-Snake0644's profile"Mister Moochagoo and I"PhotosBlogListsMore ![]() | Help |
Est-ce que les moutons rétrécissent ? "Par un nuit claire, je puise l'eau transparente / La lune brillante surgit du puits / En silence je me tiens à la margelle / la brise agite l'ombre du pawlonia." (Kim Samindang, 1769- ?) Ce poème d'une coréenne, concrétisait un rêve d'enfant : voir sortir la lune des profondeurs, triomphant de l'obscurité humide et menaçante et prenant la place de cette lune fallacieuse, là-haut, dans le ciel. Monsieur Moochagoo ne goûtait pas la poésie coréenne et méditait toujours sur ses fins dernières depuis la mort tragique d'un chanteur. Il parcourait un ouvrage sur l'Art du XVIIème siècle, au chapitre "vanité". Il regardait un tableau de Le Guerchin : "Et in Arcadia ego" (1618), où on peut voir "un crâne en décomposition, attaqué par des souris et des insectes [qui] symbolise sans équivoque le momento mori des chrétiens (souviens-toi que tu vas mourir)." * Le titre du tableau situe la scène en Arcadie, qui est un paradis mythique chez les grecs anciens. La présence du crâne confirme au spectateur que le paradis lui-même est soumis au règne de la mort. "L'inéluctabilité de la mort". Monsieur Moochagoo se parlait à lui-même. Je sentais son moral s'effilocher et s'agiter telle l'ombre du pawlonia. Je lui proposais un manuel pour apprendre à lire dans les feuilles de thé, afin qu'il pusse déterminer au mieux l'instant fatal..sans aucun succès. Je risquais une blague à deux sous : "Quand il pleut un jour où il fait très chaud, est-ce que les moutons rétrécissent ?" Encore un flop ! Belle journée. * L'Art au XVIIème siècle, Rosa Giorgi, Hazan. Le Guerchin : "Et in Arcadia ego" 1618. Mon cœur bat aujourd'hui, mais battra-t-il encore demain ?"Et dire que, la dernière fois que j'ai voulu faire le poirier, je suis tombé à la renverse.." Tout en parlant de ses prouesses sportives, Monsieur Moochagoo tentait d'arroser la pelouse de sa maison de campagne, où il ne mettait pratiquement jamais les pieds. Le tuyau d'arrosage était percé en tant d'endroits que je lui demandais si c'était un tuyau micro-poreux. Il me regarda d'un oeil las, ce qui n'était pas dans ses habitudes. Il avait été impressionné par la mort de Michael Jackson et me dit d'une voix faible : "Mon cœur bat aujourd'hui, mais battra-t-il encore demain ?" Tante germaine m'a toujours affirmé : "Il vaut mieux être optimiste que pessimiste. Cela aide, même si ça ne change rien aux problèmes de toute une vie." Fort de ce principe, je répondis : "Si votre coeur cesse de battre brusquement, vous serez le seul à ne pas être au courant. Donc, pas d'inquiétudes." Curieusement, je dois vous avouer que je n'ai pas eu le succès escompté. Cela me rappelle la fois où je me suis déguisé en saucisse, pour une sorte de bal costumé où il n'y avait que des marquises et de pirates ; quel flop ! En rentrant, je parlais de mes déboires à ma voisine, qui me lança : "Quand on voit ce que l'on voit et qu'on entend ce que l'on entend... on a bien raison de penser ce que l'on pense". Je restais sans voix. Belle journée ! ![]() Je suis trop jeune pour vivre "Moi par exemple, je suis né le même jour que Jose Luis Borges, exactement le même jour. Je l'ai vu dans des situations parfois ridicules, parfois pathétiques. Et comme je l'air toujours eu sous les yeux, je me suis identifié à lui" [Borges]. Je lisais "Cours de littérature anglaise" [Seuil, 2006], et j'étais fasciné par ces mots de Borges. Soudain, Tante Germaine me déstabilisa tout de go en affirmant : "Je suis trop jeune pour vivre". Je ne lui fis pas de reproches, en dépit du paradoxe qu'elle avait émis, car je suis pour la libre expression, mais lui fis remarquer que, puisqu'elle n'était plus vraiment jeune, il n'y avait pas lieu de mourir. Elle me regarda droit dans les yeux et s'écria : "Faire remarquer son âge à une femme est fort impoli". Damned ! J'étais coincé. J'allais revenir à Borges, lorsque je l'entendis ajouter : "Je vais m’attaquer à quelque chose de plus sérieux : une tablette de chocolat par exemple, en apprenant à être un geek sur internet". Je posais la question avec calme : "Et c'est quoi un geek, au fait ?" Elle dit d'un air triomphant : "Un geek passe du temps à envoyer des messages à d'autres geeks, pour se rencontrer entre geeks ; rien de bien compliqué." Je crois que, comme Borges, je me vois dans une situation ridicule et même pathétique. Finalement, je vais m'identifier à moi-même. Quelle journée ! "Sur Internet, personne ne sait que vous êtes un chien" Cela semble toujours plus sombre avant de devenir totalement obscurMoochagoo : Vous n'avez rien remarqué ? Moi : Je veux savoir avec exactitude où nous nous sommes trompés [Voir billet du 11 juin]. Ah, voilà, nous sommes arrivés au Carrefour du Gâteau et nous allons prendre la route Bellaval qui part au Nord-Est et rejoint la Route de l'Entonnoir. Là dernière fois nous nous sommes retrouvés inexplicablement au Poteau des Bruyères en plein Sud-Est. Je vérifie ma boussole. Nous suivons une direction Nord-Est, c'est bon. [Plus tard] Moochagoo : Eh bien, nous avons parcouru 800m, comme indiqué sur la carte, et nous voilà en effet sur la Route de l'Entonnoir. Vous ne vous êtes pas perdu. Bravo ! Moi : Quelle déception ! Moochagoo : On ne se perd pas et vous êtes déçu ! Moi : Oui, car maintenant je ne saurais jamais où nous avons commencé à nous perdre la dernière fois. Une terrible angoisse ! Moochagoo (sourire sardonique) : "It always looks darkest just it gets totally black" (Cela semble toujours plus sombre avant de devenir totalement obscur) [Charlie Brown]. Moi : Un jour, je comprendrais, je le jure. Moochagoo (toujours sardonique) : "Reality is almost always wrong." (La réalité est presque toujours fausse) [Dc House] Il a fait beau pratiquement toute la journée, et nous avons bu un petit Coteau du Languedoc, au milieu d'un véritable tapis de fleurs et d'abeilles. Belle journée ! DétecteurJamais je n'aurais dû passer la revue de cinéma "Première" à Monsieur Moochagoo. Il avait lu un interview de Christian Bale, le héros de "Terminator Renaissance", où celui-ci disait : "Je me suis passé moi-même au détecteur de conneries, et j'en suis sorti serein". Il avait décidé dans l'urgence de construire un détecteur de conneries. Je ne fus pas rassuré quand je le vis, car l'engin ressemblait à une machine vendue fort chère par une organisation religieuse. Pour reculer l'instant fatal où je servirai de sujet de test, je lui fis remarquer que dans le film "Delicatessen", un des personnages disait : "Je vends un détecteur de conneries, suffit de dire une conneries et l'engin se met à bipper, twitt, twitt". Faisait-il une amusante référence à ce film ? Il blémit, et bredouilla quelque chose comme : "Un esprit sain dans un corps sain", et me dit: "Je dois vous quitter tout de suite, pour voir une copine inconnue". N'ayant jamais eu de copine inconnue, je m'interrogeais un instant. Et puis, j'ai réalisé que j'avais peut-être échappé à une électrocution, ou même à un danger plus grave, si la machine avait réellement marché. Il y a parfois des prises de conscience difficiles. Belle journée ! ![]() Dessin de Heath Robinson Byeolsin gut Tout à ses études d'ethnologie, Monsieur Moochagoo voulait reconstituer un byeolsin gut sud coréen, c'est à dire un rite chamanique pour favoriser la pêche. Je lui fis remarquer qu'au Parc de Sceaux, les pêcheurs étaient surtout présents sur le grand canal ou l'octogone, et que la mer était loin. Il me dit que ma remarque était lacunaire, et persévéra dans son projet. Il amena un tibett, une sorte de bateau d'un mètre de long et de cinquante centimètres de large, en paille et en bois. Il le lança dans l'eau du canal ; là, je redoutais de gros ennuis avec les responsables du parc. J'espérais qu'ils croiraient que nous testions une maquette de bateau. Il m'expliqua que le bateau était chargé tous les malheurs d'un village. Nous aurions normalement comme spectateurs invisibles : "les douze esprits titulaires du village et le roi-dragon". Je cherchais où pouvait se trouver un village de pêcheurs dans les environs. Mais mon interrogation était paraît-il fallacieuse, et il ajouta : "dans le sens insidieux". Je n'insistais pas. Monsieur Moochagoo me précisa que le roi-dragon est aisé à reconnaître lorsqu'il est visible : "Il a une longue barbe et n'a pas d'ailes". Je ne demandais pas s'il fonctionnait avec une sorte de bio-carburant, c'eût été aggraver mon cas. Il ajouta : "Le rite sera hélas inachevé, car nous aurions dû lier entre eux les hommes du village, avec une corde de chanvre. Mais nous pouvons jouer de la cymbale et du tambourin, absolument nécessaires." C'en était trop ! Je refusais de me couvrir de ridicule en imitant les "Hare Krishna". Monsieur Moochagoo prit un air navré : "C'est dommage, car, à la fin, on dirige le bateau, chargé de tous les malheurs du village, vers la Chine". Et en plus, il allait falloir trouver la direction de la Chine ! Belle journée ! Shaman Coréen : Conversation sur un banc La dame : J'ai lu dans ma revue préférée, que le génome de la paramécie contient 40 000 gènes, deux fois plus que chez l'homme. Moi : Dépassé par la paramécie ! On est peu de choses finalement. Pour vous remonter le moral, pensez à Bob Dylan : "When you've got nothing, you've got nothing to lose." (Quand vous n'avez rien, vous n'avez rien à perdre). La dame : Il y avait aussi un article sur l'homme de Néanderthal. Eh bien, ce n'est même pas notre ancêtre. C'est une espèce séparée qui s'est éteinte il y a moins de 30 000 ans, probablement éliminée par nous, les hommes modernes. Moi : Comme dit Tante Germaine : "Tout finit par s'arranger. Même en mal...." La dame : Toujours votre humour noir ! Et sa capacité crânienne était d’environ 1700 cm3 en moyenne, contre 1500 pour l'homme moderne. Moi : On peut avoir une tête bien faite sans avoir un gros cerveau. C'est un problème de connections. La dame : Et j'ai lu aussi qu'il y en a qui veulent cloner l'homme de Néanderthal. On sait, grâce aux gênes retrouvés, qu'il avait la peau blanche et les cheveux roux. Moi : Moi j'ai lu aussi qu'on voulait cloner un mammouth. On pourrait mélanger les deux gênes, on aurait un mammouderthal roux à la peau blanche ! La dame : Je vous laisse, vous ne savez que vous moquer ! Jeune néanderthalien (reconstitution en cire à partir d'un crâne fossile) "O we do hou" Monsieur Moochagoo avait emmené une revue sur Marcel Proust *, et me lisait un passage de La Recherche : "C'était un soir ravissant où le coucher de soleil n'avait oublié qu'une couleur : le rose. Or sa robe était toute rose et de très loin mettait sur le ciel orangé la couleur complémentaire du crépuscule. Je suis resté bien longtemps à regarder cette fine tache rose, et je suis rentré, enrhumé, quand je l'ai vue se confondre avec l'horizon à l'extrémité duquel elle fuyait comme une voile enchantée". Les yeux de Monsieur Moochagoo semblaient regarder un horizon marin et suivre une robe rose en forme de voile enchantée. Je le ramenais à la réalité : "La mer est encore loin, nous sommes dans la forêt de Chantilly où les voiles se confondent avec les ramures des arbres. Et nous ne sommes pas du tout, mais alors pas du tout où je pensais être." Nous faisions exceptionnellement une randonnée le lundi. L'atmosphère était étrange, à part quelques promeneurs non loin du champ de courses, il n'y avait personne dans la forêt, ni coureurs, ni cyclistes en VTT, ni randonneurs. J'avais suivi un chemin presque droit entre la gare et le Carrefour de la fosse à Biche, puis au Carrefour du Gâteau j'avais été obligé d'obliquer sur la Route Belleval, à cause de deux allées strictement réservées à l'entraînement des chevaux de course. En suivant cette route, nous nous sommes retrouvés au bout de 500m, au carrefour du Poteau des Bruyères, c'est à dire à un endroit totalement différent, 1,5km au sud est de l'endroit où nous devions arriver, la route de l'Entonnoir. Je ne voyais pas comment nous avions pu arriver là, même en regardant tous les parcours possibles, cela me rendait fou. Monsieur Moochagoo me dit : "C'est comme dans X-files, des extraterrestres nous ont enlevé et remis à proximité du Poteau des Bruyères. Cette explication a le mérite de la simplicité." Je regardais ma montre, non 9 minutes n'avaient pas "disparues", comme dans le premier épisode de X-files. Mais je me souvins que nous avions croisé un curieux petit personnage au début de la randonnée. Nous étions dans un sous-bois, il faisait sombre, mais il portait des grosses lunettes de soleil, de celles qui recouvrent des lunettes de vue, et il nous a dit d'un air inquiet : "O we do hou" plusieurs fois. Nous en sommes restés coi. Y avait-t-il un rapport ? Nous avons quand même pique-niqué avec un petit Merlot, mais juste après, il a beaucoup plu. J'avais mes chaussures humides "jusqu'au bout des ongles", comme dit la prof de yoga. Nous ne nous sommes plus perdus. Quelle étrange journée ! * "Lire" hors-série n°8 Le chemin en pointillé rouge indique un chemin "possible" et le rond rouge, le Poteau des Bruyères. ![]() Genre de lunettes du petit promeneur : ![]() "Un mur tout couvert de crachats de malades"Il y en a qui disent : "Je suis moi-même, sans masque ni artifice", mais en ce qui me concerne j'avais mis mon masque de moi-même ce jour-là. C'est le seul masque auquel je suis habitué, alors il faut faire avec. Monsieur Moochagoo avait des doutes sur l'authenticité de mon masque de moi-même et trouvait que je me leurrais, car "il est difficile de savoir qui on est exactement, alors de là à mettre un masque de moi-même !" Pascal a dit que : "Le Moi est haïssable...il est injuste en soi, en ce qu'il se fait le centre de tout ". Je préférais donc changer de sujet et lui lût une phrase que j'avais vue à l'exposition : “Une image peut en cacher une autre", au Grand Palais. "Il s'arrêtait parfois pour contempler un mur tout couvert de crachats de malades, et il voyait des batailles à cheval, les villes les plus fantastiques, et les plus grands paysages qu'on pût voir ; il faisait de même avec les nuages du ciel". (Vasari, "Vie de Piero di Cosimo", 1550.) "Il faut être plus spécifique", répondit Monsieur Moochagoo, "de quels couleurs étaient les crachats ? Oui, parce qu'il y a des crachats noirs, des crachats de couleur rouge brique, dits crachats rouillés, ou des crachats issus de sécrétions nasales de couleur jaunâtre." Je restais vague : "Piero di Cosimo (1440-1521), était un peintre florentin très estimé pour sa grande imagination, et Vasari a aussi dit de lui : 'Il aimait voir tout ce qui était sauvage, car il disait qu'il faut laisser la nature prendre soin d'elle-même'. On est loin des murs de crachats". Monsieur Moochagoo était songeur : "C'est dommage. Tiens on pourrait rechercher un mur blanc et susciter un concours de crachats. On verrait le résultat." Tante Germaine m'a invité à manger des huitres laiteuses n°5, "bien meilleures car elles sont de petite taille". Vais-je accepter ? Belle journée ! "La découverte du miel" de Piero di Cosimo (1505-1510) : Souvenirs du futurIl y en a qui lisent l'avenir dans les nuages - l'aéromancie se base sur l’observation de la forme des nuages - moi j'y vois toutes sortes d'histoires qui évoluent sans cesse. Mais, en ce qui me concerne, je vis assez souvent dans les nuages, pour savoir qu'on ne peut y discerner l'avenir. Il m'a regardé d'un oeil noir. Lapins d'élevage alertés par une phrase clé : "Laisser mijoter à feu doux 45 minutes". * Libé des Livres 28/05/09 |
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