-Snake0644's profile"Mister Moochagoo and I"PhotosBlogListsMore ![]() | Help |
Outre-Atlantique - 16 27 septembre 2009 "Vous ne trouvez pas que ça sent très mauvais dans cette voiture ?" En conduisant, Madame Snake s'interrogeait sur l'origine de cette déplaisante impression olfactive. Monsieur Moochagoo et moi avions pris une douche ce matin, comme tous les matins. Je regardais la route et aperçu une carcasse de chien à l'origine de cette puanteur de charogne. Il ne restait plus que la tête et les pattes de devant, une partie des côtes et de la peau. "Vraiment, les corbeaux ne font pas leur boulot !" Madame Snake voyait dans les malheureux corbeaux des auxiliaires naturels et obligés des services de nettoyages de la voie publique. En plein pays Navajo, à des lieux d'un site urbanisé, je doutais qu'on se soucia des chiens écrasés sur les bas-côtés de la route 191 (Arizona). Nous venions d'éviter un cheval somnolant, et une vache placide qui désirait brouter de l'autre côté de la route. Seuls les écureuils, plus rapides, ne représentaient aucun danger. Il y a quelques jours, Madame Snake fût à deux doigts d'écraser un petit lapin assis sur un cattle guard (grille à même la route empêchant le bétail de passer). Il plongea in extremis entre les barreaux. Madame Snake, très sensible à la mort par écrasement des petits lapins, s'en était remise avec difficulté. Les tremblements de l'air sur l'asphalte étaient parfois troublés par des "dust devils", de puissants tourbillons de sable dont il vaut mieux s'éloigner. A un moment un tourbillon invisible fit monter à vingt mètres de hauteur ces plantes en boules, que l'on voit rouler dans les westerns. Un des boules retomba près de la voiture et rebondit au loin. Les rares nuages prenaient des formes étranges, rien que pour énerver Monsieur Moochagoo. Une journée ordinaire. Résumé : Un nuage en forme de vaisseau de Star Trek, voilà qui est troublant. Wild West - 3 (Outre-Atlantique - 15) Monsieur Moochagoo était sur le plancher du saloon en train d'étrangler "Stumpy" Brennan. Celui-ci bleuissait à vue d'oeil. Je m'approchais en évitant une chaise volante, et lui dis : "Ne le tuez pas tout à fait, on va avoir des ennuis avec le sherif d'Albuquerque". Monsieur Moochagoo prit une poêle qui traînait par terre et assomma Stumpy d'un bon coup. Celui-ci recommença à respirer, quoique évanoui. Je vis comme au ralenti arriver une pinte de bière avec sa mousse. Je l'évitais en souplesse et elle atterrit sur Rafael Garcia de Oaxaca, qui s'écroula la tête dans le crachoir en cuivre. Il aurait pu trouver mieux. Franchement, c'est dégoûtant. Nous avions enfin atteint Albuquerque, et Madame Snake avait vendu le chargement de bourbon au meilleur prix. Monsieur Moochagoo et moi étions allés nous laver, parce que soi-disant nous sentions comme des putois. Les gens sont méchants. C'est vrai que l'eau du bain était couleur café. Ce qui m'embêtait le plus, c'est que pendant une semaine j'allais sentir bon, j'ai horreur de ça. Nous étions allés fêter "entre hommes" la fin du voyage, au Tanglefoot. Au troisième verre, Monsieur Moochagoo avait été traité de "pied-tendre" par Wild Bill, un cow-boy de deux mètres de haut (avec les bottes). J'aurais dû l'emmener voir ces dames, car c'est là que la bagarre a commencé et qu'elle s'est généralisée. Wild Bill s'était retrouvé sur la table de poker, et les joueurs, dont Stumpy, s'étaient attaqués à tout le monde. J'avais fais un croche-pied à Stumpy et Monsieur Moochagoo avait commencé à l'étrangler. Rien de tel qu'une bonne bagarre ! Malheureusement on a dû arrêter parce que Madame Snake est entrée avec mon fusil, a tiré un coup dans le plafond, suivie par le Sherif Harley Thorne, l'oeil bleu glacial sous son Stenson. On a fini la nuit derrière les barreaux. Monsieur Moochagoo et Stumpy sont devenus grands copains (il avait gardé une petite flasque de bourbon). Au matin ils se sont quittés en se disant : "A la prochaine bagarre !" Belle bagarre ! Résumé : Un billet en forme de bourrage de crâne. Outre-Atlantique - 14 [Trois jours sans internet] 22 septembre 2OO9 "Vous ne trouvez pas que ce nuage tout en longueur, juste au dessus de nos têtes, a un air bizarre ?" Monsieur Moochagoo me fit lever la tête. Il y avait bien, juste au dessus de nous, un seul nuage dans le ciel, qui devait faire vingt km de long sur un km de large environ. "Non, je ne le trouve pas bizarre, mais je n'ai pas les connaissances d'un météorologue. Je vous vois venir, et je pense que c'est un peu grand pour un OVNI", répondis-je. Monsieur Moochagoo persista : "C'est pourtant bizarre", avec son air mystérieux. Quand il prend son air mystérieux, je n'insiste pas. Nous étions au milieu des vingt-sept paraboles du NRAO Very Large Array, au Centre de Radioastronomie, à l'ouest de Socorro au Nouveau Mexique. Chaque parabole fait vingt-neuf mètre de haut, pour vingt-cinq mètre de diamètre. Ces paraboles se déplacent sur des voies en "Y", sur vingt-deux km. Être aux pieds d'un parabole est des plus fascinant, avec ou sans nuage bizarre.. Madame Snake était très déçue, car elle avait imaginé voir au moins un extraterrestre, "dans le genre de E.T." Je me frappais le front. Bien sûr, j'aurais dû penser à en faire venir un. La radioastronomie a des effets curieux sur le psychisme des gens. En rentrant sur le circuit pédestre réservé aux visiteurs, Monsieur Moochagoo me montra l'ombre d'une parabole : "Regardez, l'ombre de la parabole ne colle pas réellement avec la direction du soleil, vous ne trouvez pas cela curieux ?" Je regardais l'ombre attentivement et lui dis : "Ces paraboles sont énormes, comment voulez-vous estimer au juger, la forme que doit prendre leur ombre ?" Aux toilettes, je me suis retrouvé avec des motards de fort bonne humeur. Ils étaient habillés dans le style "Harley bikers", et sans état d'âme particulier. Ils sont repartis sur leurs motos de type cruiser à grosse cylindrée, ravis de leur visite. Belle journée ! Résumé : Les extra-terrestres ne devraient pas tarder. Wild west - 2 (Outre-Atlantique - 13) Monsieur Moochagoo venait de perdre son vaste chapeau, transpercé par un flèche, et planté dans le bois de notre chariot au dessus nous. Il alla le rechercher, désolé de voir qu'il y avait deux trous. Il marmonna en espagnol : "Que barbaridad !" et cracha au moins à un mètre, un jus jaunâtre. Je lui dis bravo pour le crachas, et je lui conseillais de se coucher vite fait. La chance allait tourner et la prochaine flèche pourrait lui entrer dans l'oeil. Il convint que sa vision en serait diminuée. J'ajoutais : "Sans compter la dépense d'un bandeau !". Nous étions partis de Las Cruces au Nouveau Mexique avec un convoi protégé par des hommes armés, pour aller livrer un chariot de bourbon à Albuquerque. Le long du Camino Real, les attaques apaches sont fréquentes. Ils surgissent des buttes ou "acomilla" de San Acacia, et dépouillent les voyageurs après les avoir occis. L'attaque avait eu lieu vers 16h, et nous avions mis les chariots en rond. Nous nous sommes réfugiés sous le chariot avec des sacs. Madame Snake m'avait encore fauché mon fusil. Je n'avais plus que mon Smith & Wesson "Modèle 3" et une grande pelle pour me protéger le visage. Elle avait fait "dong" plusieurs fois. Monsieur Moochagoo avait ricané : "Vous sonnez le repas, c'est pourtant pas le moment, Madame Snake n'a rien préparé !". Un des chariot était en feu et Madame Snake craignait pour son bourbon. Elle avait déjà abattu trois chevaux et estourbi un jeune indien d'un coup de crosse. Elle l'avait fait repartir en lui disant en apache (elle été élevée par une indienne) : "Je ne tue pas les papooses, retourne dans les jupes de ta mère, salopiot !" Un de nos accompagnateurs Scotty Toller, un ancien sergent, n'ira pas plus loin, avec cette flèche en travers de la gorge. C'est dommage, on avait bien rigolé le soir précédent en buvant du bourbon. Le vieux Glyn McLyntocK ne jouera plus du banjo, il a été piétiné par les mules du charriot en feu. Lui qui n'aimait pas les temps morts lorsqu'on vidait des verres de tord-boyaux, il a été servi. Tout d'un coup, le combat s'est arrêté et un apache, qui semblait être le chef - est venu avec un chiffon blanc. Il voulait discuter avec Madame Snake. J'ai dis "Ouh là, il la connaît pas". Monsieur Moochagoo a répondu : "Le pauvre, une cruelle épreuve", en crachant sur ma botte. J'en ai profité pour la nettoyer avec mon mouchoir. Madame Snake est revenue une heure plus tard, mon fusil sous le bras. Elle a dit sobrement: "On a discuté. On laisse un caisse de piments séchés qu'on devait vendre avec le bourbon. J'ai donné encore un torgnole au jeune papoose, avec la permission de Juh, le chef apache. Et voilà, on repart !" Et on est reparti. Belle journée a dit Monsieur Moochagoo ! Résumé : Des moments sublimes et d'autres plus dépouillés. Outre Atlantique - 12 19 septembre 2009 "L'ombre était nuptiale, auguste et solennelle". Je pensais à ce ver de Victor Hugo ("Booz endormi") en regardant l'autoroute pour Yuma, où il n'y avait aucune ombre pour que pusse vérifier si nous avions réellement atteint les 41°C qui étaient prévus dans le journal "US Today". Entre Casa Grande et Yuma, on franchit 140 miles (225km) de désert. Les camions de vingt deux roues apparaissent longtemps comme des formes fantomatiques, déformées par les plaques de chaleurs. L'autoroute elle-même se reflète et se dédouble dans ces mirages tremblants. De temps à autres des aires de repos désertes et sans aucune "commodité", permettent de se réchauffer en quelques secondes, en sortant de l'air climatisée de la voiture. Ici, on comprend ce que veut dire chaleur excessive. Au passage je recommande aux familles de n'y oublier personne, elles risqueraient de retrouver le membre familial définitivement manquant. Les larmes elles-mêmes se dissoudraient sous la chaleur et l'émotion serait moins convaincante. Après 32 miles (51km), on peut s'arrêter dans l'unique (petite) ville du parcours, où on puisse trouver un restaurant décent. A Gila Bend, il existe un établissement surmonté d'une soucoupe volante kitsh, faisant partie d'un "Space age lodge". L'intérieur du restaurant est illustré de fresques racontant la conquête de la lune, ou encore Star Trek. Les assiettes elles-mêmes sont décorées de soucoupes volantes. Un seul point noir, les plats locaux se trouvent à des distances sidérales d'une cuisine gastronomie. C'est gras, pâteux et sans goût. Il vaut mieux envisager le "Salad bar", composé de crudités. Yuma se situe à la frontière de la Californie et du Mexique, ce qui nous a valu un (léger) contrôle des Borders Patrols. Je me souvenais du "Dernier train pour Gun Hill", avec Antony Quin et Kirk Douglas, de John Sturges (1959), que je préfère à "3h10 pour Yuma" avec Glenn Ford et Van Helfin, de Delmer Dave (1957)*. Hélas je ne retrouvais pas le mythe dans la ville moderne. Il ne passe plus que des trains de marchandises de cent wagons, tirés par quatre locomotives diesels. Belle journée ! * Le film "3h1O pour Yuma" de James Mangold (2008), avec Christian Bale et Russell Crowe, est bien fait, mais le mythe s'est évanoui. Résumé : Yuma, c'est comme un souvenir fugace. ![]() ![]() ![]() ![]() Aire de repos sans commodité, et à 41°C à l'ombre de la poubelle. Wild West ! (Outre-Atlantique - 11) La balle était passée à travers le chapeau de Monsieur Moochagoo. Il cracha un morceau de chique sur le sable en jurant : "Nom de diou, les @#!@@#!!, l'a pas passé loin celle-là !" Nous étions coincés derrière des balles de foins et quelques planches neuves. La bande de pourris dirigée par Slippery Matt* en voulait à notre réserve de bourbon maison à 47°. Nous produisons le seul vrai et unique bourbon "Far West tough men** ". On avait refusé de leur céder 100 bouteilles à un prix jugé trop bas par Madame Snake (elle est la seule a savoir compter). A propos de Madame Snake, c'est elle qui faisait le plus de dégâts. Elle avait coiffé son bonnet à dentelles, réservé aux moments importants, noué son tablier bleu et elle tirait par un fenêtre de la ferme (avec mon fusil, on s'expliquera plus tard), sur les deux frères Kelsey, des parfaits crétins. Elle en avait blessé un à la fesse, et l'autre était réfugié sous le muret du puit. Madame Snake hurla : "Rob Kelsey, ta mère t'as pas foutu assez de torgnoles, j'vas t'en mettre une. Approche pour voir ! Et toi, Dick, tu pourras plus t'asseoir pendant longtemps!" Elle tira à nouveau. Le reste de la bande s'était planqué derrière un charriot. Les mules commençaient à s'agiter dans le coral situé derrière la ferme. Monsieur Moochagoo tirait avec son Smith & Wesson six coups. Il fit sauter le talon de la botte de Slippery Matt. "Beau coup !", dis-je en buvant une rasade de bourbon. Ce fut Madame Snake qui mit fin à la bagarre, en allumant un bâton de dynamite, qu'elle lança sur le chariot derrière lequel était nos adversaires, avec une bordée de jurons effroyables***. Nous avons enterré Slippery Matt près de la rivière avec cette épitaphe : "Ici repose Slippery Matt. Il voulait du bourbon, maintenant il est mort. " Nous avons confié les frères Kelsey à leur redoutable grand mère. Je les plains. Notre réserve de bourbon est sauvée ! "Belle journée !", dit Monsieur Moochagoo en crachant sa chique, et en passant son doigt à travers le trou de son chapeau. * Slippery : Insaisissable ** Tough man : Un dur à cuire *** Impossibles à reproduire ici. Résumé : Avec tout cela, on s'écarte un peu du sujet. Outre-Atlantique - 10 14 septembre 2009 "Je gagne ce que je perds", tel était le principe qui guidait Monsieur Moochagoo. Je n'avais pas bien compris la logique de cette phrase. Je préférais penser à la chanson de Graeme Allwright : "Je perds ou bien je gagne". Il jouait depuis une heure à la roulette dans un des casinos de Mesquite à la frontière du Nevada et de l'Arizona. Il m'avait affirmé : "J'ai une martingale à la laquelle je travaille depuis plus d'un an, ça va marcher, je le sens". Comme je n'étais pas à sa place, je ne sentais rien. Je le lui dis, car je craignais qu'il ne perde des sommes inconsidérées. Il me cita Pierre de Ronsard : "Quand je dors je ne sens rien, Je ne sens ne mal ne bien, Plus que je ne puis me cognoitre, Je ne sçay ce que je suis, Ce je fus, et ne puis Sçavoir ce que je dois estr...", et s'installa à la table de jeu. J'avais parlé il y a quelques mois avec un joueur "pathologique", qui m'avait avoué : "Je me suis aperçu qu'en jouant tous les jours ma martingale de manière prudente, mon espérance de gain mensuelle était de -90 euros." J'avais moi-même perdu 80$ (54€) aux machines à sous, et je n'osais pas regarder ses pertes, que je croyais certaines. Je m'apprêtais à dire à la manière de Proust : "...le jour funeste où nous étions allés dans le petit Casino". " 'Tout joueur hasarde avec certitude pour gagner avec incertitude' *. Vous aviez tort de vous inquiéter", me dit-il, en quittant la table de jeu, "j'ai gagné un dollar". Madame Snake était aussi ravie, elle avait perdu, puis gagné, puis reperdu, puis, au bout du compte, gagné cinq dollars. En craignant que les autres ne perdent, c'est moi qui ai le plus perdu. Belle journée ! Résumé : Monsieur Moochagoo dit avec un clin d'oeil : "Jouer, ça fait un bien fou". * Pascal (Pensées, 1671) ![]() Mesquite, Nevada. Outre-Atlantique - 9 13 septembre 2009 Le jour précédent, j'avais vu cette phrase d'un auteur anonyme :"Creativity is what things could be if things would be as they should be" (La créativité est ce que les choses pourraient être, si les choses étaient comme elles devraient être). Je ne comprenais ni le sens profond de cette phrase, ni si le mot "créativité", était le mot juste à utiliser dans ce contexte. Monsieur Moochagoo qui marchait à mes côtés depuis deux heures dans ce canyon, à 2000m de hauteur, ne m'avait été d'aucune aide. Il m'avait regardé comme on regarde un esprit faible, et avait cité Wittgenstein : "Laisse l'emploi des mots t'enseigner leur signification". Madame Snake souffrait en silence d'un problème de santé bénin qui la forçait à s'asseoir de temps à autre. Mais elle pouvait le faire (I can do it), et nous sommes arrivés en deux heures et demi, à la fin du sentier, aux pieds de parois rocheuses de 500m de haut. Nous étions attendus par un écureuil rondouillet, qui ne nous a pas lâché d'une semelle. Il affectionnait Madame Snake en restant auprès d'elle. C'était une sorte d'écureuil de compagnie, qui a grignoté une barre de céréale. Il est strictement interdit de nourrir les animaux sauvages sous peine d'amende (It is against the law to feed any wild animal). J'ai eu honte, mais l'écureuil m'a dit en langage écureuil : "T'inquiète, il n'y a pas de Rangers par ici". John Maxwell Coetzee a noté qu' "Ecrire nous révèle ce que nous voulions dire au départ. Et même, il arrive que cela construise ce qu'on veut, ce qu'on voulait dire". Je me demande si ce billet révèle ce que je voulais dire au départ. Belle journée ! Résumé : A l'arrivée ils burent un guignolet kirsh. ![]() Ecureuil de compagnie Outre-Atlantique - 8 Voir arriver un car "Divine Transportation" est déjà une surprise en soi. On s'attend à voir sortir du car des êtres surnaturels et divins. J'entendais déjà Bossuet : "Abaissement, humilité, frayeur; voilà la première disposition : la seconde c'est un transport divin, un transport admirable". * Las, nous ne vîmes descendre que vingt cinq français avec un guide (français), qui les fit mettre - en parlant haut et fort - à la queue leu leu et en fermant les yeux, pour avoir la surprise de découvrir un des paysages de Brice Canyon. Monsieur Moochagoo, coiffé d'un large chapeau pour se protéger des ardeurs du soleil (Brice Canyon est à 2800m), avec son sourire sardonique habituel, me confia : "Heureusement, ils ne se sont pas mis à chanter : A... A... A... A la queue leu leu, A... A... A... A la queue leu leu, Tout le monde s'éclate à la queue leu leu.., je crois que j'aurais entonné un cantique du genre :Je sens mon âme consumée, D'un ineffable et saint amour.." Je lui ai dis que je regrettais beaucoup qu'ils n'eussent chanté A... A... A... A la queue leu leu. Nous avons pique-niqué au milieu d'un des plus beau paysage du monde, sculpté par l'érosion durant des dizaines de millions d'années. Nous avons partagé une grande table avec un couple de japonais, qui nous avaient dit : "Odokodo", si j'ai bien entendu. Ce qui pourrait vouloir dire : "y a de la place les potes", ou "je vous en prie". J'aurais dû répondre : Dômo Arigatô Gozaimasu, mais il eut fallu que le susse **. En rentrant, après avoir parcouru la route du parc (30km) et ses merveilles, nous avons dépassé un motard barbu sur une Harley Davidson, dont la grande barbe volait au vent derrière lui. Superbe ! Belle journée Résumé : Un petit écureuil me confia : "Bizarres ces français !" A l'époque j'ai pris cela pour une boutade. * "Troisième sermon pour la fête de la nativité de la Saint Vierge" (1652) ** Madame Snake, en lisant ce billet m'a confié que cela lui rappelait une chanson gaillarde. On n'est vraiment pas aidé, moi je vous le dis. ![]() Paysage découvert par les français du car. Outre-Atlantique - 7 11 septembre 2009 Madame Snake conduisait en dormant profondément depuis un certain temps, lorsque nous aperçûmes un panneau à l'attention des "Drowsy drivers / Fatigued drivers", leur conseillant de prendre la prochaine sortie. Il était temps de réveiller Madame Snake pour faire une petite pose. "On n'est jamais trop prudent", ajouta Monsieur Moochagoo. "Le meilleur moyen d'enlever la fatigue du cerveau de Madame Snake est de lui décalloter le crâne". Monsieur Moochagoo prit dans son sac une petite scie circulaire et mena la petite opération chirurgicale à bien. J'étais admiratif : "Quelle précision dans le geste, bravo !" J'introduisis deux fines électrodes dans un des lobes du cerveau, je reliais le tout à un petit appareil. J'appuyais sur un bouton rouge marqué : "Défatigue rapide". Au bout de quelques instants, Monsieur Moochagoo me prévint : "Cela n'a pas l'air de marcher, les cheveux attachés à la calotte crânienne que nous avons posé là, sont dressés à la verticale. C'est un effet aberrant !" "Tiens, c'est curieux !", répondis-je. Je sentis un coup dans mes côtes, et je m'éveillais. "Y en a qui se la coulent douce pendant que je conduis", disait Madame Snake. "Le parcours dans l'Utah entre Salt Lake City et Cedar City, s'est très bien passé", me dit en arrivant Monsieur Moochagoo. Belle journée ! Résumé : Cette histoire est dotée d'un sens, impression qui se confirme à la relecture. ![]() On aperçoit Madame Snake à droite dans le reflet, et une tâche de café sur mon nez. Outre-Atlantique - 6 Jeudi 10 septembre Pour ôter de ses mains, l'odeur de l'oignon, on peut les frotter avec du jus de citron, mais quand on traverse l'Idaho, derrière un camion rempli d'oignons, que faire pour l'odeur ? Monsieur Moochagoo proposa de presser des citrons. Je suppose qu'il plaisantait. Il venait d'interrompre une interprétation très personnelle de la scène II de l'acte 3, de Phèdre de Jean Racine : "O toi, qui vois la honte où je suis descendue, Implacable Vénus, suis−je assez confondue ? Tu ne saurais plus loin pousser ta cruauté, Ton triomphe est parfait, tous tes traits ont porté. Cruelle, si tu veux une gloire nouvelle, Attaque un ennemi qui te soit plus rebelle..." Madame Snake demanda soudain si quelqu'un avait des problèmes de flatulences. En fait il s'agissait d'épandages de lisiers des deux côtés de l'autoroute, et l'odeur était forte. Monsieur Moochagoo s'inquiéta de savoir si je parlerai de toutes ces odeurs dans un billet, quoique, soupira-t-il, "selon Proust : l'écrivain est une étrange abeille qui tire indifféremment son miel de fleurs et des excréments." Avant des travaux, il fallut ralentir à 65miles/h, car un panneau avertissait : "Zero tolerance speeding". Cela me permit de regarder des files de camions qui transportaient des pales d'éoliennes de 15m de long, vers l'Oregon. Nous avons quitté l'Idaho pour l'Utah, aux accents de Pat Benatar qui chantait "They cry in the dark, so you can't see their tears, They hide in the light, so you can't see their fears" (Hell is for children). Résumé : Finalement je ne peux proposer qu’un point de vue, le mien. ![]() Outre-Atlantique - 5 Boise (600 000 hab pour l'agglomération), est la plus grande ville de l'Idaho, l'état patate (7 millions de tonnes). Nous nous y reposons une journée. Monsieur Moochagoo en profite pour lire un livre de James Frey, "Milles morceaux" (10/18), dont le héros a quelques soucis : "Mes quatre dents de devant ont disparu, j'ai un trou dans la joue, mon nez est cassé, mes yeux sont gonflés et à moitié fermés", et visiter l'Art Museum, avec une exposition sur James Castle (1899-1977), un artiste probablement autiste, qui a dessiné de l'art brut sur tous les supports possibles . Nous sommes allés voir deux films avec Madame Snake : "Julie and Julia" avec Meryl Streep. Un sujet calme et gastronomique. Le deuxième film était "District 9", un film de science fiction, auprès duquel le film "Gamer", très violent, est une bleuette à l'eau de rose. Pour tenir le coup, il faut régulièrement respirer un grand coup et se dire "c'est du cinéma". Comme disent les critiques américains : "a lot of violence and gore". Mais le sujet est extraordinaire et nous fait apparaître, nous terriens, pour ce que nous sommes en réalité, je n'en dirais pas plus. Monsieur Moochagoo avait trouvé un disque qu'il recherchait depuis longtemps : Die linden Lüfte sind erwacht de Franz Schuber. Je crains d'entendre demain dans la voiture : "Die linden Lüfte sind erwacht, sie säuseln und wehen Tag und Nacht, sie schaffen an allen Enden, O frischer Duft, o neuer Klang!...", chanson que Hermann Hesse, dans "Le Jeu des Perles de Verre", associait au parfum âcre du sureau. Belle journée (26°) Résumé : L'Homme est-il bon ? Neill Blomkamp le réalisateur du film District 9 a dit : "Le genre de mon prochain film sera également la science fiction mais cette fois-ci ce sera essentiellement un film d'horreur". Comment va-t-il monter encore d'un degré dans l'horreur, that is the question.. ![]() Image du film "District 9" Outre-Atlantique - 4600km d'autoroute n°84 entre Portland et Ontario dans l'Oregon, un jour de Labor Day, le 7 septembre, cela permet d'admirer les camions géants qui ne s'arrêtent jamais. La police d'état était présente un peu partout, radar en main. Madame Snake ne rigolait pas et restait scrupuleusement à 65miles/h (105km/h). Elle avait déjà eu affaire dans le passé à un shérif de l'Utah, pour un excès de vitesse (92miles/h, au lieu des 50 autorisés). Le shérif qui devait peser 110kg pour 1,95m, tout rouge et indigné, lui avait infligé 120$ d'amende. Monsieur Moochagoo récitait du Corneille ; il en était à la grande tirade du Cid: "Sous moi donc cette troupe s'avance, Et porte sur le front une mâle assurance. Nous partîmes cinq cents ; mais par un prompt renfort, Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port.." La pluie était restée à Portland et le ciel s'est dégagé dès la ville de Hood River, après le Mont Hood toujours enneigé. L'autoroute suit pendant un long moment la Columbia river. Sur les deux rives pullulent les éoliennes. Monsieur Moochagoo en profita pour citer "Don Quichotte" : "Pendant cette belle conversation, don Quichotte et son écuyer découvrirent d’assez loin trente ou quarante moulins à vent, et d’abord que le chevalier les aperçut : La fortune, dit-il, nous guide mieux que nous ne le pourrions souhaiter : ami Sancho, vois-tu cette troupe de démesurés géants ? je prétends les combattre, et leur ôter vie..." Nous nous sommes arrêtés pour déjeuner à Pendleton, la ville des rodéos et des indiens Walla Walla. Monsieur Moochagoo nous expliqua que tílaaki-ma voulait dire femmes, pšwápšwa, pierres et kʼúsi, cheval, "dont l'inverse ergative est kʼúsinɨm", précisa-t-il. Cela ne nous a pas été utile immédiatement, mais je retiens ces trois mots, au cas où. Puis nous avons passé La Grande, Baker City et les Blue Mountains, pour arriver à Ontario, juste à la frontière de l'Idaho. Longue journée. Résumé : Un billet moins philosophique qu'il n'y paraît. ![]() Voiture de collection, 44 miles avant Pendleton Outre-Atlantique - 36 septembre 2009 "...je voyais le ciel zinzolin. La découverte de cette couleur me coupa le souffle: il était réconfortant d'apprendre que la nuit n'était pas noire." Monsieur Moochagoo venait de citer Amélie Nothomb (Métaphysique des tubes), car il avait trouvé que le ciel, la nuit dernière, était zinzolin. Nous étions en train de déjeuner au Shari's restaurant et je pensais que le café n'était "pas trop mauvais". Je regardais mon mug attentivement, non le café n'était pas de couleur zinzolin. Mais je me souvins que la chicha morada du Pérou était zinzolin, naturellement. Nous mangions des breakfasts à trois heures de l'après-midi après avoir "jeté un oeil", suivant l'expression de Madame Snake, dans les 180 boutiques du centre commercial de Woodburn. Monsieur Moochagoo avait enfin trouvé le pyjama "Sponge Bob" dont il rêvait. Moi, j'avais trouvé un jean Tommy Hilfiger, c'est plus snob (à 50$ en solde). A ce sujet, mon moi du passé m'avait adressé de lourds reproches : "Rappelle-toi, quand nous étions au Pérou avec nos sacs à dos, que nous achetions des vêtements pour quelques sols, que nous ne nous lavions pas au dessus de 3000m, que nous mangions du mou avec du riz...là, tu ne faisais pas ton snob". Je traitais mon moi du passé de pseudo hippie zinzolin (pour en rajouter une couche), et il se tût. Mais il reviendra, je le sais. Pendant toute la journée de grosses averses se sont succédées. Belle journée ! Résumé : Snake traite son moi du passé de pseudo hippie zinzolin. On remarquera ici un trait humoristique, doublé d'une fine utilisation d'un paradoxe temporel. ![]() Pyjama Sponge Bob Outre-Atlantique - 2 4 septembre 2009 "La déception, c'est la première chose du voyage, elle arrive à un moment ou à un autre, elle passe par l'euphorie, l'enthousiasme, les lumières du début, et puis elle arrive, voilà on est déçu. Et alors ? Forcément quand on est en bas, ça remonte. On remonte tout doucement, et c'est là que le voyage a lieu : il y a des choses qu'on avait pas vues." Je me pénétrais de ces mots de Raymond Depardon, trouvés dans son livre "Depardon : Voyages" (Hazan), et que j'avais noté dans un petit carnet. J'étais décidé à suivre d'éventuelles traces de déception, tout au long de ce voyage. Après quelques emplettes au centre de Portland, et un déjeuner au restaurant "Rock Bottom", nous étions allés voir "Gamer" au cinéma. Je n'avais pas été déçu par cette heure et demie de combats forcenés et de boyaux sous forme de hachis assez photogéniques, de bouts d'os volants mélangés à des yeux non identifiés. Il y eut même une tête explosée. J'arrête là pour les âmes sensibles. Le thème du film est assez simple : des joueurs en ligne contrôlent le cerveau de condamnés à mort qui doivent s'entretuer. Madame Snake qui aime les films violents a trouvé que c'était trop violent. Je terminais de vomir sous mon fauteuil et lui répondit : "Ah bon, tu trouves ?". Monsieur Moochagoo était allé voir une exposition au musée de Portland, sur "M.C. Escher and Paradox". J'étais déçu de ne pas l'y avoir suivi. Belle journée ! Résumé pour : Les yeux non identifiés, encore un coup des insectes humanoïdes ! ![]() Oregonian beer Outre-Atlantique - 1 3 septembre 2009 "Quand un voyage commence avec une forte odeur de pieds, c'est bon signe", me dit Monsieur Moochagoo. Je ne sais pas d'où il tirait cet adage, mais le wagon du RER B vers l'aéroport de Roissy, où nous étions assis dégageait une bonne odeur de Livaro. Une dame en montant à Gare du Nord, en avait fait tout haut la remarque. Monsieur Moochagoo nous avait rejoint à Chatelet, habillé en Harry Potter et avec sa valise, mais sans balai. Il avait participé à un nuit Harry Potter, intitulée "Nuit des sorciers dans les contrées moldus". Je lui fis remarquer que voyagions outre-Atlantique, que sa tenue Harry Potter serait mal vue au passage de l'immigration, et que, peut-être, il avait passé l'âge de telles excentricités. Il me regarda d'un air sévère : "Ce que vous prenez, à vous entendre, pour une manie dépravée, est au contraire un bon exemple de divertissement. Je me changerai dans l'avion." Une fois dans l'avion pour Dallas, Madame Snake s'est étalée sur trois sièges et Monsieur Moochagoo s'est changé. Il avait maintenant un tee-shirt extravagant, un bermuda vert pomme, des chaussettes oranges et des tennis multicolores. A Dallas, après huit heures de vol, nous n'avions qu'une heure pour passer l'immigration (avec photo obligatoire des empreintes pour les dix doigts), passer à la sécurité (enlevez vos chaussures, votre ceinture, videz vos poches...), et prendre le métro automatique jusqu'à l'aéroport A (depuis le D). Et..miracle, nous sommes arrivés à temps pour quatre heures de vol jusqu'à Portland, Orégon. Une belle journée ! Résumé : Grâce à la porte interdimensionnelle, ils sont partis. ![]() Portland |
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