-Snake0644's profile"Mister Moochagoo and I"PhotosBlogListsMore Tools Help

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    Promenade

    Moi : Ce qui me gêne avec les anniversaires, c'est qu'on a une seule fois tel âge.

    Moochagoo : Vous pourriez préciser ?

    Moi : Oui, on a qu'une seule fois dix ans, une seule fois vingt cinq ans, etc.

    Moochagoo : Vous plaisantez ?

    Moi : Pas du tout, je suis tout turlupiné. Il y a des âges que j'aimais bien, et j'aurais aimé les avoir plusieurs fois.

    Moochagoo : Ah, ah (rire appuyé).

    Moi : Oui, par exemple je préfère les âges pairs : vingt, vingt deux, vingt quatre. Ce serait bien de sauter les âges impairs.

    Moochagoo : Ce serait *un peu* compliqué : "j'ai vingt deux ans, année deux". C'est RIDICULE !

    Nous étions en train de randonner entre Pont sur Yonne et Villeneuve la Guyard. Monsieur Moochagoo avait failli entrer en collision avec un essaim d'abeilles posé sur une vieille souche, juste au bord du chemin. Il y avait là plusieurs dizaines de milliers d'ouvrières.  Ce n'était pas le moment d'avoir une discussion avec ces dames, surtout si on les dérangeait.

    Monsieur Moochagoo se souvint d'une rencontre plus ancienne avec un essaim d'abeilles, en Bourgogne.

    Moochagoo : Quand on y pense, chaque souvenir qui nous revient est en quelque sorte nouveau. Ce souvenir qui passe aujourd'hui dans notre cerveau suit un itinéraire unique, celui d'aujourd'hui, puis retombe dans l'oubli. Et si j'y repense demain, il passera par d'autres circuits et cet "instant" sera à nouveau unique.

    Moi : Vous pouvez préciser ?

    Moochagoo : Oui, Jean-Pierre Changeux, le neurologue, a évoqué...

    Ainsi se passa le journée, belle, ensoleillée et raisonnablement venteuse.

    Belle journée !







    Un livre qui n'existe pas

    Monsieur Moochagoo glissa d'un pied sur l'autre avec un petit jeté, puis s'éloigna de sa cavalière. Il mit les bras en couronne au dessus de sa tête, en se rapprochant à nouveau de sa cavalière. Puis ils passèrent à la gaillarde : il mit le pied en l'air à gauche, puis le pied en l'air à droite. Il répéta deux fois ces mouvements avec un saut majeur, et retomba les deux pieds au sol.

    Son stage de danse baroque lui permettait d'oublier la lettre anonyme signée qu'il avait reçu. J'ai eu beau lui dire qu'une lettre anonyme signée n'est plus anonyme, ce fut sans effet.

    En fait, j'étais venu lui parler d'un livre qui m'avait beaucoup marqué ! Je n'ai jamais pu l'oublier. Je l'ai gardé longtemps sur ma table de chevet, même si je ne l'ouvrais pas souvent. C'était "Itinerarium mentis in omnia paratus", de Lucovico-Francesco Gazueo (1375-1432 ?).

    Je n'ai absolument aucune idée de pourquoi je l'avais acheté, ou comment j'en avais entendu parler, mais c'est grâce à ce livre que j'ai commencé à changer ma vision de la philosophie. Je rigolais beaucoup à chaque lecture, ne me demandez pas pourquoi, c'était comme ça et pas autrement.

    Je voulais le relire et entrepris de le chercher dans ma bibliothèque, mais ne le retrouvais pas, même en fouillant dans les endroits les plus improbables. Je finis par le chercher sur internet pour éventuellement le racheter.

    Enfer et damnation (ou
    tonnerre de Brest, comme on voudra) ! Le livre que j'avais lu n'existait tout simplement pas. J'allais dans un grand magasin parisien aux Halles, et le vendeur finit par poser une bonne question : "Qui pourrait acheter un livre qui n'existe pas ?"

    Monsieur Moochagoo fut d'emblée intéressé par ce livre lu : "Retrouver un livre lu qui n'existe pas, voilà un des projets les plus curieux dont j'ai jamais entendu parler !"

    Un jour, je retrouverai ce livre !

    NB. Si mes souvenirs sont bons, voici une reconstitution très personnelle du portrait gravé de Lucovico-Francesco Gazueo, tel qu'il apparaissait sur le quatrième de couverture :

     

    Cheminement



    Rouler sur la vieille route 66 entre Chicago et Los Angeles n'est pas une sinécure. Non seulement il faut traverser les Etats-Unis d'Est en Ouest, mais à chaque étape, il faut retrouver les tronçons perdus de la route 66 qui se trouvent en général à l'écart de l'autoroute qui la remplace.

    Nous roulions sur un tronçon à demi envahi par la végétation, quand soudain Monsieur Moochagoo qui dormait jusqu'à là comme un bienheureux, se réveilla d'un coup, et dit : "Le cheminement sur la route 66, c'est bien, mais ce serait quand même plus chic de suivre le cheminement d'une idée créatrice."

    Madame Snake qui conduisait pendant que je regardais une carte "spéciale route 66" - plutôt mal faite - arrêta la voiture, et demanda à Monsieur Moochagoo de conduire silencieusement, sinon elle devrait l'abattre avec le pistolet Glock qu'elle venait d'acquérir sur une brocante. Entre nous, je lui avais déconseillé cet achat, car nous allions être obligés de le donner à l'Armée du Salut, juste avant de rentrer en France.

    Curieusement, Monsieur Moochagoo ne dit mot avant l'arrivée au Motel "Economique 9", à Holbrook.

    NB : Exercice donné par Brindille sur le sujet suivant :
    "Il est toujours étonnant de voir le cheminement d'une idée créatrice !"

    Essence de cornichon

    "Beaucoup de personnes, croient que les petits pois, par exemple, s'arrondissent conformément à l'idée de petits pois et que les cornichons sont cornichons parce qu'ils participent à l'essence de cornichon." (Sartre)

    Tante Germaine avait un doute raisonnable sur la pertinence de cette phrase, n'ayant jamais rencontré quiconque qui croie que les petits pois, s'arrondissent conformément à l'idée de petits pois, ou bien que les cornichons sont cornichons parce qu'ils participent à l'essence de cornichon.

    Elle a ajouté : "Quand tu étais très jeune et me fauchais les petits fours que je tentais d'attraper sur un buffet, je pensais alors tu étais un cornichon, mais non point parce que tu participais à l'essence du cornichon."

    Le mot "cornichon" ne me gêne pas beaucoup, car je dois reconnaître que j'en fus un.

    Voilà pourquoi je fus un cornichon : c’était par une nuit sombre et orageuse, le genre de nuit où le méchant explique pourquoi il doit tuer le gentil.
    Mais je m'arrête là, car Tante Germaine m'a dit : "N'avoue rien, je ne veux pas t'apporter des oranges en prison. Raconte plutôt un truc sympathique, dans un monde idéal, où tous les gens sont heureux et souriants ; ou alors commente cette phrase de Julien Green, comme tu sais si bien le faire : "La sortie de secours est à l'intérieur de nous-mêmes".

    Voilà une bonne idée, je plonge immédiatement à l'intérieur de moi-même.


    A l'intérieur de moi-même.



    Fringues : recherche objet désespérément !

    [Pour un exercice proposé par Brindille : Alors, à quoi ressemble votre garde-robes ?]

    Moochagoo : Je vous laisse le soin de fouiller dans vos sous-vêtements et dans les chaussettes. Moi je m'occupe des teeshirts. Il s'agit bien de retrouver un petit objet triangulaire noir de 3cm environ ?


    Moi : Oui, vous le reconnaitrez tout de suite. Une fois dans la main, on a l'impression qu'il vibre légèrement.

    Moochagoo : Il sert à quoi ?

    Moi : Croyez-moi, il vaut mieux ne pas le savoir !

    Moochagoo : Vous tenez vraiment à garder tous ces teeshirts ? Il y en a plus de cent ! Une sorte de collection ?

    Moi : Pas du tout, ce sont des souvenirs de voyages. Je les mets en été.

    Moochagoo : Rien...Bien..Je passe aux chemises à manches longues. Oh, superbes motifs canadiens ! Et celle-là, avec une paire de lunettes et des crayons brodés qui semblent sortir de la poche.

    Moi : Contentez-vous de chercher et passez-moi les commentaires.  Je termine les shorts et les bermudas : rien !

    Moochagoo : Si vous aviez des bermudas exotiques comme moi, on apercevrait votre objet noir tout de suite.

    Moi : Parmi les palmiers, les ananas et les poissons rouges ?

    Moochagoo : Après les chemises à manches courtes, j'attaque vos quarantes polos. J'aime bien vos polos Ralph Lauren.

    Moi : Rien dans les pantalons et les affaires de randonnée.

    Moochagoo : Je ne sais pas si votre stratégie vas donner des résultats. Je m'attendais à un tutu rose. Je suis déçu.

    Moi : Je l'ai donné à l'Armée du Salut, le rose n'est plus à la mode. Rien dans les vêtements polaires et les pulls. Rien de rien.

    Moochagoo : C'est important ce triangle noir qui vibre ?

    Moi : Vous ne pouvez même pas imaginer. On va vers de très gros ennuis

    Moochagoo : J'adore !



    Exercice d'ennui

    Daniel Pennac dans "Chagrin d'école" (Folio, 2007), raconte qu'il conseillait à ses élèves des exercices d'ennui : "Je les priais de ne rien faire : ne pas se distraire, ne rien consommer, pas même de la conversation, ne pas travailler non plus, bref, ne rien faire, rien de rien [...] Vingt minutes. Montre en main."

    Je décidais d'en faire autant. Je vous vois venir : "Il l'a fait entre 3h et 3h20 du matin en dormant". Ou alors comme un copain de bureau : "De toutes façons, il ne fait jamais rien, alors vingt minutes de rien entre deux périodes de rien, on ne verra pas la différence". Je laisse cracher le venin, "la tête haute", ajouterait ma voisine.

    Je me suis donc mis au bord de mon lit - au cas où je tomberais endormi, il vaut mieux prévoir - et commençais mon exercice d'ennui.

    Mon cerveau s'est déconnecté, mon oeil droit s'est mis à regarder le plafond et le gauche regardait la moquette. Au bout de cinq minutes, le gauche a regardé le plafond, et le droit, la moquette. Ils se sont remis à l'horizontal pour suivre un minuscule insecte qui a volé de gauche à droite.

    Le mot trottinette a fait son apparition. Il a semblé se balader en faisant tou-glouc, tou-glouc, tou-glouc, à travers les circonvolutions de mon cerveau, puis il a disparu.

    Mes yeux faisaient des balancements sur le rythme de "Singing in the rain". Dix minutes s'étaient écoulées.

    J'ai entendu dans le lointain : "C'est le chant de l'aigle bleu des steppes, Le soleil vers lui te guidera, Vers celui dont elle garde les lettres, Doux trésor précieux de Katiouchka". Mais je ne me laissais pas distraire de mon exercice d'ennui, tout en me laissant distraire d'une certaine façon, car un réel effort pour ne pas me laisser distraire, eût interrompu l'exercice. Il me fallait entendre Katiouchka et ne rien entendre ni rien faire, en trouvant un juste équilibre. Quinze minutes.

    Durant les derniers instants de l'exercice, j'entendis un autre genre de chant : "Bohémienne aux grands yeux noirs, Tes cheveux couleur du soir, Et l'éclat de ta peau brune, Sont plus beaux qu'un clair de lune" *. Le chant se rapprocha et Monsieur Moochagoo apparu à la fin de la vingtième minute.

    J'étais complètement épuisé par cet exercice d'ennui. L'ennui, quel travail !

    Belle journée !

    * Tino Rossi, "Bohémienne aux grands yeux noirs".


    Edward Hopper

    Pierre Mignard




    Hyacinthe Rigaud a peint en 1691 un portrait austère de Pierre Mignard (1612-95), premier peintre du roi Louis XIV. D'habitude c'est le spectateur qui regarde le tableau, mais là, j'avais la désagréable impression que c'était le tableau qui me regardait, en la personne de Pierre Mignard.

    Je ne sais pas si c'est pareil pour vous, mais je déteste ces portraits qui vous suivent du regard. Vous me direz, pour que Pierre Mignard me regarde, il faut d'abord que je le regarde. Sinon, il ne se passe rien, enfin je le suppose.

    J'avais un doute. Pierre Mignard me regardait-il encore, dès lors que je cessais de le regarder ? Il m'était impossible de le savoir : si je ne regarde plus le tableau, comment savoir si Pierre Mignard me regarde ? Peste et choléra !

    Je me tournais vers Sophie, une petite fille qui était là à côté de moi, avec son gros lapin en peluche sous le bras. C'est un lapin qui assure la sécurité morale de Sophie, et il s'appelle Hector. La sécurité morale est une chose à ne pas prendre à la légère, Hector en est bien conscient.

    Je demandais à Sophie de vérifier si Pierre Mignard me regardait encore, quand je ne regardais plus le tableau, et me tournais in petto. Elle me répondit : "Non, c'est moi qu'il regarde, le Monsieur, et j'ai peur".

    Je ne lui proposais pas de nous tourner tous les deux et d'appeler Monsieur Moochagoo à la rescousse, c'eût été imprudent.

    Je vais réfléchir à une autre énigme : "
    Si un arbre tombe au milieu d'une forêt et qu'il n' y a personne pour l'entendre tomber, fait-il quand même du bruit ?"

    Belle journée !



    Le chien tourne de l'oeil

    Moi : Alors la locomotive a été réparée. Nous sommes repartis vers 1h du matin et sommes arrivés à la frontière mexicaine. Le lendemain matin nous passions au Guatemala.

    Moochagoo : La fille a vraiment recousu le bouton de braguette et coupé le fil avec ses dents, sans que votre ami enlève son pantalon ?

    Moi : Nous étions coincés dans ce wagon mexicain surpeuplé, en rase campagne ; impossible de se balader sans pantalon.

    Moochagoo : Quelle histoire ! Toute une vie a failli basculer pour un bouton de braguette. Une vraie force d'âme.

    Moi : Eh oui, en rentrant en France il s'est fait moine. Attention, le sentier est glissant. Nous arrivons sur Les Granges-le-Roi. C'est quoi vos moulinets avec cette canne de noisetier ?

    Moochagoo : Je garde la main. Lorsque j'ai fais mon service, j'étais chargé d'éliminer le chiens dangereux en opération commando. Un coup de bâton dans l'oeil jusqu'à la cervelle, on tourne le bâton, et le chien tourne de l'oeil, si je puis dire. Souverain contre les Pittbulls.

    Moi : Epargnez-moi les détails. Je suis sceptique sur ce genre d'opérations. On ne peut contrôler tous les détails, et, en général rien ne se passe comme prévu.

    Moochagoo : Vous êtes de ceux qui pensent qu'on ne trouve jamais de solution à rien.

    Moi : Ne me faites pas rigoler. Tiens, j'ai aperçu un chihuahua dans la cour de cette maison de campagne, ne lui faites pas de mal.

    Moochagoo [Sur le Chemin du Plessis, il glisse avec un très beau mouvement de patineur artistique, mais rétablit son équilibre] : Vous n'allez pas me faire une crise de larmes ? Je n'ai rien fait de mal. A moins que vous ne mettiez une virgule : rien, fait de mal.

    Moi : "Much ado about nothing" [Beaucoup de bruit pour rien]. Nous allons pique-niquer dans le Bois du Taillis, avant de rejoindre le Bois de la Grange. Nous boirons du Bordeaux avec notre viande des Grisons.

    Moochagoo : La faim est notre faiblesse et notre limite. Mais nous survivrons grâce au Bordeaux.

    Belle journée !



    Ego


    un compteur pour votre site 05-16

    "Cette nuit ressemble au jour
    , mais au jour malade; elle est un peu plus pâle que lui." Je lisais cette phrase du "Marchand de Venise", et jetais un coup d'oeil par la fenêtre du wagon du RER B. Le ciel était chargé, mais pas malade.

    Je suppose qu'un jour malade, est celui que nous apercevons l'hiver, au sortir du sommeil. Et la nuit ressemble au jour dans nos songes et dans nos cauchemars.

    Bon j'arrête là, sinon Monsieur Moochagoo me dira d'un air suave : "Vous avez trouvé ça tout seul ?". Et je serais obligé de répondre : "Non, j'ai trouvé tout cela sur le Forum Marie Claire".

    En face de moi venait de s'installer quelqu'un qui avait manifestement reçu un gros coup d'ego. Il y en a qui sont victimes d'une évaporation d'ego, mais là, c'était l'inverse.

    J'en causais encore à ma voisine le mois dernier : il faut se protéger des gros coups d'ego, sinon on a tendance à enfler. Elle m'a confié : "Ah oui, les chevilles !" et après avoir réfléchi un instant : "Néanmoins, l'ego, c'est comme les couverts en argenterie, il faut de temps à autre les réargenter, sinon ça n'a plus de brillant. Et un ego qui n'a plus de brillant...Remarquez, les hommes politiques, ils n'ont pas besoin d'être réargentés."

    En rentrant, j'en parlais à Tante Germaine qui me répondit : "J'ignore mon ego, afin d'alléger au maximum mon karma. Je ne veux pas subir des cycles et des cycles de réincarnation."

    En ce moment elle est influencée par ses lectures des textes de la Bhagavad-Gîtâ. Cela devrait lui passer.

    Belle journée !


    Ego en réparation


    Mots emballés

    Monsieur Moochagoo : Je suis en train d'écrire une nouvelle. Je fais très attention au choix de mes mots. Je les emballe soigneusement en pensée avant de les coucher sur le papier.

    Moi : Je serais curieux de voir ces mots emballés les uns à côté des autres.

    Monsieur Moochagoo : Je vois que vous faites preuve d'une remarquable finesse d'esprit, lorsque vous vous gaussez de quelqu'un.

    Moi : Vous comptez écrire dans un style néoclassique proche d'Anatole France, ou mieux de Paul Bourget, deux écrivains que vous semblez priser, lorsque vous vous laissez distraire de vos ouvrages savants ?

    Monsieur Moochagoo : Vous avez de la chance, je suis de bonne humeur. Soyons clair, cette nouvelle ne va pas révolutionner la littérature.

    Moi : Vous abandonnez vos recherches actuelles sur le signifiant/signifié, les paradigmes métonymiques et toutes sortes de tropes étranges ?

    Monsieur Moochagoo : Pour en revenir à ma nouvelle, j'affiche en quelque sorte les mots à la porte de mon cerveau, puis les emballe afin d'avoir un "plaisir prorogé"*, en écrivant mes phrases. C'est essentiel, vous comprenez ? Ne méprisez pas l'usage des tropes. Ils permettent d'expliciter les différents sens dans lesquels on peut prendre un mot dans une même langue.

    J'avais l'impression d'avoir mes neurones emballées. "Les cerveaux actuels ne valent plus ceux d'autrefois", me dit toujours Tante Germaine. Je partis et le laissais à ses travaux d'écritures.

    Belle journée !

    * Proust : "Venise ne s'en est pas moins inscrite en moi et je goûte encore, à me souvenir d'elle, un plaisir prorogé." (Lettre à Gide).

    Trope féminin


    Conversation sur un banc

    La dame : J'ai fait des courses et acheté des croquettes pour mon chien. Il a reniflé un coup, a fait mine de gratter le sol et n'y a même pas gouté. Il est peut-être vexé. Mais pourquoi ?

    Moi : Vous avez une vie trépidante

    La dame : Vous n'êtes pas très gentil avec moi.

    Moi : Je n'ai pas voulu vous froisser, je plaisantais.

    La dame : Tenez, ma nièce m'a vu parler à mon chien, et elle m'a dit : "Concerto de blabla en n00b bémol majeur", en se moquant de moi.

    Moi : Il y a encore des gens qui disent "n00b" ? Je croyais que c'était réservé aux internautes du fin fond du Kansas.

    La dame : Ils parlent en français ?

    Moi : Je plaisantais encore. Mais là, c'est mon inconscient qui a fait un mot d'esprit. Je ne le maîtrise pas toujours, il est du genre salopiot des marais *.

    La dame : A parler comme ça, vous me faites penser au "Da Vinci code". J'ai vu le film, mais il parait que le livre est bien.

    Moi : Je veux pas être rabat-joie, mais je n'ai pas trop aimé ce livre d'où l'humour est totalement absent. Ce qui ne change pas grand chose, cela dit, à son énorme succès.

    La dame : Pour en revenir à mon chien, je le gâte trop et son caractère s'en ressent.

    Moi : Avant de l'euthanasier, donnez vous quelques jours de réflexion. C'est pas le genre de décision qu'on prend à chaud.

    La dame : Vous vous moquez encore. Mon pauvre cri-cri ! Allez je vous laisse.

    Moi : Bonne soirée !

    * Animal qui vit dans les BD de Bretecher.

    "Féministes devant lui et devant moi, rien!"

    "Laura ne coince pas ta soeur avec ton vélo, et laisse-la passer ! Ne t'arrête pas brusquement ! Avance !"

    Les promenades dominicales en vélo sur la piste cyclable entre St Martin d'Etampes et St Hilaire (6 km), sont éprouvantes pour les pères de famille. Nous avons dépassé Laura et son vélo rose. Monsieur Moochagoo était parti d'un bon pas, pour ces 25 km entre Etampes et Dourdan. Le train était à 17h à Dourdan, le temps nous était compté.

    Nous avons évité une autre famille en rollers, à l'équilibre incertain. Ils n'en étaient pas encore à faire un slide sur une rembarde, ou à griller un feu rouge dans un escalator.

    Nous avons laissé passer un club de cyclistes (vélos de route), dont un des deux premiers disait à l'autre : "Féministes devant lui et devant moi, rien!" Je réfléchis un instant et j'en déduisis qu'il n'était pas séduit par les féministes, et que le fait de n'avoir pas de féministes devant, lui permettait d'avancer plus aisément. Monsieur Moochagoo ne fut pas séduit par mon raisonnement.

    Après un homme en roller, un coureur, trois cyclistes en VTT qui nous dirent : "Bonjour", "Bonjour", "Bonjour", une dame seule en promenade et deux messieurs également en promenade, un nouveau groupe de cycliste nous dépassa, dont l'un disait : "Ta morale sur la chirurgie esthétique hier soir tu peux te la foutre derrière l'orteil !" Je n'entendis pas la réplique. Dommage !

    Un cycliste qui avait du retard sur son groupe me demanda si les cyclistes avaient tourné à droite, ou avaient continué tout droit. J'hésitais une seconde à lui dire "à droite", mais mon moi raisonnable eût le dessus. Monsieur Moochagoo me dit : "De toutes façons je lui aurais indiqué le bon chemin". Comment avait-il déviné ?

    A St Hilaire, nous aperçûmes un arrêt à un stand de boissons, pour ce qui était une sorte de "rallye" des clubs cyclistes du coin. Voilà pourquoi il y avait autant de cyclistes.

    Grâce à un Bourgogne bien frais, les 25km ont été parcourus sans problème, et nous avons raté le train de 17h, qui est parti sous nos yeux.

    Damned !

    Belle journée ! [pour arf]

    Ce qui est à l'intérieur


    "On a beau se poster nu devant un miroir aussi longtemps qu'on le souhaite, ce qui est à l'intérieur ne s'y reflète pas." Je lisais cette phrase de Haruki Murakami* à Monsieur Moochagoo.

    Il me répondit avec son petit air satisfait qui m'horripile le plus : "Déjà faudrait-il savoir ce que l'on est à l'intérieur".

    Mais je préfère encore ce que dit Monsieur Moochagoo, à ce que répondait une autre personne que je connais, dans le genre :  "Tiens le miroir me fait penser que je n'ai plus de chaussettes, et tu vas voir, si j'en trouve une dans le panier de linge propre, je trouverai pas la deuxième..."

    J'allais en parler à Tante Germaine qui, sobrement et avec le sourire, répliqua : "Il lui suffit d'aller voir son médecin et de demander à passer un scanner. Il aura une belle vue sur son intérieur et, qui sait, sur quelques maladies qui passionneront le corps médical". Elle avait beau afficher des bons sentiments, ceux-ci masquaient à grand peine un cynisme, que je n'approuvais pas, cela va sans dire.

    Je réfléchis que Haruki Murakami avait dit "se poster nu". Ma voisine aurait plaisanté aussitôt qu'il ne savait sans doute pas qu'il avait la liberté de s'habiller, ou au pire aurait insinué que mieux vaut être tout nu que mal habillé. Je poussais néanmoins ma réflexion : même la nudité est un masque pour ce qui est à l'intérieur.

    Tante Germaine se voulût compréhensive : "Si ton auteur veut parler de son âme, il devrait considérer que certaines âmes sont comme les faux billets, il vaut mieux qu'elles soient le plus discrètes possibles."

    Je pouvais aller me rhabiller.

    Belle journée !

    * "Autoportrait de l'auteur en coureur de fond", Belfond 2009.

    NB. Nous sommes en France depuis le 7 Mai.

    Conversation en voiture, pour meubler.

    Moochagoo : C'est prouvé qu'elle a fait ce genre de bêtise ?

    Moi : Ben oui, elle mettait du vernis à ongle sur ses ongles de pieds en conduisant. Et du coup elle a eu un accident grave.

    Moochagoo : Je pense que ce n'était pas une bonne idée.

    Moi : Elle aurait mieux fait de faire de la course à pieds

    Moochagoo : C'est déjà plus difficile de vernir ses ongles de pieds en courant

    Moi : Oui, les capacités de concentration sont plus limitées dans ce genre de double exercice. Peut-être faut-il choisir entre courir ou vernir.

    Moochagoo : Surtout si les pieds se mettent à gonfler au bout de quelques kilomètres.

    Moi : Remarquez vernir les ongles de pieds doit avoir un sens, et doit rendre heureux, sinon pourquoi le ferait-on ?

    Moochagoo : Il y a des courses qui vous laissent sur les genoux. On ne sait pas comment on sera à la fin de la course...avant d'être à la fin de la course.

    Moi : ..avant d'être à la fin de la course ! C'est insensé quand on y pense.

    Moochagoo : Vous me direz, si on s'accorde dix minutes de repos, on peut se faire les ongles de pieds.

    Moi : Oui en effet, cela peut redonner l'envie faire ses ongles de pieds.

    Moochagoo : Il y aura forcément un résultat : être en meilleur santé et/ou avoir les ongles de pieds faits.

    Moi : Grâce à des exercices répétés, on doit pouvoir y arriver.

    Moochagoo : "Business as usual".



    Brulis contrôlés devant

    Madame Snake était mécontente car elle avait failli se faire "griller les ripatons". En plus, le temps était lourd, et une multitude de petits moucherons volaient autour de son visage. J'en étais fort satisfait, car pendant ce temps-là, ils ne volaient pas autour du mien.

    Nous étions dans la forêt profonde et avions négligé un panneau rouge marqué : "Brulis contrôlés devant", ou quelque chose de ce style en chinois sigillaire. Monsieur Moochagoo était d'avis que ce n'était pas du chinois sigillaire, mais tout simplement de l'anglais ancien. Il regrettait de ne pas avoir amené son Englisc Onstigende Wordboc.

    Nous avions trouvé, après pas mal d'hésitations, une route en terre qui était supposée nous mener au "Lac de la Montagne", mais celle-ci apparue barrée, après quelques kilomètres, par ce panneau rouge. Je me demandais si ceux qui avaient trouvé le nom du lac avaient eu besoin d'une assistance pédagogique.

    Bref, nous avions continué jusqu'au feu, et rebroussé chemin à sa vue. L'obstacle était avéré : je prévins qu'il ne fallait pas mécontenter le dieu Agni, seigneur du feu sacrificiel et du foyer dans l'hindouisme, mais aussi "de la fin des temps, qui détruit le monde".

    Monsieur Moochagoo me toisa et me dit, façon Proust : "ce qu'on sait n'est pas soi ". C'est exactement le genre de phrase qui me plonge dans des abîmes de réflexions, car que me reste-t-il à moi alors, hein, je vous le demande ? Je savais d'avance que si je lui en parlais, j'aurais droit à un sourire lourdement teinté de condescendance, avec un : "On glose ,on glose, on disserte sur du vent ?"

    Mais en fait il chantonnait : "O catalinetta bella ! Tchi-tchi, Ecoute l'amour t'appelle Tchi-tchi, Pourquoi dire non maintenant ? Ah... ah...Faut profiter quand il est temps : Ah... ah...".

    J'entendis un petit écureuil monter le long d'un bouleau.

    Belle journée !

    NB : Nous ne sommes pas en France depuis le 22/04/09


    Génie de la forêt

    Les nombres transfinis restent ou tombent

    "Mais comment faite vous pour lire un ouvrage savant, alors que nous venons de traverser trois cascades qui rendent ce chemin très périlleux. Nous sommes loin de tout, en pleine forêt (celle-ci est réputée pour ses ours), nous n'atteindrons peut-être jamais cette chute d'eau  de plus de cinquante mètres de hauteur, et vous nous la jouez professeur Nimbus."

    Monsieur Moochagoo me répondit : "Un tel discours n'a rien dont je sois altéré: À tous événements le sage est préparé; Guéri par la raison des faiblesses vulgaires, Il se met au-dessus de ces sortes d'affaires, Et n'a garde de prendre aucune ombre d'ennui, De tout ce qui n'est pas pour dépendre de lui."*

    Je savais qu'il s'intéressait au théâtre, mais là il m'a surpris en jouant les Trissotin. Je regardais ce qu'il lisait : "On peut affirmer sans réserve : les nombres transfinis restent ou tombent avec les nombres irrationnels finis. Leur nature est la même au plus profond : les uns comme les autres sont des transformations ou des modifications précisément délimitées de l'infini actuel."**

    Je ne sais si vous êtes comme moi, mais ce genre de phrase me fit déraper in petto sur des racines humides et glissantes. Madame Snake me regarda avec un air de désolation en voyant l'état de mon jean. Je n'aime pas les airs de désolation de Madame Snake au sujet des taches sur mes vêtements.

    Je pensais au conseil de Tante Germaine : "S'il y a encore des taches sur tes vêtements après un lavage, laisse ton linge taché une nuit au clair de lune". Le tout est de penser à emmener un clair de lune, et à ne pas oublier de l'installer au fond d'un placard ; sinon un clair de lune dans ma chambre m'empêche de dormir, aussi sûrement que les nombres transfinis restent ou tombent avec les nombres irrationnels finis.

    Nous n'avons pas vu d'ours, mais un orignal qui, quand nous sommes passés près de lui à moins de deux mètres, a fait "chromp chromp" en machouillant quelques herbes.

    Belle journée délimitée de l'infini actuel.

    * "Les femmes savantes" de Molière.
    ** Phrase de Cantor, dans "Hilbert et la notion d'existence en mathématiques", de Jacqueline Boniface

    NB : Nous ne sommes plus en France depuis le 22/04/09


    Mars


    Base Dusty Haze 08 - Planète Mars (24 septembre 2069, temps terrestre)

    Je vous ai tous réuni ici, dans cette base sécurisée de "Dusty Haze 08", afin de vous faire entendre un message radio de notre navette de reconnaissance "Unfortunate Conflict Of Evidence", avec huit membres d'équipage. C'est une navette de 20m de long, très maniable, avec des dizaines de petites roues très larges, qui ressemble un peu à un mille pattes vue de l'extérieur.

    Cette navette, amenée par un "atterrisseur" spécifique, devait explorer le fond du Canyon Valles Marineris (qui a 3,000 km de long et 8 km de profondeur je vous le rappelle), du côté d'Hebes Chasma. Au bout de deux jours nous avons brusquement entendu ceci :

    "Crrrrr, crouuuuuuik, crrrrrrr...c'est Marina Alekseïeva qui vous parle. Je n'ai pas de retour de la base Aurora. Je ne crouuuuuuik, crrrrrrr...recevez, mais je continue. Depuis CRRRR heures, à travers le grand pare-brise de devant criiiiiuuuik, crrrrrrr...de la pluie, oui, je répète de la pluie. Et une pluie diluvienne. Qui aurait cru CIIiiiiiiirrrrrdddd sur Mars. C'est incroyable ! Nous avançons de 100m par heure crouuuuuuiii, crrrrrrr...très prudent. Nous avons déjà fait deux embardées CRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRR."

    Et deux heures plus tard :

    "pitoiiiiiiiiiit crrrrrrrr tuuuuuuuiiiiiiit avons cru voir une forme qui bougeait, je répète une forme qui bougeait pitoiiiiiiiiiit crrrrrrrr tuuuuuuuiiiiiiit  uuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuu."

    Depuis, c'est à dire depuis 72 heures, plus rien. Avant de commencer cette séance, je vous préviens que tout ce que nous dirons ici restera top secret niveau 9. Je pense que tout le monde a compris ce que je viens de dire. Bien. Madame Kane , voulez-vous commencer ?

    NB Exercice "brindillesque" : Texte à imaginer à partir de cette photo [Vitre avant d'une voiture par temps de pluie], la narration se fait à la première personne du singulier, la conjugaison au présent.