-Snake0644's profile"Mister Moochagoo and I"PhotosBlogListsMore ![]() | Help |
La Source aux fées et l'Abbaye de Port Royal J'étais penché sur le panneau du Lavoir de la Source aux fées de la Commune de Saint-Forget. Cette source était connue pour ses vertus thérapeutiques, "censées faire disparaître le mal instantanément". Elle était dédiée à l'époque des romains, à "Diane, déesse de la chasse et des forêts". Nous venions de faire 6km en Vallée de Chevreuse, où les montées et les descentes sont raides, et je commençais déjà à fatiguer, alors qu'il restait 16km à parcourir. Je trempais le bout de ma chaussure dans l'eau, en espérant secrètement que le mal disparaîtrait instantanément. Dante a écrit : "Fede è sustanzia di cose sperate" (La Foi est la substance des choses espérées), et j'avais la foi en Diane chasseresse. Je ne pus mener tranquillement à bien, mon expérience thérapeutique, car Monsieur Moochagoo était en train d'indiquer le chemin à un petit groupe de randonneurs, que je n'avais pas vu venir. J'espérais que son humeur allait s'améliorer, car il ronchonnait depuis ce matin. Soi-disant, je ne l'avais pas loupé dans mon billet précédent, "Marcel Proust est-il encore vivant ?". Je lui avais donné "Le rôle du Clown Blanc, avec un déguisement ridicule. Le Clown Blanc qui sert à faire valoir l'Auguste". J'aurais dû amener un nez rouge d'Auguste, cela aurait plu aux fées. Nous sommes passés, après la pause déjeuner, au carrefour de la Croix Mathurine, juste avant la forêt de Port Royal où se trouvent les ruines de l'Abbaye janséniste de Port Royal. Monsieur Moochagoo me rappela que Marguerite Périer, la nièce de Pascal, avait été guérie d’une fistule lacrymale en touchant une relique de la Sainte-Epine. Il doutait de l'authenticité de la relique et par contre-coup de la réalité du miracle. Je lui répondis qu'il allait être difficile d'aller enquêter auprès de Marguerite Périer, morte à Clermont Ferrand le 14 avril 1733. Comme Hume, je pensais que : "Le passé ne saurait être altéré par aucune de nos actions". Belle journée ! ![]() Diane chasseresse ![]() Marguerite Périer Marcel Proust est-il encore vivant ?A trois heures du matin, il faisait très froid sur cette terrasse où Monsieur Moochagoo m'avait convié pour participer à son nouveau projet - la voyance - qui ne pouvait "s'exercer que la nuit". "Mais non, la température est plutôt clémente, je trouve même qu'il fait chaud pour la saison", m'avait-il expliqué. Il était habillé avec un costume ressemblant au costume de mamamouchi du bourgeois gentilhomme de Molière. Devant lui, il avait posé une boule de cristal, et lisait des formules magiques sur un livre éthiopien du XVIIème siècle. J'étais emmitouflé dans deux couvertures, à demi couché sur un transat, et lisait le "Libé des livres" du 26 mars. Sur la dernière page, Brétécher affirmait : "Si j'avais une idée, là, maintenant, je crois que je m'assiérai dessus. Je la noterais peut-être, et encore..Une idée, il faut la démarrer dès qu'elle arrive, sinon elle moisit." J'étais en train de me dire...quand soudain, sur le terrain de trois hectares en pente douce devant nous, au milieu des mauvaises herbes, se posa un objet triangulaire noir d'à peu près cent mètres de long. Je sentis mes cheveux se dresser sur ma tête, et tentais de prévenir Monsieur Moochagoo penché sur sa boule de cristal. Aucun son ne sortit de ma bouche. J'étais paralysé, et pensais à la phrase de Jacques Brou, qui illustrait parfaitement le moment présent : "Je continue à être moi-même en mon absence". Un silhouette se matérialisa près de moi et j'entendis - dans ma tête ? - ces mots : "Marcel Proust est-il encore vivant ?" Je pus répondre à mon grand étonnement : "Je crains qu'il ne soit mort en 1922, c'est à dire depuis 87 ans environ. Nous sommes en 2009". Je sentis quelque chose qui ressemblait à de la tristesse, puis à une pointe d'humour. J'entendis à nouveau : "Alors je suis vraiment A la recherche du temps perdu." La voix intérieure poursuivit : "Dans La fugitive, Marcel a dit ces mots admirables : 'L'homme est cet être sans âge fixe, cet être qui a la faculté de redevenir en quelques secondes de beaucoup d'année plus jeune, et qui, entouré des parois du temps où il a vécu, y flotte, mais comme dans un bassin dont le niveau changerait constamment et le mettrait à portée tantôt d'une époque, tantôt d'un autre'. Y aurait-il une chance que Marcel Proust, même mort, se "mette à la portée" de l'époque actuelle ?" "Je suis désolé, mais nous n'avons plus revu Marcel Proust, depuis cette journée fatale du 18 novembre 1922. Je pense qu'il évoquait le monde du souvenir, c'est à dire du passé." Ma réponse était plutôt tarte, mais je ne rencontre pas d'extraterrestres (?) tous les jours. Je ressentis un autre instant de tristesse, puis il cita à nouveau Proust : "..Il ne reste plus autour de leurs tombes mêmes que la beauté de la nature, le silence et la pureté de l'air". Il me posa une ultime question : "Quel est cet animal de compagnie qui est auprès de vous ?" Confus, je répondis que c'était Monsieur Moochagoo, non un animal de compagnie. La silhouette disparut et le triangle se dématérialisa. Monsieur Moochagoo me dit alors : "Eh bien, la voyance, je vous le confirme, ça ne marche pas ! Allons nous coucher !" Etrange nuit ! NB : Texte composé pour un exercice, proposé par Brindille : "Il fait chaud, vous ne trouvez pas le sommeil...Installé(e) sur la balancelle de votre terrasse, vous regardez les étoiles. Une d'elles brille intensément et retient votre attention.Cette dernière grossit soudain et semble se "décrocher" du ciel, se rapprochant à la vitesse grand 'V" (éh éh, clin de noeil) du sol...Et vous voilà avec une soucoupe volante dans votre jardin. Vous vous frottez les mirettes éblouies, (mais non vous ne rêvez pas). Un être "différent" s'approche et s'asseoit près de vous. 'une voix saccadée mais dans un français parfait (accent circonflèxe compris) il vous dit qu'il a 3 questions à vous poser. Naturellement, vous répondez." Conversation sur un banc (Texte composé pour un exercice, proposé par Brindille) * - Moi je parle pas de la part scientifique, mais ce qui m'intéresse c'est le fait qui socialise un tel sujet ; pour mieux expliquer l'identité sexuelle qui se compose de nombreuses étapes. - Ah bon ? - La première étape remonte à la naissance de l'individu, dans cette phase de l'identité sexuelle qui est jugée par les gens. Le docteur qui a vu en premier le bébé, il va préciser s'il s'agit d'une fille ou d'un garçon à partir de son organe sexuel. - Ah oui, le docteur ! - Oui, cette étape participe peu à l'apparition de cette identité sexuelle, car le docteur se base sur une vision de l'individu de l'extérieur. La deuxième étape commence dès l'âge de 2 ans, jusqu'à 12 ans. - Ah ! La vision extérieure.. - Mais ce sujet est trop lié à la philosophie, car c'est à la base, à partir des comportements de l'individu avec la société, aussi sur sa vie en propre, son futur, ses idées. - Ah bon ? A la philosophie ? - Je ne cerne pas votre questionnement. - Ah ! Euh.... - Oui, c'est la combinaison de plusieurs facteurs, qui ont participé à faire connaitre l'individu de ce qu'il peut de sa réalité sexuelle, qu'il soit un homme ou une femme (ou l'inverse). - Ou l'inverse, c'est vrai ! - J'ai lu sur internet que l'identité sexuelle serait révélée par la première lettre du prénom. Il faut bien se dire que c'est que des bêtises, mais ça fait passer le temps ! - Oh là ! - Bon, allez, je vous laisse. - Allez, au revoir Madame, bonne journée, hein ! * "Imaginez un (petit !) texte d'une quinzaine de lignes..avec : Mise en scène : Deux protagonistes de sexes différent, Thème : Identité sexuelle" Auteur inconnu. En ligne droite Nous marchions en forêt de Montargis, depuis quatre kilomètres en ligne droite, sur le chemin de Mardeleux. Cela permettait à Moochagoo de noircir sur un petit carnet des dizaines de feuilles. Il avait noté minutieusement tout ce qu'il se souvenait avoir dit, après avoir parlementé, discuté et polémiqué le soir précédent, avec des personnes qui ne partageaient pas ses opinions. Ses adversaires l'avaient accusé d'avoir l'esprit "gelé dans les glaces", ou au mieux "dérivant dans le dégel", en tous cas "loin du monde et de ses réalités". Il avait rétorqué par une citation : "On n'écrit bien que ce qu'on n'a pas vécu." (R. de Gourmont) Pendant le trajet en train, j'avais lu dans Le Monde du 21-03-09, que "la plasticité particulière du français, permet de plier les mots dans un sens ou dans un autre". Je m'imaginais en train de "plier les mots dans un sens ou dans un autre", avec un fer à repasser et quelques jets de vapeurs additionnés d'amidon. Combien de temps me faudrait-il pour "repasser" Phèdre de Jean Racine ? Plier les mots de "Un trouble s'éleva dans mon âme éperdue", devait être particulièrement excitant. Pratiquement tous les chemins de la forêt de Montargis sont droits, sauf le chemin de la Hutte, au nord de Paucourt, village habité depuis le néolithique. Monsieur Moochagoo fut étonné de constater qu'il y avait quelques tournants. Dieu merci, pendant les douze kilomètres suivants, les chemins étaient droits, ou tournaient à angle droit (ou presque). J'essayais d'imaginer un chemin droit "plié dans un sens ou dans un autre". Pour le déjeuner, nous nous sommes assis sur des troncs coupés à l'embranchement du chemin du Puits de l'Abîme, et avons bû un Muscadet d'autant plus frais, qu'il faisait maintenant un froid intense depuis que le soleil avait disparu. Un bien curieux phénomène climatique. Belle journée. Chemin de Mardeleux. Habitat caractéristique d'un génie de la forêt Il faut attendre que ça remonte à la têteInquiet des critiques qui m'avaient été adressé par Tante Germaine et Monsieur Moochagoo, je cherchais à améliorer mes billets et voulu trouver chez Balzac, une source d'inspiration. J'ouvris au hasard : "Scènes de la vie parisienne" (1834), et tombait sur ces phrases : "Le comte de Montriveau est mort à Pétersbourg où je l'ai rencontré , dit le vidame. C'était un gros homme qui avait une incroyable passion pour les huitres. - Combien en mangeait-il donc ? dis le marquis de Cassan. - Tous les jours dix douzaines. - Sans être incommodé ? - Pas le moins du monde." Je restais songeur. J'avoue que Balzac parle du comte défunt avec un cynisme drôle, que je ne saurais égaler. Ou alors, comme me l'a fait remarquer Tante Germaine, c'est que je ne tiens pas à révéler ma nature cachée, préférant encore des billets qui trahissent les désordres de ma pensée. Une opinion contre laquelle je m'insurge bien évidemment. Je pensais à un vendeur de livres sur le marché d'Antony qui avait affirmé péremptoirement : "Pour les livres, il faut attendre que ça remonte à la tête". Je me demande si je n'allais pas prendre cet "adage" pour la défense de mes billets : "Pour les billets, il faut attendre que ça remonte à la tête". Bien sûr, Monsieur Moochagoo a ricané : "Moi, c'est quand je suis crispé au niveau des épaules, du dos et du cou. Tout ça remonte à la tête". C'est malin ! ![]() Sens d'un billet"Elle ne s'aperçut même pas que la colère lui faisait froncer les sourcils.." Cette phrase de Proust aurait pu s'appliquer à Tante Germaine. Elle me disait : "J'ai lu le billet que tu as commis à propos de l'ornithorynque, et j'avoue avoir une fois de plus à ton égard des sentiments contradictoires. Ou bien c'est vrai, un ornithorynque prend le thé chez moi tous les mercredi, mais alors tu n'avais pas le droit d'en parler, c'est du domaine du privé. Ou bien c'est faux, mais il devient alors impossible rétrospectivement de se retrouver dans tes billets, qui deviennent extraordinairement composites." Oh là, là, quelle algarade ! C'était la première fois que mes billets étaient composites. En y pensant, j'en fus soudain assez fier. Je plaidais que mon dernier billet n'avait pas de sens particulier. Je lui dis que si d'aventure un lecteur se mettait à croire à un ornithorynque qui joue au mistigri, je me faisais fort de le distraire de sa croyance erronée. Un peu plus tard, Monsieur Moochagoo, à l'évocation de cette scène, me demanda : "S'il n'y avait pas de sens dans ce billet, est-ce qu'il y avait un sens avant, dans les autres billets ?" Je pensais à Paul Valéry : "L'auteur a l'avantage sur le lecteur d'avoir pensé d'avance ; il s'est préparé, il a eu l'initiative. Mais si le lecteur lui reprend cet avantage...si le lecteur a l'esprit rapide - alors tout l'avantage est perdu, et il reste un duel d'esprit..". C'est dur, la vie d'auteur de billets ! ![]() Eléphants rosesAu bout de huit kilomètres sur les bords du Canal du Loing, nous n'avions pas encore pique-niqué, ni bu notre Muscadet, et pourtant, Monsieur Moochagoo me disait qu'il est impossible de démontrer l'inexistence des éléphants roses et des licornes. Je lui répondis que je m'en tenais à l'argument d'Euclide : "Ce qui est affirmé sans preuve peut être nié sans preuve." J'étais préoccupé, car, sur son blog, Madame Brindille avait proposé un exercice "oulipesque", mais j'avais perdu mon texte en faisant un couper-coller au lieu d'un copier-coller. Je lui expliquais les contraintes qu'elle nous avait proposé. * Je vis l'oeil de Monsieur Moochagoo s'allumer. Il cala son bob bleu délavé sur ses cheveux et me répondit : "C'est normal, chez vous la distraction est une seconde nature. Comme mots j'aurais préféré : ornithorynque, anticonstitutionnellement, palindrome, callipyge et entéléchie." Un orage menaçait ; je pris une photo de l'avant d'une péniche nommée "Isaacben" et lui répondit : "Je sens que vous voulez compliquer un exercice, au demeurant assez simple. Enfin pour ornithorynque, ça va. Tous les mercredi, Tante Germaine invite un ornithorynque pour jouer au mistigri et boire le thé. Elle l'installe dans sa baignoire aux formes callipyges et pose une petite table juste à côté." Nous avancions sur le chemin de halage. Nous aperçûmes une petite chapelle, au numéro 202 (un chiffre palindrome !), de la rue des Lys, où s'affichait sur la porte l'horaire des confessions. Monsieur Moochagoo me confia qu'il avait été élevé dans un milieu protestant où ce genre de "confession" n'était pas pratiqué. Près de la chapelle, je remarquais une cabine téléphonique couverte d'initiales. Monsieur Moochagoo attira mon attention sur le fait que selon Aristote : "L'âme est l'entéléchie première d'un corps naturel doué d'organes et ayant la vie en puissance". Il ajouta : "Je me demande, au cas où les éléphants roses auraient une âme, si celle-ci est une entéléchie première." Moi je me demandais si Monsieur Moochagoo aurait droit au Muscadet. L'orage s'éloigna. Une dame avec son chihuahua nous dit bonjour en souriant. Belle journée. * "L'exercice consiste à imaginer une petite histoire d'une dizaine de lignes en tenant compte des critères suivants : La scène doit se passer dans un lieu public - Un animal domestique ou non doit être présent - Un phénomène météorologique évoqué (grêle, ouragan, canicule...). Et pour corser le tout j'ai pris 5 mots au hasard dans un livre . Les 5 doivent être utiliser, en respectant le genre, pour la construction de votre histoire. Confession - photo - normale - cheveux - initiales."
L'Isaacben Huis-clos à l'extérieur
"Le verbe gésir veut dire être étendu, et mon professeur de français m'avait demandé de le conjuguer à tous les temps. Un vrai cauchemar." Monsieur Moochagoo, en parcourant les allées du Salon du Livre, se livrait à une sorte d'exercice d'autodérision. Il se trouvait intellectuellement inapte et pensait qu'il serait plus utile à promener des chiens, ou à la rigueur à déchiffrer des cryptogrammes rustiques. J'ignorais qu'il eût des cryptogrammes rustiques, j'en apprend tous les jours. Nous étions devant le stand d'un grand éditeur et j'écoutais une jeune fille dire : "Cela m'a pris la tête, trop de descriptions et de passages inutiles à mon goût." Son interlocuteur répondit : "Mais non, c'est un livre admirable, qui réussit à maintenir l'attention, comme une sorte de huis-clos à l'extérieur." Je retiens cette idée de huis-clos à l'extérieur, parce que l'extérieur, c'est grand. A un autre stand, une dame dit à son mari : "Ah, ce livre… Ce que j’ai pu pleurer. Je pleure encore chaque fois que je le relis…Je l’adore." Deux jeunes se passaient des livres d'Harry Potter : "J'ai lu les deux premiers, et j'ai vraiment accroché ! Bon, par contre, je n'ai pas continué plus loin." "J'ai beaucoup aimé le tome 5, j'ai moins aimé le tome 6, j'ai décroché pendant toute la partie centrale du tome 7 , mais après, l'histoire est redevenue absolument palpitante, et j'ai terminé sur les chapeaux de roues. " Monsieur Moochagoo trouvait qu'il avait "une mémoire de poisson rouge", je lui répondis que j'allais lui trouver un aquarium à sa taille. Je n'aurais pas dû. NB : A part cela, je trouve que les personnes qui tiennent les stands n'ont pas grand intérêt, et que, souvent, "ils se la pètent", selon l'expression favorite de ma voisine. Chute libre "Lors d'un saut, un parachutiste se laisse d'abord tomber en "chute libre" puis, à un certain moment, décide d'ouvrir son parachute". Monsieur Moochagoo voulait m'expliquer les sensations que je venais de subir. J'avais senti tous mes organes intérieurs en train de se balader vers le bas, en montant en une seconde trois étages, puis vers le haut, en redescendant brutalement ces trois étages. Mais c'était pour rire. Nous sommes remontés - WOOOOFF - de treize étages. Les portes se sont ouvertes, juste pour voir le vide, puis nous avons reparcouru les treize étages en chute libre. Mon cerveau, qui s'était déplacé un peu au dessus des pieds, est remonté à sa place, et a menacé de sortir par les oreilles, les yeux et le nez. Là encore c'était pour rire. On a refait le tout trois fois. J'étais en train de dire, plié en deux : "Baaah, baaah, baaaah....", en respirant fortement. Monsieur Moochagoo m'expliqua "Certains disent que cela a un but thérapeutique ; ce serait très efficace contre le scorbut. Mais ce n'est pas de ma compétence." Au moment où j'allais pouvoir dire distinctement : "Jamais, jamais plus...", Madame Snake et Monsieur Moochagoo m'ont remis dans la queue en disant : "Allez hop, on recommence, il n'y a pas trop de monde. C'est bien cette Tour de la Terreur * ". * Tour de la Terreur à Disneyland, basée sur le principe de la chute libre, dans un ascenseur. ![]() Tour de la Terreur. ![]() ![]() Un pont infiniNous progressions sur le pont rouge pour piétons de l'Axe Majeur de Cergy. Il ne pleuvait plus ; c'était bien parti pour une randonnée de 18km. La pluie s'était arrêtée. Monsieur Moochagoo venait de me dire : "Il ne sert à rien de mettre des portes, là où il n'y a pas de murs". Des paroles pleines de bon sens..quoiqu'une porte seule au milieu d'un champ, cela aurait un côté plaisant, pour qui aime l'insolite. Et puis, en période de crise, quelques milliers portes en pleine nature, pour relancer l'économie... Nous marchions tranquillement sur le pont depuis dix minutes. "Un très beau rouge, ce pont" dit Monsieur Moochagoo. Il ajouta : "J'ai lu cette phrase de Julian Barnes dans votre billet : "Parfois nous ne sommes pas seulement des amateurs vis à vis de notre propre vie, mais on nous donne le sentiments de n'être en effet que des remplaçants". Il est évident qu'elle a fait une intrusion dans votre esprit. Alors que la plupart des lecteurs ont accès à ces mots à l'état refroidi, vous, vous les avez ressentis comme s'ils venaient de sortir de l'esprit de l'auteur." Je me disais que ce pont était sans fin. On ne voyait plus le côté par lequel nous étions entrés, et devant nous, les bords rouges du pont se rejoignaient à l'infini. A vue de nez nous étions les deux seuls piétons. Monsieur Moochagoo était ravi : "On pourrait imaginer que ces deux droites parallèles se coupent à l'infini, c'est de la géométrie Riemannienne dite elliptique". Pour empêcher que mon cerveau ne fasse de noeuds à cette pensée, je me remémorais une phrase de Pierre Bayard, dans "Le plagiat par anticipation", que je lisais avant d'arriver à Cergy : "..que les idées ne sont pas seulement possédées, mais possédantes, et qu'elles disposent d'une vie propre , ou, si l'on veut encore, que nous en sommes moins les propriétaires, que les locataires." Voilà qui m'amenait un peu de sérénité. Je répondis à Monsieur Moochagoo : "Arrêtons-nous pour déjeuner, nous avons un petit blanc de Savoie qu'il faut goûter. Après, nous irons voir si ces deux droites parallèles, se coupent bien à l'infini". Ce fût une belle randonnée ! Auteur iconnuRemplaçant
Son avis ne me rassurait pas. La phrase de Julian Barnes était cruelle et sans pitié. Tante Germaine, en préparant un gâteau au yaourt, me lança : "Ne joue pas l'intello désabusé". Je lui répondis que je n'étais pas désabusé, mais anéanti. NB (09-03-09) : Finfin = malin (en gros), Enfioler = ici : mettre dans sa poche rapidement, Bidous = billets de banque Fuites de Je"Au sujet des relations amoureuses, permettez-moi de ne pas gloser à l'infini sur les sentiments des uns et des autres." Monsieur Moochagoo était en train de regarder les forts belles illustrations d'un livre sur les "Pahari Masters" de B.N. Goswamy and Eberhard Fischer, (les miniatures Pahari du XVIIème au XIXème siècle, dans la région de l'Himalaya, au nord de l'Inde). "De toutes façons, ce Je amoureux que nous aimons tant, n'existe que sur le plan grammatical". L'attaque de Monsieur Moochagoo était frontale. Cela me faisait penser à Samuel Johnson qui, donnant un coup de pied dans un caillou a dit : "Voilà comment je le réfute" [I refute it thus]. "Nous m'utilisons notre Je comme une sorte de service de dépannage d'urgence, quand nous avons des problèmes d'identité, mais la plupart du temps, pour les actes de la vie quotidienne, nous n'y pensons pas, et c'est très bien comme cela". Je ne sais pourquoi, j'imaginais un slogan : "Ego, une gamme de produits pour les faiblesses du Je. Une gamme complète pour un Je en toute sécurité : Ego Sensible, Ego pour femmes, Ego pour hommes, Régime draconien pour Ego démesuré, etc.. Oubliez rapidement vos problèmes de Je" ; ou encore : "Ego, une gamme de produits absorbants pour vos fuites de Je". Monsieur Moochagoo me parlait d'une illustration de la vie amoureuse de Krishna (Bhagavata Purana), de l'Ecole de Basohli (ville de Kathua). Elle était superbe et le ou les auteurs sont anonymes. "Que mon coeur fût par Amour arresté""Zur Baugeschichte des Amontempels von Karnak", de Ludwig Borchardt (1901) . Je venais de lire ce titre, sur la couverture du livre que lisait Monsieur Moochagoo. Pour avoir l'air de m'y connaître, je dis qu'à Karnak, Toutmosis III avait transformé le temple d'Amon-Ré. Je n'aurais pas dû en parler, car il me répondit avec un certain sourire, que je déteste : "C'est un des sujets traités par ce livre". J'abandonnais. J'avais lu quelques vers de Louise Labbé (1524-1566) : "Je n'avais vu encor seize Hivers, Lors que j'entray en ces ennuis divers, Et ja voici le treizième Esté, Que mon coeur fût par Amour arresté" (Les Elégies). Je demandais, après avoir récité ces vers : "Et vous, à treize ans, vous avez eu un amour pour lequel votre coeur s'est arresté ?" "Comment voulez-vous qu'à notre époque on ait, à treize ans, toute l'expérience requise ? Je ne puis prétendre que mon coeur s'est arresté. S'il y eut quelque chose, ce fût une amourette avec un zeste de citron." "Et comment s'est terminée cette amourette ?" (Là, je risquais gros). A ma grande surprise, il me dit : "On m'a trouvé insuffisamment affectueux. Le problème des adolescents est qu'ils sont rarement amoureux au même moment. Le coeur de l'une peut s'arrester, mais pas celui de l'autre. La suite du poème confirme ce que je viens de dire : "Le tems met fin aus hautes Pyramides [...], Finir aussi il ha acoutumé, Le feu d'Amour tant soit-il allumé : Mais, las! en moy il semble qu'il augmente, Avec le tems, et que plus me tourmente." * C'était raté sur toute la ligne. Je vais chercher un sujet avec lequel je puisse l'asticoter tout à loisir. * Traduction infidèle : "Le temps passe même pour les grandes pyramides, [...], On sait aussi qu'avec le temps, les feux de l'Amour, si forts soient-il, s'éteignent : Mais, hélas, en moi, le feu de l'Amour se propage, et avec le temps me brûle tant et plus." ![]() Botticelli (fragment de la Naissance de Vénus) Séminaristes Nous montions lentement vers le point 146, juste après Villeneuve-les-Fourches, en allant vers Villeconin. Il était une heure de l'après-midi et je commençais à avoir très faim, après 10km de randonnée. Sur notre gauche, je vis une trentaine de randonneurs d'un autre club, déjà installés pour un pique-nique. Je regardais en essayant de deviner à quel club ils appartenaient, quand je me rendis compte que tous les randonneurs étaient de hommes. Etonnant pensais-je, d'habitude les femmes sont largement majoritaires dans les groupes de randonneurs. Je cherchais une explication et me dis que c'étaient des séminaristes qui faisaient une retraite, ou mieux, des cadres d'entreprises en séminaire. Pour les cadres, ça ne marchait pas, il manquait les cadres féminins. Je parlais des séminaristes à Monsieur Moochagoo, qui les avait aussi remarqué. Il a eu un petit sourire en coin et m'a dit : "Drôles de paroissiens". Je compris que mon esprit devait sortir des sentiers battus. Nous sommes arrêtés 1km après, histoire de boire un petit Chablis et de manger un morceau sur le pouce. A la fin du pique-nique, une dame nous a offert une part de gâteau au chocolat qu'elle avait préparé le jour précédent, et une autre nous a offert une part de cake. Les groupes mixtes ont du bon. Belle journée ! |
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