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Les Etelois

Est-ce raisonnable ?

"Si la tartine tombe du côté non beurré, vous avez beurré le mauvais côté."

Psittacus

 
un compteur pour votre site 08-06
 
"Voce ut loquatur psittacus coturnicis". 
"On n'attendrait pas d'un perroquet qu'il parlât avec la voix d'une caille".
 
"Quod pectus, quod crura tibi, quod bracchia vellis,
Quod cincta est brevibus mentula tonsa pilis,
Hoc praestas, Labiene, tuae - qui nescit? - amicae.
Cui praestas, culum quod, Labiene, pilas ?
(Non traduisible en l'état car plutôt leste, mais amusant)
 
Martial, Épigrammes, livre X, II ème siècle ap. J.C.

caille_peinte_jgke_0g

perroquets 

Meubler les instants

 
J'étais dans le RER B. Des incidents techniques me laissaient tout loisir d'admirer ma vis à vis. Elle avait une tête qui se rapprochait des canons de  la statuaire grecque. Elle n'était pas belle selon les critères actuels - on préfère maintenant les jeunes filles avec un teint chlorotique et filiformes, comme dans les défilés de mode - mais elle retenait mon attention. 
 
Je récupérais toutefois mon attention pour descendre du RER à la station Croix de Berny. Elle opposa quelque résistance, mais je lui fis comprendre que c'était terminé, et qu'une attention polie se détache de bonne grâce de son objet, aussi intéressant qu'il fut.
 
Monsieur Moochagoo me demanda pourquoi je faisais de telles comparaisons durant un trajet en métro. Trouver dans le visage d'un jeune fille, les indices d'un style de beauté hellénisante archaïque ou classique, n'était pas résolument moderne.
 
Je répondis que, in fine, c'était histoire de meubler les instants. Ma voisine eût-elle eu une voix de soprano crémeuse, j'eusse fait des comparaisons avec l'opéra et le monde lyrique. Eût-elle été un esprit criminel, j'eusse pris mes jambes à mon cou (ou mes cliques et mes claques, comme on voudra),  sous prétexte d'un match de foot à la télé.
 
Je continuais : "Vous avez remarqué que pour meubler les instants, c'est un peu comme se décider pour un décor à la chaux, entre badigeons, stucs, enduits, moulures ou moucharabiehs, en cherchant un point d'équilibre entre souplesse, dureté, finesse et solidité."
 
Monsieur Moochagoo se bidonnait (sournoisement) : "Si nous parlions plutôt des rites du culte Hauka dans la région du Niger, un peu similaires au culte Voodoo "
 
Je lui fis remarquer que dans Voodoo, il y avait deux fois "oo", comme dans Moochagoo. Là, Monsieur Moochagoo ne se bidonnait plus : "Il y a des choses avec lequelles on ne plaisante pas."
 
Belle journée !
 
athenaAthena Lemnia

J'ai attrapé une tristesse

 
"C'est ainsi que je me sens, mort et enveloppé de fils de fer barbelés qui représentent mon passé, et derrière la barrière de mon futur...d'ailleurs le présent existe-il vraiment ?" * Je sentis que Monsieur Axel S., avec qui je correspond par messages sur un site de photos, n'avait pas le moral. Je n'aurais jamais dû lui montrer cette photo :
 
DSC_0800
 
C'était pourtant une innocente photo d'une clôture, noyée dans la végétation de la vallée de Chevreuse, et totalement cassée. Je l'avais prise pour les textures du bois et une certaine "atmosphère", rien de triste au départ. 
 
Monsieur Axel avait ajouté : "J'ai besoin de faire des calins aux arbres" **. La tristesse sourdait de cette phrase avec une telle force que j'avais l'impression de la voir sortir de l'écran pour pénétrer dans mon esprit.
 
Vous avez remarqué que les phrases tristes, grâce à la lecture, pénètrent dans notre esprit, comme un virus malveillant qu'il faut extirper. Je me vois au lit, sous ma couverture, disant : "J'ai attrapé une tristesse en lisant des phrases, il faut que je me soigne". Le problème avec la lecture, c'est que les mots pénètrent intacts - les mots ne pourissent pas, selon René Char - et répandent ce dont ils sont porteurs.
 
J'en parlais à Monsieur Moochagoo : "J'ai lu une phrase et j'ai attrapé une tristesse. Comment s'en débarrasser ?"
 
Monsieur Moochagoo me regarda en silence un long moment. Je n'osais rien dire. Il me cita René Char : .."Congé à vous, mes alliés, mes violents, mes indices. Tout vous entraîne, tristesse obséquieuse. J'aime." Il continua : "C’est bizarre mais intéressant cette tristesse qui se promène !…Vous devez dérider l'atmosphère, ou alors vous vous trempez dans une baignoire remplie de glaçons". 
 
J'ai un léger doute pour la baignoire, c'est sans doute pour me faire rigoler.
 
Belle journée !
 
* that's how I feel, dead and wrapped in barbed wires of my past, behind a fence of my future... and present, does it really exist?

** I need to hug trees
 

Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée

 
Nous étions aux Jardins du Luxembourg vers 13h, les doigts de pieds en éventail, le long de la Fontaine Médicis. Je lisais "The New York Times", et en particulier un article sur "The Future of Oil". On en apprend de belles : le pétrole risque de monter. Je n'en revenais pas. 
 
A gauche, une touriste épuisée, faisait un petit somme, en tenant fermement de la main gauche un plan de Paris et un guide. Manifestement elle était bonne vivante, et son ventre se soulevait au rythme de ses ronflements.
 
A ma droite Monsieur Moochagoo me commentait "Le raisonnement de l'ours", un livre de philosophie de Vincent Descombes. Il me disait : "Ah, c'est très vrai, je lis : Un impératif positif ("Ferme la porte !"), présuppose que la porte soit ouverte." Cela me fit penser à la pièce d'Alfred de Musset : "Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée, Mademoiselle Mimi Pinson".
 
Il continuait sur les portes : "Une porte qui ferme bien n'est pas forcément une porte qui est fermée, et ce n'est pas non plus une porte qui doit être fermée."
 
A tout hasard, troublé  par les ronflements crescendo de la touriste, je répondis : "J'entends bien". J'eu droit à un regard suspicieux. Le regard suspicieux me fait toujours mal quand je suis dans ma période angélique. Ce jour-là je voulais du bien à tout le monde. Vouloir du bien n'est pas trop onéreux, et c'est sentiment très positif recommandé par les revues de psychologie à la mode.
 
Monsieur Moochagoo m'infligea des explications complémentaires, et il en arriva à un point fort important : "Maintenant est-il bon que la porte soit fermée ? Pour comprendre ce qui est demandé, il convient de préciser à quel égard et à quel point de vue. D'où la nécessité d'introduire une finalité, une raison de tenir la porte fermée." 
 
C'est vrai que fermer une porte sans raison, ce n'est pas raisonnable si je puis m'exprimer ainsi.
 
Monsieur Moochagoo triomphait : "Bon, voilà l'essentiel, maintenant la porte est fermée. Je lis toujours : Dois-je chercher une autre façon de quitter la pièce pour éviter d'ouvrir la porte ?..."
 
Les profondeurs dialectiques de cette argumentation philosophique me posaient des problèmes. Car, à ma gauche la touriste ronflait toujours, et derrière nous un orchestre d'une centaine de jeunes commençait à répéter ses flonflons, ce qui provoquait un brouhaha musical grandissant. La qualité de l'ouvrage de Vincent Descombes n'était pas en cause, c'était mon attention qui était déficiente. J'avais envie de (pauvrement) paraphraser l'auteur : Un impératif positif ("Comprendre"), présuppose qu'on soit attentif.
 
Belle journée ! 
 
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Sentiment bizarre

 
"Avec ces papiers de différentes couleurs, je vais faire des cerfs-volants. Sur ces cerfs-volants, j'écrirais des phrases dont certains mots ont été enlevés. Parallèlement, pour tenter de combler les vides de phrases inachevées ou incomplètes, on trouvera des typographies incongrues. Les phrases s'inspireront des énigmes de Sherlock Holmes avec une pincée de Madame de Sévigné. 
J'ai trouvé une vieille machine à écrire, j'y ai ajouté, caché à l'intérieur, un ordinateur, et celui-ci, grâce à un programme ad-hoc, prépare les phrases cerfs-volantes, avec une typographie à l'ancienne. Mais attention, le programme ne fait pas n’importe quoi, il est très scrupuleux."
 
Nous étions dans le RER A, entre Chatou-Croissy et La Défense, il faisait très chaud, et Monsieur Moochagoo m'exposait son dernier projet qui était "tout un travail de perfectionnement", le programme "ne devant absolument pas devenir un automatisme".
 
Il y avait en prime, un vacarme épouvantable. Un chanteur, d'un voix trop forte, interprétait une chanson en s'aidant d'une guitare. Il ne savait pas jouer de la guitare, et celle-ci était complètement désaccordée. A ma grande satisfaction, il chantait plus faux que moi, des paroles supposées être en anglais. Il était accompagné par une petite fille d'une dizaine d'années, à qui une semaine de douches eut rendu la couleur originelle de sa peau. Elle regardait le guitariste, mais ses paupières se fermaient progressivement et quand la "chanson" se termina, elle était presque endormie. Comme quoi on peut dormir au milieu d'un bruit infernal.
 
"Un horloger peut-il faire fonctionner une horloge dont certains engrenages seraient dépourvus de crans ? Alors vous pensez bien, un horloger-grammairien !!" Je ne savais pas ce que Monsieur Moochagoo avait voulu dire exactement, et j'avais un sentiment bizarre. Quand je dis "j'avais", c'est une façon de parler, c'etait le sentiment bizarre qui m'avait. Il va falloir que j'installe un filtre à sentiments bizarres. Vous me direz qu'avoir l'impression d'être soi-même à longueur de journée, c'est peut-être aussi un sentiment bizarre...
 
Je demandais à Monsieur Moochagoo s'il connaissait cette citation de Marguerite Yourcenar : "Le silence est fait de paroles que l'on n'a pas dites". Il ne fut pas content, comme vous vous en doutez.
 
Chaude journée !
 
bear420wq3Auteur inconnu

Gore !

 
"La tronçonneuse ne doit pas se corroder". Monsieur Moochagoo était en train de découper la jambe au niveau de l'articulation du genou. "Au passage, je vous précise que les lésions des ligaments du genou se produisent au niveau de l'enthèse. Mais là, je pense que le genou ne fonctionnera plus jamais. Voilà, j'ai fini à ce niveau".
 
"Il faut maintenant ouvrir le ventre pour sortir les boyaux, enlever les poumons, le foie". Je ne sais pas ce que prit Monsieur Moochagoo comme instrument, car dès le début de l'opération je suis allé vomir dans le premier lavabo.  Il était hilare et murmura : "Vous avez failli rendre tripes et boyaux".
 
Il agrippait la masse intestinale avec les écarteurs, mais les boyaux étaient rebelles. "Le mieux est de couper le début du boyau à la sortie du duodénum, puis de l'autre côté avant le gros colon". Ce qu'il fit. Je retournais à mon lavabo. "Estomacs sensibles s'abstenir!", Monsieur Moochagoo continuait à se moquer.
 
Une demi-heure après il attaquait le cerveau. "Pour examiner le cerveau, il faut commencer par procéder à l'ablation du scalp. Ensuite j'ouvre la boîte cranienne à l'aide d'une petite scie circulaire." J'avais l'impression d'avoir un abonnement gratuit avec le lavabo, qui ne se formalisait pas outre mesure de mes dons involontaires.
 
"Vous saviez que le cerveau de Voltaire fut - in fine, en 1924 - offert au musée de la Comédie française ?" Non, je ne le savais pas. Mon estomac me causait trop de soucis, pour que je puisse me servir de mon propre cerveau. 
 
"Madame de Sévigné a conseillé pour un vomissement de bile, "un petit brin de tartre émétique". Il paraît que la personne s'en est fort bien trouvée. Vous devriez en faire autant".
 
Jamais plus je n'assisterai à un autopsie. Je ne sais pas comment Monsieur Moochagoo a obtenu ce travail, ni d'où lui viennent ses connaissances, mais il faut avoir le coeur bien accroché pour assister à tout cela, et ce n'est pas mon cas. 
 
Ecorche_vinciEcorché de C. Bandelli
 

Suave

 
“Rien n’est plus suave que de contempler le naufrage du navire au loin.”
 
Lucrèce, poète latin (1er siècle av. JC)
 
"Je pense qu'il est beau de ne pas être né mais, une fois né, il est beau de se précipiter pour franchir au plus vite les portes de la mort."
 
Théognis, poète grec (VIème siècle av. JC)
 
-> NB : Je n'ai en aucun cas le blues, j'ai trouvé seulement ces citations, étonnantes. En revanche, j'ai horreur des citations "bonbons sucré", qu'on trouve si souvent dans les blogs décorés d'étoiles d'argent scintillantes, de fées, de coeurs rouges qui clignotent, sans compter les guirlandes de roses.
 
Naufrage-BigLe Naufrage (Version de Bruges, 1759) - Vernet.

Transverbération

 
"On a emmené la dame voir un rebouteux pour soigner son herpès, et puis un médecin pour la rassurer. Elle avait besoin d'être rassurée. Le rebouteux soigne par imposition des mains, il s'occupe aussi des vaches sur qui on a jeté un sort".
 
La personne qui parlait n'a pas précisé, si la dame à l'herpès était vache avec son entourage. J'aurais bien aimé savoir, mais j'ai eu peur que ma question ne parût déplacée.
 
Nous faisions une randonnée de 24km (mon genoux n'a pas faibli), en Forêt de Chantilly, avec une trentaine d'autres personnes, principalement des dames. Il commençait à faire à chaud. J'ai horreur de cette chaleur lourde, après avoir connu un printemps plutôt froid.
 
Monsieur Moochagoo, grand et maigre, ne souffre pas de la chaleur. Il discutait avec un cuistot responsable de trois cent repas journaliers, dans une cantine pour élèves de l'Education Nationale. Le cuistot avait un mal de dos récurrent, et je l'aurais bien vu soigné par un rebouteux, car ceux-ci sont connus "pour leur habileté à remettre en place les nerfs "froissés" et les tendons qui "sautent", à dénouer les muscles, soigner les foulures et les articulations démises" *. Je demandais au cuistot s'il avait pensé à consulter un rebouteux. Il m'a répondu : "Vous alors, vous êtes vache !" Je n'insistais pas. Il faut savoir reconnaître un échec.
 
A 13h, un petit vin blanc de Savoie très frais nous a remonté le moral. Madame Snake m'avait préparé des oeufs durs dans un récipient en plastique, mais il y avait un peu trop de mayonnaise. En ouvrant, je m'en étais mis plein les doigts et sur les chaussures. Monsieur Moochagoo rigolait bêtement.
 
C'est fou le nombre de gens qui font des parties du chemin vers Saint-Jacques de Compostel. Une dame me raconta qu'elle en revenait, et qu'elle avait marché une semaine entre la France et Roncevaux (ou Orreaga, ou Roncesvalles), en Espagne. "Je ne suis pas croyante, mais j'ai rencontré des gens en pleine recherche spirituelle, et notamment un beau jeune homme de trente ans, au cheveux longs, qui marchait pieds nus avec un air extatique." Là, j'étais impressionné, mais je n'ai pas osé demander si le jeune homme était accompagné par une jeune fille appelée Marie-Madeleine. On ne sait jamais...
 
Monsieur Moochagoo me parla de l'extase de sainte Thérèse par Le Bernin, 1644-1652, (groupe sculpté connu aussi sous le nom de Transverbération de sainte Thérèse). Je me demandais si une petite Transverbération, n'aiderait pas le cuistot pour ses problèmes de dos. Mais on allait me reprocher de faire de l'humour à deux balles. On ne se refait pas.
 
Chaude journée !
 
bernini-extase-ste-therese
 
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* George Bergoz, maître-rebouteux.

Comment va la vie ?

 
"Pour moi, les faits sont clairs, il faut savoir visiter tous les coins de sa vie, et même ceux qui sont sombres. Vous souvenez de la chanson des Compagnons de la Chanson : "Comment va la vie ?" Et bien, à la fin de mon projet introspectif, il faut que je puisse dire : "J'ai un temps à moi, celui de ma vie !"
 
Monsieur Moochagoo avait une lueur dans l'oeil, une lueur qui était intelligente, brillante, mais avec un brin de folie. Je mis mon casque lourd virtuel. J'avançais un : "Pour les coins sombres de la vie, on peut emmener sa lampe de poche ? J'ai peur des coins de la période adolescente, est-ce que dois faire des pompes....... six ou sept mois de pompe, ça devrait bien me préparer ?"
 
Silence. Des gouttes de sueurs commençaient à perler sur mon front (il faisait 27° cet après-midi). Monsieur Moochagoo avait - exceptionnellement - son air aimable : "Pour l'adolescence, prenez votre temps, c'est un bon début."
 
Je me voyais déjà parti dans les plis et les replis de ma vie. Je rencontrerais mon Moi adolescent qui me dirait : "Gnagnagnagnagna... retourne à l'hospice ! tu me fais penser à un vieux grincheux en train de regarder le monde sur son fauteuil moisi."
 
Hölderlin a dit : "Diverses sont les lignes de la vie comme sont les chemins, les contours des montagnes...". Je devrais m'adresser à mon Moi adolescent en lui demandant : "Je recherche un livre traitant d'une histoire vraie et je me suis dis qu'ici, dans ce recoin de ma vie, quelqu'un pourrait peut-être me renseigner..." Mais je sentis qu'il me répondrait par une pirouette : "Moi je te conseille les autobiographies, ce sont des récits à la première personne."
 
Monsieur Moochagoo interrompit mon vagabondage intérieur, pour me citer Artaud : "Qui n'a été terrifié par cette idée qu'il allait un jour oublier sa vie ?" Il ajouta : "Comme chacun le sait, la lessive comporte généralement beaucoup de produits, et les machines à laver ont des actions intellectuelles qui semblent bien limitées.."
 
Il était parti pour une de ces explications sans fin, que seul la nuit saurait abréger… 

Chaude journée !

bushmiller 

NB : J'ai enlevé l'image de la barboteuse rien que pour mettre ẄWẄ en porte-à-faux, on a les petits plaisirs qu'on peut. J'ai pas pu résister.

Rumi 1207-1273, poète soufi

 
"La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s’est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s’y trouve."
 
"La rose est un jardin secret où se cachent des arbres."
 
"Qu'est-ce que la beauté dans ce monde?
Une image, pareille à l'ondulation
Des branches dans l'eau de la rivière.."
 
persian miniature
 
 

Le magicien copte

 
un compteur pour votre site 08-06
 
Nous étions en train de déjeuner dans un café de la rue St Jacques. Le café était tout en longueur et proposait un menu avec café et boisson comprise, pour 15€. C'était très en dessous des prix pratiqués par les brasseries du quartier de l'Opéra.
 
Les clients se partageaient entre quelques touristes et des habitués travaillant dans le quartier latin. Nos voisins refaisaient le match France-Italie d'hier soir, où les italiens avaient eu la bonne surprise de trouver plus médiocres qu'eux. Ils étaient à deux doigt de pendre le responsable de la sélection française. Dieu merci, il n'était pas là en chair et en os, sinon son compte était bon. J'en frémis encore, n'ayant jamais assisté à lynchage, sauf dans les westerns. Les arbres les plus proches étaient ceux du Collège de France, je vois d'ici la tête des vénérables professeurs.
 
Monsieur Moochagoo m'informa qu'il avait peut être trouvé un remède aux imperfections de ma voix de chanteur. Il avait trouvé dans des papyrus dits du "Magicien Copte"*, datant du VII/VIIIème siècle ap. J.C., un texte noté : "BERL. P. 8318", avec une "incantation pour une bonne voix" à prononcer avec "du vin et du miel mêlés d'eau".
 
L'incantation comprenait des mots dont l'effet devait être immédiat : "Je te prie sur ce vin et sur ce miel mêlés d'eau dans cette coupe devant moi, afin que j'ai une voix puissante, séduisante et infiniment douce comme du miel..et par les autre noms, que je prononcerai sur cette coupe et qui sont : A..fabe,Efou,Aousaënouof,Kaaf,Tékof."
 
J'étais partagé. D'un côté j'eusse aimé pouvoir chanter d'une voix "séduisante et infiniment douce comme du miel" : "Ah que nos pères étaient heureux, Quand ils étaient à table, Le vin coulait à flots joyeux, ça leur était fort agréable", ou l'immortel : "C'est la danse des canards, Qui en sortant de la mare, Se secouent le bas des reins, Et font coin-coin". D'un autre côté, j'avais peur de servir de cobaye à Moonsieur Moochagoo. La magie peut déboucher sur une magie négative du style : "Si tu ne m'obéis pas et ne fais pas ce que je désire..." [BERL. P. 8314]

Je décidais finalement de réfléchir à "BERL. P. 8314"...En attendant je gardais l'idée de boire "du vin et du miel mêlés d'eau". 

Belle journée

 
copte papyrus
 
* Les papyrus magiques coptes du musée de l’Etat à Berlin ont été publiés dans les "OEgyptische Urkunden aus den K-niglichen Museen zu Berlin" : "Koptische Urkunden, vol. Ier". Ad. Erman les a étudiés dans ses essais intitulés : Ein koptischer Zauberer et Heidnische bei den Kopten (Aeg. Z. XXXIII, 1895). Source en français : "La Magie dans l'Egypte Antique", de F. Lexa, égyptologue, septembre 1923.
 

Utile ?

 
"Dire des choses inutiles pour se sentir bien. C'est là mon dernier projet. Il faut se libérer du diktat de l'utile."
 
Monsieur Moochagoo commençait très fort cette randonnée dans Paris, patronnée par un fournisseur d'énergie et une fédération sportive. Nous étions probablement trois mille, mais j'étais incapable de le confirmer. Les rues du parcours (10 km), avaient été momentanément interdites aux voitures, et c'était une façon plaisante de visiter la capitale.
 
Personnellement je ne fais pas le tri entre utile et inutile, car il me manque des points de repères. Je pourrais engager un scribe qui noterait mes dires, et le soir, séparant l'utile et l'inutile, j'aurais une idée de l'importance ou de la futilité de mes paroles. Mon Moi Philosophe était en train de me faire une tambouille de coloration taoïste, où l'utile se définissait par rapport à l'inutile, et réciproquement. Je le rabrouais. 
 
Nous passions dans la rue de Sévigné, non loin de l'hôtel où est née la Marquise, le 6 février 1626 en tant que Marie de Rabutin Chantal. Je donnais cette information utile à Monsieur Moochagoo qui me dit que c'était inutile, il le savait.
 
Je ne sais pas si les conversations de Madame de Sévigné était utiles ou inutiles, mais elle les trouvaient parfois pesantes : "Nous faisons quelquefois des conversations d'une tristesse qu'il semble qu'il n'y ait plus qu'à nous enterrer".
 
Nous suivions un groupe de randonneurs bretons, je l'avais deviné à leur drapeau breton (gwenn ha du) et à ses onze mouchetures d'hermine. Je m'étonne moi-même de ma perspicacité. Je me retenais de chanter : "Ils ont des chapeaux ronds, Vive la Bretagne! Ils ont des chapeaux ronds, Vive les Bretons!". Je chante comme une casserole et le temps était à l'humide. Monsieur Moochagoo m'avait fait promettre de ne pas mettre en valeur mon organe de chanteur, mais il avait ajouté que "apprendre à chanter juste est tout à fait possible et à tout âge".
 
Nous avons longé le Quai de Valmy, le long du Canal Saint Martin. L'image d'un canal est rassurante, il suffit de le suivre, ce n'est pas comme notre existence où il n'y a aucun carte d'ensemble. On suit des morceaux de chemins qui, mis bout à bout, peuvent s'avérer bien périlleux. J'en parlais à Monsieur Moochagoo qui me fit le reproche de "trop penser".
 
"L'amour n'est pas un feu qu'on renferme en une âme : Tout nous trahit, la voix, le silence, les yeux ; Et les feux mal couverts n'en éclatent que mieux." Monsieur Moochagoo expliquait les subtilités d'Andromaque de Jean Racine à une dame de la Mayenne. 
 
Je pensais en moi-même qu'il allait falloir que je recherche mon âme pour savoir ce que je peux y enfermer, on ne sait jamais, ça pourraît être utile. Je ne l'ai pas trouvée en traversant le Parc des Buttes Chaumonts. Elle avait dû me précéder pour admirer la superbe vue sur Paris, en haut du Parc de Belleville. J'ai une âme baladeuse.
 
Un monsieur poussait un landeau où dormait un bébé, qui rêvait en faisant le mouvement de têter avec les lèvres.
 
Belle journée !
 
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NB : J'ai supprimé le commentaire de X, car il est ANONYME. Pas de lien = pas commentaire.

Cartons

 
"Mais que faites-vous sous ce carton de livres, vous n'êtes pas un peu écrasé dites ? Vous savez c'est imprudent de se laisser écraser par quatre-vingts livres, à moins que vous ne vouliez subir une fin littéraire, comme Madame Bovary !"
 
Monsieur Moochagoo avait voulu déplacer une partie des vingt cinq cartons déjà entassés dans le garage, mais il avait présumé de ses forces et s'était retrouvé immobilisé par des romans policiers. Tué par des romans policiers eut été un misérable destin.
 
En plus, la petite radio que nous avions avec nous, laissait entendre : "Sunday Smile", de Beirut, une musique plutôt du genre à faire pleurer : "The lights go on, the lights go off, when things don't feel right, i lie down like a tired dog, licking his wounds in the shade..". Une musique qui fait remonter la tristesse qui est restée au fond, tout près de la surface. 
 
A propos de larmes et d'humidité, à la suite des inondations de l'an dernier dans notre appartement, il faut, afin de refaire pratiquement toutes les pièces, déménager environ trois milles livres de toutes sortes. Monsieur Moochagoo n'ayant pas encore mis au point sa machine à dormir, je me dépêche de l'utiliser, car après, je pense qu'on ne pourra peut-être plus le réveiller.
 
"When i feel alive, i try to immagine a careless life, a scenic world where the sunsets are all, breathtaking", la chanson continuait, ce n'était pas le moment de pleurer à gros bouillons. Monsieur Moochagoo se brossait, et remit dans le carton deux romans policiers qui avaient glissé : "Cerveau farci aux balles de glock", de Friedrich Lammermoor, et "La couleur du sang qui coule", d'Olivier de Tobias Gohl.
 
"Vos goûts littéraires et vos choix intellectuels sont en boîtes, même "La vie de Rancé" de Chateaubriand. Rancé* avait dit : "Je désire tellement d'être oublié qu'on ne pense pas seulement que j'ai été". Il ne le fût pas, même s'il est actuellement encartonné."
 
Nous repartîmes chercher quelques ouvrages et boire un thé.
 
Belle journée !
 
3DteacupImage en 3D, auteur inconnu.
 
* Dom Armand-Jean Bouthillier de Rancé né en 1626, s'est fait moine trappiste à 37 ans, à la suite du décès d'une femme très aimée. Il a imposé à l'Ordre des Trappistes une règle particulièrement dure. Chateaubriand a raconté la vie de ce religieux, mais en profita pour parler de lui-même, selon son habitude