'est pas bien de se réjouir du malheur d'autrui" - je lui demandais quelques précisions. (Je me réjouissais quand même un peu, mais pas trop).
     
    Monsieur Moochagoo me raconta ses tourments :
     
    "Vous savez que, de temps à autre, j'envoie des articles spécialisés à des revues savantes. Mais je sais que je ne suis lu que par un nombre réduit de lecteurs. Depuis quelques mois, je fais partie d'un atelier d'écriture où, ceux qui le souhaitent, présentent un texte de quelques pages. Il s'agit de raconter des histoires drôles, tristes, émouvantes ou passionnantes...
     
    Cette semaine, j'ai présenté pour la première fois un texte que je crois drôle. Je l'ai lu devant une vingtaine de participants, sans vraiment lever les yeux pendant que je lisais. Je ne voulais pas trébucher sur un mot ou sur une phrase. A la fin de ma lecture, je regardais mes auditeurs : ils étaient tous en train de pleurer et certains sanglotaient bruyamment. J'étais attéré."
     
    Là, j'étais mort de rire - un effet indirect du texte, c'était déjà ça - mais je gardais un air compatissant. C'est un exercice incroyablement dur. Curieux, je demandais à Monsieur Moochagoo de me lire le texte.
     
    Lorsqu'il eu fini, je sanglotais à mon tour. J'étais devenu une fontaine de larmes. D'habitude, j'ai une soeur à qui ce rôle est dévolu, surtout quand elle regarde un film. Mes pieds ne faisaient pas encore floc floc sur la moquette, mais c'était en bonne voie.
     
    A travers mes larmes, je distinguais la tête de Monsieur Moochagoo : il était effondré.
     
    Je le consolais en reniflant : "Votre texte est superbe, mais il n'est pas drôle. Cette histoire triste est si bien écrite qu'on ne peut que pleurer à gros bouillons. Tenez, récemment j'ai lu "La Route" de Cormac McCarthy. Je n'ai jamais de ma vie lu une histoire aussi atroce, j'ai été obligé d'en interrompre plusieurs fois la lecture, tellement c'était bien fait dans l'atroce."
     
    Une journée lacrimale !
     
    tearsPhoto filip spagnoli

    Constance et calme

     
    "Les larmes qui jaillissent tu dois les retenir à force de fermeté. Garde ta constance : la constance est la marque des natures élévées. Dans l'infortune, dans une passe difficile, dans le péril, sur le point de mourir, l'homme résolu emploie son intelligence à réfléchir et ne se laisse pas abattre. Le sot qui s'abandonne à la faiblesse s'enfonce immanquablement dans le chagrin, tel un navire surchargé dans la mer."
     
    Ramayana, Chant IV, chapitre VII. (La Pléiade, Gallimard, 1999)
     
    "N’en doute pas, quiconque naît homme peut s’élever au-dessus des choses humaines ; douleurs, pertes, tribulations, blessures, révolutions qui grondent autour de lui, il peut tout envisager sans pâlir, supporter avec calme les disgrâces, et le bonheur avec modération, sans ployer sous les unes, sans se fier à l’autre, rester égal et le même dans les conjonctures les plus diverses, et penser que rien n’est à lui que lui seul, c’est-à-dire encore la meilleure partie de son être."
     
    Sénèque, "De la constance du sage" (Traduction Pierre Billard) 
     
    Etonnant de voir combien Sénèque (4 av JC, 65 ap JC) et les stoïciens vivants à Rome, étaient proches des auteurs du Ramayana, composé autour de la même période dans l'Inde ancienne.
     
    seneque-fullSénèque
     
     
    Valmiki_Jayanti-138_bigL'ascète Valkimi, auteur légendaire du Ramayana

    Des propos inconsidérés !

     
    "Les femmes ont l'habitude de tenir des propos inconsidérés. Elles trahissent leur véritable nature, car tout le monde sait qu'insoucieuses de leurs devoirs, frivoles et acerbes, elles sèment partout la discorde."
     
    Le Ramayana de Valkimi ("La Pléiade", Gallimard 1999)
     
    Le Ramayana est comparable à l'Illiade et l'Odyssée, et aurait été écrit entre 500 av JC, et 100 ap JC.
     
    Madeleine Biardeau qui a supervisé la publication du texte de 25000 vers dans La Pléiade, signale en note que c'est une "opinion largement répandue dans toute la littérature sanscrite".
     
     
    sitaSita et Hanuman (Angkor Vat)
     
    Sita1La Princesse Sita est un des personnages principaux du Ramayana.

    La fuite

     
    Le 24 février 1525, François 1er subit une sérieuse défaite à Pavie non loin de Milan. Les armées espagnoles de Charles Quint, commandées par le Connétable de Bourbon, pénètrent dans la nuit du 23 au 24 dans Pavie, et massacrent la cavalerie française, après avoir été un temps repoussés. François 1er est fait prisonnier. Il est blessé au visage au niveau du sourcil, au bras, et à la main droite. Les coups d'arquebuses ont été bloqués par sa cuirasse. 
     
    A l'époque les armées sont privées. Le Connétable de Bourbon qui combattait à Marignan en 1515, aux côtés de François 1er, est passé chez Charles Quint. Et 5000 alliés Suisses des Grisons se sont retirés pour protéger leur Canton, également menacé par les troupes de Charles Quint. Pire, le duc d'Alençon, qui a épousé Marguerite d'Orléans-Angoulême, soeur de François 1er, a fuit durant la bataille.
     
    A la demande de Marguerite d'Autriche, régente des Pays-Bas pour le compte de son neveu Charles Quint, une commande de sept tapisseries est faite au peintre Bernard Van Orley, dont le sujet est : "La Bataille de Pavie". Les vainqueurs veulent que la postérité se souvienne de ce haut fait d'armes. Elles seront exécutées de 1525 à 1531. La 6ème tapisserie (faite après 1525), illustre...la honteuse fuite du duc d'Alençon. Le duc est très éprouvé par la défaite et ses pairs l'accusent d’avoir abandonné le roi. Il tombe malade et meurt en 1525.
     
    Un porte-parole de la Présidence actuelle devrait commander une tapisserie, pour illustrer la trahison dont il fut la victime à Neuilly-sur-Seine. Ce serait chic dans son bureau de l'Elysée...
     
    Bernaerd_van_Orley_002Marguerite d'Autriche par Bernard Van Orley
     
    PavieBataille de Pavie : la fuite du duc d'Alençon, par Bernard Van Orley
     
    MargueriteClouetMarguerite, soeur du roi françois 1er, par Clouet.
     
     

    Rose !

     
    Vider une maison qui va changer de propriétaire demande du boulot et de l'organisation. Nous étions plusieurs pour vider une remise et un grenier, par où on accédait avec une grande échelle. Il y avait là depuis trente ans des meubles en très mauvais état, des lits, des berceaux et des commodes, des planches et des vélos hors d'usage...
     
    Il y avait ceux qui commentaient sans rien faire et ceux qui faisaient sans rien dire.
     
    J'alimentais un feu avec ce qui n'était pas récupérable par un brocanteur, c'est à dire beaucoup de choses. J'espère que les araignées avaient eu la présence d'esprit de quitter les morceaux de bois et les vieux paniers en osier. Il faisait 4°, ça réchauffait.
     
    Monsieur Moochagoo était en train de prendre des photos de petits cailloux amassés par un oncle pendant une quinzaine d'années au prétexte qu'ils avaient des formes singulières. Je les rendais à la nature pendant que Monsieur Moochagoo, le derrière en l'air, réglait son objectif à deux centimètres "de ces cailloux de formes étonnantes, non ?".
     
    Juste avant, il avait reçu sur la tête, jetés du grenier par un des mes beaux frères fort actif, un petit cadre vide, deux paniers en osier et un morceau de berceau pour enfant. Mais il n'avait rien osé dire, eu égard à l'âge du beau-frère.
     
    Il arrêta de prendre des photos et regarda un lit en fer rouillé, encore garni d'un tissu blanc à motifs roses. Il se posait des questions sur la couleur rose : "Comment sais-je que cette couleur est vraiment rose ?".
     
    Je lui fis remarquer que ce n'était pas du rose bonbon, c'était plutôt rose vieillot. J'ajoutais que c'était un rose vraiment réussi et que je connaissais une gamme des roses s'en approchant y compris le rose poudre. J'aurais très bien vu ce berceau dans une chambre rose fushia avec des rideaux clairs.
     
    J'eu droit à un regard lourd de conséquence. Au bout d'un instant il me répondit : "J'évoquais un argument de Wittgenstein* concernant les couleurs".
     
    Je sentis que je n'avais pas été à la hauteur.
     
    Nous partîmes déjeuner à Saint-Rémy-sur-Avre. Avec l'aide d'un Buzet, on voit le rose avec plus de sérénité.
     
    Belle journée ! 
     
    * Philosophe autrichien (1889-1951)
     
     
     
     
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    En crevette rose

     
    François 1er (1494-1547) mesurait presque 2m, ce qui était très grand pour l'époque. Les lettres des ambassadeurs étrangers à la Cour de France permettent de cerner le personnage, magnifiquement habillé (il fallait paraître vis à vis des autres Cours), coureur de femmes et d'un grand sens de l'humour.
     
    A l'époque, dans toute l'Europe, on adorait les mascarades. Ces fêtes faisaient vivre un grand nombre d'artisans. A la Cour du Roi de France, Hugues Sambin, sculpteur et architecte, dessinait des costumes extravagants. A Fontaineblau, dans la salle de bal, François Ier apparaissait ainsi déguisé en centaure. Une fois il se déguisa en crevette rose avec le Cardinal Jean du Bellay.
     
    Je n'imagine pas notre Président actuel, déguisé en crevette rose avec le Cardinal André Vingt-Trois, dans la salle de bal de l'Elysée...
     
    Les choses ont beaucoup changé..
     
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     Francois-1515-MarignanoFrançois 1er à Marignan, "déguisé" (pour nous) en Chef Indien. Ces tenues guerrières étaient courantes au XVIème.

    Nerfs moteurs de la face

     
    "Nous croyons avoir rendu théoriquement et pratiquement vraisemblable
    notre idée que l'expression du sourire est de pure mécanique,
    et qu'elle résulte d'une excitation légère des nerfs moteurs de la face."

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    Georges Dumas, "Le Sourire", PUF 1948.
     
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    vinci02Deux sanguines de Léonard de Vinci
     
    Le plus dur le matin, c'est de mettre les nerfs moteurs de la face en route...quand aux nerfs moteurs de la farce, je n'ose même pas y penser.

    Quod nemo novit, paene non fit

     
    "Vous disiez l'autre jour que j'étais peut-être un personnage de fiction. Mais je vous rappelle que Quod nemo novit, paene non fit*. Vos lecteurs me connaissent, donc j'existe.
     
    Trêve de plaisanterie, ce que je suis, c'est comme pour les japonais, ce je pense profondément (notion de honne), par opposition à ce que je montre en façade (notion de tatemae). Le personnage que vous décrivez dans vos billets est tatemae, ce n'est pas tout à fait *moi*, tant s'en faut."
     
    J'étais dans mes petits souliers.
     
    "Mais changeons de sujet. Tel Monsieur de Ponchâteau, qui logeait à Port Royal, j'aime dire : In omnibus requiem quaesivi et nusquam inveni nisi in angulo cum libro**. Vous pouvez dire en effet, que, lorque je lis, je passe dans un autre monde."
     
    Je le savais !! Monsieur Moochagoo a de mystérieuses relations avec les livres. Je restais silencieux car le mystère (mistere), qui est "une manière intime de penser", est lié au silence.
     
    Monsieur Moochagoo cita Fontenelle : "..non seulement nous n'avons pas les principes qui mènent au vrai, mais que nous en avons d'autres qui s'accommodent très bien avec le faux."
     
    Je prétextais une course urgente pour éviter d'avoir à commenter cette dernière citation. Je m'en étais bien tiré. Pfffffffouuuu !
     
    * "Une chose qui n'est sue de personne peut être dite inexistante".
    ** "J'ai cherché le repos dans tout l'univers et je ne l'ai trouvé nulle part que dans un coin avec un livre".
     
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    Robinson Crusoé

     
    "Saviez-vous que Monsieur de Fontenelle créa le 17 juin 1744 avec Monsieur Le Cornier de Cideville, l'Académie de Rouen ? C'était une société savante qui réunissait un certain nombre d'érudits."
     
    La question de Monsieur Moochagoo me prit de court. J'étais en train d'essayer de vendre à une petite fille, "Robinson Crusoé" en images, "à l'usage de ceux qui ne savent plus lire que les textos de moins de cinq mots". L'éditeur de Robinson Crusoé avait bien raison de prévoir l'extension de l'analphabétisme dans le prochaines années, on est jamais trop prudent.
     
    La vente échoua car la petite fille me fit remarquer qu'elle avait déjà lu tout Harry Potter, et qu'elle préférait Robinson Crusoé sans images. Je devais me rabattre sur des adultes, de ceux qui regardent leur téléphone avec des yeux de poissons morts et la bouche grande ouverte.
     
    Dimanche, nous vendions quelques menus objets dans une brocante couverte d'Antony. C'était une sorte de vide-grenier, et en ce qui me concerne un vide-garage, car je n'ai pas de grenier. Monsieur Moochagoo s'était proposé de nous "aider". J'avais quelques craintes.
     
    Je n'eu pas à répondre à Monsieur Moochagoo, car un Monsieur me demanda si j'avais "Koenigsmark" par Pierre Benoit, le "Livre de Poche" numéro 1. "Non Monsieur".
     
    Qui lit Pierre Benoit aujourd'hui à part Tante Germaine ? Elle m'avait affirmé que les citations de Pierre Benoit sont connues de tous : "Le travail ! La seule chose qu'on ne regrette jamais" (in Koenigsmark). "Une belle citation !" avait-elle insisté. J'avais ri intérieurement, car il ne faut jamais rire de ce que dit Tante Germaine.
     
    Monsieur Moochagoo me prévint qu'il cherchait un objet vleu « vert jusqu'à un certain moment précis et bleu ensuite ». "C'est un objet dont parle Nelson Goodman (1906-1998), un philosophe américain". Je lui conseillais de faire le tour des vendeurs, ce qui allait lui prendre un long moment.
     
    L'intérêt d'un vide-greniers, c'est qu'on s'allège de tous les objets inutiles accumulés pendant des années.
     
    La petite fille de tout à l'heure revint me voir pour me demander : "où est passé le grand Monsieur rigolo qui cherche un objet vleu ?"
     
    Belle journée !
     
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    Toukârâm

     
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    "Je suis venu de loin. J'ai souffert de maux effrayants et j'ignore ce que me réserve encore mon passé."
     
    "Mon esprit boîte, je ne connais pas de remède."
     
    "Si j'avais quelque sagesse / Je tomberai en grand péril."
     
    Toukârâm (1598-1650), était un poète indien, né dans la plus basse caste : les Shoudras (agriculteurs et bergers)
     
     

    Golem ?

     
    "Les barrières entre réalité et fiction sont plus minces que nous ne l'imaginons, un peu comme un lac gelé. des centaines de personnes peuvent le traverser, mais un soir, ça dégèle à un endroit, et quelqu'un tombe dans le trou. Le lendemain matin, la couche de glace s'est déjà reformée." *
     
    Je me suis souvent demandé si Monsieur Moochagoo n'est pas en réalité un personnage qui se serait échappé d'une fiction...Si je trouve un livre où il manque un personnage, il faudra que je fasse des comparaisons. J'espère que ce n'est pas Sherlock Holmes qui continue une forme d'existence dans notre univers.
     
    Ce pourrait-être l'inverse, me direz-vous, Monsieur Moochagoo est peut-être allé habiter dans l'univers de Sherlock Holmes. Ce personnage a d'ailleur une telle consistance que beaucoup sont persuadés que Sherlock Holmes a bien existé. Mais je ne crois pas trop à cette hypothèse.
     
    Hier, prenant mon courage à deux mains, je lui ai fait part de mes doutes.
     
    Il était en train de boire un vieux cognac, et il est d'abord resté silencieux. Puis il me dit l'air sarcastique : "C'est peut-être vous qui m'avez créé de toutes pièces, tel le Golem créé par le MaHaRal de Prague. Faites attention, le Golem aurait écrasé son créateur, au moment où celui-ci, prenant peur devant la puissance de sa création, voulu le faire retourner à son état originel, la glaise."
     
    Là, je commençais à être inquiet, l'avais-je créé avec le premier billet**, où je parlais de lui ?  
     
    moochMonsieur Moochagoo. Il trouve ce portrait "complètement raté". 
     
     
    * Jasper Fforde, "L'Affaire Jane Eyre".
    ** Billet du 5 septembre 2006.

    Bahram Gur et Azada

     
    Le "Livre des Rois" iranien (Shanamêh ou Shahnama), fut composé vers l’an 1000-1010 par le poète Firdoussi et comprend 50.000 vers.
     
    C'est une épopée comparable à l'Illiade et l'Odyssée. On y trouve d'innombrables histoires autour d'une trame principale : l'histoire de l'Iran depuis la création du monde, jusqu'à l'arrivée de la religion islamique.
     
    Une de ces histoires est souvent représentée sur les céramiques et sur les miniatures : on y voit un cavalier installé sur un dromadaire avec une jeune fille.
     
    Il s'agit du roi Bahram Gur qui chasse avec sa courtisane Azada, harpiste renommée. Le roi veut impressionner Azada par ses exploits de chasseur. Installée comfortablement à l'arrière du dromadaire, et jouant de la harpe, Azada se pique au jeu. Elle lance des défis de chasse de plus en plus difficiles au roi.
     
    Un des défis consiste à blesser avec un arc une gazelle, à la patte arrière et à l'oreille, simultanément. Le roi s'exécute et réussit le tour de force.
     
    Mais à la fin, excédé par les railleries d'Azada, qui ne lui trouve jamais assez de virtuosité dans l'art du tir à l'arc, le roi Bahram Gur jette Azada à terre, et la piétine avec sa monture.
     
    Une bien triste histoire !
     
    Bahram Gur AzadaBahram Gur sur son dromadaire avec Azada jouant de la harpe. Source Victoria and Albert Museum à Londres
     
    Bahram Gur hunting with Azada Shahnama 1352Barham Gur a jeté à terre Azada ! (Folio de 1352). Source : Image du Métropolitan Museum à New York.
     
     

    Omen

     
    L'omen, chez les anciens romains est un présage en rapport avec une parole fortuite prononcée sans intention particulière, mais qui a valeur de vérité pour celui qui l'entend, et sait l'interpréter. La parole ne vous est pas adressée personnellement, mais elle a un sens car ce serait une aide apportée indirectement par les dieux.
     
    En 53 avant JC, Crassus dirigeait la République Romaine avec Pompée et Jules César depuis quelques années. Il décide de s'attaquer aux Parthes qui possèdent un empire sur le plateau iranien, avec l'autorisation mitigée du Sénat.
     
    Alors qu'il part en expédition, il entend un marchand de figues qui criait : "Cauneas", sous-entendu "Cauneas figos", c'est à dire : "Achetez mes figues de Caunos".
     
    C'était un omen des dieux que Crassus ne comprit pas, et qui devait s'interpréter ainsi : "Caue ne eas !" = "Prends garde, n'y va pas !"
     
    Crassus fut défait par les Parthes, excellents cavaliers et stratèges. Ils connaissaient bien le pays, contrairement aux romains qui s'y perdaient facilement. Crassus, tombé dans un piège, fut mis à mort par les Parthes, qui lui versèrent dans la bouche de l'or en fusion. Il mourut riche.
     
    Les romains perdirent 30 000 hommes (20 000 morts et 10 000 prisonniers). Pour la petite histoire, les romains qui réussirent à s'échapper dirent que les étendards parthes étaient "brillants". En fait, ils étaient en soie. La soie commençait à arriver de Chine, via la Route de la Soie.
     
    Source principale : Raymond Bloch, "La divination dans l'Antiquité", PUF, 1984
     
    figues
     
     
     CrassusCrassus
     
     
     partheCavalier parthe

    Lire aux cabinets

     
    "Le fait que vous lisiez tel genre de littérature aux cabinets et tel autre ailleurs devrait être lourd de sens pour le psychiatre. Le fait même que vous lisiez ou que vous ne lisiez pas au cabinet devrait être lourd de sens pour lui. On ne parle malheureusement pas assez de tels problèmes. On estime que ce chacun fait aux cabinets ne regarde que lui. Il n'en est rien. Cela concerne l'univers tout entier."
     
    "Lire aux cabinets", Henry Miller, éd. Allia, 2007.
     
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