-Snake0644's profile"Mister Moochagoo and I"PhotosBlogListsMore Tools Help

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    Schadenfreude

     
    Schlip, schlip, schlip, schlip, le bruit et le mouvement des essuies-glaces a un effet hypnotique. Depuis douze heures, il pleut vraiment beaucoup et régulièrement. C'est ce qu'on appelle la pluie "Cape Cod". Ce qui est curieux c'est que l'intensité de la pluie semble augmenter sur l'autoroute. C'est probablement dû à la vitesse et au nombre de camions qui projettent de véritables trombes d'eau avec leurs dix-huit roues.
     
    Visiter la côte du Maine dans ces conditions n'était pas très enthousiasmant. Cela donnait des photos de pluie, de brouillard et de flaques d'eau. Monsieur Moochagoo avait commencé sa journée sportivement en essayant d'utiliser un de ces tapis roulants dans la salle de sport de l'hôtel. Il n'a jamais réussi à se mettre réellement en phase avec la machine. Nous avions eut droit à des *mouvements* comiques entre Jacques Tati et Mac Sennett. Je pouffais intérieurement, mais je gardais un air sérieux et compassé. 
     
    Il faut toujours garder un air sérieux et compassé devant le malheur d'autrui. Tante Germaine aimait citer à ce sujet Emile Bergerat (1845-1923) : "Le malheur d'autrui ne nous paraît jamais tout à fait immérité". J'avoue que j'étais TRES content. Un allemand parlerait de Schadenfreude (malin plaisir). 
     
    "Vous auriez peut-être dû acheter ces chaussures en forme d'exosquelette que nous avons vu dans le magasin LL Bean ? Elles vous auraient donné des ailes". Le visage de Monsieur Moochagoo se mit à ressembler à celui de l'affreux Docteur House *. Je m'attendais à une phrase assassine ou a une réflexion désagréable. Mais il a seulement dit : "N'oubliez pas de vous couvrir, il pleut beaucoup".
     
    D'après un journal local, on rapportait que certains avaient cru apercevoir cette nuit, dans la région, un objet non identifié. Honnêtement je me demandais comment avaient-ils pu apercevoir quoi que ce soit, puisqu'il avait plu toute la nuit. Là, j'étais sceptique. Monsieur Moochagoo, pourtant très versé dans les phénomènes OVNI, me cita Groucho Marx : "One morning I shot an elephant in my pajamas. How he got into my pajamas, I'll never know." [Un matin, j'ai tiré un éléphant dans mon pyjama. Comment a-t-il fait pour mettre mon pyjama, je ne le saurai jamais].
     
    Belle pluie !
     
    * "Docteur House" est une série où un docteur cynique et asocial, résoud des cas médicaux assez difficiles. On aime ou on n'aime pas.
     
    DSC02613Chaussures en forme d'exosquelette
     
    DSC02641Il pleut..
     
    DSC02647L'eau monte...
     
     

    Image pieuse

     
    "That sounds like a good plan darlin' " [ça a l'air d'un bon plan, chérie]. Cette phrase était prononcée par une vendeuse de Wal Mart, au physique de catcheuse, qui m'aurait dévissé la tête avec une seule gifle. Elle s'adressait à une minuscule collègue. Le ton de sa voix était doux et chantant, un peu comme la voix de Tommy Lee Jones dans le film "No country for old men".
     
    Moi aussi j'avais un bon plan : pour conjurer le mauvais sort, et selon les conseils de Monsieur Moochagoo, j'avais acheté trois gousses d'ail, dix grains de sel et du blé. Quant à l'image pieuse, je l'avais trouvé par hasard. J'avais découpé dans une revue "people", la photo d'un acteur très connu, adepte de missions impossibles, et membre très important d'une organisation religieuse controversée (un peu comme Joseph Ratzinger à l'époque de Jean-Paul II). J'ai mis le tout dans un petit sac.
     
    Monsieur Moochagoo m'a fait remarquer que cette "image pieuse" ne concerne que l'organisation religieuse de l'acteur. Honnêtement, du moment que cette organisation ignore mon existence (et surtout l'existence de mon portefeuille, si j'ai bien compris ce qui l'intéresse), je n'en ai cure.
     
    Sur la route du Maine, il pleuvait, et les gros camions nous dépassaient à 80 miles à l'heures, en projetant des gerbes d'eau. Nous nous sommes arrêtés à une "Liquor Store" de l'Etat du New Hampshire*. Nous avons achetés  un vin rouge "Bored Doe" d'Afrique du Sud, et une petite bouteille de poire william.
     
    Malgré la pluie, il y avait non loin un marchand de glaces ouvert, dans une sorte de cabane en bois. En voyant les clients acheter des glaces, je me dis que les américains devaient avoir un oeil qui correspond directement avec l'estomac. La simple vue du mot glace, déclenche des groui-grouic dans l'estomac - qui est vaste par définition - et le cerveau coordonne une suite de gestes automatisés qui mènent à l'achat d'une glace et à son ingestion. L'américain serait-il une sorte de robot dont la finalité est de manger des glaces ? 
     
    Arrivés à Freeport (Maine), nous avons mangé...des homards, arrosés de Chardonnay. Miraculeusement, tout s'est bien passé. J'avais conjuré le mauvais, certainement à cause de l'image pieuse.
     
    Belle journée !
     
    * L'Etat de New Hampshire a le monopole sur les alcools, en échange, il n'y a presque pas de taxes.
     
    DSC02602Mon bavoir
     
     
     DSC02605Opération propreté

    Gulu-Gulu

     
    DSC02593Ceci n'est pas un McDonald
     
    Monsieur Moochagoo avait absolument voulu aller déjeuner au Gulu-Gulu Café. Nous étions à Salem, la ville des sorcières, dans le Massachusset. Je dis que je n'étais pas très rassuré car je sentais comme une présence bizarre derrières certaines façades de vieilles maisons. J'eu droits à quelques quolibets sceptiques.
     
    N'empèche la journée avait mal commencé. Madame Snake avait beau faire "bip bip" avec la clé électronique de la Pontiac, impossible de situer la voiture. Un parking de magasin Wal Mart peut contenir plusieurs centaines de voitures et si vous ne vous souvenez plus du chiffre de votre allée..Monsieur Moochagoo avait pourtant affirmé : "Si on est perdu sur un parking de supermarché , on déclenche la clé électronique et allez, si le joujou n'est pas trop loin, le klaxon se va se faire entendre".
     
    Sachant que nous allions à Salem, j'y voyais un mauvais présage. Nous avons fini par passer par hasard à côté de notre "joujou". Je pensais à Tante germaine qui ne perd jamais sa voiture, car elle a une vieille Rosengart coach et cabriolet Ariette 1953. Elle a vécu aux Etats-Unis, mais à une période où il n'y avait pas de Wal Mart.
     
    Au Gulu-Gulu, Madame Snake, après s'être fait expliquer TOUS les plats de la carte, a hésité entre une clam showder (soupe aux clams), et un pizza, et se décida pour un petite "white pizza", qui s'avéra être une pizza de huits grosses part. Elle dût à la fin, demander un doggy bag, pour les restes. Je précise que nous n'avons pas de chien avec nous.
     
    Monsieur Moochagoo se battit avec un New York steak. Il l'avait demandé "bleu" (rear), ce qui se traduit pour un cuisto américain par "bien cuit". Pour se venger, il noya les frites et le steak sous des flots de Ketchup. Ecoeurant ! Je commandais sobrement de l'espadon et du riz *
     
    J'eu une sorte de crise cardiaque, quand en passant devant une fenêtre, j'aperçus une sorcière. Ce n'était qu'un mannequin, mais l'effet de surprise eût pu m'être fatal. C'était un signe évident des mauvais sorts qui devaient voler - j'en étais certain - ça et là, dans les airs.
     
    DSC02592GLARG !!!!
     
    " Vous devriez fabriquer un petit sac, avec dedans trois gousses d'ail, dix grains de sel, du blé et une image pieuse. C'est souverain contre le mauvais sort, surtout à Salem."
     
    Sous un vernis de générosité ce conseil de Monsieur Moochagoo était ironique et hautement sarcastique. Je déteste cela. Bon, si nous retournons à Wal Mart, je trouverai facilement trois gousses d'ail, dix grains de sel et du blé. Mais pour l'image pieuse ???
     
    Une journée ensorcelée.
     
     * A propos de riz, Costco et Sam's Club, deux chaînes de magasins, ont décidé mercredi dernier, de "limiter temporairement la quantité de grands sacs de riz qui peut être vendue à chaque client, en raison de l'envolée des cours du riz".
     
    DSC_0011Maison de sorcières sans garage.

    McDonald

     
    "On aurait pu manger dans un McDonald, j'aurais commandé un "Premium Ranch BLT grilled", avec deux apple-pies et un jus d'orange".
     
    Je ne sais pas si Monsieur Moochagoo plaisantait, mais je préférais ne pas répondre. Nous étions au "Lobster Boat", un petit restaurant tout simple, vers 14h30, en train de décortiquer des homards de 680 grammes (1,5lb). La plupart des clients étaient partis, les habitants du New Hampshire déjeunent tôt.
     
    Madame Snake tentait de casser une grosse pince en disant : "GNNNNOUUU, GNOOOOOO, AAAAH, ça y est". J'ai essuyé de tous le jus que j'avais reçu. Il y a beaucoup de liquide dans un homard.
     
    Je racontais que, lorsque j'étais petit, je jouais au croquet avec Tante Germaine. Elle trichait et me donnait des conseils : "Il faut taper sur une boule de croquet, comme sur une pince de homard, avec habileté. La pince, comme la boule, peuvent devenir incontrôlables." Le croquet est habituellement pratiqué sur gazon, mais nous le pratiquions sur un terrain plein de cailloux et d'herbes folles. Les boules étaient toujours incontrôlables.
     
    Je ramassais quelques débris de carapaces sur mes genoux, j'avais mis mon coude dans la mayonnaise, et la petite coupelle pleine de beurre liquide s'était renversée. Je n'aurais pas dû regarder Monsieur Moochagoo en train de mettre du ketchup sur la chaire du homard. Du ketchup ! Il nous expliquait comment les mathématiques pouvaient s'appliquer aux objets incontrôlables. Madame Snake levait les yeux au ciel.
     
    A propos d'objet incontrôlable, j'avais aussi du jus dans les cheveux. Maintenant ils étaient collants ! Je citais Phèdre : "Que ces vains ornements, que ces voiles me pèsent ! / Quelle importune main, en formant tous ces noeuds, / A pris soin sur mon front d'assembler mes cheveux ? / Tout m'afflige et me nuit, et conspire à me nuire", et demandais platement : "Qui @#!!?@ a envoyé du jus dans mes cheveux ?"
     
    Monsieur Moochagoo répondit avec à propos : "Grâces au ciel, mes mains ne sont point criminelles". Madame Snake ne fit qu'un commentaire : "Ah, ça y est, je l'ai eu !", ce qui était une façon assez vague de se désigner.
     
    106$ (68€) pour trois homards, jus gratuit, qui dit mieux ?
     
    Belle journée !
     
    DSC02564The Lobster Boat
     
    DSC02565bisLe ravissant bavoir de Mme Snake

    Superhero movie

     
    DSC02546Pontiac G6
     
    "Monsieur Moochagoo, pourquoi ne voulez-vous pas monter dans une Pontiac G6, elles sont très bien ces petites voitures. C'est le prix du gallon d'essence qui vous rebute ? 3,45$ le gallon, c'est encore bien moins cher qu'en Europe."
     
    Monsieur Moochagoo avait dormi pendant tous les voyage en avion de Paris à New York. Il n'y avait aucune place de libre dans ce Boing 767 d'American Airlines ; qu'on dorme ou non, il était difficile de bouger. Les deux films idiots ne pouvaient qu'inciter à dormir et le peu qu'il y avait à manger ne nécessitait pas une camomille (chameamelum nobile).
     
    Par comparaison le vol New York-Boston dans un American Eagle EMB-135KL (ERJ 140) N806AE de trentes places était plutôt agréable.
     
    Monsieur Moochagoo voulait rencontrer en Nouvelle Angleterre une sommité du MIT (Massachussets Institute of Technology), spécialiste des capacités symplectiques et des groupes des symplectomorphismes. Je lui ai demandé si c'était quelque chose en rapport avec la structure des glaces Hagendass. Il n'a pas du tout apprécié la plaisanterie, et m'a expliqué les propriétés des difféomorphismes hamiltoniens.
     
    J'ai eu l'impression que mes yeux se mettaient à l'envers, ce qui n'est pas pratique pour la vie de tous les jours. Je demanderai à Tante Germaine ce qu'elle pense de cette conséquence inattendue des flots hamiltoniens.
     
    En fait Monsieur Moochagoo n'aime que la Chevrolet Impala, et il n'y en avait pas chez le loueur de voiture. La vie est ainsi faite, ainsi que me le répète "fripouillette66", une blogueuse luxembourgeoise sur un site de blogs moldaves.
     
    Nous sommes allés pour une nuit dans la banlieue de Boston, à Woburn. Monsieur Moochagoo, profitant du taux élévé de l'euro, a voulu faire quelques emplettes (chez TJ Max) : des superbes baskets colorées,  
     
    DSC02541
     
    et un chapeau à dessins de coquillages.
     
    DSC02544
     
    Il allait faire sensation au MIT, où nous l'avons déposé. Probablement une sorte d'illustration à lui tout seul, des difféomorphismes hamiltoniens.
     
    Nous sommes allés voir avec Madame Snake "Superhero movie" (une sorte de Scary Movie sur les Super Héros). Nous étions tous les deux seuls dans la salle immense. J'ai pu allumer mes yeux laser verts phosphorescents en toute tranquillité. 
     
    Il fait 25°C et il y a du soleil. Belle journée.
     

    Chiens, livres, illusions, vie et peur de la mort

     
    un compteur pour votre site 07-04
     
    Outside of a dog, a book is a man's best friend. Inside of a dog, it's too dark to read.
    En dehors d'un chien, un livre est le meilleur ami de l'homme. A l'intérieur d'un chien, il fait trop sombre pour lire.
    Groucho Marx
     
    Don't part with your illusions. When they are gone you may still exist, but you have ceased to live.
    Ne vous séparez pas de vos illusions. Quand elles sont parties, vous existez peut-être, mais vous avez cessé de vivre.
    Mark Twain
     
    Its not that im afraid to die, i just dont want to be there when it happens.
    Ce n'est pas que j'aie peur de mourir mais j'aime mieux être ailleurs quand cela se produira.
    Woody Allen

    !sp_0403_sunnyImage de Goro Fujita

     


    Forêts de Meudon et de Fausses Reposes - 2314OT

     
    "J'ai oublié le nom du chef d'orchestre". Mon voisin avait un trou de mémoire concernant un enregistrement de Peter Gynt de Grieg (1993), et je le prévins de ne pas tomber dans une sorte de trou d'eau au milieu du chemin.
     
    Monsieur Moochagoo chantonnait : "Pretend you're happy when you're blue / it isn't very hard to do" [Faire semblant d'être heureux quand on a le cafard, ce n'est pas très compliqué]. Nous suivions la Route de la Porte Verte dans la Forêt de Fausses Reposes, avec cinquante deux autres personnes. Le temps était à peu près stable et nous cherchions un endroit pour déjeuner. Le déjeuner est un moment crucial. Si le temps le permet, c'est même un moment très agréable.
     
    J'étais encore très fragmentaire et j'avais du mal à rassembler mes différents Moi. Un de mes Moi dormait encore, un autre regardait la carte "IGN Paris, Forêts de Meudon et de Fausses Reposes - 2314OT", et avait du mal à se repérer après tous ces tournicotons autour des étangs de Ville d'Avray. Enfin mon Moi social écoutait une conversation sur la déroute du PSG, sans rien comprendre. En gros le PSG ne méritait pas la Ligue 1 et surtout pas sa qualification contre Carquefou. Ces propos étaient très énigmatiques.
     
    Au moment précis où nous sommes arrêtés pour le déjeuner il s'est mis à pleuvoir. Monsieur Moochagoo a voulu installer son poncho au dessus de nous, avec des ficelles et entre trois arbres.  A travers le trou du poncho, aménagé pour passer la tête, l'eau s'est mis à dégouliner sur nous, assez fortement, alors qu'il ne pleuvait pas beaucoup. Un phénomène étrange et inexpliqué, qui nous permit d'ajouter un peu d'eau à notre Côte du Rhône. Le Côte du Rhône remonte le moral en cas de phénomène étrange et inexpliqué.
     
    Au moment précis où nous sommes repartis, la pluie s'est arrêtée, et cela définitivement.
     
    J'étais stupéfait ! Je dis à Monsieur Moochagoo que nous étions victimes d'un sort. Il chantait "South of the Border" de Nat King Cole et me répondit en souriant : "Je pense que c'est une bonne idée..on pourrait utiliser un thermostat à sort, mais c'est un peu ambitieux."
     
    Ouh là, soudain j'ai eu très envie de parler d'autre chose. Pendant ce temps les cinquante deux autres randonneurs ont disparu de notre vue. Nous nous sommes dépêchés et nous nous sommes perdus...et retrouvés à la gare de Viroflay Rive Gauche. 
     
    Belle journée.
     
    !display_1656380_Ra3vynImage de Ra3vyn sur Renderosity 
     
     
     

    Héroïnes

     
    Le poète indien Keshav Dâs (1555-1617) est l'auteur du Rasikapriyâ, sorte de traité de poétique amoureuse, qui a beaucoup inspiré les peintres râjpouts.
     
    Dans le Rasikapriyâ on distingue huit sortes d'héroïnes :
     
    • L'héroïne dont l'amant est entièrement soumis à sa volonté
    • L'héroïne qui espère la venue de son amant et se languit
    • L'héroïne qui attend le retour de son amant près du lit préparé
    • L'héroïne qui repousse l'amant repentant
    • L'héroïne dont l'amant ayant passé la nuit auprès d'une autre femme, subit ses âpres reproches
    • L'héroïne qui attend en vain l'amant absent
    • L'héroïne qui se désespère de l'absence de son amant au lieu de rendez-vous
    • L'héroïne qui, bravant l'obscurité, part rejoindre le bien-aimé à la nuit tombée.

    Cette classification aidait les actrices à interprêter leurs rôles.

    miniature_k-7-30-c_large Miniature de l'Inde Centrale, vers 1550. Gouache sur papier.

     Source : "Pouvoir et désir, miniatures indiennes de la collection Edwin Benney", sous la direction de A. Okada, ed. Paris musées/Findakly, 2003.

     
     
     

    Meme

     
    "Savez-vous que Richard Dawkins en 1976 a parlé dans son ouvrage "Le gène égoïste", de "memes"* qui sont des idées qui se transmettent d'un esprit à un autre. Les memes peuvent être des idées, des théories, des usages, des chansons, des modes, des proverbes**..Ils se propagent à la manière d'un virus. Notre univers culturel serait ainsi peuplé de memes qui ne sont pas forcéments les meilleurs ou les plus utiles, mais ceux qui ont réussis à survivre."
     
    Monsieur Moochagoo avait son regard des grands jours. J'étais prêt à saisir mon casque lourd pour me protéger contre les effets - pernicieux à n'en pas douter - d'une nouvelle expérience.
     
    "Donc les idées lutteraient pour survivre ?"
     
    "Exactement."
     
    Heureusement l'idée "Monsieur Moochagoo", ne s'est répliquée que dans une cinquantaine d'esprits et restera confidentielle. Quand aux idées de Monsieur Moochagoo elles ne sont jamais reproduites, à ma connaissance, à la manière d'un virus.
     
    "Je voudrais lancer un meme particulièrement performant qui devrait se répandre dans les esprits à une vitesse foudroyante".
     
    "Euh, lequel ?" J'étais sur la réserve.
     
    "Voilà mon meme : SPLOTCH"
     
    "SPLOTCH ! Vous plaisantez, c'est forcément autre chose ! Ce n'est pas une idée."
     
    "Bon autant vous dire tout de suite la vérité", Monsieur Moochagoo me regarda droit dans les yeux, "vous avez le mauvais rôle dans cette histoire de meme, et je n'aurais pas envie d'être à votre place. Ce meme SPLOTCH n'est pas sans risque. Si vous ne vous sentez pas au sommet de votre forme, libre à vous de déclarer forfait dès maintenant car une fois impliqué, vous paierez la moindre erreur".
     
    Je mis fébrilement mon casque lourd, de la sueur coulait dans mon dos, j'avais comme des vertiges. Je bredouillais : "Je peux déclarer forfait ?"
     
    "Oui...[soupirs], je suis très, très déçu". Monsieur Moochagoo eut comme une lueur ironique dans le regard.
     
    Je m'eclipsais, prétextant un mariage où je devais aller, en Suède.
     
    Il ne m'a pas cru.
     
    * meme : terme anglais forgé par Dawkins à partir de mimic (imiter) et memory (mémoire).
     
    ** un meme parfait est la notion de "bling bling", à propos d'une personne célèbre, qui a eu un impact considérable dans les esprits.
     
    !display_1657318Image 3D de stevey3d sur Renderosity.

    Dissimulation

     
    dog
     
    "Sur Internet, personne ne sait que tu es un chien."

    Moteur au camembert

     
    "Vous ne trouvez pas que ça sent les pieds ici ? Vous avez décidé de ne plus vous laver les pieds ?"
     
    J'étais dans la cave de Monsieur Moochagoo, en fait un box dans le sous-sol de l'immeuble, et cette odeur persistante était très désagréable.
     
    "Non, je suis à nouveau sur un projet de moteur au camembert".
     
    Non seulement le camembert semblait très avancé, mais je voyais quelques minuscules mouches de ci de là, et des asticots un peu partout. Monsieur Moochagoo avait testé un petit avion dont le moteur marchait au camembert. L'avion radiocommandé s'était écrasé...chez moi. J'avais eu des asticots et des mouches dans tout l'appartement.
     
    Il travaillait actuellement sur un jouet, un modèle de véhicule de course tout terrain à gros pneus. Il tenait un entonnoir et versait du camembert liquide (vraiment très très avancé), dans une sorte de réservoir ; ça commençait à crognoter sévère...
     
    L'engin fut mis en route avec l'aide d'une petite clé. "Un petit ressort lance le moteur", précisa Monsieur Moochagoo. Un hoquet ce produisit, puis un autre, et une petite fumée sortit de l'avant de la voiture.
     
    "C'est curieux, normalement, aussitôt que je tourne la clé, le moteur démarre sans hoquet, ni soubresaut". Pendant que Monsieur Moochagoo me disait cette phrase une petite flamme se mit à sortir du capot et mit le feu à un des pneus. Le temps d'aller chercher l'extincteur accroché au mur, la voiture était presque consumée.
     
    Cela ne sentait plus les pieds, il y avait une odeur de grilled cheese au caoutchouc brûlé. L'expérience avait tourné court, mais au moins les asticots et les mouches étaient morts, intoxiqués par la fumée. 
     
    Une bien belle expérience !
     
    camembert_3
     
     

    Une table

     
    "Vous voyez dans cette pièce, tous les objets sont en place et dans un environnement particulier". Monsieur Moochagoo me montrait sa salle de séjour. "Regardez cette table, elle a une tache, là. Ici, il ya un peu de poussière".
     
    "Au moins je vois bien tous les objets dans cette salle, et même si le temps passe, rien ne change en apparence", répondis-je. J'étais, comme d'habitude, inquiet des tests de Monsieur Moochagoo. IL avait décidé de...je n'avais pas compris quoi. Il était question d'Aufleutchten [illumination] de l'aspect et de Zusammenstellug [arrangement].
     
    "Regardez cette table, je l'enlève et je la met là-bas et je la pose ainsi. Et maintenant, quel est l'aspect de ce que vous voyez ?"
     
    "Je ne vois plus une table". Et c'était vrai, tant que j'avais vu la table, le mot table avait en quelque sorte flotté dans mon esprit. La table baignait dans une sorte de lumière. C'était une table. Et maintenant je sentais un poid peser sur mes deux yeux, ce n'était plus une table. J'avais l'impression d'habiter dans des ténèbres, en regardant...quoi ? Le mot table n'était plus le mot juste. Je ne pouvais plus dire : "Oui, je sais ce que c'est, c'est une table !"
     
    Je regardais Monsieur Moochagoo du coin de l'oeil. Je pouvais toujours dire : "Oui je sais qui c'est, c'est Monsieur Moochagoo !" Ouf....
     
    Une cloche se mit à sonner dehors : ut, mi, sol; mi, sol , si; sol, si, ré ; puis elle a vibré longtemps. Sur une radio lointaine, j'entendais ces mots : "Et là, je ne sais pas ce qui lui prend, mais elle se jette par terre et crie : Anastase...Anastase...Je t'aime, je veux être ta femme !!! A ce moment-là, j'éclate de rire !!"

    Je dis à Monsieur Moochagoo : "Tout ce qui m'entoure me paraît irréel, c'est comme si je regardais le tableau de Madame Récamier par David, au Louvre, et que soudain un touriste me dise que le petit marche-pied en bois en bas à droite du tableau, est un coussin."

    "Voulez-vous des chouquettes ? Vous devriez essayer d'en faire, c'est très facile !", me demanda Monsieur Moochagoo, "Je suis très satisfait de cette expérience."

    Il continua, tout en mangeant des chouquettes et en buvant du thé, de parler de "ein Keim der Bedeutung" et de "Zusammenmenstellung" à propos de Wittgentein et de paraphrases qui ne sont pas des explications. Il cita celui-ci : "Si l'on change la moindre chose dans un visage, l'expression change aussitôt." [BPP I, 340-341]

    En partant, je regardais mon visage pour voir si quelque chose avait changé, non, l'oeil droit était un peu rouge, j'avais l'air d'un Tarsier d'Océanie, avec un nez qui coulait. Mes cheveux n'étaient pas coiffés, et mon écharpe trop nouée me faisaient ressembler à n'importe quoi. A la radio, une voix enfantine chantait une comptine : "J'ai un gros nez rouge, Des traits sur les yeux, Un chapeau qui bouge, Un air malicieux, Deux grandes savates, Un grand pantalon, Et quand je me gratte je saute au plafond".

    Drôle d'expérience !

    David_in_1800 mme récamier

     

    Phobos

     
    Phobos, est la plus grande lune de Mars. Ses dimensions sont de 27 sur 22 km (avec un diamètre de 18 km). Phobos tourne autour de Mars trois fois par jour. Un petit pied à terre encore inhabité, profitez-en.
     
    phobos 1
     
    phoebefig4
     
    Phobos lune martienne
     
    (source NASA)
     

    Chat-carpette

     
    chat carpette
     
    Source : "Peatau & Brody : DogCarpets"
     
    NB : Cette image a été produite par un groupe d'artistes, spécialistes de la provocation. Je ne suis pas sûr qu'elle ne soit pas un bricolage d'image 3D avec Photoshop. En revanche, il y a un taxidermiste près de chez moi et je vois chez ce brave monsieur (d'apparence petit fonctionnaire d'autrefois), des chiens et des chats "naturalisés", comme on dit. Troublant, non ? Monsieur et Madame français moyens qui veulent que leurs animaux de compagnie soient "naturalisés" [après décès !] ne peuvent pas être taxés d'artistes provocateurs :)

    GPS !!!

     
    Je suis en train de grimper sur un désert de souvenirs. C'est dur d'aller à la chasse au souvenir, et j'en cherche un en particulier. Je me promène dans mon esprit, armé d'un balai, pour éventuellement écarter les souvenirs importuns. Et pour l'instant, c'est le désert. Ah, si, en voilà un : "Station Chatelet", avec du monde, de la saleté et des odeurs. Hop, je l'écarte.
     
    Là, il y a des pommes qui chantent et un nez froid qui coule. Les pommes qui chantent, c'est un faux souvenir. Monsieur Moochagoo m'a prévenu : "Attention aux faux souvenirs, ils vous collent et on ne peut plus s'en débarrasser". Hop, un coup de balai !
     
    "Je me vois idéalement mince", oh, c'est un souvenir de revue féminine, j'en suis certain, ça m'apprendra à jeter un coup d'oeil sur les revues de madame Snake. Hop, du balai.
     
    Voilà Paula la marchande de fruits et légumes qui dit : "Je suis Madame plus". D'où proviennent ces souvenirs ? De petits tiroirs où ils sont bien rangés dans mon esprit ? Comment pourrais-je les collecter et les trier ? Je suis assis au milieu de mon désert de souvenirs sur un banc du Luxembourg, et j'essaie de me souvenir de ce souvenir si particulier, mon balai à la main.
     
    Je me souvins alors que Monsieur Moochagoo m'avait conseillé : "Il vous faudra réconcilier votre esprit avec le souvenir qui vous échappe". En me donnant ce conseil, il s'entraînait à la gaillarde, afin de montrer un aspect des chorégraphies du XVIIème siècle, à son Club des Amis de Hyacinthe Rigaud. Il faisait des mouvements vifs, des ruades, des caprioles et des grues. Je lui fis la remarque que ce n'étaient là que des "affecteries de cour" et que franchement les caprioles et les grues...  
     
    Ce souvenir particulier était-il associé à la gaillarde ? Ce fut flou et indistinct. J'ai un esprit qui n'est pas très coopératif, côté souvenirs.
     
    Je me retrouvais tel le petit Poucet de Charles Perrault, qui "croyait retrouver aisément son chemin par le moyen de son pain qu'il avait semé partout où il avait passé; mais il fut bien surpris lorsqu'il ne put en retrouver une seule miette; les Oiseaux étaient venus qui avaient tout mangé."
     
    Mais quel était donc ce souvenir ? Allais-je devoir enduire certains souvenirs de gel waterproof, pour les figer à un endroit bien précis ? 
     
    Monsieur Moochagoo a-t-il jamais pensé à un GPS qui nous conduirait jusqu'à un souvenir disparu ?   
     
     Bipbip-Coyote-wallpaper

    "Ils sont sans parole"

     
    "La lune? Ce n'est plus la même
    Le printemps? Ce n'est plus
    Le printemps d'autrefois.
    Moi seul
    N'ai pas changé."
     
    En dépit de ce poème d'Ariwara no Narihara (825-879), moi seul avais changé, je ne parlais pas. Il fallait plutôt citer un haiku plus récent d'Oshima Ryôta (1718-1787) :
     
    "Ils sont sans parole
    L'hôte invité
    Et le chrysanthème blanc." 
     
    J'étais l'hôte invité de Monsieur Moochagoo, et il n'y avait pas de chrysanthème blanc. Nous prenions le thé. J'avais ajouté du miel de chêne liquide et noir, c'est bon pour la gorge..
     
    Nous ressentions la présence d'un temp mort dans une conversation qui n'avait pas encore commencé. Nous mangions des biscuits suédois au gingembre (taux d'encorporation de gingembre : 0,2%). 
     
    Personnellement je n'aime pas trop la présence d'un temps mort, c'est une sorte de tierce personne qui finit par prendre toute la place et par répondre aux questions qu'on ne pose pas.
     
    En ce moment, le sujet favori de certains jardiniers est : "L'asperge prend-elle toute la place ?". Ce légume occuperait trop de place ! Eh bien, comme, ni Monsieur Moochagoo, ni moi-même, n'avons de jardin, la question resta dans les limbes, un temps mort entre deux temps morts.
     
    Vous allez me dire que, si on se préoccupe de tout ce qui n'est pas dit, on n'a pas fini d'être préoccupé. Cela me fait penser à l'écrivaine Catherine Lépront : "Ce qui prend du temps, c'est quand on n'écrit pas". 
     
    Un temps mort prenait tout notre temps. J'aurais pu dire : "Temps mort, pousse-toi tu prends toute la place". Mais je ne voulais pas polémiquer. Avec un temps mort on ne sait jamais. Je pensais en frissonnant à la phrase de la Reine dans Alice au Pays des merveilles : "Il est en train de tuer le temps ! Qu’on lui coupe la tête !" ..quoique, tuer un temps mort, ça fait bizarre. 
     
    "Rien ne dit
    dans le chant de la cigale
    qu'elle est près de sa fin" (Basho 1644–1695)
     
    Rien ne dit dans un temps mort qu'il est près de sa fin..
     
    Je bu mon thé, et remerciais Monsieur Moochagoo pour cette invitation, d'un mouvement de tête. Il resta silencieux pour ne pas briser le silence.
     
    Belle journée ! 

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    L'Art de Nick Dewar

     
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    Le travail des femmes...

     
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    Préparation des moteurs d'un Shuttle à la Nasa.
     
    NB : Je ne sais pas si cette dame a des enfants. Mais si elle a des enfants ce doit être chouette pour eux de montrer ces photos aux copains. Quand aux petits enfants, il parleront de Mémé avec émotion, j'en suis sûr. 
     

    Le Bassin des Damoiseaux

     
    Je ne parle plus. J'écris. La vie est ainsi faite de hauts et de bas. Mais je peux susurrer. Susurrer vient du latin susurrare : "murmurer, bourdonner, en parlant des abeilles". La racine sanscrite de susurrare est svarati (स्वर्), qui veut dire "émettre un son". Cette précision vient de Tante Germaine qui tient essentiellement à me sensibiliser à l'étymologie.
     
    Je préférais les moments où Tante Germaine m'apprenait à manger des petits fours plus rapidement que mes voisins, lorsque nous étions devant un grand buffet.
     
    Monsieur Moochagoo avait trouvé un adage de Michel Audiard qui lui plaisait beaucoup : "J'parle plus aux cons, ça les instruit". Je lui ai donc susurré à voix très basse qu'il était hors-sujet : je ne parle plus à cause d'une laryngite, et non pas à cause des cons, à moins qu'il ne me laissent sans voix, et c'est souvent le cas.
     
    Nous venions de dépasser le Bassin des Damoiseaux sur la Commune d'Igny. Un endroit fascinant situé à la jonction de deux routes à double voies (la N118 et la N144), et d'une voie de chemin de fer. Deux pelleteuses géantes enlevaient des montagnes de boues issues du curage du Bassin, puis déposaient leurs charges dans un camion benne. Tous les ponts en bétons -et il y en a - sont couverts de graffitis en forme de palimpsestes. Vraiment idyllique pour évoquer l'instruction des cons.
     
    "Jamais ce gens-là ne se plaignent de ce qu'ils sont, car, en général, ils sont trop stupides pour imaginer un autre état". Monsieur Moochagoo avait dû en rencontrer récemment un ou deux , car il continua sur ce sujet jusqu'à la Prairie d'Amblinville, le long de la Bièvre.
     
    Je me tais.
     
    NB : Merci aux commentateurs. Monsieur Moochagoo avait en effet rencontré une personne qui l'avait quelque peu remonté. L'intelligence a toujours des limites, et, avec le temps, ou dans un autre contexte, on peut se retrouver dans la catégorie honnie.
     
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    Larynx

     
    "Croogrouhejdfbeeneplusfarlerc'estuuunelarynnnngite".
     
    Je ne peux plus parler...c'est une laryngite m'a dit la doctoresse à 19h aujourd'hui.  J'étais le dernier client. Je crache avec régularité des choses visqueuses et vertes dans des mouchoirs en papiers. J'hésite à en faire une collection, pour les revendre sur un site connu...
     
    Monsieur Moochagoo me confirme après avoir regardé sur internet que "les laryngites sont des inflammations du larynx souvent infectieuses d’origine virale ou bactérienne". C'est vrai je souffre du larynx et je lui répondis : "cruafraijesouuuuvreduulabriiiiinx".
     
    La doctoresse m'a demandé de ne pas parler, donc je me tais et me soigne avec un médicament "générique", c'est précisé.
     
    "Se taire ne veut pas dire que vous n'avez pas à écrire un billet, seul le larynx est souffrant. Vos doigts et votre cerveau sont encore en état de fonctionner. Votre cerveau fonctionne bien non ?" Je trouvais Monsieur Moochagoo un peu cavalier, mais je ne pus répondre que : "Cerrrrrooo ftiooonne reeeeeuuuu".
     
    Il en profite ! Mon Moi Négatif concoctait déjà une vengeance machiavélique. Propager des microbes ? Pourquoi pas, he, he ! Quoique ce soit sans espoir, je n'ai jamais vu Monsieur Moochagoo malade, ou bien j'ai oublié. Mon Moi Négatif imaginait une sorte de fil solide et invisible en haut d'un escalier. Je mis mon Moi Négatif à l'amende, et lui imposait de ne plus parler à tort et à travers dans mon esprit. Il y a des limites !
     
    Je me tais et je me soigne.
     
    dog_tiedupbis