-Snake0644's profile"Mister Moochagoo and I"PhotosBlogListsMore Tools Help

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    Les billets et les mots

    Monsieur Moochagoo était en train de revoir ma méthode d'écriture. J'ignorais de quoi il voulait parler, et je lui dis que j'étais surpris par cette démarche.

    Il me fit remarquer que, après avoir écris les cinq premières phrases d'un billet, je devrais redistribuer aléatoirement les mots dans chaque phrase. Et je devrais écrire les phrases suivantes, en me servant de mots tirés au hasard d'un dictionnaire quelconque.

    J'émis un doute, car je trouvais que sur ses propos, régnait une sorte de demi-obscurité, qui m'en cachait le sens véritable.

    Il ignora mon doute et continua : A la fin, je devrais éliminer, les trois derniers mots de chaque phrase, pour parfaire le travail.

    Je commençais à être un peu nerveux, et pensais au conseil (en anglais) de Tante Germaine: "Just be yourself" (Sois seulement toi-même)

    Il conclut : "Si les phrases s'avéraient incohérentes, recommencez toute l'opération au début. Que pensez vous du principe?"

    Méfiant, je répondis, pour qu'il ne pût déceler l'état d'inanité intellectuelle où j'étais tombé: "Ce n'est que la partie émergée de l'iceberg".

    Il me regarda avec admiration et dit : "Vous faites des progrès, j'attendais une phrase oiseuse ou potache. Vous êtes enfin sorti du moule."

    L'entrée dans le progrès est parfois imperceptible. Belle journée !

    Ne penser qu'à des choses inintéressantes


    un compteur pour votre site 04-10

    "Ne penser qu'à des choses inintéressantes", tel était le principe inflexible qui guidait - pour l'instant - Monsieur Moochagoo. J'étais abasourdi ! Lui que je devais aller voir interpréter Oreste dans "Andromaque" de Jean racine, avec une troupe amateur !


    Avec les accents d'Hermione, et pour voir s'il savait son texte, je lui dis : "Hé quoi ! Toujours injuste en vos tristes discours, De mon inimitié vous plaindrez-vous toujours ? Quelle est cette rigueur tant de fois alléguée ?..." Mais il connaissait la suite de ma tirade et sa réplique.

    Je lançais une offensive : "Il me semblait que les textes de Jean Racine font partie des choses intéressantes. Interpréter Oreste ne va-t-il pas nuire à votre principe inflexible ?" Il ricana et déclara que mon avis le faisait penser au fonctionnement du grille-pain, qui est forcément  perturbé par l'absence de toasts.

    Mon cerveau fit des ronds concentriques, mais je n'arrivais pas à démêler le sens de cette phrase toastée.

    Monsieur Moochagoo observa :"Je sens que vous n'adhérez pas à ce que je viens de vous dire. Je précise ma pensée avec une phrase des Analectes de Confucius : Une fois le poil raclé, la peau d'un tigre ou de léopard ne vaut pas plus qu'une peau de chien ou de mouton. Là, vous comprenez ?"

    Cela s'appelle sans doute aggraver son cas, mais mon cerveau restait dans l'improbable statut de cellule souche, dite cellule indifférenciée.

    Je demandais à tout hasard : "Vous allez continuer à expérimenter ce principe de ne penser qu'à des choses inintéressantes?" Il me répondit : "Oui. C’est ce qui rend les choses intéressantes. C’est pour ça qu’on continue à penser".

    Je jetais l'éponge.





    Un jardin très secret

    - Mon jardin secret est complexe, imprévisible et inclassable, façonné hors des cadres et des normes.

    - En quelque sorte, il est très secret ?

    - Oui, dans ce jardin secret, je n'ai pas à y supporter les états d'âmes de certains, de ceux qui me liment le cerveau, jours après jours, avec d’interminables réflexions sur eux-mêmes.

    - Tiens, ça me rappelle Michel de Montaigne : "Il faut voyager pour frotter et limer sa cervelle contre celle d'autrui". Mais il me semble que vous prenez la position inverse.

    - Mon jardin secret n'est ni un jardin absent, ni un jardin en négatif. Il est secret, mais productif. Et je vous recommande la plus grande prudence, afin de ne pas verser dans une identification, qui vous ferait prendre mon jardin secret pour ce que je suis réellement.

    - Je n’aurais pas l’outrecuidance de croire ou de faire croire, que ce jardin secret vous identifie.

    - Si vous vous promeniez dans mon jardin secret, vous ne trouveriez que motif à vous offusquer. Puisse ce jardin servir plutôt de pierre d’achoppement, de scandale pour relancer...

    - Oui, pour relancer quoi ?

    - Si je vous le disais, vous auriez la clé du jardin secret, et il est hors de question que vous y entriez. Néanmoins, je vous laisse deux énigmes : Qui est à l'intérieur de mon jardin secret ? Qui est au dehors ?

    - Vais-je résister longtemps?  Hélas, je sais que je ne pourrais m'empêcher d'y penser.



    Perdre ses lunettes de lecture


    Le calcul mental me donne des spasmes du cerveau, et Monsieur Moochagoo était en plein calcul mental au milieu de la Forêt de Fontainebleau. Il essayait de déterminer avec précision où il avait bien pu perdre ses lunettes de lecture. Retrouver un objet manquant dans un ensemble donné, tel était le but de ses réflexions mathématiques.

    Je lui dis que cela me rappelait un rallye à thème. Les participants avaient des énigmes mathématiques à résoudre. La réponse à une énigme nous fournissait une lettre et un nombre qui nous renvoyait à une case du plan routier. Je dois avouer que je m'occupais plus de l'intendance que des énigmes.

    Je lui aurais dit que j’aimerais pratiquer le Falun Gong pour "sortir des arrangements des forces anciennes", cela aurait été sans doute une meilleure idée. Et surtout il ne m'aurait pas regardé, genre : "T’as vu il a le crâne qui bout".

    Tante Germaine en buvant son orange pekoe, "a delightful, smooth tea", m'avait jadis donné ce conseil : "Il y a chaque jour quelque chose à ne pas faire." Je lui avais demandé si c'était un précepte taoïste, elle m'avait répondu qu'elle ne lisait pas ces textes abscons, que seuls des miracles d'érudition permettent de décrypter.

    Pour en revenir au conseil de Tante Germaine, Monsieur Moochagoo n'aurait pas dû perdre ses lunettes, ce n'était pas une chose à faire. Vous allez me dire que mon interprétation est tendancieuse. Mais que faire pour éviter cela ? Mon professeur de philosophie m'avait exhorté à écrire, avant d'interpréter in fine, car cela fixe les idées et renforce la discipline interne.

    Mais avec Monsieur Moochagoo, je ne peux m'empêcher d'être tendancieux.

    Même après de très nombreux calculs, nous n'avons pu retrouver les lunettes. "Moi qui avais des lunettes superbes et bien adaptées.." Monsieur Moochagoo avait le moral bas. Je tentais un : "Benjamin Franklin a dit : Dans ce monde, rien n’est certain, sauf les impôts et la mort", mais j'ai fais un flop.

    Une bien belle journée !


    Ponte dei Sospiri


    Parfois je réfléchis à cette histoire amazonienne. Il me semble maintenant que tout cela est le fruit de mon imagination. Seul un vieil indien, Monsieur Moochagoo et moi connaissons la vérité. Voici un extrait de mon journal.


    Jour 1 : Nous venons d'arriver à Manaus. La première chose que j'entends sont les cloches de l'Igreja da Matriz. Je suis épuisé par notre voyage mouvementé depuis Paris. Je retire du pus de mon pouce gauche. J'ai au moins 39° de fièvre.

    Jour 2 : A trois heures du matin nous quittons Manaus en 4x4, en direction de Frente Sul. Après, il nous faut continuer en bateau jusqu’à La Piedra. La nuit, malgré les moustiquaires, c'est l'enfer. Je viens d'écraser une sorte de scolopendre. L'odeur fétide qui s'en dégage me soulève le coeur. Je dors avec mon revolver, car je me méfie de tout. Il me semble qu'avec la fièvre, j'ai des crises paranoïaques de plus en plus fréquentes.

    Jour 3: Nous suivons le fleuve Cauburis jusqu'à la Boca do Tucano. Là nous prenons notre sac à dos et continuons vers Bebedouro Velho. Notre guide est un vieil homme, d'origine indienne. J'en viens parfois à regretter le métro parisien, les rues et même les feux rouges ! J'ai mis des asticots dans la plaie de mon pouce. Ils mangent efficacement le pus. Ma fièvre baisse.

    Jour 4: Après un petit déjeuner de cafards grillés et de choses indéterminées, nous poursuivons notre chemin vers le point "bleu". Ce point "bleu" dont Monsieur Moochagoo a dit : "Nous n'aurions jamais dû voir cela, et maintenant, nous sommes obligés d'y aller".

    Jour 5: Nous mangeons nos dernières provisions. Au bout de sept heures, nous arrivons devant une porte - une porte sans rien autour, recouverte de végétation. Le vieil homme dit : "C'est là", et il s'en va. Monsieur Moochagoo sort un petit carnet en cuir et manipule une serrure qui doit bien dater des Conquistadors. 

    Au bout d'une heure, alors que la nuit tombe très vite, la porte s'ouvre. J'entends un bruit de sirène lointain, nous passons la porte et nous retrouvons sur le Ponte dei Sospiri au-dessus du Rio de Palazzo o de Canonica. J'entends Monsieur Moochagoo dire : "Une sorte de raccourci". Je me retourne, la porte de l'Amazonie a disparu. Nous voilà à Venise !

    NB : Texte composé pour un exercice, proposé par Brindille [J'ai échoué sur le nombre de lignes] : "Je voudrais m'imaginer des histoires passées" / contraintes: pont des soupirs, sirène, les cloches d'une église, feu rouge, forêt amazonienne, un viel homme, un révolver, une couleur. 15 lignes.





    Madame K.

    Tante Germaine m'avait invité à prendre le thé pour s'excuser de m'avoir traité de Nosferatu sub-saharien à structure gothique. J'avais accepté à condition de boire un thé sans herbes, sans gingembre et sans lait de tatou.

    Elle n'était pas de très bonne humeur, car son amie K. arrivait. Je lui demandais pourquoi K "point" ? Elle me répondit que oui, elle s'appelait "K.". Je m'excusais en précisant : "J'ai un sifflement à l'oreille". Elle me dit alors : "Eh bien moi, j'ai le périostite du tibia gauche enflé".

    Pour accompagner le thé, elle prépara des fraises. Elle eût aimé nous offrir des fraises de Plougatsel, "car se sont les meilleures, mais elles ne sont pas encore mûres."

    Madame K. arriva et le sujet de la Bretagne revint sur le tapis. Elle nous confia : "J'arrête pas de me dire que ça doit être super de manger des crêpes en Bretagne, faites par une bretonne, avec des fraises bretonnes dedans". Je compris après cette répartie, pourquoi Tante Germaine n'était pas de bonne humeur.

    Madame K. se pencha vers nous : "Je suis actuellement a la recherche de quelque chose dont il ne faut pas parler, mais je vous en dis deux mots : j'ai envie d'aller vivre au Québec pour les grands espaces, ou à Marseille pour le soleil."

    J'aurais dû être overbooké pour ce thé, car cette amie me paraissait "unreal", comme dit ma voisine, qui aurait ajouté : "J'aurai bien aimé la splitter*, ou au moins aller à la première phase du split". C'est sa phrase préférée.

    Ainsi se poursuivit notre thé. Après le départ de Madame K., Tante Germaine m'avoua la connaître depuis l'adolescence : "Elle adorait parler d'elle et de sa suprême beauté. Elle m'énervait déjà beaucoup. Elle disait parfois : Ne cherchez plus la Première Merveille Du Monde, vous l'avez trouvée en ma personne."

    "Pourquoi avoir continué à la voir ?", demandais-je in petto.

    Tante Germaine ne répondit pas. Elle se parlait à elle-même : "Je vais plutôt prendre un bon bain , me détendre, réfléchir et après je verrai. Le stress appelle le stress. Le souci appelle le souci".

    Quelle journée !

    * de "to split" = "désintégrer", dans le sens utilisé ici.

    Conversation sur un banc

    La dame : "C'est toi qu'a gagné ces grandes couettes ? La claaaasse !! Dis donc t'assure comme une cheftaine, moi j'te l'dis, bientôt tu feras Bridget Jones. Mais si, je te prêterai mes boots suréquipées ! Tu pourras surfer sur les melons !" Voilà le message que m'a envoyé ma nièce, je n'y comprend rien.

    Moi :
    C'est pas bien de vous laisser  avec des points d'interrogation, mais c'est un bon début.

    La dame : Un bon début ?

    Moi : Un bon début d'en parler, ça permet de dénouer vos tensions.

    La dame : Ah bon ! Moi qui lui avais si gentiment demandé de ses nouvelles et l'avais consolé quand ça n'allait pas fort.


    Moi : Vous avez peut-être gagné quelque chose ?

    La dame : J'ai participé à un jeu dans un almanach

    Moi : L'Almanach des Castors Juniors ?

    La dame : Mais non ! C'était un almanach d'humour je crois. Il y avait un test "Papotage inside", dont une question à propos de George Clooney : "Si cet acteur vous fait  frissonner, fermez les yeux  ; et si votre corps continue de trembler, mettez un croix dans la case n°2"

    Moi : C'est d'un romantisme fou !

    La dame : C'était il y a quelques mois, j'ai envoyé la page du questionnaire. Mais j'ai mis le nom et l'adresse de ma nièce pour rester anonyme.

    Moi : Ecrivez à votre nièce : "Je n'ai rien compris à ton charabia ! Il me semblait qu'il fallait écrire en français et être claire pour se faire comprendre de tous !" L'aspect laconique de votre message sera sans doute riche d'enseignement, où alors elle se fâchera tout rouge. 

    La dame : J'hésite..

    Moi : Ou alors écrivez : "Bitche trop bien ton message. Il en va des jeux comme des surprises Kinder : des fois c'est super classe mais souvent ça ne sert pas à grand chose". Vous verrez bien sa réponse.

    La dame : Je préfère ! Allez, je vous laisse, bonne soirée !

    Moi : Mes amitiés à Cri-cri !

    Danseuse du Moulin Rouge

    Dans le train qui nous emmenait vers la forêt de Chantilly, je lisais les mémoires R. L. Stevenson, : "La route de Silverado". Le récit commençait par la traversée de l'Atlantique en 1879, sur le Devonia, comme émigrant de 2ème classe : "La cabine de seconde était...une manière d'oasis. Au travers de sa fine paroi on ne perdait en effet rien des vomissements des troisièmes classes."

    Il faudra que je fasse lire ce livre à Madame Snake qui est toujours malade dans un bateau, quelle que soit sa taille, cela l'amusera.

    En suivant la Route de l'Entonnoir qui jouxte le Petit Labyrinthe du Château Chantilly, Monsieur Moochagoo remarqua un arbrisseau. C'était de l'aubépine épineuse (Crataegus laevitaga) qui vivrait 500 ans. Cette plante est considérée comme une plante protectrice depuis l'antiquité.

    Moi j'aime bien ce nom "aubépine épineuse", qui contient deux fois "épine". Je le fis remarquer à Monsieur Moochagoo qui me regarda avec un air peiné *, et ajouta que l'aubépine écarte la foudre en Normandie, "du moins le croyait-on autrefois". Je ne posais pas la question qui tue : "Et pas en Bretagne ?". Je ne voulais pas lui arracher des youyous d'euphorie.

    Il avait amené avec lui le "Guide pratique d'arpentage et de nivellement des préposés des eaux et forêts" de V. Dinner et J. Capoduoro (1933). Franchement, nous ne l'avons pas utilisé. C'était peut-être pour l'ambiance, mais j'en doute, car en ce moment il se posait des questions métaphysiques du style : "Suis-je ou non capable d'enfoncer un clou ?", à la suite d'un cuisant échec dans un projet de menuiserie.

    Je lui confiais que Tante Germaine m'avait traité de Nosferatu sub-saharien à structure gothique. Il ricana et dit : "Cela vaut mieux que Danseuse du Moulin Rouge Génétiquement Modifiée", et se mit à penser en latin : "Coelum non animum mutant qui trans mare currunt" (Courir au-delà des mers, c'est changer de climat, mais non changer de cœur).

    Je crois que je vais aller en Corée du Nord, faire un stage de danseuse du Moulin Rouge .

    *
    Anagramme d'épine, pour les distraits.


    Un billet à thème sur l'Amour, avec un grand A

    Comme dit ma voisine, c'était "trop émotionnel" de voir Tante Germaine, chaussée de boots en choux-fleur dites "Peter Pan", en train de boire son thé bizarre à base d'herbes, de gingembre et de lait de tatou. J'ignorais que le lait de tatou exista.

    Elle avait le cerveau bloqué par un sudoku très difficile. Moi, le mien est bloqué dès très facile, alors je ne me moquais pas. Elle m'avait convoqué pour avoir une "discussion constructive". Dieu merci, elle n'était plus dans sa période philosophique, sinon j'aurais eu droit à une discussion déconstructive, façon Derrida.

    Elle voulait que j'écrive : "Un billet à thème sur l'Amour, avec un grand A, le genre, 'J'en ai encore les larmes aux yeux. Qui a un mouchoir ?', et surtout, surtout, 'Très émouvant à la fin, avec de la musique douce', enfin tu vois, quoi ?"

    Je lui répondu - le thé était infect - de mettre sur pause. Je ne faisais pas dans l'Amour Cocktail et la frivolité. Elle m'a demandé pourquoi je ne voulais pas écrire sur un petit moment de bonheur à travers la personne qu'on aime, ou qui vous attire. Ecrire sur ce thème, n'était quand même pas de l'ordre du préjudice morale. Elle a conclu : "Un Grand Amour dans une vie, est-ce possible ? N'est-ce pas un beau thème ?"

    Rien que de penser à ce genre de billet, j'étais traumatisé grave, comme on dit. J'ai refusé tout de go. Elle m'a traité de diminué émotionnel. J'étais une sorte de Nosferatu sub-saharien à structure gothique.

    Là, elle m'en a bouché un coin. "Nosferatu sub-saharien à structure gothique", il faudra que je le ressorte..


    Chaussures Peter Pan de The Pendragon Boot Company

    Ascètes à 180°


    Autour de nous il y avait des flamboyants, des açokas, des çalas et des manguiers en fleurs. Nous marchions sur une route en terre de l'Inde du Nord. Je commençais à me poser des questions : pourquoi étions-nous devenus adeptes des croyances d'une secte shivaïte connue, celle des Sadhus, ascètes à demi-nus, recouverts de cendres ?

    Nous n'avions pas encore d'énormes chignons et des barbes longues, mais Monsieur Moochagoo m'avait assuré que "ça allait venir".

    Peut-être pensez-vous que ces considérations sont futiles, mais nous avions voulu que nos vies prennent un virage à 180°. Enfin, c'est Monsieur Moochagoo qui avait parlé de 180°. Je lui avait demandé pourquoi en particulier 180°, il m'avait répondu d'un air mystérieux : "La somme de la fonction indicatrice d'Euler sur les 24 premiers entiers, est égale à 180". Je n'avais pas insisté. Les mathématiques ont sur moi des effets indésirables.

    Ce qui me gênait le plus c'était que la secte était tendance végétarienne et buveuse d'eau. Monsieur Moochagoo avait insisté que nous devions "définitivement tourner le dos aux pays de mangeurs de viandes et buveurs de liqueurs alcooliques".

    Nous allions en direction d'Allâhabâd, où se rejoignent les eaux du Gange et de la Yamounâ. Monsieur Moochagoo se voulait rassurant : "Quand nous serons dans un grand état de faiblesse et de dénuement, et que le peu de vêtements que nous avons, tomberont d'eux-mêmes en lambeaux, nous commencerons à acquérir des pouvoirs pour nous libérer des liens qui emprisonnent notre âme".

    J'avais des doutes. Voulais-je vraiment libérer mon âme ? Je sentis que j'allais prendre un nouveau virage à 180°.

    NB : Texte composé pour un exercice, proposé par Brindille : "UN VIRAGE A 180 °". Texte libre selon votre inspiration (que je sais bonne), maxi 15 lignes.

    Sadhu, gravure du XVIIIème siècle.

    Crispation laborieuse

    un compteur pour votre site 04-10

    "Votre dernier billet Conversation sur un banc était P.A.T.H.E.T.I.Q.U.E. Vous avez bien mérité ces commentaires que, pour une fois, j'ai lu. Le seul qui m'a vraiment plu c'est : bla bla bla bla !"

    Monsieur Moochagoo était venu tout spécialement me voir pour me dire tout le bien qu'il pensait de mon billet, qu'il compare à "une crispation laborieuse et appauvrissante". Il a estimé que j'aurais dû faire mienne la phrase de Bartleby* : "I would prefer not to" (Je préfèrerais ne pas) ; cela m'eût évité d'être "le confesseur tardif de personnes militantes de l'amour impossible, a priori abonnées aux notes en bas de page".

    "Jouez hautbois, résonnez musettes", j'en prenais plein la tête. Dans ces cas-là, je colmate mon cerveau pour limiter les pertes.  Si mes oreilles entendaient ce que me disait Monsieur Moochagoo, mes yeux lisaient cette phrase de l'ethnologue Monique Jeudy-Ballini : "On n'est pas jaloux du malheur des autres" **

    J'en venais à me demander si Monsieur Moochagoo n'était pas jaloux des sentiments qu'avait éprouvé cette brave dame. J'eusse préféré un ricanement à cette attaque frontale.

    En amour, Tante Germaine a fait sienne la phrase de Jules Renard : "J'ai connu le bonheur, mais ce n'est pas ça qui m'a rendu heureux".

    Encore un billet bla-bla !

    * Personnage d'Hermann Melville
    ** Libé des livres du 02/04/09

    Conversation sur un banc

    La dame : En matière d'amour, j'ai fait des efforts croyez-moi. Mais un jour , j'ai compris qu'il y avait des limites et j'ai renoncé.

    Moi : Alors, vous avez vraiment renoncé ?

    La dame : On ne peut pas retrouver le début d'un amour sous les pelures d'un oignon.

    Moi : Et en plus, les pelure d'oignons font pleurer.

    La dame : Par la suite, je n'ai pas voulu jouer un rôle, celui de l'amour.

    Moi : Une bien triste histoire.

    La dame : C'est ce que j'ai expliqué à mon bichon. Si mon amour n'existe plus, c'est qu'il n'est plus là où il était.

    Moi : Et qu'est ce qu'il a répondu ?

    La dame : Il a aboyé en remuant la queue

    Moi : C'est que c'est intelligent ces bêtes-là. Elles sont loin d'être bêtes finalement.

    La dame : Pour l'amour, à moins d'être magicien, on ne peut pas savoir ce qu'il y a dans la tête des gens.

    Moi : Oooh là..

    La dame : En amour, il est beaucoup plus facile d'être un vandale qu'un constructeur.

    Moi : Il vous faudra du temps pour digérer tout ça.

    La dame : Allez je vous laisse, je m'en vais me mitonner un petit truc pour ce soir.

    Moi : Bonne soirée Madame, mes amitiés à votre bichon Cri-Cri.

    CROUTCHI BULUMGUDA ZAMZOM CRITOM !


    "Je savais, je savais que nous n'aurions jamais du prendre cette "Foutue Route" de la Forêt de Montmorency !"

    Monsieur Moochagoo n'était pas content du tout et laissait traîner son sac à dos par terre, ce qui n'est pas dans ses habitudes.

    Je lui fis remarquer que : "Nous ne pouvions pas savoir que nous allions rencontrer une dame en bicyclette avec un chapeau de sorcière, une tenue orange vif avec des bas à rayures vertes et blanches. Vous vous êtes moqué de son allure burlesque. Il s'est avéré qu'elle était une vraie sorcière".

    "Les vraies sorcières n'existent que dans les films hollywoodiens", répondit Monsieur Moochagoo en tirant la langue.

    "Une fausse sorcière ne change pas les gens en Rottweiler. En plus vous faites peur aux promeneurs".

    Monsieur Moochagoo était, je dois l'avouer, un très beau Rotttweiler, 70cm au garrot pour un poids de 55/60kg à vue de nez. Une vraie terreur.

    "J'en ai marre de traîner mon sac à dos par la gueule. Et j'aimerai bien attraper un lièvre, j'ai faim."

    "Si on trouve un jeune enfant dont les parents veulent se débarrasser, ça devrait faire l'affaire !"

    J'avais dit cela car
    Tante Germaine m'avait affirmé que ce sont des chiens d'humeur paisible, qui aiment les enfants. Je n'ai pas réussi à le faire rigoler. Les Rottweilers rigolent rarement.

    Quand à l'humeur paisible, cela ne collait pas, il était excédé. Et nous sommes arrivés au Carrefour des Six Chiens ! J'aurais dû être plus attentif et trouver un autre chemin.

    Pourquoi n'avait-il pas été changé en crapaud ? Je l'aurais mis dans l'Etang Godard, avant Taverny. Je serais revenu lui rendre visite de temps à autre.

    Il va nous falloir trouver une nouvelle sorcière pour jeter un contre-sort :
    CROUTCHI BULUMGUDA ZAMZOM CRITOM !

    J'espère la trouver rapidement avant que Monsieur Moochagoo n'attrape des puces, des tiques ou encore, pourquoi pas, des trichodectes canis.

    Quelle journée !

    NB texte composé pour un exercice proposé par  Brindille : un photo de chien tenant une valise dans la gueule.

    Sémillante sorcière


    "ça va pas la tête"

    Je disais à Tante Germaine : "A cet instant précis j'avais senti mes pieds se soulever légèrement au dessus du sol". Tante Germaine avait répondu en écoutant cela : "Si ça marche, c'est que ça doit marcher". Un aphorisme fort adapté mais qui n'expliquait rien in fine.

    La région de mon cerveau chargée de gérer en général les gratouillons, et accessoirement les phénomènes inexpliqués - chez moi c'est la même région - était en pleine activité. J'ignore son nom, alors je lui ai demandé : "Bonjour région du cerveau chargée en général des gratouillons, as-tu un avis sur ce phénomène de lévitation". Elle me répondit avec cynisme et nonchalance : "ça va pas la tête".

    On n'est pas aidé.

    Monsieur Moochagoo m'a regardé de haut en bas, puis de bas en haut, et a dit avec son sourire sardonique, presque contracté : "Apparemment maintenant c'est fini." Ce sourire contracté me fit souvenir que : "L'ingestion d’une renoncule particulière à la Sardaigne provoque une intoxication avec contracture des muscles de la face".

    Monsieur Moochagoo regardait Shining de Stanley Kubrick - il regarde très rarement des films - et on voyait le héros taper indéfiniment la même phrase sur une machine à écrire : "All work and not play, make Jack a dull boy". Il ajouta avec son air hypocrite, qui n’est décelable que par ceux qui le connaissent bien "Relisez Tintin au Tibet, vous trouverez peut-être une réponse".

    Je crois que je vais me procurer l'herba sardonia, cette renoncule de Sardaigne.



    Un produit bio


    Monsieur Moochagoo lisait : "Médecine populaire d'hier et d'aujourd'hui" de Marcelle Bouteiller ( Maisonneuve et Larose , 1966). On pouvait y apprendre que dans un grimoire de Haute-Loire, il existait une antique recette contre l'épilepsie : "Manger de la confiture de vers de terre crus vivants, de la cervelle de corbeau, un dos de lézard, du foie de taupe, de la bile d’ours, de la fiente d’enfant et de la poudre de crâne de femme".

    A titre personnel, je trouvais que c'était franchement répugnant, mais Monsieur Moochagoo trouvait que la confiture de vers de terre pourrait devenir un produit bio dans l'air du temps.

    Il m'expliqua que la méthode pour ce produit, "consistera à diviser les vers de terre en un ensemble de petits éléments de vers qu'on regroupera, scindera. Il faudra compiler tout ça en une sorte de pâté. Pour apprendre à structurer le résultat on s'inspirera du travail des grands cuisiniers".

    Tante Germaine me dit toujours "C'est une idée qui vaut bien la peine qu'on y pense. Oui, mais quand on y a pensé on n'y pense plus". Je lui laisse la responsabilité de cet aphorisme. Je pensais en moi-même : si je jette de l'eau froide sur la tête de Monsieur Moochagoo, va-t-il changer de projet. Mais c'était trop risqué.

    Flaubert conseillait : "être ordinaire dans sa vie, extraordinaire dans ses livres". Ce qui serait extraordinaire c'est que je mange de la confiture de vers de terre crus ou cuits.

    Monsieur Moochagoo, véhément, s'apprêtait à lutter contre le conformisme.

    Belle journée.



    Conversation sur un banc avec une dame.

    - Je suis allé voir une exposition au Louvre, sur les égyptiens.

    - Moi aussi, c'est bien, hein ?

    - Il faut éviter les fariboles : les égyptiens ne sont jamais allés en Inde pour ramener l'ivoire des éléphants d'Asie.

    - Personnellement j'évite toujours les fariboles.

    - En fait, ils arrachaient les dents des hippopotames.

    - Les pauvres !

    - Pourquoi les égyptiens ont développé une médecine si importante, alors qu'ils importaient leurs médicaments ?

    - Oui, pourquoi, on se le demande !

    - C'est comme ma concierge qui m'a dit qu'il n'y avait rien dans la cour de l'immeuble, et qui se demandait s'il y avait quelque chose avant qu'il n'y ait rien.

    - Euh, quel rapport avec les médicaments égyptiens ?

    - Y en peut-être pas, j'avoue.
     
    - Ah bon !

    - Décidément, rien n'est simple, tout se complique

    - J'en parlais hier soir à ma tante. Mais elle m'a dit d'éviter ce genre de phrase.

    - Ah oui ? A l'exposition, c'était marqué que la traduction des mots égyptiens ne rendait pas compte de leur riche polysémie ; ça m'a toute retournée.

    - Vous savez la polysémie, c'est comme les Indiens qui habitent l'Inde et l'Amérique du Nord, c'est ambigu.

    - Bon allez, je vous laisse, je dois promener mon bichon. C'est qu'il est exigeant celui-là

    - Ah les chiens ! Bonsoir Madame.