-Snake0644's profile"Mister Moochagoo and I"PhotosBlogListsMore ![]() | Help |
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"It’s pretty damned magnificent" Dans le film qui passait dans l'avion,
le héros disait à l'héroine : "It’s pretty damned magnificent". Mon
intérêt tomba avec cette phrase, et je retirais mes oreillettes. Je ne pouvais pas dormir comme Monsieur Moochagoo, qui avait fermé les yeux juste après avoir murmuré : "La vie, c'est comme nager dans un océan d'incertitudes". Je n'avais eu le temps de lui demander s'il pratiquait la brasse ou le crawl. Madame Snake somnolait sur trois sièges. J'étais captivé depuis le départ du vol par un homme grand et corpulent, qui était assis sur un siège de la rangée voisine. Il avait réussi à caser son ventre avec difficulté et regardait fixement devant lui. Comme moi, il avait vu le début du film, mais avait coupé le son assez rapidement. , A part le repas, qu'il avait englouti rapidement, il ne faisait rien. Je dormis par intermittence, regrettant de ne pouvoir dormir à plat ventre ou sur le côté gauche. A chaque fois que j'ouvrais un oeil, mon voisin semblait scruter un point invisible. J'eus été incapable, comme lui, de ne rien faire. Les heures ont passé, j'ai fini pas m'intéresser au deuxième film, un comédie assez désolante, qui avait eu un grand succès. Quand on s'ennuie, après avoir lu un livre d'Yves Bonnefoy, "Rome 1630", un film médiocre vaut mieux que rien. Une heure avant l'arrivée, mon voisin chaussa des lunettes avec des verres assez épais et jaunes, et fit ce qu'il savait le mieux faire, regarder fixement devant lui. Cinq minutes avant l'atterrissage, il s'endormit la tête en avant et se réveilla brusquement au moment du choc des roues sur la piste avec l'air de dire : "Où suis-je ?". Lorsqu'il se leva, je m'aperçus qu'il devait faire dans les 1,90m pour 130kg, avec un torse massif et large. Une force de la nature, capable de ne rien faire pendant huit heures trente*. Un beau vol ! * Depuis, j'ai imaginé que c'était un mathématicien qui faisait défiler les équations devant ses yeux, comme certains mathématiciens de haut niveau, qui se couchent et voient défiler les équations sur le plafond de leur chambre. En ce qui me concerne, voir une simple addition me demanderait déjà un effort quasi insurmontable. Résumé : Monsieur Moochagoo avait oublié sa robe de chambre, mais tout ceci est de l'histoire ancienne. Outre-Atlantique - dernier![]() Government Camp 5 octobre 2009 Monsieur Moochagoo se tenait debout, les deux pieds dans la neige, et regardait le Mont Hood, entièrement blanc. Je lui demandais pourquoi il restait les deux pieds dans la neige, alors que la chaussée était sèche et dégagée juste à côté de lui. Il me répondit que la neige blanchissait ses états d'âme et que cela lui faisait du bien. Pour notre dernière journée nous étions venus jusqu'à "Government Camp", aux pieds du Mont Hood (un stratovolcan éteint de 3426m), 60 miles à l'Est de Portland (Orégon). Je lui demandais avec circonspection s'il n'avait pas voulu plutôt dire refroidissait, au lieu de blanchissait. J'eus droit à un regard sévère et une réponse énigmatique : "Excellent ! Voilà qui pourrait se révéler un heureux substitut. Je reste convaincu que la chose la plus importante, c’est la réduction." Je songeais que nous n'étions qu'à 1000m d'altitude, et qu'il ne pouvait avoir l'ivresse des hauteurs. Longtemps les propos de Monsieur Moochagoo m'ont paru très énigmatiques et il en résultait que son esprit ne pouvait être qu’une terra incognita…Maintenant, j'ai évolué, ses propos ne sont plus qu'énigmatiques. Nous sommes redescendus déjeuner entre ZigZag et Rhododendron, deux localités sur la route 26. Le restaurant était tenu par une jeune femme imposante, originaire de Dubrovnik. La cuisine correcte, fut une bonne surprise. Demain réveil à 6h30. Retour à Paris, via Dallas. Belle journée ! Résumé : "Oh, je ne crois pas qu’il faille chercher une logique là-dedans". Outre-Atlantique - 18 3 octobre 2009 ll faut bien rentrer..et retraverser l'Orégon d'Ontario à Portland (600km). Alors qu'il neigeait sur l'autoroute 84 depuis un bon quart d'heure, Monsieur Moochagoo avait "un état d'âme de camembert". Je m'interrogeais sur cette expression. Je lui demandais à tout hasard, si c'était un état d'âme "coulant". Il me répondit : "Vous me connaissez, je suis tout sauf coulant". Il garda le silence, je n'étais pas plus avancé. A l'inverse, je demandais alors : "Alors, un état d'âme pasteurisé ?" "Vous insinuez que mes états d'âme sont carrément insipides ?" dit-il, l'oeil noir. Ouh là, je gardais par devers moi une dernière question sur les états d'âmes de camembert aux asticots. A ce sujet, certains amateurs affirment qu'il faut laisser l'asticot propre en suçant le camembert autour. Je vous laisse le soin d'en apprécier le bien-fondé gastronomique. Mes pieds se refroidissaient. Le thermomètre de la voiture affichait 0°C, au dehors. Il neigeait de plus en plus. Heureusement la neige ne tenait pas, sinon nous aurions eu quelques problèmes. L'actrice Shirley McLaine, bien connue pour ses croyances "New Age", affirme que lorsqu'on a froid, il faut penser à une journée où la chaleur était torride, et on se réchauffe immédiatement. Je pensais fermement à Yuma et à ses 42°C. Mais, à ce moment-là, Madame Snake demanda de monter le chauffage de la voiture. Peste, mon expérience tomba à l'eau. Ce sera pour une autre fois. Une fois quittées les Montagnes Bleues, la neige s'arrêta de tomber brusquement. Au niveau de Pendleton, la route était sèche. Belle journée ! Résumé d'un lecteur américain : " In some ways, about camembert, it leaves me with even more questions" (D'une certaine façon, après la lecture de ce billet, je me pose encore plus de questions sur le camembert). Grosses rafales de neige "mouillée". Après la neige, les éoliennes. On remarquera l'authentique casquette de la Légion Etrangère de Madame Snake, sans laquelle un voyage n'est pas un voyage. Outre-Atlantique - 17 [Un journée sans internet] 30 septembre - 1er Octobre 2009 ![]() Nous étions à Wells au Nord du Nevada, vers dix heures du matin et j'étais songeur. Je n'étais pas songeur devant l'enseigne de McDonald où nous n'avions jamais déjeuné, malgré les demandes pressantes de Madame Snake. Je n'étais pas songeur devant le prix de l'essence : 2.69$ pour 1 gallon d'essence sans plomb (1,90 euros pour 3,785 litres)* ; ce qui reste très inférieur aux prix européens. Enfin je n'étais pas songeur devant le nom de l'entreprise de distribution d'essence : "Love's". J'étais songeur devant cet arbrisseau couvert de glace, alors qu'à peine une dizaine de jours auparavant nous étions à Yuma, avec 42°C de chaleur. A peine deux jours avant nous remontions vers le nord de l'Arizona par un vent très fort qui soulevait au fond de chaque canyon des nuages de poussière et de sable de plusieurs centaines de mètres de hauteur. Quand les bourrasques de sable passent au dessus de la route, la seule solution est de "s'accrocher" au camion qui est devant, et de suivre ses feux arrières. ![]() La photo ne rend pas bien les bourrasques de sable. Et subitement, en passant dans l'Utah, le vent s'était calmé, mais une poche de froid centrée sur le Colorado, avait déposé de la neige au dessus de 2000m sur les montagnes à l'est de l'axe Cedar City - Salt Lake City. La chaleur était revenue en parcourant l'autoroute 80, toute droite sur 100 miles, entre Salt Lake City et Wendover**. Cette autoroute est construite sur le Lac Salé. Le miroitement de la chaussée, se mêle au miroitement des nappes de sel, et seuls les minces bas côtés indiquent la route à suivre. Et, ce 2 octobre au matin, j'étais là, à contempler cet arbrisseau gelé, songeur. Résumé : A cause du froid, Madame Snake ne met plus ses chaussures Croc, mais des baskets. * Au Nouveau Mexique, on trouve l'essence la moins chère : 2,29$ pour 1 gallon. ** A Wendover, il y a des casinos, au milieu littéralement de nulle part. Nous y avons couché. Madame Snake a gagné 60$. Monsieur Moochagoo a essayé une nouvelle martingale qui lui a fait perdre 47$. J'ai surveillé Madame Snake pour qu'elle ne reperde pas ce qu'elle avait gagné. ![]() Autoroute 80. Là aussi la photo ne rend pas du tout les miroitements. Outre-Atlantique - 16 27 septembre 2009 "Vous ne trouvez pas que ça sent très mauvais dans cette voiture ?" En conduisant, Madame Snake s'interrogeait sur l'origine de cette déplaisante impression olfactive. Monsieur Moochagoo et moi avions pris une douche ce matin, comme tous les matins. Je regardais la route et aperçu une carcasse de chien à l'origine de cette puanteur de charogne. Il ne restait plus que la tête et les pattes de devant, une partie des côtes et de la peau. "Vraiment, les corbeaux ne font pas leur boulot !" Madame Snake voyait dans les malheureux corbeaux des auxiliaires naturels et obligés des services de nettoyages de la voie publique. En plein pays Navajo, à des lieux d'un site urbanisé, je doutais qu'on se soucia des chiens écrasés sur les bas-côtés de la route 191 (Arizona). Nous venions d'éviter un cheval somnolant, et une vache placide qui désirait brouter de l'autre côté de la route. Seuls les écureuils, plus rapides, ne représentaient aucun danger. Il y a quelques jours, Madame Snake fût à deux doigts d'écraser un petit lapin assis sur un cattle guard (grille à même la route empêchant le bétail de passer). Il plongea in extremis entre les barreaux. Madame Snake, très sensible à la mort par écrasement des petits lapins, s'en était remise avec difficulté. Les tremblements de l'air sur l'asphalte étaient parfois troublés par des "dust devils", de puissants tourbillons de sable dont il vaut mieux s'éloigner. A un moment un tourbillon invisible fit monter à vingt mètres de hauteur ces plantes en boules, que l'on voit rouler dans les westerns. Un des boules retomba près de la voiture et rebondit au loin. Les rares nuages prenaient des formes étranges, rien que pour énerver Monsieur Moochagoo. Une journée ordinaire. Résumé : Un nuage en forme de vaisseau de Star Trek, voilà qui est troublant. Outre-Atlantique - 10 14 septembre 2009 "Je gagne ce que je perds", tel était le principe qui guidait Monsieur Moochagoo. Je n'avais pas bien compris la logique de cette phrase. Je préférais penser à la chanson de Graeme Allwright : "Je perds ou bien je gagne". Il jouait depuis une heure à la roulette dans un des casinos de Mesquite à la frontière du Nevada et de l'Arizona. Il m'avait affirmé : "J'ai une martingale à la laquelle je travaille depuis plus d'un an, ça va marcher, je le sens". Comme je n'étais pas à sa place, je ne sentais rien. Je le lui dis, car je craignais qu'il ne perde des sommes inconsidérées. Il me cita Pierre de Ronsard : "Quand je dors je ne sens rien, Je ne sens ne mal ne bien, Plus que je ne puis me cognoitre, Je ne sçay ce que je suis, Ce je fus, et ne puis Sçavoir ce que je dois estr...", et s'installa à la table de jeu. J'avais parlé il y a quelques mois avec un joueur "pathologique", qui m'avait avoué : "Je me suis aperçu qu'en jouant tous les jours ma martingale de manière prudente, mon espérance de gain mensuelle était de -90 euros." J'avais moi-même perdu 80$ (54€) aux machines à sous, et je n'osais pas regarder ses pertes, que je croyais certaines. Je m'apprêtais à dire à la manière de Proust : "...le jour funeste où nous étions allés dans le petit Casino". " 'Tout joueur hasarde avec certitude pour gagner avec incertitude' *. Vous aviez tort de vous inquiéter", me dit-il, en quittant la table de jeu, "j'ai gagné un dollar". Madame Snake était aussi ravie, elle avait perdu, puis gagné, puis reperdu, puis, au bout du compte, gagné cinq dollars. En craignant que les autres ne perdent, c'est moi qui ai le plus perdu. Belle journée ! Résumé : Monsieur Moochagoo dit avec un clin d'oeil : "Jouer, ça fait un bien fou". * Pascal (Pensées, 1671) ![]() Mesquite, Nevada. Outre-Atlantique - 9 13 septembre 2009 Le jour précédent, j'avais vu cette phrase d'un auteur anonyme :"Creativity is what things could be if things would be as they should be" (La créativité est ce que les choses pourraient être, si les choses étaient comme elles devraient être). Je ne comprenais ni le sens profond de cette phrase, ni si le mot "créativité", était le mot juste à utiliser dans ce contexte. Monsieur Moochagoo qui marchait à mes côtés depuis deux heures dans ce canyon, à 2000m de hauteur, ne m'avait été d'aucune aide. Il m'avait regardé comme on regarde un esprit faible, et avait cité Wittgenstein : "Laisse l'emploi des mots t'enseigner leur signification". Madame Snake souffrait en silence d'un problème de santé bénin qui la forçait à s'asseoir de temps à autre. Mais elle pouvait le faire (I can do it), et nous sommes arrivés en deux heures et demi, à la fin du sentier, aux pieds de parois rocheuses de 500m de haut. Nous étions attendus par un écureuil rondouillet, qui ne nous a pas lâché d'une semelle. Il affectionnait Madame Snake en restant auprès d'elle. C'était une sorte d'écureuil de compagnie, qui a grignoté une barre de céréale. Il est strictement interdit de nourrir les animaux sauvages sous peine d'amende (It is against the law to feed any wild animal). J'ai eu honte, mais l'écureuil m'a dit en langage écureuil : "T'inquiète, il n'y a pas de Rangers par ici". John Maxwell Coetzee a noté qu' "Ecrire nous révèle ce que nous voulions dire au départ. Et même, il arrive que cela construise ce qu'on veut, ce qu'on voulait dire". Je me demande si ce billet révèle ce que je voulais dire au départ. Belle journée ! Résumé : A l'arrivée ils burent un guignolet kirsh. ![]() Ecureuil de compagnie Outre-Atlantique - 8 Voir arriver un car "Divine Transportation" est déjà une surprise en soi. On s'attend à voir sortir du car des êtres surnaturels et divins. J'entendais déjà Bossuet : "Abaissement, humilité, frayeur; voilà la première disposition : la seconde c'est un transport divin, un transport admirable". * Las, nous ne vîmes descendre que vingt cinq français avec un guide (français), qui les fit mettre - en parlant haut et fort - à la queue leu leu et en fermant les yeux, pour avoir la surprise de découvrir un des paysages de Brice Canyon. Monsieur Moochagoo, coiffé d'un large chapeau pour se protéger des ardeurs du soleil (Brice Canyon est à 2800m), avec son sourire sardonique habituel, me confia : "Heureusement, ils ne se sont pas mis à chanter : A... A... A... A la queue leu leu, A... A... A... A la queue leu leu, Tout le monde s'éclate à la queue leu leu.., je crois que j'aurais entonné un cantique du genre :Je sens mon âme consumée, D'un ineffable et saint amour.." Je lui ai dis que je regrettais beaucoup qu'ils n'eussent chanté A... A... A... A la queue leu leu. Nous avons pique-niqué au milieu d'un des plus beau paysage du monde, sculpté par l'érosion durant des dizaines de millions d'années. Nous avons partagé une grande table avec un couple de japonais, qui nous avaient dit : "Odokodo", si j'ai bien entendu. Ce qui pourrait vouloir dire : "y a de la place les potes", ou "je vous en prie". J'aurais dû répondre : Dômo Arigatô Gozaimasu, mais il eut fallu que le susse **. En rentrant, après avoir parcouru la route du parc (30km) et ses merveilles, nous avons dépassé un motard barbu sur une Harley Davidson, dont la grande barbe volait au vent derrière lui. Superbe ! Belle journée Résumé : Un petit écureuil me confia : "Bizarres ces français !" A l'époque j'ai pris cela pour une boutade. * "Troisième sermon pour la fête de la nativité de la Saint Vierge" (1652) ** Madame Snake, en lisant ce billet m'a confié que cela lui rappelait une chanson gaillarde. On n'est vraiment pas aidé, moi je vous le dis. ![]() Paysage découvert par les français du car. Outre-Atlantique - 7 11 septembre 2009 Madame Snake conduisait en dormant profondément depuis un certain temps, lorsque nous aperçûmes un panneau à l'attention des "Drowsy drivers / Fatigued drivers", leur conseillant de prendre la prochaine sortie. Il était temps de réveiller Madame Snake pour faire une petite pose. "On n'est jamais trop prudent", ajouta Monsieur Moochagoo. "Le meilleur moyen d'enlever la fatigue du cerveau de Madame Snake est de lui décalloter le crâne". Monsieur Moochagoo prit dans son sac une petite scie circulaire et mena la petite opération chirurgicale à bien. J'étais admiratif : "Quelle précision dans le geste, bravo !" J'introduisis deux fines électrodes dans un des lobes du cerveau, je reliais le tout à un petit appareil. J'appuyais sur un bouton rouge marqué : "Défatigue rapide". Au bout de quelques instants, Monsieur Moochagoo me prévint : "Cela n'a pas l'air de marcher, les cheveux attachés à la calotte crânienne que nous avons posé là, sont dressés à la verticale. C'est un effet aberrant !" "Tiens, c'est curieux !", répondis-je. Je sentis un coup dans mes côtes, et je m'éveillais. "Y en a qui se la coulent douce pendant que je conduis", disait Madame Snake. "Le parcours dans l'Utah entre Salt Lake City et Cedar City, s'est très bien passé", me dit en arrivant Monsieur Moochagoo. Belle journée ! Résumé : Cette histoire est dotée d'un sens, impression qui se confirme à la relecture. ![]() On aperçoit Madame Snake à droite dans le reflet, et une tâche de café sur mon nez. Outre-Atlantique - 6 Jeudi 10 septembre Pour ôter de ses mains, l'odeur de l'oignon, on peut les frotter avec du jus de citron, mais quand on traverse l'Idaho, derrière un camion rempli d'oignons, que faire pour l'odeur ? Monsieur Moochagoo proposa de presser des citrons. Je suppose qu'il plaisantait. Il venait d'interrompre une interprétation très personnelle de la scène II de l'acte 3, de Phèdre de Jean Racine : "O toi, qui vois la honte où je suis descendue, Implacable Vénus, suis−je assez confondue ? Tu ne saurais plus loin pousser ta cruauté, Ton triomphe est parfait, tous tes traits ont porté. Cruelle, si tu veux une gloire nouvelle, Attaque un ennemi qui te soit plus rebelle..." Madame Snake demanda soudain si quelqu'un avait des problèmes de flatulences. En fait il s'agissait d'épandages de lisiers des deux côtés de l'autoroute, et l'odeur était forte. Monsieur Moochagoo s'inquiéta de savoir si je parlerai de toutes ces odeurs dans un billet, quoique, soupira-t-il, "selon Proust : l'écrivain est une étrange abeille qui tire indifféremment son miel de fleurs et des excréments." Avant des travaux, il fallut ralentir à 65miles/h, car un panneau avertissait : "Zero tolerance speeding". Cela me permit de regarder des files de camions qui transportaient des pales d'éoliennes de 15m de long, vers l'Oregon. Nous avons quitté l'Idaho pour l'Utah, aux accents de Pat Benatar qui chantait "They cry in the dark, so you can't see their tears, They hide in the light, so you can't see their fears" (Hell is for children). Résumé : Finalement je ne peux proposer qu’un point de vue, le mien. ![]() Outre-Atlantique - 5 Boise (600 000 hab pour l'agglomération), est la plus grande ville de l'Idaho, l'état patate (7 millions de tonnes). Nous nous y reposons une journée. Monsieur Moochagoo en profite pour lire un livre de James Frey, "Milles morceaux" (10/18), dont le héros a quelques soucis : "Mes quatre dents de devant ont disparu, j'ai un trou dans la joue, mon nez est cassé, mes yeux sont gonflés et à moitié fermés", et visiter l'Art Museum, avec une exposition sur James Castle (1899-1977), un artiste probablement autiste, qui a dessiné de l'art brut sur tous les supports possibles . Nous sommes allés voir deux films avec Madame Snake : "Julie and Julia" avec Meryl Streep. Un sujet calme et gastronomique. Le deuxième film était "District 9", un film de science fiction, auprès duquel le film "Gamer", très violent, est une bleuette à l'eau de rose. Pour tenir le coup, il faut régulièrement respirer un grand coup et se dire "c'est du cinéma". Comme disent les critiques américains : "a lot of violence and gore". Mais le sujet est extraordinaire et nous fait apparaître, nous terriens, pour ce que nous sommes en réalité, je n'en dirais pas plus. Monsieur Moochagoo avait trouvé un disque qu'il recherchait depuis longtemps : Die linden Lüfte sind erwacht de Franz Schuber. Je crains d'entendre demain dans la voiture : "Die linden Lüfte sind erwacht, sie säuseln und wehen Tag und Nacht, sie schaffen an allen Enden, O frischer Duft, o neuer Klang!...", chanson que Hermann Hesse, dans "Le Jeu des Perles de Verre", associait au parfum âcre du sureau. Belle journée (26°) Résumé : L'Homme est-il bon ? Neill Blomkamp le réalisateur du film District 9 a dit : "Le genre de mon prochain film sera également la science fiction mais cette fois-ci ce sera essentiellement un film d'horreur". Comment va-t-il monter encore d'un degré dans l'horreur, that is the question.. ![]() Image du film "District 9" Outre-Atlantique - 4600km d'autoroute n°84 entre Portland et Ontario dans l'Oregon, un jour de Labor Day, le 7 septembre, cela permet d'admirer les camions géants qui ne s'arrêtent jamais. La police d'état était présente un peu partout, radar en main. Madame Snake ne rigolait pas et restait scrupuleusement à 65miles/h (105km/h). Elle avait déjà eu affaire dans le passé à un shérif de l'Utah, pour un excès de vitesse (92miles/h, au lieu des 50 autorisés). Le shérif qui devait peser 110kg pour 1,95m, tout rouge et indigné, lui avait infligé 120$ d'amende. Monsieur Moochagoo récitait du Corneille ; il en était à la grande tirade du Cid: "Sous moi donc cette troupe s'avance, Et porte sur le front une mâle assurance. Nous partîmes cinq cents ; mais par un prompt renfort, Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port.." La pluie était restée à Portland et le ciel s'est dégagé dès la ville de Hood River, après le Mont Hood toujours enneigé. L'autoroute suit pendant un long moment la Columbia river. Sur les deux rives pullulent les éoliennes. Monsieur Moochagoo en profita pour citer "Don Quichotte" : "Pendant cette belle conversation, don Quichotte et son écuyer découvrirent d’assez loin trente ou quarante moulins à vent, et d’abord que le chevalier les aperçut : La fortune, dit-il, nous guide mieux que nous ne le pourrions souhaiter : ami Sancho, vois-tu cette troupe de démesurés géants ? je prétends les combattre, et leur ôter vie..." Nous nous sommes arrêtés pour déjeuner à Pendleton, la ville des rodéos et des indiens Walla Walla. Monsieur Moochagoo nous expliqua que tílaaki-ma voulait dire femmes, pšwápšwa, pierres et kʼúsi, cheval, "dont l'inverse ergative est kʼúsinɨm", précisa-t-il. Cela ne nous a pas été utile immédiatement, mais je retiens ces trois mots, au cas où. Puis nous avons passé La Grande, Baker City et les Blue Mountains, pour arriver à Ontario, juste à la frontière de l'Idaho. Longue journée. Résumé : Un billet moins philosophique qu'il n'y paraît. ![]() Voiture de collection, 44 miles avant Pendleton Outre-Atlantique - 36 septembre 2009 "...je voyais le ciel zinzolin. La découverte de cette couleur me coupa le souffle: il était réconfortant d'apprendre que la nuit n'était pas noire." Monsieur Moochagoo venait de citer Amélie Nothomb (Métaphysique des tubes), car il avait trouvé que le ciel, la nuit dernière, était zinzolin. Nous étions en train de déjeuner au Shari's restaurant et je pensais que le café n'était "pas trop mauvais". Je regardais mon mug attentivement, non le café n'était pas de couleur zinzolin. Mais je me souvins que la chicha morada du Pérou était zinzolin, naturellement. Nous mangions des breakfasts à trois heures de l'après-midi après avoir "jeté un oeil", suivant l'expression de Madame Snake, dans les 180 boutiques du centre commercial de Woodburn. Monsieur Moochagoo avait enfin trouvé le pyjama "Sponge Bob" dont il rêvait. Moi, j'avais trouvé un jean Tommy Hilfiger, c'est plus snob (à 50$ en solde). A ce sujet, mon moi du passé m'avait adressé de lourds reproches : "Rappelle-toi, quand nous étions au Pérou avec nos sacs à dos, que nous achetions des vêtements pour quelques sols, que nous ne nous lavions pas au dessus de 3000m, que nous mangions du mou avec du riz...là, tu ne faisais pas ton snob". Je traitais mon moi du passé de pseudo hippie zinzolin (pour en rajouter une couche), et il se tût. Mais il reviendra, je le sais. Pendant toute la journée de grosses averses se sont succédées. Belle journée ! Résumé : Snake traite son moi du passé de pseudo hippie zinzolin. On remarquera ici un trait humoristique, doublé d'une fine utilisation d'un paradoxe temporel. ![]() Pyjama Sponge Bob Ponte dei SospiriParfois je réfléchis à cette histoire amazonienne. Il me semble maintenant que tout cela est le fruit de mon imagination. Seul un vieil indien, Monsieur Moochagoo et moi connaissons la vérité. Voici un extrait de mon journal. Jour 1 : Nous venons d'arriver à Manaus. La première chose que j'entends sont les cloches de l'Igreja da Matriz. Je suis épuisé par notre voyage mouvementé depuis Paris. Je retire du pus de mon pouce gauche. J'ai au moins 39° de fièvre.
Jour 2 : A
trois heures du matin nous quittons Manaus en 4x4, en direction de Frente Sul. Après, il nous faut
continuer en bateau jusqu’à La Piedra. La nuit, malgré les
moustiquaires, c'est l'enfer. Je viens d'écraser une sorte de
scolopendre. L'odeur fétide qui s'en dégage me soulève le coeur. Je
dors avec mon revolver, car je me méfie de tout. Il me semble qu'avec
la fièvre, j'ai des crises paranoïaques de plus en plus fréquentes.
Jour 3: Nous suivons le
fleuve Cauburis jusqu'à la Boca do Tucano. Là nous prenons notre sac à
dos et continuons vers Bebedouro Velho. Notre guide est un vieil homme,
d'origine indienne. J'en viens parfois à regretter le métro parisien,
les rues et même les feux rouges ! J'ai mis des asticots dans la plaie
de mon pouce. Ils mangent efficacement le pus. Ma fièvre baisse.
Jour 4: Après un petit déjeuner de cafards grillés et de choses indéterminées,
nous poursuivons notre chemin vers le point "bleu". Ce point "bleu"
dont Monsieur Moochagoo a dit : "Nous n'aurions jamais dû voir cela, et maintenant, nous sommes obligés d'y aller". Jour 5: Nous mangeons nos dernières provisions. Au bout de sept heures, nous arrivons devant une porte - une porte sans rien autour, recouverte de végétation. Le vieil homme dit : "C'est là", et il s'en va. Monsieur Moochagoo sort un petit carnet en cuir et manipule une serrure qui doit bien dater des Conquistadors. Au bout d'une heure, alors que la nuit tombe très vite, la porte s'ouvre. J'entends un bruit de sirène lointain, nous passons la porte et nous retrouvons sur le Ponte dei Sospiri au-dessus du Rio de Palazzo o de Canonica. J'entends Monsieur Moochagoo dire : "Une sorte de raccourci". Je me retourne, la porte de l'Amazonie a disparu. Nous voilà à Venise ! NB : Texte composé pour un exercice, proposé par Brindille [J'ai échoué sur le nombre de lignes] : "Je voudrais m'imaginer des histoires passées" / contraintes: pont des soupirs, sirène, les cloches d'une église, feu rouge, forêt amazonienne, un viel homme, un révolver, une couleur. 15 lignes. ![]() Marcel Proust est-il encore vivant ?A trois heures du matin, il faisait très froid sur cette terrasse où Monsieur Moochagoo m'avait convié pour participer à son nouveau projet - la voyance - qui ne pouvait "s'exercer que la nuit". "Mais non, la température est plutôt clémente, je trouve même qu'il fait chaud pour la saison", m'avait-il expliqué. Il était habillé avec un costume ressemblant au costume de mamamouchi du bourgeois gentilhomme de Molière. Devant lui, il avait posé une boule de cristal, et lisait des formules magiques sur un livre éthiopien du XVIIème siècle. J'étais emmitouflé dans deux couvertures, à demi couché sur un transat, et lisait le "Libé des livres" du 26 mars. Sur la dernière page, Brétécher affirmait : "Si j'avais une idée, là, maintenant, je crois que je m'assiérai dessus. Je la noterais peut-être, et encore..Une idée, il faut la démarrer dès qu'elle arrive, sinon elle moisit." J'étais en train de me dire...quand soudain, sur le terrain de trois hectares en pente douce devant nous, au milieu des mauvaises herbes, se posa un objet triangulaire noir d'à peu près cent mètres de long. Je sentis mes cheveux se dresser sur ma tête, et tentais de prévenir Monsieur Moochagoo penché sur sa boule de cristal. Aucun son ne sortit de ma bouche. J'étais paralysé, et pensais à la phrase de Jacques Brou, qui illustrait parfaitement le moment présent : "Je continue à être moi-même en mon absence". Un silhouette se matérialisa près de moi et j'entendis - dans ma tête ? - ces mots : "Marcel Proust est-il encore vivant ?" Je pus répondre à mon grand étonnement : "Je crains qu'il ne soit mort en 1922, c'est à dire depuis 87 ans environ. Nous sommes en 2009". Je sentis quelque chose qui ressemblait à de la tristesse, puis à une pointe d'humour. J'entendis à nouveau : "Alors je suis vraiment A la recherche du temps perdu." La voix intérieure poursuivit : "Dans La fugitive, Marcel a dit ces mots admirables : 'L'homme est cet être sans âge fixe, cet être qui a la faculté de redevenir en quelques secondes de beaucoup d'année plus jeune, et qui, entouré des parois du temps où il a vécu, y flotte, mais comme dans un bassin dont le niveau changerait constamment et le mettrait à portée tantôt d'une époque, tantôt d'un autre'. Y aurait-il une chance que Marcel Proust, même mort, se "mette à la portée" de l'époque actuelle ?" "Je suis désolé, mais nous n'avons plus revu Marcel Proust, depuis cette journée fatale du 18 novembre 1922. Je pense qu'il évoquait le monde du souvenir, c'est à dire du passé." Ma réponse était plutôt tarte, mais je ne rencontre pas d'extraterrestres (?) tous les jours. Je ressentis un autre instant de tristesse, puis il cita à nouveau Proust : "..Il ne reste plus autour de leurs tombes mêmes que la beauté de la nature, le silence et la pureté de l'air". Il me posa une ultime question : "Quel est cet animal de compagnie qui est auprès de vous ?" Confus, je répondis que c'était Monsieur Moochagoo, non un animal de compagnie. La silhouette disparut et le triangle se dématérialisa. Monsieur Moochagoo me dit alors : "Eh bien, la voyance, je vous le confirme, ça ne marche pas ! Allons nous coucher !" Etrange nuit ! NB : Texte composé pour un exercice, proposé par Brindille : "Il fait chaud, vous ne trouvez pas le sommeil...Installé(e) sur la balancelle de votre terrasse, vous regardez les étoiles. Une d'elles brille intensément et retient votre attention.Cette dernière grossit soudain et semble se "décrocher" du ciel, se rapprochant à la vitesse grand 'V" (éh éh, clin de noeil) du sol...Et vous voilà avec une soucoupe volante dans votre jardin. Vous vous frottez les mirettes éblouies, (mais non vous ne rêvez pas). Un être "différent" s'approche et s'asseoit près de vous. 'une voix saccadée mais dans un français parfait (accent circonflèxe compris) il vous dit qu'il a 3 questions à vous poser. Naturellement, vous répondez." Jersey, Sunday, october 26Il pleuvait pour visiter le Château de Mont Orgueil à Jersey, au dessus du port de Gouray. Les allemands ont eu le bon goût (ou l'astuce), d'y construire des fortifications supplémentaires invisibles. Il pleuvait vraiment beaucoup.
Monsieur Moochagoo m'avait précisé avant de prendre l'autobus qu'un tel temps pouvait "engendrer des états d'âme dangereux". Il avait ajouté : "L'insoutenable silence de la pluie peut parvenir à bout des meilleures résolutions. Il faut remplir toutes les cases de la journée avec des couleurs chaudes, dans l'espoir de détacher l'esprit du corps humide".
J'attendais un apparté soufiste, mais il ne vint pas. Nous étions entre les murs de la forteresse, et une bande de gamins anglais jouaient à Harry Potter dans le labyrinthe des escalier et des pièces. Il faisait froid et humide et on ne voyait pas grand chose.
J'avais perdu toute espérance au sujet d'un rayon de soleil, seule la voie express vers la pluie était ouverte. On ne pouvait même pas faire le mur vers le beau temps, les remparts étaient trop hauts.
J'essayais néanmoins d'agacer Monsieur Moochagoo : "Pour les états d'âme dangereux, j'espère que je bénéficie d'un sursis. En revanche la pluie devrait vous donner l'idée de méditer sur l'infini."
Monsieur Moochagoo ne se laissa pas démonter, et répondit par un proverbe soufiste : "L'optimisme vient de Dieu, le pessimisme est dans le cerveau de l'homme". Ouf ! je le retrouvais.
Journée humide !
NB Le lendemain nous sommes repartis à Paris en avion "low cost", en faisant Jersey-Guernsey (20 minutes), puis Guernsey-Birmingham (1h30) et enfin Birmingham-Paris (1h15). Un vol très direct et écologique.
Jersey, Saturday, october 25Une dame était en train de dire à son chien : "It must be at least 3 o'clock" (Il doit être au moins 3 heures). Le chien n'a pas répondu ; s'il avait su qu'on lui poserait cette question, il aurait amené sa montre gousset. Personnellement j'aurais trouvé bizarre qu'il en amena une. Mais Tante Germaine m'avait prévenu : "L'Angleterre, c'est un pays où tout est possible !"
Non loin de St Peter, il existe un réservoir d'eau dont on fait le tour en un heure avec des dénivelés particulièrement rudes. Les dénivelés n'empêche pas les dames anglaises de promener leurs chiens et leurs enfants. Il y a également quelques messieurs, dont un - il venait de nous croiser avec un chien de chasse - disait à son voisin : "I dare that Marcus will accept" (Il est probable que Marcus acceptera). Si Marcus etait le nom du chien, cette remarque devenait éminement souhaitable dans l'esprit du maître. Le voisin répondit : "He may not be understanding you correctly" (Il se peut qu'il ne vous comprenne pas correctement).
"She was offered a bunch of flowers when she arrived at the station". Monsieur Moochagoo tout en marchant, lisait dans le Jersey Evening Post, que la Reine Elisabeth II avait reçu des fleurs en arrivant à une gare dans le nord de l'Angleterre. C'était la plus importante nouvelle du journal en dehors de celles sur la situation financière internationale. Je répondis : "C'est fou de voir que destin de la Reine a convergé inexorablement avec celui des personnes qui l'accueillaient. "
Monsieur Moochagoo m'a expliqué que le journal voulait sans doute nous informer sur "les tribulations de la Reine face aux méfaits de la crise mondiale, mais chacun doit trouver son chemin et évoluer à son rythme." Nous avons terminé la journée au pub en buvant une bière Mary Ann Special au goût léger de caramel, pendant que Madame Snake buvait de la sparkling water.
Belle Journée !
Jersey, Friday, October 24"Je suis la plaie et le couteau ! Je suis le soufflet et la joue ! Je suis les membres et la roue, Et la victime et le bourreau !" Monsieur Moochagoo déclamait le poème "L'héautontimorouménos" de Baudelaire. Cela ne troublait pas les dames anglaises qui promenaient leur chien sur la longue plage (6 km), qui va de St Aubin à St Hélier. C'est une plage de sable fin, bordée par un quai promenade en granit, d'où émergent quelques traces de bunkers allemands *
Le seuls obstacles sur cette immense plage sont des sortes de petits cours d'eau qui traversent le sables et sont infranchissables. Il faut revenir de temps à autre sur le quai et en profiter pour boire une "nice cup of tea" dans une des cabanes en bois, où on se croirait revenu dans les années 50. Madame Snake buvait son thé en surveillant d'éventuels "gargouillons" dans son système digestif. Le gargouillon est un être vindicatif, et seule une oreille attentive permet de veiller aux aléas de ses déplacements.
Monsieur Moochagoo avait abandonné Baudelaire pour me lire un vers apparement énigmatique du poète soufi Hallâj (857-922), qui mourut en martyr : "J'ai vu mon Seigneur par l'oeil du Coeur. Je dis : 'Qui est tu ?'. Il répondit : 'Toi' " J'avais beau boire du thé, mon esprit demeurait à l'état d'ébauche rudimentaire. Je m'en ouvrais à Monsieur Moochagoo qui répondit que mon esprit était peut-être une ébauche rudimentaire antérieure.
Là, je pense qu'il se moquait, mais je pris soudain conscience qu'il y avait le long de la promenade en granit un tuyau jaune d'environ 1 km, qui n'était raccordé à rien ni au début, ni à la fin. Sans vraiment y réfléchir je dis alors : "Le soufisme ressemble à ce tuyau, seulement placé là pour laisser passer des flux et des reflux entre l'intérieur et l'extérieur".
J'eu droit à un regard perçant, suivi d'un : "Vous m'étonnerez toujours !".
Belle journée !
* Jersey fut occupée par les allemands de 1940 à 1945 Jersey, Thursday, October 23Le bus avançait lentement vers Rozel Bay, au nord est de l'île, sur de toutes petites routes. Madame Snake était restée sous sa couette, en raison des caprices de son estomac et d'autres détails sur lesquels nous resterons discret. Elle avait passé vingt-neuf jours dans les déserts de l'Arizona et du Nouveau Mexique sans aucun problème digestif, et après deux jours de repas anglais, elle était restée sur le flanc. Perfide Albion !
Les remèdes magiques de la logeuse, "a nice cup of tea and two grilled toasts", n'avaient pas eu l'effet désiré. Les fantômes anglais de la vieille maison de marin (plus de 150 ans), où nous logions , allaient veiller sur Madame Snake.
Monsieur Moochagoo s'adonnait pleinement aux plaisirs de l'étude du soufisme, et me fit partager un commentaire de texte : "M'étant laissé moi-même dehors, je suis entré et n'ai trouvé que moi-même." *
J'étais entièrement d'accord avec ce commentaire, à chaque fois que je crois me quitter, "Allez, au revoir, je te laisse, on s'est assez vu !", je m'en vais au loin, et je me retrouve in petto. Damned ! Pour rester toute une vie avec soi-même, il faut avoir confiance en soi, mais parfois je doute de moi.
Arrivés au minuscule port de Rozel, nous avons acheté dans une boutique en bois, deux sandwiches au crabes et une boisson. Puis nous sommes montés sur la lande au dessus du port, par un sentier de randonnée.
A Jersey les sentiers sont parsemés de nombreux bancs, où une petite plaque fait référence à un être aimé. Nous étions assis et avions dans le dos cette phrase : "A la mémoire du bien aimé A.H. qui dans la dernière partie de sa vie a aimé passionnément la mer", ce qui tombait bien, car nous étions face à la mer, parmi les ajoncs, les mouettes, les arbres torturés et quelques couples anglais silencieux venus sentir le bise fraîche. "Les anglais résistent fort bien au froid et à la pluie, ils sont nés comme ça", m'a averti Tante Germaine.
Nous avons attendu le bus au pub, en buvant une pinte de bière Mary Ann, à la santé de Madame Snake. Le soir, celle-ci a mangé du riz au lait avec du Coca-Cola, offerts par la logeuse. Elle avait meilleure mine et elle a mieux dormi.
Belle journée (sans pluie !)
* "Qu'est-ce que le soufisme ?", Martin Lings, Ed. du Seuil
Jersey, Wednesday, October 22Monsieur Moochagoo était sur la Grève de St Clément et regardait à la jumelle La Grand' Froutchie qui est un des "rotchièrs", dangereux pour les marins, entre la Baie de Grouville et la Grève d'Azette au sud-est de Jersey.
Je lui demandais : "Pourquoi spécialement La Grand' Froutchie ?", il me répondit : "Je préfère ces rotchièrs à ceux de La Conchiée". J'avoue que je n'y avais pas pensé, et même maintenant, je me demande encore pourquoi. Tante Germaine aurait eu ce commentaire peu amène : "La déchéance n’est pas loin". Dieu merci, elle est en Floride pour s'initier au surf "avec Jason, un jeune homme très bien".
Une forte pluie nous a forcé à reprendre le bus pour la digue de Ste Catherine's Bay, qui fait 400m de long. C'est un endroit totalement isolé et hors du monde fréquenté par quelques pêcheurs à la ligne et de vieilles anglaises. Quand nous sommes arrivés, il a fait beau pendant une heure. Une dame qui promenait son chien, un charmant West Highlander Terrier, a parlé de "surprising good weather !" [un beau temps surprenant !].
Monsieur Moochagoo a répondu par un trait d'humour : "It hasn't rained a drop for months!" [Il n'est pas tombé une goutte depuis des mois], en gratouillant la tête du Highlander. Entre le temps qu'il fait, les qualités des chiens Highlander et les "wonderful roses" du Howard Davies Park, Monsieur Moochagoo était en train de se transformer en vrai gentleman anglais. Nous avons eu largement le temps avec Madame Snake, d'aller faire un tour au bout de la jetée.
Je note que l'atmosphère anglaise a des effets favorables sur le caractère de monsieur Moochagoo.
En rentrant, nous sommes allés au pub, histoire de goûter aux cidres et aux bières locales fabriquées par Jersey & Tipsy Toad, et Randalls.
Belle journée !
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