-Snake0644's profile"Mister Moochagoo and I"PhotosBlogListsMore ![]() | Help |
90 ansJ'avais dis à Madame Snake, on va avoir des cuisses de poulet, des merguez et des côtes de porc, mais elle voyait plutôt des coquillettes, une macédoine de légume, du maïs, des miettes de thon, du surimi, et des oeufs mayonnaise en décoration. Nous n'avons rien eu de tout cela, ce fût un léger buffet, avec des amuse-gueules, style petites saucisses, avec des canapés et des macarons. La personne à qui on souhaitait ses 90 ans, paraissait en pleine forme pour quelqu'un qui pense qu'il a eu, a, et aura toutes maladies, depuis 70 ans. La moitié des invités étaient pratiquement du même âge et Madame Snake commençait à comprendre que nous n'étions pas à une joyeuse réunion de famille. Elle commença à faire sa tête n° 3bis, qui n'est pas du genre aimable. Heureusement ma marraine, qui avait mis son uniforme de fée marraine comme dans Cendrillon, sortit sa baguette magique pour tenter d'améliorer l'ambiance. Hélas, elle a une collection impressionnante de diplômes scientifiques qui lui interdisent d'avoir des conversations "légères". La qualité du champagne laissait à désirer, mais nous avons déniché une bouteille de marque qui fût bue assez rapidement. Madame Snake qui ne le trouvait pas "assez frais", a ronchonné silencieusement. Pour le cadeau j'avais hésité en le coffret DVD du "Docteur House", une gourmette en or, une collection complète de mangas en japonais, un tee-shirt avec un "90" en paillettes argentées, mais Tante Germaine avait conseillé des fleurs, "c'est plus prudent". Ce fût une très bonne soirée, nous sommes convenus de revenir pour les 100 ans, on n'a pas tellement l'occasion de rigoler. Madame Snake a dit en sortant : "C'était MORTEL", et autres mots que la bienséance m'interdit de rapporter. Monsieur Moochagoo avait été "littéralement enchanté", mais n'a pas voulu me dire pourquoi. Placard de craintes"Je vais t'expliquer tout ça, une fois que tu auras déposé ton blouson !" "Je vais faire un régime pour ne plus m'aigrir", m'annonça Tante Germaine. Je répondis : "A la bonheur !", histoire d'avoir l'air de m'intéresser, mais je ne voyais pas en quoi elle avait maigri. Elle précisa : je parle du verbe "aigrir". Je ne veux pas devenir une vieille dondon acariâtre, enquiquineuse et misanthrope. "Euh, et quel est ce régime ?", demandais-je. Elle avait fait de petites fiches en bristol rose, et la première fiche conseillait de remplir un placard de ses craintes. Sur une étagère, avec une étiquette : "Crainte de vieillir", il y avait une crème “énergisante, multi-protection, anti-poches et anti-cerne". "C'est un début", dit-elle. Sur une autre étagère curieusement notée : "Crainte d'intoxication", je vis un dépliant touristique, pour une retraite fermée dans un monastère du Népal, et "Tintin au Tibet". "C'est pour une désintoxication de la vie urbaine", expliqua-t-elle. "A force, on n'est plus soi-même. C'est comme si je n'étais plus qu'un nom dans un billet de ton blog. Cela me gêne." En fin je vis une étagère : "Crainte des phénomènes étranges", avec 3 CD, où étaient inscrits : "Bruits sourds dans la cage d’escalier", "Lueurs étranges émanant de la cave", "Craquements de nature indéterminée". Sûrement un faille spatio-temporelle, pensais-je, c'est courant de nos jours. Je répondis pour dérider l'atmosphère : "Les craintes ne font pas en elles-mêmes une maladie. Il faut faire avec.", mais je n'eus aucun succès. Je promis de revenir. Star de bouillon cube J'ai lu votre billet à propos du "Non-Moochagoo", me dit Monsieur Moochagoo. Je mis mon casque lourd virtuel pour me protéger d'éventuels retombées, néfastes pour ma santé. En ce jour de Mardi Gras, j'ai l'habitude de mettre un déguisement virtuel, style "monstre des abysses en tutu rose", alors pourquoi pas un casque lourd ? Il souriait : "J'ai adoré cette idée de "Non-Moochagoo", vous êtes en plein progrès. Vous abandonnez enfin vos considérations philosophiques à la noix de coco qui me navrent. Votre idée est subtile, car d'un côté, "Non-Moochagoo" évoque une absence, mais de l'autre, rend visible une sorte de réalité et suggère une présence négative". Il faisait chaud sous mon casque lourd virtuel. La sueur commençait à couler sur mes tempes. Les paroles de Monsieur Moochagoo semblaient résonner comme à l'intérieur d'une cloche. Mon cerveau ne faisait pas encore "dong, dong, dong", mais il n'en était pas éloigné. Tante Germaine me dit toujours : "Un cerveau qui fait dong, dong, ne doit pas être confondu avec un cerveau qui fait toc, toc." Un conseil fort avisé quand on y pense. Monsieur Moochagoo cita le Tao To King : "On perce des portes et des fenêtres pour faire une maison. C'est de leur vide que dépend l'usage de la maison. C'est pourquoi l'utilité vient de l'être, l'usage naît du non-être". Il continua : "Apparemment, ce dont chacun rêve aujourd’hui, c’est d'être une Star. Et moi je rêve d'être une Star de bouillon cube". Je risquais : "Vous avez un côté reste de bouillon de légumes ou de pot au feu, si je comprend bien." Mon casque lourd virtuel fût très efficace. Belle journée ! ![]() Non-Moochagoo ?"Pour voir Monsieur Moochagoo, il faut avant tout le regarder comme dénué de sens, comme une devinette, un rébus ou une entité mystérieuse." Tante Germaine était catégorique. Elle prit avec sa fourchette un morceau du carrot cake que lui avait offert une amie américaine, et ajouta : "C'est très bon, ça change des recettes classiques". Elle bût une gorgée de thé. Elle continua : "Monsieur Moochagoo pourraît être une de ces coquecigrues dont parle Rabelais ou Madame de Sévigné. Il s'agit donc de l'observer comme si nous le voyions pour la première fois." Je tentais une question : "On pourraît imaginer un Non-Moochagoo ?" Damned ! Je n'aurais pas dû imaginer. Tante Germaine était outrée : "Evite les fariboles ! Je ne sais pas bien ce que c'est qu'un Non-Moochagoo, mais ça ne me paraît pas être grand chose de plus qu'un Moochagoo, à que condition que cela pût exister ! A proposer un hypothèse sur une autre hypothèse à laquelle on ne croit pas, ça ne sert à rien." Nous avons échafaudé d'autres fariboles, et mangé tout le carrot cake, mais nous n'avons pu trouver de réponse, seulement des questions. Tante Germaine a conclu : "Ne faisons pas dire à Monsieur Moochagoo, plus que ce qu'il a à dire", une phrase bien mystérieuse en forme de devinette ou de rébus. Belle journée ! Non-Moochagoo (image Disney) Non-Moochagoo, vu par Mr M.Exubérantes Bacchanales et randonnées dangereusesMonsieur Moochagoo n'était plus très chaud pour récréer une cérémonie isiaque*. Il lui aurait fallu être initié, et les initiés ne doivent consommer ni viande, ni vin pendant dix jours. Il sont censés mourir à leur vie antérieure et renaître spirituellement en voyant en pleine nuit un "soleil radieux", avant de devenir "pastophores" et en particulier, dans le cas de Monsieur Moochagoo, "Bubastophore". "Je ne suis pas sûr de parvenir à voir en pleine nuit un soleil radieux, vous comprenez ?", me dit-il. Je tentais d'arranger les choses : "Faites semblant, personne n'en saura rien. Mais si cela arrivait, il faut déposer un brevet, c'est quand même pratique pour se balader la nuit, non ?" Il me menaça des pires sévices, si je continuais à dire des insanités sur "un culte ancien et fort intéressant..". Mais il déjà était en train de penser à une cérémonie dionysiaque, avec d'exubérantes Bacchanales. Je crains le pire. * A la déesse Isis. Voir billet précédent. ![]() Titien, Bacchanale des Andriens NB : J'ai supprimé la partie sur "l'attaque de la vieille dame tueuse". En conséquence, certains commentaires peuvent apparaître décalés. Je m'en excuse auprès des "commentateurs", mais cet incident de randonnée n'a pas grand intérêt, et est, hélas, révélateur des troubles mentaux - assez tristes - de la dame en question. Prêtres BubastophoresJ'aime bien la citation de Jules Janin : "Il n'avait de haine que pour ses ennemis, et d'amitié que pour ses amis, ce qui est fort rare", mais là, Monsieur Moochagoo m'avait une fois de plus agacé. Il m'avait expliqué que la phrase : "Les choses n'existaient que parce qu'elles n'existaient pas" n'était qu'une blague d'archéologue*. A vouloir trop prouver l'existence d'un fait historique improbable pour étayer une théorie, on finit par dire des choses absurdes. De toutes façons, il était déjà occupé par un nouveau dada. Certains se passionnent pour la tarte au citron, lui voulait recréer une cérémonie des prêtres Bubastophores, qui géraient le culte d'Isis dans la Rome antique. Ils "avaient le privilège de porter en procession les chapelles avec les insignes des divinités"**. Il me dit que les quelques articles qu'il avait commis sur ce sujet, étaient tombées par hasard entre les mains de personnes d'esprit, et que - même si les passions triomphent avec facilité de la volonté - il avait justement la passion de reconstituer une de ces cérémonies. Je n'aurais pas dû l'imaginer déguisé en Bubastophore, car je me mis à verser des larmes de rire. Si "on est meilleur quand on se sent pleurer" (Beaumarchais), ce n'était pas tout à fait mon cas. Je séchais mes larmes, mais Monsieur Moochagoo était mécontent, et je sentis que je ne serai pas convié à la cérémonie. C'est fort ennuyeux. * Nicolas Grimal, égyptologue, professeur au Collège de France. ** John Scheid, "La religion des Romains" (Armand Colin). ![]() Chef des flamines (prêtres romains voués au culte d'un seul dieu), sous Auguste. Cela n'a rien à voir avec le culte d'Isis, mais donne une idée de vêtements religieux romains. ![]() Cérémonie d'un culte à Isis, Herculanum, Ier siècle après JC. Compréhensions "Les choses n'existaient que parce qu'elles n'existaient pas", avait lancé Monsieur Moochagoo avant de me quitter rapidement. Hou là ! Je fis quelques sondages dans la zone "compréhension rapide" de mon cerveau, mais il ne se passa rien. Je me mis alors en "mode compréhension lente", mais le processus semblait s'éterniser. Ou alors le "mode compréhension lente" a été démonté. Quand ? Je ne sais pas. Seul fonctionnait le "mode compréhension normal" qui me fit remarquer que sa réflexion était "parasitée par la topographie de la phrase", et que peut-être les mots avaient été "réemployés comme des fragments qu'on a mis ensemble, à tout hasard". J'étais sceptique, mais mon "mode compréhension normal" déteste par dessus tout le scepticisme. Il a suggéré : "Cette phrase repose forcément sur des fondations solides, on pourrait faire une stratigraphie, voir le sens des différentes couches de mots, si je dispose de beaucoup de temps." J'ai fait alors remarquer à mon "mode compréhension normal", que disposer de beaucoup de temps est l'apanage du "mode compréhension lente". Il m'a répondu vexé : "Je ne me ferais certainement pas coiffer au poteau par ce mode imbécile". Inutile de dire combien il m'est parfois difficile de satisfaire aux exigences mystérieuses des modes de fonctionnement de mon cerveau. Je crois que je vais bêtement attendre le retour de Monsieur Moochagoo. Image 3D de Juan Siquier EpilogueNous étions en train de boire un petit Vouvray. Monsieur Moochagoo me confia : "J'ai bien aimé vos billets policiers. Le rôle de la victime m'a parfaitement convenu, c'était très reposant et pas du tout douloureux. En plus je jouais le rôle du gentil, alors que, souvent, vous me faites paraître sous un jour un peu sombre". Je lui répondis que j'avais adoré le tuer symboliquement. Mais que j'étais aussi désolé, car chaque lecteur, à chaque nouvelle lecture des billets, allait le faire mourir à nouveau. Un terrible nécessité due au scénario ! "Les règles de la linguistique s'appliquent à tous", me dit-il l'air bonhomme. "Vous psychanalysez vraiment le citronnier ?" Je dus avouer que non, mais que je l'avais menacé de le brûler - les citronniers brûlent très bien - s'il avait encore des états d'âme. Tante Germaine m'a téléphoné pour me féliciter d'avoir pensé à elle pour le rôle du méchant - pas assez méchant à son goût - car, "seul un rôle de méchant est vraiment intéressant". Elle a regretté de n'avoir pas autant d'argent dans un garage à sa disposition. Une belle journée ! Qui a tué Monsieur Moochagoo [vraie Fin]Nous étions avec l'inspecteur devant le 36 quai des Orfèvres, non pour parler du Cophixalus Cheesmanae de Nouvelle Guinée, un sujet essentiel pour qui aime les microhylidae, mais pour évoquer l'arrestation de Tante Germaine à Orsay. L'inspecteur était tout joyeux : "Votre Tante était impliquée dans un trafic de substances psychotropes venant de Nouvelle Zélande. Elle utilisait des statuettes ventrues, comme celle que j'ai manipulé chez elle. Nous la soupçonnions depuis quelque mois." "Pauvre Monsieur Moochagoo", dis-je. "Oui, le pauvre comprit qu'elle faisait un trafic, en examinant, comme moi, une statuette. Il vit une microscopique trace blanche sous la socle. Il récupéra discrètement cette trace, avec la pointe de son couteau suisse. Monsieur Moochagoo, brillant chimiste à ses heures, analysa la trace. C'était de l'héroïne." "Malheureusement pour lui, continuais-je, Tante germaine avait vu son geste avec le couteau. Son sort était scellé. Il n'a même pas pu dire : Je me livre en aveugle au destin qui m'entraîne !"* "Oui, quel affreux destin, soupira l'inspecteur. Tante Germaine avait loué un appartement dans votre immeuble, sur votre pallier. C'est un hasard. Le seul appartement à louer près de Monsieur Moochagoo était dans votre immeuble. C'est elle, dont vous avez vu la silhouette avec un grand chapeau, à 11h15 dans votre couloir. Elle venait de tuer Monsieur Moochagoo quelques minutes auparavant". "Oui, et vous m'avez demandé de jouer le jeu du coupable pour mieux la confondre. Ne se doutant de rien, elle est allée dans un emplacement de garage, également loué à Orsay. Vous l'avez suivie, et vous y avez trouvé beaucoup d'argent et des traces d'héroïne. Tante Germaine, Dieu merci, a été arrêtée. Elle avait sur elle 100 000 € en billets de 500€, et un billet d'avion pour la Nouvelle Calédonie. Elle n'a pas encore avoué le meurtre de Monsieur Moochagoo, mais elle le fera, j'en suis persuadé". "Une bien triste affaire", conclût l'inspecteur. * Jean Racine - Andromaque - Acte 1, Scène 1. Statuette de Nouvelle Zélande Qui a tué Monsieur Moochagoo ? [Fin]
Tante Germaine nous avait convié chez elle, l'inspecteur et moi. Celui-ci répondait au téléphone : "Je disais que ouistiti des plaines est plus mignon que phacochère des marais. Bon je raccroche, à plus.'' Il s'adressa à moi "D'une manière générale j'aime bien que tout ne soit pas résolu entièrement, un peu comme un puzzle qui traîne indéfiniment sur une table basse". Il jouait avec une statuette de Nouvelle Zélande, qu'il avait trouvé sur une étagère, mais le regard de Tante Germaine, lui fit reposer l'objet. Elle nous dit qu'elle avait résolu l'affaire. Je sirotais mon thé d'un air absorbé. Je sortais d'une séance de psychanalyse avec mon citronnier nain, qui supportait mal les rigueurs de l'hiver. Je l'avais laissé avec le requiem de Mozart, pour l'aider à élever son esprit végétal. Je m'étais débarrassé de mon presse-citron, afin qu'il n'y eut aucune équivoque entre nous. Tante Germaine commença : "A ce moment de l'enquête, je ne vais parler ni de ce que l'on voit, puisqu'on ne voit pas grand chose, ni de ce que l'on ne connaît pas puisqu'on ne doit parler que de ce que l'on connaît, mais je vais parler de ce qu'on n'imagine pas, à cause de la défaillance de notre esprit incapable de voguer sur le brouillard des faits". En écoutant cette phrase proustienne, mon esprit avançait comme le long d'une ficelle nouée, et, au bout d'un certain temps, je me retrouvais à mon point de départ. L'inspecteur avait les yeux fixés dans le vide et se plaignit de "chatouillement à la main". Elle continua : "La question n’est pas de savoir si on a peur d'un meurtrier qui serait en liberté, mais de constater que Monsieur Moochagoo n'est pas mort à cause du coup de dague. Il était déjà mort, car on lui avait injecté du cyanure dans la veine du cou. On l'a porté jusqu'à cet endroit du salon. La dague et le vase tombé font partie d'une mise en scène macabre. Différents indices que j'exposerais plus tard à l'inspecteur, m'ont porté à croire que mon neveu ici présent, pour des raisons qu'il nous expliquera peut-être, a tué Monsieur Moochagoo, il y a trois jours entre 11h15 et 11h30, avec une seringue pleine de cyanure." J'étais définitivement percé à jour. J'avouais tout et me livrais à l'inspecteur. Tante Germaine promit de m'apporter des oranges.
Image de Freekhand Qui a tué Monsieur Moochagoo ? [3]L'inspecteur avait été de bonne humeur : "Eh oui il faut bien que tout le monde meurt un jour ou l'autre, en espérant que ça soit le moins ennuyeux et douloureux possible". Il nous avait interrogé, du genre : "Est-ce que je vous dérange, parce que j'aurai une toute petite question à vous poser ?", mais cela n'avait pas été très loin.
Tante Germaine, une fois qu'il fût parti, le trouva "bizarre". Elle se dit à elle-même : "Nous n'avons rien de prouvé, et rien c'est moins que pas grand chose, ou plus que pas grand chose". Je lui laissais la responsabilité de cette phrase sibylline, et lui proposais de consulter un voyante en se servant d'un jeu de tarot, de marc de café ou d'une boule de cristal. Elle me répondit que les réponses des voyantes étaient formulées d'une manière si mystérieuse, si énigmatique, que cela nous emménerait trop loin. "Au fait Madame Snake m'a signalé que tu étais allé chercher une bouteille de Badois dans le cellier à 11h15 et que tu t'étais absenté quinze minutes. Tu avais largement le temps de faire un saut chez Monsieur Moochagoo, dont l'immeuble est à quelques minutes, et de revenir. Aurais-tu fait un mensonge par omission ?" J'étais stupéfait : "Ma tâche aurait plutôt consisté à prévenir le meurtre. Il est vrai qu'après avoir trouvé ma bouteille de Badois, j'ai entendu un bruit étrange dans le couloir de l'immeuble, et je suis allé voir. J'ai vu une silhouette avec un grand chapeau, se détacher dans l'encadrement d'une porte, puis la porte s'est refermée. Et j'ai trouvé par terre un exemplaire de Peter Pan." J'ajoutais pour plaisanter : "L'assassin est peut-être le Capitaine Crochet ?" A n'en pas douter, dans l'esprit de Tante Germaine, j'étais le coupable. J'eus droit à un regard froid et vrillant ; j'étais sondé en profondeur. Je commençais à me sentir coupable. Aïe, Aïe, Aïe.. Qui a tué Monsieur Moochagoo ? [2] (Suite du billet précédent) Je répondis à Tante Germaine qui était passée du café à la vodka, qu'à onze heure du soir, au moment présumé où Monsieur Moochagoo avait reçu un coup de dague, j'étais au lit en chemise de nuit, avec mon bonnet à pompon rouge (comme celui du schtroumph somnambule), en train de lire "Trames" de Iain m. Banks, un gros roman de science-fiction. Madame Snake pouvait témoigner de ma présence. Je me suis rendu compte que mon alibi ennuyait beaucoup Tante Germaine, qui répondit, en buvant cul sec sa vodka : "Bien sûr, bien sûr", avec pleins de sous-entendus dans la voix. En général je ne suis pas contre les sous-entendus, mais pas lorsqu'il s'agit de sottises à dormir debout à mon encontre. Je risquais une hypothèse : "Il s'agit de reconstruire les événements. Ce fût peut-être un accident fortuit. Imaginons un pigeon qui se cogne à la fenêtre, comme s'il faisait signe. Monsieur Moochagoo, pour une raison qu'on ignore, avait décroché la "dague main gauche" du mur, et la tenait logiquement dans sa main gauche. Au bruit, il se retourne avec un léger retard sur lui-même - c'est important ce retard - se prend les pieds dans le tapis persan, et tombe sur la dague en essayant de se retenir à la table de la main droite (ce qui explique le vase tombé par terre). Et voilà !" Tante Germaine me regarda comme si j'étais une sorte de brimborion issu du néant. Elle salua mon effort du bout des lèvres, mais la vérité l'obligeait à dire que mon raisonnement était poussif. Je n'osais citer Stendhal : "Chez l'être peu considéré, [...] tout bon raisonnement offense", car je l'eus vexée. Quelle nouvelle lecture pouvions-nous faire de cet événement tragique ? ![]() Qui a tué Monsieur Moochagoo ? [1]Tante Germaine me dit d'un air sombre : "Il y a une polysémie d'indices". Je lui répondis : "Ah bon ?". Dans ce genre d'affaire il faut toujours avoir l'air au courant. Un jour, un cadre supérieur m'avait dit : "Il faut toujours avoir l'air au courant, même quand on ne comprend rien. Il faut en dire le moins possible, et trouver rapidement quelqu'un à qui on puisse refiler la patate chaude". J'avais suivi son conseil, mais la patate chaude restait entre mes mains. Je pensais : "Aïe, c'est chaud !" A tout hasard j'ajoutais : "Il y a le problème du nombre d'assaillants." Tante Germaine me regarda comme on regarde un gogolito à l'état sauvage. J'aurais encore préféré être regardé comme un gogolito "social bookmarké", comme dit ma voisine qui lit des revues féminines "orientées foksonomiques, vous savez, hein ?" Je dois avouer que je n'ai pas cherché à savoir. Tante Germaine buvait son café debout, près d'une petite table tournante. Elle murmura : "Il n'y a eu qu'un assaillant. Je crois que j'ai compris ce qui s'est passé, mais il m'est impossible de le prouver." Malheureusement, ce qu'elle disait n'était pas une expérience partagée, et je demeurais dans le flou. La seule chose qui était indubitable, c'était le corps de Monsieur Moochagoo qui gisait là, percé d'une dague main gauche à coquille du XVIIème siècle. "Du bel ouvrage", dit Tante Germaine. J'imaginais un spadassin à collerettes s'approchant de Monsieur Moochagoo, armé d'une épée et d'une dague... "N'imagine rien", prévint Tante Germaine - elle avait lu dans mes pensées - "cette dague provient de ce mur, où elle était accrochée. Au fait où étais-tu hier soir vers onze heure ?" Les petites bulles dans mon esprit, où je suivais la silencieuse progression du spadassin, éclatèrent désagréablement. Quoi ? Tante Germaine me soupçonnait ? Psycho-péristaltisme intestinal
Monsieur Moochagoo toussotait telle la dame aux Camélias. Il avait aussi le hoquet et buvait de l'eau en se pinçant le nez, mais boire de l'eau lui donnait des gargouillis. Je vais me mettre au billet policier, avec meurtres à la clé. Perdus avant de partirImage du film "Ice Age 3" |
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