-Snake0644 的个人资料"Mister Moochagoo and I"照片日志列表更多 ![]() | 帮助 |
"Très amoureux""Un sentiment se réfère le plus souvent à ce qui n'est pas ressenti, alors qu'un sentiment qui est vrai, celui qui est réellement ressenti, n'est au fond, pas un vrai sentiment".
Cette phrase de Monsieur Moochagoo, dont je ne perçus pas du tout la subtile argumentation, me réveilla brusquement alors que je somnolais sur "Lecture frégéenne de la phénoménologie" (Denis Fisette). A vrai dire, je n'en avais pas commencé la lecture. Tante Germaine me disait la semaine dernière : "Il y a des titres qui font somnoler, on y peut rien !". Et en plus il faisait très chaud.
Monsieur moochagoo était en train de travailler sur un "téléphone filtreur de sentiments". Je m'étais étonné de ce projet, car parler au téléphone occulte la sincérité des sentiments intimes.
J'avais fait un contresens. Monsieur Moochagoo a précisé le sens de son projet. Le téléphone est souvent mensonger, alors qu'une rencontre physique permet de mieux appréhender la sincérité d'une personne. Son filtre devrait permettre de "filtrer" les voix des interlocuteurs, pour établir - en examinant le "filtrage" - si les sentiments éprouvés sont vrais ou mensongers.
Un premier essai commença (contre deux places de cinéma), avec un adolescent qui pensait être "très amoureux". L'adolescent a dit : "Cool, j'ai 18 ans, mais par contre dites vous ke kand on n'a pas encore 18 ans ont ne peut po faire tou ske l'on veux". Il s'ensuivit au téléphone, une conversation avec la gente demoiselle, que nous n'avons bien sûr pas écouté, le seul but étant de lire le résultat du "filtrage", sur l'écran de l'appareil téléphonique.
A la fin, un fois notre sujet expérimental parti, Monsieur Moochagoo, plein d'émotions, appuya sur la touche "filtrage" pour voir la nature du sentiment exprimé. Réponse : "No feeling inserted" (Pas de sentiment inséré). Notre adolescent n'aurait donc éprouvé aucun sentiment vis à vis de la demoiselle.
A tout hasard, j'avais préparé une bouteille de Chablis. Quand il fait chaud, on peut se rafraîchir avec une débarbouillette humide ou boire un coup. Nous avons opté pour la deuxième solution, c'est comme ça un point c'est tout. Il faudra confirmer ce test avec d'autres Chablis.
Belle journée !
Sans patateTante Germaine m'avait confié en partant : "C'est très dur d'enterrer quelqu'un qui est mort d'ennui". Je demandais : "Pourquoi est-ce dur ? L'ennui serait-il plus pesant ?"
Elle ne répondit pas et séloigna en citant Shakespeare : "And, till the tears that she hath shed for thee, Like envious flood o'er-run her lovely face" (Taming of the Shrew / La Mégère apprivoisée). Ce n'était pas très éclairant. Je me demandais si l'influence - assurément néfaste - de Monsieur Moochagoo...
A propos de Monsieur Moochagoo, il m'avait dit en posant un revêtement mural : "Je pose du sans patate". J'avais répondu : "Sans patate ? Sur un mur ?" Il m'avait regardé comme si j'étais devenu "Gogolito", selon le terme employé par Madame Beauni, ma voisine, pour désigner les idiots en général.
"Cher ami, le "Sempatap" est un matériaux qui isole", et il me montra un prospectus. Madame Snake avait insisté : "Même moi je le savais !"
Je fus sauvé de la honte, car Madame Snake et Moochagoo eurent à cet instant une vive discussion sur la poussière propre. Monsieur Moochagoo soutenait qu'il y a une poussière propre, alors que Madame Snake jugeait toutes les poussières sales. J'avais une étrange impression : n'étions-nous pas là en pleine discussion byzantine ?
Quelle journée !
Mais où est donc passé mon cahier bleu ?Tante Germaine avait arrêté sa voiture, et vidait son sac Prada "aux tons néo-manga" : un agenda, du rouge à lèvres, du mascara, un stylo noir, un portable, des crayons cassés, des lunettes de soleil, des photos anciennes en noir et blanc, des clefs pour une porte disparue depuis longtemps, une feuille verte avec des roses, une revue de sudoku, des souvenirs diaclasés, un équation hydrostatique écrite sur un ticket de métro. Une liste de noms de vaisseaux spatiaux imaginés par Iain Banks (auteur de sciences-fiction), dans "L'homme des jeux" : Service Couchette, Inventé Ailleurs, Tue-Temps, Passe Le Flingue Et Repète, Tant pis pour la Subtilité, Diplomate Cannonière, Veuillez Consulter la Notice, Eclat d'Acier, Tuez-les Plus Tard, Sagesse Egale Silence. Une liste d'expressions bizarres : couci-couça, clopin-clopan, de bric et de broc, peut me chaut, à tire larigot. Le dernier objet était une boite de "Perfection Round Toothpicks", achetée aux Etats-Unis.
Elle ne trouvait pas ce qu'elle cherchait : "un cahier bleu où sont notés quelques secrets importants que personne, mais alors personne, ne doit connaître."
"Ce n'est pas dangereux de noter des secrets dans un cahier bleu ?" demandais-je avec inquiétude. J'imaginais quelque activité illégale, comme dans le livre de Graham Greene : "Voyages avec ma tante". Etait-ce en relation avec la boîte de "Perfection Round Toothpicks" ?
Tante Germaine éluda mes questions en marmonnant : "Un secret raconté n'est plus un secret." Elle continua : "Hier, sur la ligne de métro n°1, un roumain jouait de la flûte. Une dame est sortie à la station suivante en disant "Je vais vomir mes boyaux", en regardant le flûtiste. Cela aussi est très mystérieux...Mais où est donc passé mon cahier bleu ?"
Pierre Curie a dit : "Il faut faire de la vie un rêve et faire d'un rêve une réalité". J'avais l'impression d'être dans un rêve issu d'une sorte de pellicule, où venaient s'inscrire des images kaléidoscopiques.
Gérard Genette, critique littéraire, avait une amie qui appelait le fouillis de son grand sac à main un "Bardadrac ". C'est le mot qui me convenait parfaitement, un mot qui tel un mince film d'eau savonneuse formait une bulle géante qui peu à peu englobait tous les événements de la journée.
Tante Germaine disait : "Je vais demander à Monsieur Moochagoo s'il n'aurait pas, par hasard, vu mon cahier bleu".
Monsieur Moochagoo ? Ouh là ! Eh ben, on n'est pas rendu..
Je vide mon ancien moiNous écoutions Lakmé, de Léo Délibes (1836-1891).
Je racontais à Monsieur Moochagoo que j'avais entendu une dame dans le métro, dire à sa voisine : "J’avais juste envie de vider mon sac. Il n’est pas lourd, pourtant…". Mais en fait, elle n'avait rien vidé, car le sac était vide. Après cette désolante constatation elle avait soupiré : "Je pense que je ne suis pas la seule à penser...à quand ma plaque commémorative ?"
Monsieur Moochagoo se parlait à lui-même : "Je vide mon ancien moi". J'étais carrément surpris et demandais, pratique : "Avec quel instrument ?".
Le "regard Moochagoo" me fixait et me transperçait de part en part. Lakmé chantait fort à propos : "Mais, je ne sais quelle crainte subite, S'empare de moi.." Le transpercement par un regard, c'est grave. J'allais me retrouver aux urgences, si je n'y prenais garde.
Je poursuivis : "Vider son ancien moi n'est pas sans péril, vous voulez vraiment devenir adulte ? Ne jetez pas le bébé que vous fûtes".
On entendait l'Air des cloches" : "Depuis ce jour au fond des bois, Le voyageur entend parfois le bruit léger de la baguette, Où tinte la clochette, où tinte la clochette des charmeurs".
Monsieur Moochagoo me répondit : "Rien n'est sûr ni acquis, mais ça vaut le coup de vider son ancien moi ! Je sais que cette affirmation en elle-même n'est pas sûre ; je n'ai pas d'éléments pour savoir si elle est vraie. Peut-être quelqu'un me dira-t-il : "Ce sont des histoires. En réalité, le moi est plat, on ne peut le vider". Selon le Tao, un esprit vide de pensée est un esprit dans lequel peuvent naître de nouvelles idées. Dans un moi vide, un moi nouveau pourrait apparaître."
Lakme chantait en mourant : "Tu m'as donné le pli doux des rêves, Qu'on puisse encore avoir sous notre ciel, Reste encore, pour qu'il s'achève, Ici, loin du monde réel, Loin du monde".
Je repris : "J'ai entendu dire qu'il existait des "pompes à vides". Cela pourrait vous aider à créer une source de vide chez votre moi". Là, j'avais poussé le bouchon un peu loin et Monsieur Moochagoo était très fâché.
Je le calmais en citant Proust : "Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des autres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir".
Quelle journée !
Ma conscience par la fenêtreUn aimable bloggeur m'avait envoyé une invitation a devenir "amis". J'avais refusé. A la suite de ce refus, il m'avait prévenu que ma conscience serait "lourde, lourde, lourde, lourde...".
Je lui avais alors répondu :
"J'ai presque tous les jours des invitations de gens qui n'ont en général pas de blog constitué (sinon leur seul profil créé), ou de gens qui ont des blogs "commerciaux" : les amis des chevaux, de Madagascar, du fox à poil dur, etc. Sans compter ceux qui veulent avoir 3000 amis, pas moins. Donc je refuse. Ma conscience est très lourde".
J'avais ajouté avoir jeté ma conscience par la fenêtre. Et qu'en raison de son poids, elle ne s'en sortirait pas. J'avais conclu que c'était une bien triste histoire et que je sanglotais (snif, poueeeeet).
Ce que je ne lui ai pas dit, c'est je suis descendu en triple vitesse pour voir l'état de ma conscience. Soudain je m'étais dis que sans conscience, j'allais avoir des ennuis avec la Moralité Ambiante. Je voyais déjà la Brigade de la Moralité Ambiante (BMA) débarquer : "Et où est-elle votre conscience ?...Ah oui ?..Vous l'avez jeté par la fenêtre ?...Et elle était lourde ?....Expliquez-nous tout ça !"
Je suis donc arrivé sur la pelouse et le massif de fleurs où elle aurait dû tomber. Je ne vis rien. J'appelais discrètement : "Ouh, ouh, conscience, où es-tu ? C'était pour rigoler. Je savais que tu n'étais pas lourde. Une conscience légère ne craint rien en arrivant au sol, même du 6ème étage."
Une dame passa près de moi et dit à son mari qui suivait : "ça c'est.....", mais elle ne dit rien de plus. Et son mari répondit "ça se peut Colette, ça se peut !", et ils s'éloignèrent. Parlaient-ils de ma conscience ? Quelle angoisse !
Je proposais à ma conscience un petit salon d'essayage, histoire de voir si on pouvait se remettre ensemble. Ce fut le silence radio.
Quelle journée !
Udayabbaya ñanaAvant le poste forestier des Eveuses, nous sommes passés devant un jardin où se trouvaient des lapins en porcelaine qui entouraient une statue de nymphe. Le tout était posé sur le gazon. J'ai été tellement saisi par cette image simple du bonheur champêtre, que j'en ai oublié de prendre une photo.
Nous étions soixante quatre randonneurs dans la forêt de Rambouillet. Il faisait frais pour la saison.
Monsieur Moochagoo citait Chateaubriand : "On me servait du veau aux concombres et aux oignons" ["Itinéraire de Paris à Jérusalem"]. Le monsieur à qui il s'adressait répondit : "Je suppose que l'individu en question s'y attendait. Il n'est pas besoin de revenir sur cette triste histoire." J'avais du mal à reconstituer le sujet de la conversation, mais j'avais appris une nouvelle citation. Je pourrais la ressortir à Tante Germaine.
Nous avancions le long de la Route du Coin du Bois. Monsieur Moochagoo parlait maintenant du concombre sauvage (momordica elaterium), dont on tire un purgatif puissant. Je m'isolais quelques instants pour téléphoner à Madame Snake, et me retrouvais loin derrière. Il y avait néanmoins une personne qui attendait ; je lui adressais quelques mots du style : "je rejoins le groupe". Il me répondit, l'oeil sombre : "Je vais méditer".
Je devinais un adepte du tai-chi ou du qi gong. J'étais prêt à évoquer les techniques de méditation Vipassana, mais il partit par la Route des Greffiers et disparut. Nous ne l'avons pas revu. Nous n'étions plus que soixante trois.
Je sais que durant une méditation approfondie, le méditant peût expérimenter udayabbaya ñana, "la connaissance des apparitions et disparitions". Quand même, cette disparition subite d'un randonneur en méditation m'a étonné.
Monsieur Moochagoo avait quitté le sujet des concombres, et semblait aussi méditer en marchant. L'intérêt de randonner à côté de monsieur Moochagoo, c'est qu'il attire les moustiques, nombreux dans cette partie de la forêt de Rambouillet. Je le surveillais pour qu'il ne disparaisse pas au cours de sa méditation. Ou bien, s'il devait disparaître, il fallait mieux que ce soit avec le plus grand nombre de moustiques.
Nous avons déjeuné autour du lac de Clairefontaine-en-Yvelines, entouré d'oies sauvages, de canards et de foulques. Monsieur Moochagoo avait accepté de bonne grâce qu'une dame l'asperge de citronnelle. En cas de disparition subite, rien qu'à l'odeur, je le situerai.
Un randonneur me demanda mon avis sur la révision constitutionnelle qui allait être votée lundi. Cela nous occupa jusqu'au retour par l'Etang d'Or.
Belle journée !
Je n'ai aucun indice à ce sujet !"Qu'est-ce que je suis vraiment à l'intérieur ? Je n'ai aucun indice à ce sujet !" Monsieur Moochagoo était dans sa période inquiète.
Je venais de recevoir un mail de Tante Germaine : "Bonjour, que penses-tu de la combinaison pantacourt et chaussettes hautes sur un garçon ? Et surtout quel type de pantacourt ? Et les chaussettes ? Hautes rayées avec des rayures assez discrètes (noir, blanc, bleu ou marron...) ? Qu'est-ce que tu en penses ? As-tu a déjà essayé ce type de tenue ?" J'avoue que je ne visualisais pas du tout la combinaison évoquée.
Monsieur Moochagoo continuait : "Je me sens comme un chat qui parle comme une vache". Je me retins de faire "Meeeeuuuuuh", c'eût été de mauvais goût.
Je répondis au message de Tante Germaine : "Sur un garçon, ça risque de paraître curieux, et même assez étrange...mais pour les chaussettes pourquoi pas noires, rayées rose et parsemées de carreaux bleus, ce serait kitsch !"
Monsieur Moochagoo buvait son verre de Chablis : "Je me sens comme un bagage abandonné, oublié au mauvais endroit...". Normalement le Chablis aurait dû lui remonter le moral. J'osais : "Un bagage Vuitton ?"
Tante Germaine avait renvoyé un message : "Très drôle ! Je crois que je préfère encore le blanc, mais avec les garçons, blanc égale crasse ! Noir ? L'avantage du noir, c'est qu'on ne voit pas quand c'est sale, mais par contre il y a l'odeur..."
Monsieur Moochagoo n'avait pas entendu ma remarque sur le bagage (ouf !), il continuait : "Je ne vois que la surface des choses. Tout ma vie n'a été qu'un rêve éphémère".
A propos de choses éphémères, nous devions avec Madame Snake, aller dîner chez des amis à 19h. Je pris congé de Monsieur Moochagoo et de Tante Germaine.
Belle journée !
Le noeud de trèfle ne se dénoue pas"Je pense qu'il faut mettre le PC sous tension, sinon ça ne va pas marcher." Mon conseil était avisé, je le sentais. Tante Germaine m'a toujours recommandé de d'abord vérifier l'alimentation électrique d'un appareil en panne (piles ou cable).
Harold Pinter a dit : "Quand on se sent incapable d'écrire, on se sent exilé de soi-même". Monsieur Moochagoo n'avait retenu que la deuxième partie de la citation, et je devais le ramener chez lui-même en un temps raisonnable.
Etre chez soi-même, c'est mieux, mais évidemment, ça dépend de la distance à parcourir. Il y a des gens qui se méfient d'eux-mêmes, qui ne se font pas confiance spontanément. Pascal aurait dit de se méfier de ses passions : "Guerre intestine de l'homme entre la raison et les passions . S'il n'y avait que les passions sans la raison. Mais ayant l'un et l'autre il ne peut être sans guerre.."
Je ne pensais pas que Monsieur Moochagoo voulait qu'on lui montre la voie, de l'exil vers soi-même. En attendant de trouver le bon chemin, il fallait lui occuper l'esprit avec des tâches pratiques. Nous avions déplacé mon PC, en raison de travaux dans l'appartement. Je ne sais pas si vous avez déjà enlevé TOUS les cables d'un PC, mais il fallait là démêler l'équivalent de deux gros tas de nouilles.
"Ce tas de nouilles, c'est assez semblable aux problèmes de notre vie : des noeuds, des noeuds et encore des noeuds." Monsieur Moochagoo dénouait les noeuds formés par le cable d'alimentation de l'imprimante, le cable USB du scanner, le fil du téléphone relié à la "livebox" et le cable USB du disque dur externe. Le reste des câbles était pour moi, car ils formaient un deuxième tas "irremédiablement emmêlé", selon Monsieur Moochagoo qui ajouta : "Le noeud de trèfle ne se dénoue pas".
Il en a profité pour m'expliquer le théorie combinatoire des noeuds qui s'intéresse aux propriétés des diagrammes de noeuds. Je n'ai strictement rien compris aux "dessins obtenus en projetant le noeud sur un plan et en marquant en chaque croisement quel brin de ficelle passe au-dessus, et quel brin passe au dessous".
Apparemment il n'y avait pas de noeud de trèfle, et nous avons pu réinstaller le PC.
Belle journée !
Faute de cerveau"On va plus se chamailler pour des queues de cerises ! Surtout qu'il n'y a pas besoin de grimper haut si on les cueille avec un échenilloir. Pour affûter un échenilloir il suffit d'un touret traditionnel et on peut finir à la pierre arkansas, ça marche sans problème."
Il se mit à chantonner : "Oh solide, on se croyait solide, Je veux revoir ce jour d'été là où toi, Tu ris en mangeant des cerises, Je veux revoir ce jour d'été là ou moi, Je ris en écrasant les cerises" [Des Queues De Cerises par les 10 Petits Indiens]
Monsieur Moochagoo avait - hélas - voulu aller discuter sur un forum, au sujet des vertus diurétiques des queues cerises. Mais il avait le point de vue du chimiste, et il n'avait trouvé que peu d'intervenants pour parler du potassium, des polyphénols et du sorbitol.
Dans un français approximatif une personne lui avait reproché une "faute de cerveau". Une autre cherchait des baskets avec des lacets blancs et "des cerise rouge dessu", (elle ne devait trop aimer les "s"). Une autre encore cherchait des espadrilles avec une odeur de cerise. Personnellement je serais curieux de savoir ce que donne un mélange odeurs de pieds, odeur de cerise.
Je trouvais la "faute de cerveau" assez poétique, mais il avait fallu calmer Monsieur Moochagoo qui ne fût point sensible à ce genre de poésie.
Je parlais de la "faute de cerveau" à Tante germaine qui était enrhumée, elle me dit que nous avions mal compris la phrase qui pouvait être interprétée de la façon suivante : "Faute de cerveau...il n'est pas capable de penser". C'était encore pire, je me gardais de l'expliquer à Monsieur Moochagoo.
Belle journée !
Sortilèges apotropaïquesLa randonnée sur le canal de l'Ourcq avait bien commencé par une déclaration d'amour inscrite sur un mur proche de la gare : "Antony je t'm tro je veux faire ma vie ac twa je t'm, BB". Cela me faisait penser à un autre "message" trouvé dans un lieu public à Paris : "Kiki je t parlé on c rencontré è c la ke tou a basculé". J'écrasais une larme d'émotion devant la richesse d'une langue qui peut si bien exprimer l'amour.
Honnêtement nous n'étions pas loin de Jean Racine : "Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ; Un trouble s'éleva dans mon âme éperdue ; Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ; Je sentis tout mon corps et transir et brûler ; Je reconnus Vénus et ses feux redoutables." (Phèdre). J'étais rassuré sur l'avenir de la langue française.
Monsieur Moochagoo resta silencieux jusqu'à l'Ecluse de Queue d'Ham. Aujourd'hui il se sentait "accidentel et marginal" et recherchait "l'adéquation avec soi-même". Moi, je me trouvais en adéquation avec les nombreux cygnes et leurs petits, les foulques, les canards, les libellules et les plantes qui embaumaient. Après le Pont des Vaches de Mareuil, nous nous arrêtâmes pour déjeuner sous une très légère pluie.
Monsieur Moochagoo, entre les rillettes et le bordeaux, m'entreprit sur les sortilèges apotropaïques. J'aime bien les sortilèges aux vertus apotropaïques, mais je ne suis pas spécialiste.
Nous avons croisé des randonneurs, des cyclistes et des pêcheurs qui semblaient avoir une patience infinie. Monsieur Moochagoo se souvenait de ses pêches à l'épinoche crouycienne, dans sa jeunesse.
Après l'embranchement de la Grivette, de l'autre côté du canal résonnèrent les chansons d'une petite fête entre amis. A l'odeur, je devinais que, pour le déjeuner (tardif), il y aurait des merguez à la fois carbonisées et crues. Un convive, assez enveloppé et assis, nous regardait passer. Il avait l'air épuisé de nous regarder marcher. Par empathie, je ressentis moi-même une petite fatigue.
Nous nous sommes arrêtés à la gare de Crouy sur Ourcq vers 16h30, juste au moment où un personne qui arrivait avec un petit groupe de randonneurs, s'exclamait : "Eh, les amis, nous avons fait 19km", ce qui était exactement la distance que nous avions parcouru.
Belle journée !
Pelons !"Peler à la main les petits oignons blancs est un travail très long, mais peler un mur de chambre, ça va". Monsieur Moochagoo avait abandonné la soudure par haute fréquence de feuilles de PVC pour son nouveau projet "secret". Il retirait le papier mural. La tâche s'avérait aisée ; l'ancien papier était de qualité.
Nous écoutions Bettye LaVette, "You don't know me at all". C'est vrai que je connaissais pas Monsieur Moochagoo, il me surprenait tous les jours. A son sujet, j'étais certain de n'être sûr de rien.
Je pensais tout haut : "Peler un mur, c'est un peu comme peler sa vie, on retrouve des couches anciennes, mais pas les plus anciennes couches sédimentaires, car nous ignorerons toujours ce que nous étions avant notre naissance. C'est un livre dont les pages sont fermées à jamais."
Bettye LaVette chantait "Somebody pick up my pieces". Monsieur Moochagoo me fit remarquer, que là, sous le papier quelqu'un avait écrit : "Les hiboux ne sont pas ce que l'on pense". Cette fois-ci, il ne m'a pas eu, je savais maintenant que c'était une phrase de "Twin Peaks" (David Lynch). Le papier avait dû donc être posé en 1990 ou 1991, par les propriétaires précédents.
"Je trouve que vous avez une certaine ressemblance avec l'agent très spécial Dale Cooper". Cette phrase n'eut pas l'effet attendu, car Monsieur Moochagoo ne me regarda pas vraiment, il semblait regarder à travers moi.
Ma silhouette se reflétait dans ses pupilles. Il finit par répondre : "Vous n'êtes pas la femme à la bûche. Vous vous souvenez qu'elle dit : Où est le trésor, qui lorsqu’il est trouvé, vous laisse éternellement heureux ? Je pense que vous savons tous qu’il existe. Certains disent qu’il est à l’intérieur de nous – à l’intérieur de nous tous. Ce serait étrange. Il serait si près. Alors pourquoi est-il si difficile à trouver et dur à atteindre ? Vous devriez faire attention en retrouvant les couches anciennes de votre vie, vous pourriez tomber sur une énigme fascinante."
Moi je préfère une autre citation de la femme à la bûche : "Les tartes. Quelle que soit la personne qui a inventé la tarte, c’était une personne de grande valeur" (Pie. Whoever invented the pie? Here was a great person). J'aime bien les tartes.
Belle journée !
Intelligent et diabolique"La situation n'est pas encore désespérée, car vous avez oublié un petit détail."
Monsieur Moochagoo buvait un nectar de goyave, "à la purée de goyave rose, 25% minimum". Je lui avait parlé du livre, "De la bêtise", de Robert Musil (Über die Dummheit, 1937), et j'en avais tiré des considérations sur la personne intelligente qui doit s'équiper d'un masque à gaz pour filtrer les émanations nocives de la bêtise.
"Vous vous doutez que je ne peux pas vous laisser dire cela. La bêtise a parfois des techniques d'approche et de séduction qui empêchent l'intelligence de fonctionner dans de bonnes conditions. Et, vous avez remarqué, la bêtise exécute souvent la danse des sept voiles au bar du coin. L'intelligence diminue pour laisser la place à la bêtise."
Je citais Woody Allen pour étayer ma thèse : "L'avantage d'être intelligent, c'est qu'on peut faire l'imbécile. Alors que l'inverse est totalement impossible."
Nous étions très mal partis. J'avais beau pousser mon petit wagonnet, au fond de la mine, ça ne marchait pas. Je remis ma bouée en forme de canard, mes palmes et mon tuba. Il n'y avait pas de raison que je me noie dans les séductions de la bêtise.
A propos de bêtise, j'avais rendez-vous avec mes différents Moi qui me causaient du soucis. Mon Moi moral trouvait que ses sentiments étaient bafoués par mon Moi diabolique, et mon Moi diabolique trouvait que mon Moi moral était "bête, obscur, vieillot, poudré comme une vieille marquise du XVIIème siècle, alambiqué et phraseur".
Mon Moi moral avait une baisse de moral, il affirmait n'être pas bête. Je lui dis qu'il n'avait plus qu'à retourner faire les soldes pour trouver des sentiments qui lui aillent bien. Mon Moi diabolique a ricané que Mon Moi moral, c'était du style : "Comment casser le moral de ses copains en vacances ?"
Il ajouta : "L'avantage d'être un Moi diabolique, c'est qu'on peut feindre d'être un Moi moral. Alors que l'inverse est totalement impossible."
Je préférais jeter l'éponge et j'ai pris congé des moi-mêmes.
Quelle journée !
Chewing-gum et cycloïdeRetirer Monsieur Moochagoo de la boue dans laquelle il était tombé, a pris quelques minutes. Tomber dans l'ornière était une expression parfaitement adaptée à la situation.
Je lui avais dis à plusieurs reprises que les ornières étaient profondes dans la forêt de Villers-Cotterêts, mais il discutait du chewing-gum collé sur le pneu qui décrit une cycloïde et..il a disparu dans boue. Qui n'est jamais tombé dans l'ornière après avoir été longuement prévenu du danger ?
Quelques dames ont tenté de lui enlever son "camouflage temporaire", selon ses propres mots. Le résultat fut médiocre, mais Monsieur Moochagoo était ravi qu'on s'occupa de lui. Je voulus chanter "Débat de boue" d'Imbert Imbert, mais on me menaça de me jeter dans la prochaine ornière. Les artistes sont souvent dédaignés et méconnus.
En passant dans un village, nous avons rencontré un fox à poil blanc, qui sortait d'une propriété appartenant à des anglais. Il se jeta sur Monsieur Moochagoo, tout guilleret et ravi des odeurs rustiques qu'il dégageait. Au bout de quelques instants il avait lui aussi un "camouflage temporaire".
En passant dans l'allée du Puits des Sarrasins, Monsieur Moochagoo cita le poème "Mémoire" de Rimbaud (1872) :
Ah ! la poudre des saules qu'une aile secoue !
Les roses des roseaux dès longtemps dévorées ! Mon canot toujours fixe ; et sa chaîne tirée au fond de cet oeil d'eau sans bords , - à quelle boue ? A quelle boue ? Nous n'avions pas réellement besoin de nous poser cette question. Mais le public féminin était conquis. Il eut moins de succès quand il reprit son exposé sur le "chewing-gum collé sur le pneu qui décrit une cycloïde".
Prenant quelques photos en queue de peloton, j'en profitais pour chanter sans témoin, la célèbre chanson des mammouths dans Babar :
"Patali Dirapata, Cromda Cromda Ripalo, Pata Pata, Ko Ko Ko
Bokoro Dipoulito, Rondi Rondi Pepino, Pata pata, Ko Ko Ko
Emana Karassoli, Loucra Loucra Nonponto, Pata Pata, Ko Ko Ko."
Il ne manquait plus que le Professeur Grifaton à cette belle journée ! Société normalePour une fois, sur le RER B, ce n'étaient pas des très jeunes roumains qui passaient de wagon en wagon pour demander un pièce de monnaie, mais un grand costaud avec un léger accent du midi, un borsalino à la main. Il nous fit part de ses états d'âme : "Quand la société deviendra normale, alors je reviendrai dans la société". C'était assez bien tourné.
Je supposais qu'il voulait dire qu'il n'était plus dans la société du travail, puisqu'il mendiait. Il avait sans doute été rejeté du monde du travail pour un ensemble de raisons, qu'il était facile de deviner. Le jour où ce monde serait plus accueillant - pour des personnes comme lui - il y remettrait les pieds.
On aurait pu argumenter sur deux points. D'une part, la société normale est celle, où nous tous vivons avec ses avantages et ses inconvénients. Vous me direz qu'il y a beaucoup d'avantages pour certains, et beaucoup d'inconvénients pour d'autres. C'est sûr. Dans le pays où nous vivons, nous avons beaucoup d'avantages, par rapport à de nombreux autres pays moins favorisés. D'autre part, pour revenir dans la société, il faudrait en être sorti. Et les inconvénients subits par ce monsieur, sont ceux de la société où il vit.
Je me gardais d'exprimer mes pensées, car le monsieur s'en prenait vivement au manque d'humanité du ministre chargé de l'immigration, en des termes assez désobligeants, mais non dénués de vérité.
Ce matin, Monsieur Moochagoo m'avait pris la tête en m'affirmant que "les hiboux ne sont pas toujours ce que l'on pense", et que "on ne sait pas si on a fait quelque chose". Des propos dont le sens était resté obscur. C'était peut-être une référence à une oeuvre littéraire ou cinématographique.
Je me vengeais en citant Beckett : "Le seul moyen de parler de rien est d'en parler comme de quelque chose". Mais il répondit aussitôt avec une autre citation de Beckett : "Je serais là, si vous avez besoin d'obscurcissements."
Belle journée !
Psittacus"Voce ut loquatur psittacus coturnicis".
"On n'attendrait pas d'un perroquet qu'il parlât avec la voix d'une caille".
"Quod pectus, quod crura tibi, quod bracchia vellis,
Quod cincta est brevibus mentula tonsa pilis, Hoc praestas, Labiene, tuae - qui nescit? - amicae. Cui praestas, culum quod, Labiene, pilas ? (Non traduisible en l'état car plutôt leste, mais amusant)
Martial, Épigrammes, livre X, II ème siècle ap. J.C.
Meubler les instantsJ'étais dans le RER B. Des incidents techniques me laissaient tout loisir d'admirer ma vis à vis. Elle avait une tête qui se rapprochait des canons de la statuaire grecque. Elle n'était pas belle selon les critères actuels, on préfère maintenant les jeunes filles filiformes avec un teint chlorotique, comme dans les défilés de mode, mais elle retenait mon attention.
Je récupérais toutefois mon attention pour descendre du RER à la station Croix de Berny. Elle opposa quelque résistance, mais je lui fis comprendre que c'était terminé, et qu'une attention polie se détache de bonne grâce de son objet, aussi intéressant qu'il fût.
Monsieur Moochagoo me demanda pourquoi je faisais de telles comparaisons durant un trajet en métro. Trouver dans le visage d'un jeune fille, les indices d'un style de beauté hellénisante archaïque ou classique, n'était pas résolument moderne.
Je répondis que, in fine, c'était histoire de meubler les instants. Ma voisine eût-elle eu une voix de soprano crémeuse, j'eusse fait des comparaisons avec l'opéra et le monde lyrique. Eût-elle été un esprit criminel, j'eusse pris mes jambes à mon cou (ou mes cliques et mes claques, comme on voudra), sous prétexte d'un match de foot à la télé.
Je continuais : "Vous avez remarqué que pour meubler les instants, c'est un peu comme se décider pour un décor à la chaux, entre badigeons, stucs, enduits, moulures ou moucharabiehs, en cherchant un point d'équilibre entre souplesse, dureté, finesse et solidité."
Monsieur Moochagoo se bidonnait (sournoisement) : "Si nous parlions plutôt des rites du culte Hauka dans la région du Niger, un peu similaires au culte Voodoo "
Je lui fis remarquer que dans Voodoo, il y avait deux fois "oo", comme dans Moochagoo. Là, Monsieur Moochagoo ne se bidonnait plus : "Il y a des choses avec lequelles on ne plaisante pas."
Belle journée !
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