-Snake0644's profile"Mister Moochagoo and I"PhotosBlogListsMore Tools Help

Blog


    Tu ne m'écoutes jamais !

    "Rien de déstabilisant dans tout cela", me confia Tante Germaine, "mais je ne peux qu'émettre des suppositions devant ce curieux décalage entre les propos de Monsieur Moochagoo, et la réalité de ses lettres. Avouons que nous les avons contemplées, comme des touristes regardent un incunable, avec étonnement et curiosité".

    Je levais les sourcils en signe d’interrogation. Je faisais semblant d’être attentif, comme lorsque j’étais en classe. Je doutais de Monsieur Moochagoo.

    Elle poursuivit : "Je n’attend rien de la vie, à part peut-être, conserver un certain grain de lucidité. Mais comme disait ta grand-mère : Si ça a l’air trop beau pour être vrai, c’est que ça l’est".

    Je baissais mes sourcils en vague signe d’acquiescement. Je regrettais de n'avoir pas de...de quoi au fait ? Mon esprit était ailleurs.

    Elle était agacée : "Tu ne m'écoutes jamais !"

    Je ne pouvais pas répondre : "Comment, je ne t'écoute jamais ?", car j'étais incapable de lui répéter à ce moment-là, les trois dernières phrases qu'elle avait dites, à part : "Tu ne m'écoutes jamais !" Je pris un air peiné, du moins j'essayais.

    Elle parlait en regardant ses mains : "Quid des problèmes passés, des problèmes futurs, des problèmes potentiels, et même des problèmes insolubles ?"

    Je la quittais en bafouillant des paroles incompréhensibles, des sons et des bredouillis à la manière de Monsieur Hulot.

    Belle journée !

    Résumé : "Toujours est-il que Monsieur Moochagoo est le seul à savoir s'il dit la vérité".






    Je n'ai envoyé ni carte, ni lettre

    "En me posant une telle question, vous me mettez dans l'embarras !", s'exclama Monsieur Moochagoo. Il était sur le quai L de la Gare de Lyon, prêt à partir en randonnée avec un billet pour Moret-sur-Loing.

    En le voyant j'avais été surpris, et lui avais demandé pourquoi il était là, puisque, dans sa lettre, il avait indiqué qu'il nous reverrait outre-atlantique, début septembre.

    "Pour la randonnée, j'ai téléphoné juste après votre départ et Madame Snake m'a indiqué le lieu de randonnée. Je n'ai envoyé ni carte, ni lettre.  J'étais avec un vieille amie qui m'avait contacté de façon impromptue. Nous étions à Florence. Ah, se promener dans les jardins de Boboli !"

    "C'est un plaisanterie, nous avons reçu trois lettres écrites à la plume sur du papier ancien. C'était bien votre écriture."

    "Mon écriture n'a rien d'extraordinaire. Elle est facile à imiter. Quelqu'un aura voulu vous jouer un mauvais tour. Je n'ai lu que votre dernier billet qui m'a bien fait rire. Cette suite de chiffres et de lettres, c'est loufoque !"

    "Loufoque ?!!!"

    "Oui, cette suite est tirée d'une aventure de Blake et Mortimer : "SOS Météores" de E.P. Jacobs, vous pouvez le dire à votre tante Germaine."

    Je n'ai rien dit, mais j'avais un doute sur cette "plaisanterie". J'ai mon opinion, mais pas de preuves pour l'étayer. Vais-je devoir décrypter les affirmations de Monsieur Moochagoo ?

    Belle journée !

    Résumé : "Mais il y a plus grave : il n'a pas écrit de lettres."


    Image tirée de "SOS Météores"

    XXX131 1112Z 07001 83170 9199- 60210 893-- 08799 99136 99172

    Tante Germaine me dit sur le ton de la confidence : "Je me sens comme Lyncée, le pilote de l'Argo, le vaisseau qui emmenait les Argonautes vers la Toison d'Or. Il paraît que ses yeux traversaient les murs et "pénétraient les nuages noirs du ciel".

    Heureusement, le groupe des Argonautes se composait de cinquante hommes et d'une seule femme, sinon Lyncée aurait eu des ennuis avec ces dames. Je suppose que l'unique femme avait droit à son intimité.

    Tante Germaine avait examiné la lettre de Monsieur Moochagoo avec un microscope pour étudiants. Sous une tâche d'encre, elle avait décelé une minuscule cavité creusée dans le papier épais. Là était logé un micro-point, c'est à dire une photographie de la taille d'un point de ponctuation, comme en utilisaient les allemands durant la deuxième guerre mondiale.

    Au microscope, on pouvait lire : "XXX131 1112Z 07001 83170 9199- 60210 893-- 08799 99136 99172". Tante Germaine avait les yeux froncés et déclara : "Cela me rappelle quelque chose, mais quoi ?"

    J'avançais un : "C'est peut-être le nom du futur candidat aux présidentielles, d'un grand parti d'opposition ?"

    Je me suis fais rabrouer : "Actuellement, il faut mieux éviter certaines plaisanteries ! 'On peut rire de tout mais pas avec n'importe qui' [Desproges]". Tante Germaine voulait téléphoner à un ami mathématicien et cryptographe.

    A ce moment précis, nous n'étions pas plus avancé. La lettre gardait son mystère.

    Belle journée !

    Résumé : "Deux personnes se penchent sur le mystère des nombres et des lettres".


    L'argonaute Hylas avec les nymphes. Peinture de John William Waterhouse.

    Roman

    Avec Monsieur Moochagoo, tout est possible !

    Voulant faire plaisir à ma voisine, je l'informais qu'un commentateur* avait écrit : "
    Pour en revenir à Mr Moochagoo, il est peut-être piégé dans un univers parallèle situé dans le passé ? Ce me semble l'hypothèse la plus réaliste". Elle était toute contente : "Je vous l'avais dit, avec Monsieur Moochagoo, tout est possible. Vous y viendrez !"

    Je répliquais que bientôt elle chercherait des signes abracadabrants dans des dates comme le 11 septembre 2001 ou dans les entrailles de son chat Chacripouille. "Vous allez tomber dans les cachoteries complotistes, sûr et certain. Alors là, c'est l'aventure. "

    Je n'aime pas les romans !

    Je changeais de sujet : "Vous avez vu la rentrée littéraire ? 659 romans, c'est de la folie !"
    Elle me répondit qu'elle préférait lire des ouvrages "pratiques", elle lisait en ce moment : Méthode de musculation au féminin d'Olivier Lafay.

    J'insistais : "J'ai lu une critique sur le roman "Netherland" de Joseph O'Neill (Ed. de l'Olivier), dans le "Libé des livres" du 27 août, ça a l'air bien. Ils en citent des extrait : 'Ces moments de cricket [...] pour toujours à ma disposition et capables, ...lorsque je cherchais refuge dans les sentiments les plus tristes, de me maintenir éveillé tandis que je les revivais dans mon lit, et pleurais, impuissant, sur les mystérieuses promesses qu'ils contenaient'. C'est vraiment beau, hein ?"

    "Je ne savais pas que le cricket faisait pleurer. Moi, ce jeu, je n'y comprend rien", rétorqua-t-elle.

    "Ecoutez, là, c'est encore plus beau : 'Je me souviens, également, d'avoir essayé de me débarrasser d'une nouvelle et intense tristesse [...], la tristesse qui nous vient quand le miroir du monde n'offre plus de surface dans laquelle on peut reconnaitre son véritable reflet'. Superbe ! Je vais sans doute l'acheter".

    Elle me regarda avec un air perplexe : "C'est trop lacrymal. Je n'aime pas les romans. Pour la plupart, ils me tombent des mains, passées les cinquante premières pages."

    Quelle journée !

    Résumé  : "Au cricket, l'impression de réalité est saisissante !"

    * Les Etelois

     
    Cricket



    Un billet réaliste

    un compteur pour votre site 08-07

    Le trottoir devant l'immeuble de Tante Germaine était parsemé de papiers gras et de bouts de carton. Quel quartier ! Je tapais le code, et montais en pensant aux six étages.

    Je remarquais qu'au deuxième étage, le mur n'était toujours pas réparé. Il y avait une faille de dix centimètres de profondeur dans le plâtre. Pour un immeuble de standing, il y avait du laisser-aller, à moins que le syndic ne soit en faillite.

    Au quatrième étage, des odeurs de chou-fleur, de frites et de poisson plus ou moins frais me firent accélérer malgré la fatigue.

    Tante Germaine vint m'ouvrir la porte. Son Dodo domestique (elle préfère avoir un Dodo, plutôt qu'un chat), me donna des coups avec son gros bec en gloussant: "bloc, bloc". Il m'aime mais je le trouve trop envahissant. C'est pourquoi je lui fis les gros yeux. Vexé, il retourna mettre en pièces les pantoufles de Tante Germaine.

    Celle-ci me dit : "Tu veux un thé", je répondis : "Oui, mais pas de thé exotique."

    Elle me prévint : "Je t'aurais bien montré la lettre de Monsieur Moochagoo, mais le Dodo l'a avalée. Je lui ais fait boire du bicarbonate de soude, il digère mal le papier ancien".

    Désabusé, je répondis : "Espérons que nous pourrons retrouver des morceaux de la lettre, lorsque la nature aura fait son oeuvre."

    "Oui espérons", répondit-elle.

    **************************

    Je montrais à Tante Germaine le billet réaliste que j'avais commis, à la suite de certains reproches. Elle le lut. "Tu écris comme un cochon, mais en effet, l'atmosphère est bien réaliste. Ce qui ne veut pas dire, bien sûr, que ce soit conforme à la réalité. Le trottoir de l'immeuble est propre, la cage d'escalier vient d'être refaite, j'habite au troisième, et tu es monté en ascenseur. Quand au Dodo, hélas, il a disparu vers 1650".

    J'étais quand même satisfait d'avoir écrit un billet réaliste.

    Belle journée !

    Résumé  : "Rien de tel qu'un bon bol de réalisme, du moment qu'on écrit dans les règles"


    C'est un papier, un peu grossier, fabriqué à Bâle vers 1450

    Tante Germaine examinait le papier avec une grosse loupe.  "Regarde ce filigrane avec une tête de sanglier et une fleur". Elle avait à côté d'elle : "Les Filigranes : dictionnaire historique des marques du papier dès leur apparition vers 1282 jusqu'en 1600" de Charles-Moïse Briquet (1907).

    "C'est un papier, un peu grossier, fabriqué à Bâle vers 1450". Là, elle m'a coupé la chique. J'étais impressionné. Nous examinions le dernier message, toujours écrit à la plume, de Monsieur Moochagoo.

    Il avait recopié un poème de Geoffrey Chaucer (1343?-1400) : "Et si grand dol en eust la dame / Que cest oevre qu'en foye j'écris / Me sens le cueur en la lisant / De pitié si empli / Et de si fort chagrin / Que m'en soit Dieu témoin / Tout dolent restoys en mes jours / Du penser que je gardoys d'elle".

    Ma voisine avait dit : "C'est tout ?", j'avais répondu : "Oui, c'est tout".

    Tante Germaine était censée nous apporter ses lumières. Elle dit soudain : "Mais oui, c'est un stéganogramme !". Je me frappais le front : "Mais oui, bien sûr, pourquoi n'y avais-je pas pensé ?..Au fait c'est quoi un stéganogramme ?"

    Elle me regarda et je lisais dans ses yeux : "Personne ne peut rien pour toi, c'est trop tard". Elle réprima un gloussement et daigna m'expliquer : "La stéganographie, c'est l'art de cacher un message dans un autre message assez anodin. Je vais regarder ce poème d'un façon approfondie, je te tiendrais au courant".

    Alors que je partais, elle ajouta : "Momus, dieu grec du sarcasme et de la moquerie, regrettait que les hommes n'eussent pas une porte dans la poitrine, pour qu'on puisse, en l'ouvrant, voir leurs véritables sentiments. Réfléchis à cela".

    Quelle journée !

    Résumé : "Il espère trouver de l'aide. Mais ce n'est pas tout à fait le moment".


    Illustration de Sylvain Marc



    Très improbables circonstances

    J'avais reçu une nouvelle lettre de Monsieur Moochagoo, écrite à la plume et sur papier ancien. Il y avait plusieurs messages à lire dans l'ordre.

    Dans le premier message, il me disait : "Randonnée en Forêt de Fontainebleau. Rendez-vous Dimanche au bout de Montigny-sur-Loing vers 10h15, à l'intersection du Chemin Latéral et de la rue du Croc Marin. Je pense être là. Pour le reste, je décline toute responsabilité à l'égard de ce que vous entreprendrez".

    Honnêtement je ne voyais pas ce que j'aurais pu entreprendre. Ma voisine m'avait prévenu: "Ne dérangez pas les lutins et les fées, c'est sans doute ce qu'il a voulu dire". J'ai cru qu'elle plaisantait, mais elle a répondu: "Pas le moins du monde, ma grand mère en a vu quand elle était petite".

    Au bout d'un quart d'heure, arrivé au croisement indiqué, je ne vis personne : pas de Monsieur Moochagoo et encore moins de fées ou de lutins. Peste et choléra !

    Je lus le deuxième message : "Si par de très improbables circonstances, je n'étais pas là, allez au Sentier de l'Enfer sur le sentier bleu n°11, au nord de la Route du Languedoc, avant la Grotte Béatrix. Vous m'y trouverez".

    Avait-il conscience qu'il faisait 28° vers 11h et que, pour arriver à ce nouveau rendez-vous, il m'a fallu monter deux fois d'assez bon dénivelés dans les rochers ? Ma voisine s'était voulu rassurante : "L'esprit de Monsieur Moochagoo fonctionne d'une manière efficace et parfaite , vous n'avez donc rien à craindre. Ah, j'adore ces mystérieux messages !"

    J'ai mangé tout seul, car je ne l'ai point trouvé. J'ai été forcé de boire tout le rosé bien frais (il se serait réchauffé), et de finir la tarte au pomme.

    Le rosé m'aida à lire le troisième message : "Si vous ne me voyez pas, ce qui est quasi impossible, ne croyez pas que j'ai été retenu par d'épineuses questions théologiques ou par quelque projet impétueux. J'aurais eu tout simplement un empêchement technique. Vous voudrez bien accepter mes excuses. Je vous rejoindrais donc en septembre, outre-Atlantique."

    Je n'avais jamais vu Monsieur Moochagoo préoccupé par d'épineuses questions théologiques. Pour me rafraîchir je me remémorais le poème  de Ono no Komachi (poétesse japonaise du IXème siècle) : " Les couleurs des fleurs ont hélas, pâli / Tandis que moi, vainement / absorbée dans mes pensées, je voyais passer / les jours de pluie obstinée."

    Belle journée !

    Résumé : "Il n'est pas non plus ici. Délicieux ce rosé".








    Impression de mystère

    Je montrais à ma voisine le mot que j'avais reçu de Monsieur Moochagoo, dans une simple enveloppe non timbrée. Le papier de l'enveloppe et celui de la lettre étaient de facture ancienne, car on apercevait des vergeures, comme au XVIIème ou au XVIIIème siècle.

    Nous avons approché le papier d'une lampe pour l'examiner en transparence. Je l'ai même examiné à la loupe. Monsieur Moochagoo avait écrit à la plume. J'imaginais le crissement de la plume et le trop plein d'encre qui avait laissé une petite tache étoilée.

    La première phrase était bien dans son style : "Je ne vous ferai pas un Kojiki, "un récit des choses anciennes", mais sachez que je me trouve avec un aréopage de peintres très sympathiques".

    Ma voisine dit sur un ton soulagé : "Il s'est enfin décidé à avoir un travail sérieux : peintre en bâtiment. C'est un métier tout à fait honorable."

    "Je crains que ce ne soit pas cette sorte de peintre", répondis-je.

    Je continuais ma lecture : "Les peintures que je regarde exercent sur mon esprit une sorte de fascination qui m'entraîne à la contemplation et à la rêverie. J'avais besoin de calme et de repos et ces vieux magiciens de peintres ont exaucé tous mes voeux. En plus, ils m'ont offert un superbe masupilatan* que j'ai noué autour de mon cou. Si je vous expliquais où je suis, vous ne me croiriez pas."

    La lettre se terminait là.

    Ma voisine était ravie : "Il est fort ce Monsieur Moochagoo, sa lettre dégage une impression de mystère qui me plaît beaucoup. Cela me rappelle Arsène Lupin que je lisais en colonie de vacances."

    Je lançais à ma voisine, désabusé : "Il ne manque plus qu'un accompagnement musical, avec un piano aux sons cristallins qui renforcerait cette impression de mystère."

    Quelle journée !

    * Masulipatan. s.m. Nom d'une toile de coton des Indes qui est très-fine: elle s'emploie ordinairement en mouchoirs. Le Masulipatan tire son nom de la ville où est la manufacture.


    Autoportrait de Chardin avec un masupilatan autour du cou.

    Un monde parallèle

    Depuis mercredi, la semaine dernière, Monsieur Moochagoo avait disparu de la circulation.

    J'en discutais avec ma voisine, et celle-ci qui regardait la série "Fringe", m'avait dit en confidence que Monsieur Moochagoo était reparti dans un monde parallèle au notre. "Vous comprenez, il est tellement différent de nous que je suis persuadé qu'il vient d'ailleurs. Vous savez, dans Fringe, il existe un monde parallèle où les Twin Towers ne se sont pas écroulées. Elles existent toujours en 2009".

    Je ne voulait pas épiloguer sur les puissances trompeuses de l'imagination. Je lui dis qu'avec cette hypothèse, le roman semblait envahir la réalité. Monsieur Moochagoo n'était pas, et de loin, le personnage extraordinaire qu'elle supposait. J'ajoutais qu'hélas les Twin Towers s'étaient bien effondrées.

    Je croyais l'avoir dissuadé d'avoir assimilé - grâce à un raisonnement fallacieux - Monsieur Moochagoo, à un personnage de série hollywoodienne. Mais il n'en était rien, ma voisine était toute excitée à l'idée d'un monde parallèle.

    La dernière fois que j'avais vu Monsieur Moochagoo, c'était au sujet de
    la figure de l’hypotypose. A moins de penser que l'hypotypose - une représentation de faits, en termes si expressifs, que l’on croit les voir - ait le pouvoir (inverse), de faire disparaître Monsieur Moochagoo, je ne savais pas où il était. Même une hypotypose expressive, ne me ferait pas croire que je voyais un disparu.

    Avait-il complètement disparu ? J'étais prêt à sangloter en pensant à tous nos billets passés. Ma voisine lança : "Vous finirez pas croire à l’existence d’autres réalités, vous verrez !".

    Quelle journée !





    Ecrivain de carton-pâte

    "Tu es en train de me faire passer pour une sorte de Lady Macbeth des blogs. Tu as fort mal rendu l'esprit de mes propos. C'est un canular ? Une plaisanterie ?"

    Tante Germaine semblait mécontente de mon dernier billet, du moins je l'interprétais ainsi. Je lui avais fait dire que "Les blogs faisaient désormais partie d'une littérature refroidie". Elle ne souvenait pas avoir prononcé ces mots, ou du moins, pas ceux-là. A ses yeux, j'étais un écrivain de paille.

    Je n'osais pas dire "Meuh", j'aurais aggravé mon cas. Je vérifiais discrètement qu'il n'y avait aucun objet contondant dans la pièce. Je n'aurais pas aimé lire ma nécrologie dans le journal du lendemain. Lire sa nécrologie est un moment désagréable à passer, car cela prouve qu'on est mort.

    Je n'avouais rien, il n'y avait aucune preuve écrite de ce qu'elle avait prononcé. Et la mémoire auditive est assez peu fiable, n'est-ce pas ? J'allais devoir trouver un moyen de me rabibocher avec elle. Je l'entendis marmonner : "Ecrivain de carton-pâte".

    M'en fiche d'abord, les décors en carton pâte des studios paraissent toujours plus vrais que nature.

    Belle journée !

     

    Littérature refroidie qui manque nécessairement d'idéal

    J'avais lu dans "Le Monde 2" du 15/8/09, cette phrase de Sophie Ristelhueber, photographe : "De toute façon, pour continuer, il faut que je me dise que je ne ferai plus rien".

    J'étais en train de passer l'aspirateur dans la salle de séjour en chantant : "Brace yourself for bitter flack, For a life sublime, A labyrinth of riches.." de Patti Smith, mais au fond cette phrase de Sophie Ristelhueber m'obsédait. Je pensais en moi-même :
    "Je ne ferai plus rien, non rien de rien, je ne ferai plus rien".

    En plus Tante Germaine avait été sévère pour la mode des blogs. Ne parlons pas de Twitter et autres sites, tendance "textomania"! Elle pensait que les blogs faisaient désormais partie d'une littérature refroidie, qui manque nécessairement d'idéal.

    Nous nous étions rencontrés dans la rue et elle m'avait assené son petit discours : "La plupart des blogs ont des défauts sérieux et des sujets souvent choquants. Ce sont des choses fuyantes qui n'ont ni méthode, ni style". Elle avait terminé par un : "Eh bien, que fais-tu maintenant ? Tu continues à commettre des billets pour cette sorte de sous-littérature de bas niveau?"

    Du coup j'en étais à me dire, en passant l'aspirateur :
    "Il me reste l'escalier et le cellier, ne faiblissons pas. Après il faudra ranger des livres dans le garage."

    Belle journée !


    Le tombeau d'Edgar Poe

    "..Calme bloc ici-bas chu d'un désastre obscur,
    Que ce granit du moins montre à jamais sa borne
    Aux noirs vols du Blasphème épars dans le futur."

    Je terminais la lecture du poème de Mallarmé, "Le tombeau d'Edgar Poe". Le morceau de granit - la tombe d'Edgar Poe - est le signe tragique de la mort du poète, dont la perte pour Mallarmé, est irréparable. Je dis : "Calme bloc ici-bas chu d'un désastre obscur..c'est un des plus beaux vers de la langue française".

    Tante Germaine lisait : "Les Délices de l'esprit. Dialogues dédiez aux beaux esprits du monde" (1675) de  Jean Desmaret de Saint-Sorlin (1595-1676). Jean Desmaret, après une vie "libertine" d'auteur de théatre, encouragée par Richelieu, devint, après la mort de celui-ci, extrêmement dévot, et n'a plus écrit que des livres religieux.

    Elle trouvait que ma capacité intérieure d'enthousiasme poétique était, "identique à la dimension d’intériorité d’un moine ou d'un pélerin". Un compliment ambigu. Etait-ce même un compliment ? Je me demandais si la lecture d'un auteur dévot n'avait pas influencé son jugement.

    Elle tourna une page, but son thé, reposa la tasse. "Pour quelqu'un qui se dit fortement cuirassé contre les périls de la passion, et qui serait incapable d'écrire un billet sur les passions violentes. Je te trouve bien enthousiaste. Quand à tes réflexions plus ou moins philosophiques, rappelle-toi qu'une mouche métaphysicienne se fera gober par une grenouille".

    Elle prit une part de cake, et poursuivit : "Je suis d'accord avec Boileau, la poésie, 'du plus affreux objet, fait un objet aimable'."

    Je vais aller expliquer Le tombeau d'Edgar Poe à ma voisine. J'aurais peut-être plus de chance.

    Belle journée !


    Tombe d'Edgar Poe.

    Déplumé et sans plume

    Moochagoo : Savez-vous qu'il existe une subtile différence entre déplumé et sans plume ?

    Moi : J'ai cru que vous alliez me parler du moule à tarte amovible que vous manipulez.

    Moochagoo : Un oiseau peut-être déplumé, mais ne peut pas être sans plume, à moins d'une aberration génétique.

    Moi : Heu..ça dépend..

    Moochagoo : Oui, un oiseau déplumé a perdu ses plumes pour diverses raisons, ou alors on l'aura plumé, mais il est né avec des plumes. Je vous concède qu'on peut aussi affirmer que s'il est déplumé, il est sans plume.

    Moi : En revanche un écolier des années 50, ne pouvait pas être dit déplumé, s'il avait oublié en classe, sa plume sergent-major. Il était sans plume.

    Moochagoo : Hum...bon. Pensez aux anges. Sont-ils nés réellement avec des plumes ? Et, si oui, peuvent-ils être déplumés ?

    Moi : Tout le monde ne croit pas aux anges ailés. Avant le IVème siècle, les anges étaient représentés sans ailes. Ils étaient sans plume et ne pouvaient donc être déplumés. Depuis le IVème siècle, je ne pense pas qu'un ange ailé se soit laissé déplumer, ça se saurait.

    Moochagoo : Je vois que vous avez saisi les subtilités de l'usage de déplumé et sans plume.

    Moi : Cela fait partie des choses importantes de la vie. Nous n'évoquerons pas les vaches volantes ailées, car cela nous emmènerait trop loin. Et elles n'existent que si l'on y croit. Pour les vaches volantes sans ailes, nous savons bien qu'elles ne sont vues que par les individus dont le cerveau est altéré par l'alcool.

    Moochagoo : Je suis d'accord avec vous, les vaches volantes sans ailes mettent en relief les conséquences si préjudiciables de l'alcool sur les individus.

    Belle journée !





    Hystérologie

    "Lorsque je pense à toutes les choses que je devrais faire, ainsi qu'à toutes celles que je ferai quand j'aurai fait les choses que j'avais à faire. Et qu'une fois que je me serais décidée à tout faire, j'en arriverai à la conclusion que ce que j'ai fait, n'était pas absolument indispensable."

    A entendre Tante Germaine, j'avais mon cerveau qui faisait des noeuds. Quand j'arrivais à en démêler un, un autre prenait la place du précédent. J'avais comme une grosse fatigue morale. Je vais demander à avoir des cours de soutien en Youpi, Hourra !

    Je me mis à chanter une petite comptine : "Quand trois poules vont aux champs, la première va devant, la seconde suit la première, la troisième vient par derrière." Les comptines sont rassurantes. On peut augmenter le nombre de poules, et avant d'arriver au plus grand nombre, on a le temps.

    Tante Germaine m'a signalé qu'il y a déjà une infinité de nombres premiers.

    Elle a ajouté : "Tu devrais écrire un billet sur l'Hystérologie, un terme de rhétorique qui est un
    défaut d'arrangement dans le discours, qui fait placer d'abord la circonstance ou le détail, qui devrait être après. Par exemple dans Ubu Roi, on trouve cette phrase : 'Je vais allumer du feu en attendant qu'il apporte du bois'. N'est-ce pas excitant ?"

    Je crois que je vais tuer Tante Germaine et après, lui répondre.

    Belle journée !


    Noeud sans cerveau.

    Hypotypose


    un compteur pour votre site 08-07

    J'avais enfin trouvé un guide pour apprendre à rédiger correctement des billets: L'
    Essay des merveilles de nature et des plus nobles artifices, publié en 1621 par le Père Etienne Binet (1569-1639), publiciste jésuite. Cet ouvrage a été réédité vingt fois jusqu'en 1658, puis injustement oublié.

    Dans l'Essay, Etienne Binet, donne de brillants exemples de rhétorique. J'ai été tout particulièrement intéressé par l'hypotypose qui permet, pour le plus grand bonheur du lecteur, de décrire des tempêtes et des naufrages, des passions violentes, la pénible situation d'une vierge sur un bûcher ou même les affres d'un homme agonisant.

    Monsieur Moochagoo pensait que la vierge sur un bûcher faisait référence à Jeanne d'Arc. Il me voyait mal écrire un billet sur une tempête, un naufrage et un homme agonisant, à moins de faire un commentaire sur le Radeau de la Méduse de Géricault.

    Il conclut : "Il ne vous reste qu'un billet sur les passions violentes. Un beau sujet". Hélas, j'eu beau chercher un sujet en rapport avec des passions violentes, je ne trouvais rien.

    Monsieur Moochagoo m'indiqua que Blaise Pascal dans les "Discours sur les passions de l'amour", avait dit : "Les grandes âmes ne sont pas celles qui aiment le plus souvent [...], il faut une inondation de passion pour les ébranler et pour les remplir. Mais quand elles commencent à aimer elles aiment beaucoup mieux."

    Les inondations de passion ne m'incitaient pas à écrire un billet. Tant pis si dans mes billets ne figurent aucune expression des passions des grandes âmes.

    Tante Germaine m'assura qu'un de ses auteurs favori Pierre-Louis Roederer (1754-1835), dans ses
    Mémoires pour servir l'histoire de la société polie en France (1835), avait conseillé d' "élever les esprits au sentiment et au besoin de jouissances ignorées du vulgaire".

    Je me demande où Tante Germaine va chercher ses auteurs favoris. Je vais regarder, si dans L'Essay des merveilles, je trouve une autre figure de rhétorique à mon goût.

    Belle journée.

      

    Gorilles pouilleux

    Je conseillais à ma voisine le dernier livre de Douglas Coupland : "Eleanor Rigby" [éd. 10/18, 2009].

    "Regardez, il y a des phrases formidables dans ce livre : "Une grippe aussi répugnante qu'une serpillière moisie traînant dans les toilettes d'un bordel tenu par des gorilles pouilleux". N'est-ce pas beau ?"

    Ma voisine prit un air pincé : "Si c'est cela que vous lisez..."

    "Attendez, j'ai un autre passage, qui vous plaira : "Les voyages vous dissolvent. Ils vous obligent à vous reconstruire, vous forcent à vous souvenir d'où vous venez". C'est pas mal, hein ?"

    Elle réfléchit : "En juillet, quand nous sommes allés en vacances au camping d'Uzès,  je ne me suis pas sentie dissoute, et mon mari non plus d'ailleurs. Il a de drôles d'idées votre américain".

    Je lui fis remarquer : "Vous n'avez pas l'air d'aimer les fictions divertissantes".

    Elle répondit : "Je lis en ce moment 'La beauté des paresseuses' d'Anita Naik, c'est intéressant, avec d'excellent conseils.

    Je ne pouvais pas lutter. Elle m'a prêté 'Le prince charmant des paresseuses' du même auteur. Je vais demander à Monsieur Moochagoo de m'en faire un résumé, il aime les guides pratiques.

    Belle journée !

    Une seule rature doit tout effacer

    "Qu'est-ce que cent ans, qu'est-ce que mille ans, puisqu'un seul moment les efface ? [...] Que vous servira d’avoir tant écrit dans ce livre, [...], puisque enfin une seule rature doit tout effacer ? Encore une rature laisserait-elle quelques traces du moins d’elle-même ; au lieu que ce dernier moment, qui effacera d’un seul trait toute votre vie, s’ira perdre lui-même, avec tout le reste, dans ce grand gouffre du néant. Il n’y aura plus sur la terre aucun vestige de ce que nous sommes..."

    Je voyais Monsieur Moochagoo plongé dans le "Sermon sur la mort" de Bossuet. Nous nous étions trompé de train, et avions une heure à perdre en gare de Melun. J'étais content qu'il médita ainsi sur ses fins dernières, afin de se débarrasser de ses angoisses existentielles.

    Je me trompais. C'est moi qui était visé ; il voulait me montrer que d’avoir tant écrit de billets dans un blog, était un vain exercice, puisque enfin une seule rature doit tout effacer.

    Je trouvais sa remarque un peu fort de café, tout en concédant l'usage de la rature.

    Finalement au lieu de randonner aux alentours du Château de Courances, au nord de Milly-la-Forêt, nous avons suivi un parcours entre Moret-sur-Loing et Thomery et sans carte. Je fis appel à ma mémoire pour retrouver les chemins d'un parcours déjà fait.

    Nous déjeunions au point de vue dit de l'Inspecteur Général, en buvant un Merlot, lorsque deux garçons et deux filles de très bonnes familles (en promenade et non pas en randonnée comme le vulgaire), nous demandèrent leur chemin, ils avaient quelques difficultés à lire leur carte, celle que nous n'avions pas.

    Le ton était celui de Madame Grand Air dans Bécassine (du moins je l'imagine). Il fallu prendre un photo du groupe face à la vue et on m'expliqua le fonctionnement de l'appareil de photos. Je dis que j'allais peut être y arriver, puisque, sur mon appareil, je venais de prendre une 9374ème photo*.

    "Rencontrer des personnes de qualité est toujours satisfaisant", me dit Monsieur Moochagoo, avec son sourire en coin.

    Belle journée !

    * chiffre marqué sur l'écran de visualisation.


    Bossuet par Hyacinthe Rigaud

    Voyage à l'intérieur

    J'étais inquiet avec le dernier projet de Monsieur Moochagoo. Il m'avait téléphoné à quatre heure du matin pour me dire : "J'ai le projet de faire un grand voyage à l'intérieur, oui, un voyage à l'intérieur de nous-même".

    Je lui avais fait remarquer qu'en rêvant, on faisait chaque nuit un voyage à l'intérieur de nous-même, et que ce n'était pas la peine de me réveiller si tôt .

    Je précisais un point important : "Et on rêve rarement à l'extérieur de nous-même. Ou si cela existe, je ne l'ai jamais constaté". Monsieur Moochagoo en convint, mais il persista dans son projet.

    Je lui demandais quand ce serait prêt. Il resta énigmatique : "Ce sera prêt quand ce sera prêt et pas une minute avant." Une réponse logique, mais peu satisfaisante. Il ajouta : "A moins de passer le premier test avec succès, je ne vous prendrai pas comme cobaye".

    J'étais à la fois rassuré ET inquiet. Je posais question : "Avez-vous des cartes détaillées pour ce voyage intérieur ? Ou, à défaut, y aura-t-il un passeur ?"

    Monsieur Moochagoo s'énerva : "Franchement, si vous pouviez arrêter de poser des questions à deux sous !" et cita Sei Shoganon (965-1017) : "Je trouve bien ce que le monde déteste, et mal ce qu'il loue" [Notes de Chevet].

    Je vais rater le premier test, je le sens.

    Belle journée !


    Image : Gori Fujita