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-Snake0644

Povolání
Zájmy
Aime les castagnettes egyptiennes fabriquées dans le Hokkaidō au Japon.

"Mister Moochagoo and I"

Graisse d'antilope

Monsieur Moochagoo m'expliquait que les chamans bochimans s'enduisent le corps de graisse d'antilope pour provoquer des transes. Il voulait tenter l'expérience avec mon aide.

Je déclinais l'offre prétextant une fatigue mentale proleptique. Ma réponse, pour être juste, n'était pas la vérité. La graisse d'antilope n'est pas ma crème favorite, même pour provoquer des transes.

Je lui fis remarquer que l'activité de chaman échappait aux critères de la rationalité. Je ne voulais pas être soumis aux conséquences aléatoires d'une expérience qui me semblait avoir un petit côté amateur.

J'eus droit à un terrible regard qui, en un quart de seconde, vous juge définitivement comme un "loser". Ma voisine aurait dit : "C'est le genre de regard qui vous glace le sang, et après il faut boire un guignolet-kirsch pour se remettre". Justement, elle m'avait prêté un livre avec ce conseil : "C'est vite lu, je suis impatiente d'attendre vos commentaires."

Face au terrible regard, je restais silencieux. Puis je sifflotais, et jetais un coup d'oeil sur le livre de la voisine. Il commençait par : "Elle se livrait sans réserve à l'amour et à ses sentiments fougueux. Il ne lui fallut qu'un instant pour tomber dans les bras de son soupirant, dont les yeux étaient d’un bleu azur."

Plutôt que d'affronter un livre entièrement composé de clichés, je me demandais si, finalement, je n'allais pas examiner la graisse d'antilope. Dans "Les Mines du Roi Salomon", un des personnages s'en sert pour entretenir des bottes "avec une poignée de fougères". Je pourrais m'en servir pour mes chaussures de randonnées.

"Finalement, où est-elle cette graisse d'antilope ?", demandais-je.

Belle journée.

Résumé : Et la graisse de lapin, ça marche aussi ?

"Publier le billet"

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J'aurais dû lire "Dix nuits dans un bar et ce que j'y ai vu",  d'Henry David Thoreau. Je suis sûr que cette lecture ne m'aurait posé aucun problème.


Mais non, il avait fallu que je lise : "L'auteur et autres textes" de Jorge Luis Borges.

... Lire la suite Et, forcément, je suis tombé sur ce passage : "C'est à l'autre, à Borges, que les choses arrivent. Moi, je marche dans Buenos aires, je m'attarde peut-être machinalement, pour regarder la voûte d'un vestibule et la grille d'un patio. J'ai des nouvelles de Borges par la poste et je vois son nom proposé pour une chaire ou dans un dictionnaire biographique. [...] il y a des années, j'ai essayé de me libérer de lui et je suis passé des mythologies de banlieue aux jeux avec le temps et avec l'infini, mais maintenant ces jeux appartiennent à Borges et il faudra que j'imagine autre chose. De cette façon, ma vie est une fuite où je perds tout et où tout va à l'oubli ou à l'autre. Je ne sais pas lequel des deux écrit cette page."

Je réalisais avec stupeur que celui qui était l'Auteur mes billets, était mon avatar, Snake0644. Mais moi, qui tape sur ce clavier avec mes doigts (de mains, je précise), qui boit du thé Earl Grey Bigelow et qui se bat avec les fautes d'orthographes, je ne suis rien. Un ectoplasme. "Un trou dans le néant."

Un fois le billet publié, mon billet appartient à Snake0644. En y pensant, j'ai les mains moites, des gouttes de sueurs qui coulent le long de mon dos et sur mon menton. Le clavier est poisseux. Tant que je clique sur "Enregistrer comme brouillon", le texte est encore à moi. Mais personne ne le lira. Je dois donc "Publier le billet".

Après une légère hésitation, je publie.

Ce billet devient celui de Snake0644, je n'en suis plus l'Auteur. Il doit ricaner, je le sens.

Quelle angoisse !

Résumé : "Décidément ces billets recèlent encore quelques surprises", dit le client du Hasvik Hotel (Hasvik, Norvège), en fixant son ordinateur portable.


Tintin et le Calendrier Maya

Moi : J'ai cherché pendant quinze jours un livre dans mon appartement et mon garage. J'ai même rangé à nouveau 400 livres d'une certaine catégorie. Vous savez, il faut trouver : "Comment nettoyer sa baignoire ?", parmi tous les ouvrages sur le nettoyage.

Moochagoo : Vous avez 400 livres sur le nettoyage ?

Moi : Mais non, c'est un exemple. En fait je cherchais un livre que je n'avais jamais eu.

Moochagoo : Vous auriez dû chercher parmi tous les ouvrages que vous n'avez jamais eu, vous l'auriez peut-être trouvé.

Moi : Pardon ?

Moochagoo : Vous allez comprendre. Il y a un certain nombre de billets que vous n'avez pas écrit. Mais vous en êtes l'auteur, car ce sont vos billets qui n'ont pas été écrits. N'avez-vous pas cherché au moins une fois, un billet que vous n'aviez jamais écrit ?

Moi : Cela m'est arrivé en effet.

Moochagoo : Avouez que si vous aviez trouvé ce billet que vous n'aviez jamais écrit, vous auriez été ravi, non ?

Moi : En effet, mais...

Moochagoo : C'est pareil pour les livres. Retrouver un livre qu'on a jamais eu apporte en général une grande satisfaction.

Moi : Même un  livre qui n'existe pas comme : "Tintin et le Calendrier Maya" ?

Moochagoo : Là, ce serait assez énigmatique et aurait des conséquences importantes, croyez-moi !

Belle journée !

Résumé : "Tintin et le Calendrier Maya" ! Sapristi, d'où sort cet album de Tintin ?



"Le bout de nulle part, taillé en pointe"

Monsieur Moochagoo regardait pensivement un livre ancien. Il y lu cette phrase : "Le bout de nulle part, taillé en pointe". Nous étions dans une "Bourse aux Livres" d'Antony et une personne à côté de lui, venait de dire : "C'est un livre creux !", avant de s'éloigner.

On m'avait déjà proposé d'acheter un livre creux, mais : "avec, à l'intérieur, une flasque en acier inoxydable, d'aspect chromé et qui s'inclut parfaitement dans votre bibliothèque personnelle. Idéal pour les voyages".

Ce n'était pas non plus : "Voyage au centre de la terre", de Jules Vernes. Cela me fit penser à une affirmation (péremptoire) de Tante Germaine : "Si un livre et une tête se cognent et que cela sonne le creux, le son provient-il du livre ?". Elle se référait au son de ma tête.

A : "Ce livre est creux, il n'apporte rien, aucune information utile", personnellement je préfère un livre : "A creuser, car ça vaut le coup !"

En général je suis partisan d'une entrée libre dans un livre. J'aime bien la remarque caustique de Schopenhauer. Je la paraphrase : "[Untel] fournit les mots et laisse au lecteur le soin de fournir le sens".

Ce n'est pas l'avis de ma voisine. Lorsqu'un roman ne lui plaît pas, elle persifle : "C'est un roman aux personnages aussi attachants qu’une poêle en téflon. Il pourra toujours servir comme cale pour une armoire branlante".

Je revenais vers Monsieur Moochagoo. Il avait ouvert un livre de Pierre-Louis Basse, "Comme un Garçon" (Stock 2009), et lisait cette phrase : "Rien n’est plus émouvant qu’une jeune fille qui se trompe de pantalon pour faire du ski". Il n'avait pas l'air convaincu.

Je pris un livre de Robert Desnos et lu le début d'un poème : "J'ai rêvé tant de toi que tu perds ta réalité.."

Belle journée !

Résumé : "Une entrée libre dans un livre? Pour moi, c'est une question de principe", ajouta le Professeur  Wilhelm Breuer.

Simurgh

"Permettez-moi de vous conseiller de ne pas vous engager dans une discussion avec Monsieur Moochagoo". La personne qui venait de sortir de l'appartement de Monsieur Moochagoo, me donna ce conseil en me voyant entrer. Il partit en murmurant des mots que la bienséance m'empêche de reproduire ici.

Au demeurant, un conseil fort éclairé.

Ma voisine donne le même genre de conseil : "Comment taper la discute avec Monsieur Moochagoo ? Ben, vaut mieux enfiler la salopette, le casque et les gants, juste au cas où."

Kafka a dit dans son journal : "Le silence fait partie des attributs de la perfection". Je remplacerais volontiers perfection par prudence. J'entrais en gardant le silence.

Monsieur Moochagoo venait d'avoir un différent avec un historien d'art sur un ouvrage perse du XVIème siècle (conservé à Téhéran), dont le titre était : Ahsan al-Kibar Fi Ma'refat al'Emma al-Athar. La couverture représentait un combat de simurgh et de dragon, et des lions attaquant des gazelles et des lièvres.

Tante Germaine, en buvant du thé de rooibos couleur rouille, m'avait dit le jour précédent, qu'elle avait lu dans un roman de Jane Smiley : "Si tu ne remplis pas ton cerveau de ce que tout un chacun sait, il se remplira de lui-même de ce que personne ne sait".  Cela me concernait directement, car elle trouvait que mon cerveau était surtout rempli "de ce que personne ne sait". Un jour, cela pourrait me causer du tort.

Je décidais donc de tout ignorer du combat d'un simurgh et d'un dragon, bien que le simurgh (ou mərəγô saênô en avestique, ou encore śyena en sanscrit), soit un oiseau de la mythologie perse dont on dit "qu'il possède le savoir de tous les âges", ce qui pourrait s'avérer parfois utile.

Je reléguais mes questions dans l'obscurité d'un espace interne où j'archive les questions perdues et les pensées inavouables.

Belle journée !

Résumé : Agénor, le poisson rouge de Monsieur Moochagoo, se plaint d'une légère migraine.





Embellir la vie

Moochagoo : "Un de vos aimables commentateurs a dit au sujet du billet précédent : "Ce fut donc une belle journée où le rêve et la réalité (comme souvent ici, d'ailleurs) se sont réunis pour embellir la vie". Il avait de bonnes intentions, je n'en doute pas ! Mais vous, embellir la vie ? Laissez-moi rire, ah, ah !"

Moi : "Ah, ah ?"

Moochagoo : "Vous aimerez bientôt qu'on vous dise : "Vos billets sont comme des élans poétiques, comme un printemps qui nait, comme des pensées en fleurs". Pathétique !"

Moi : "Vous exagérez !"

Moochagoo : "Et encore, je ne force pas : "Vos billets sont une belle musique qui chante des mots d'amour et qui créent le bonheur dans nos coeurs. Ils sont le miel de notre vie". Vous verrez, ça viendra. Affreux ! Et vous n'aurez même pas le courage de faire un billet sur cette conversation."

Moi : "Je note. Ce sera fait. Mais je n'embellis pas la vie, rassurez-vous. Une vie embellie tourne en général rapidement au cauchemar. J'avais dis dans un billet précédent que : "A la rigueur, mes billets pourraient avoir l'ambition d'éclairer un peu la question de Ferdinand Bardamu, le héros du "Voyage au bout de la nuit" : "Pourquoi qu'on est là ?". Mais, au fond, ce n'était qu'une boutade. "

Moochagoo : "Je vous conseille d'écrire en boustrophédon inverse, comme le rongo-rongo de l'Ile de Pâques, au moins on s'amusera !"

Quelle journée !

Résumé : Personnellement, je déteste écrire en boustrophédon inverse.


Embellir la vie du crocodile

"Vous rêvez ?"

"J'aide les personnes à se rendre là où elles doivent aller", disait Monsieur Moochagoo à une anglaise qui demandait son chemin. Elle avait répondu : "Very sad !" Je me perdais en conjectures sur le sens véritable de cette conversation.

Nous étions revenus en forêt de Chantilly pour prendre des photos des dernières couleurs automnales, même si la luminosité n'était pas bonne. Il y avait un nombre déconcertant de cyclistes en VTT, quelques cavaliers et de petits groupes de randonneurs.

Par moments, le vent soulevait les feuilles mortes. Mon esprit ajouta à ces feuilles d'autres souvenirs de feuilles qui montaient en spirale et, au bout d'un moment, toutes ces feuilles réelles et imaginaires se superposèrent, pour former un gigantesque tourbillon de couleurs et de lumières. Je crus un instant me trouver au centre d'une galaxie, dont les bras étoilés se déployaient lentement.

"Vous rêvez ?"

 Plop ! La voix de Monsieur Moochagoo fit tout disparaître. Quelques feuilles retombèrent sur le sol humide et sombre. Tante Germaine me dit toujours : "Tu dois contrôler ton imagination."

Pendant le pique-nique, un monsieur nous demanda son chemin. Il cherchait des champignons, avait au bras un panier vide en osier et tenait à la main une machette à lame droite, de 50cm de long. Je n'étais qu'à moitié rassuré à la vue de la machette, mais si j'écris ce billet en ce moment, c'est la preuve que ma gorge n'a pas été tranchée. Et puis, s'il avait d'abord tranché la gorge de Monsieur Moochagoo, j'aurais eu le temps de fuir. Une pensée fort rassurante a posteriori !

Au retour, nous avons croisé deux grands cerfs, à quelques mètres dans les fougères.

Belle journée !

Résumé : "Serait-il possible d'avoir un verre de ce délicieux Graves ?", demandais-je à Monsieur Moochagoo qui lisait un livre ancien sur "Les Turpitudes des Cliquetis Ioniques".


Champignon vénéneux.

"Et tac et paf !"

Monsieur Moochagoo cherchait où se trouvait Okaloacooche Slough sur Google Earth : "Un endroit paradisiaque, loin de vicissitudes du monde".

Moi, j'avais cherché Tohu Bohu, car j'avais lu que Rabelais faisait naviguer ses héros vers les Isles de Tohu et Bohu : "Ce mesme jour passa Pantagruel les deux isles de Tohu et Bohu esquelles ne trousvames que frire" [que frire = ni chaire, ni poisson].

Monsieur Moochagoo me regarda avec un air pensif : "Vous devriez savoir que Tohu Bohu vient de l'hébreu, et désigne le chaos avant la création du monde. Sauf si enfin vous admettiez que votre esprit pourrait en être le siège, je crains que vos recherches n'aboutissent pas."

"Et tac et paf !" comme disait autrefois un employé du Palais Brogniart. Jugeant que le terrain des analogies n'était pas à mon avantage, je changeais de sujet.

"J'ai lu dans le Monde du 5/11/09, un petit texte qu'avait prononcé Claude Lévi-Strauss en 1999, au Collège de France : "Dans ce grand âge que je ne pensais pas atteindre, et qui constitue une des plus curieuses surprises de mon existence, j'ai le sentiment d'être comme un hologramme brisé. [...] Ainsi y a-t-il aujourd'hui pour moi un moi réel, qui n'est plus que le quart ou la moitié d'un homme, et un moi virtuel, qui conserve encore vive une idée du tout." C'est beau, non ?"

Monsieur Moochagoo répondit par un groumph silencieux. Il y aurait beaucoup à dire sur les groumph silencieux de Monsieur Moochagoo. Ma voisine voulait en faire une attraction touristique, mais je lui avais fait remarquer qu'il faudrait servir le groumph silencieux chaud, et qu'on ne pouvait le garantir à heures fixes.

J'étais trop impatient, il finit par dire : "A la fin, la vie, c'est comme lorsqu'un escalier qui avait l'air de monter, se mette à descendre. Si vous ne comprenez pas, voyez les dessins de Maurits Cornelis Escher, cela vous occupera. Mais je crains que vous n'y perceviez que du tohu bohu." Il se tut.

Parfois l'esprit de Monsieur Moochagoo reste impénétrable. Belle journée !

Résumé : Mon esprit plein de Tohu Bohu ?!! Ce n'est pas le moment de flancher !

 
Escalier illimité de Penrose-Escher

Mystique Laïc !

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Moochagoo : "Vous vous rendez compte, on m'a traité de
Mystique Laïc !"

Moi : "C'est déjà mieux que : "Spirale Inversée Négative". Mais pour moi, c'était il y a très longtemps, il y a prescription. "Mystique Laïc !"...Vous avez envisagé de vous retirer dans un ermitage pour vous unir spirituellement avec la Laïcité ?"

Moochagoo : "Je crois que je vais suivre l'exemple de Pierre d'Alcantara [1499-1562]. Thérèse d'Avila [1515-1582] disait de lui : "De toutes ses mortifications, celle qui lui avait le plus coûté dans les commencements, c'était de vaincre le sommeil ; dans ce dessein, il se tenait toujours à genoux ou debout. Le peu de repos qu'il accordait à la nature, il le prenait assis, la tête appuyée contre un morceau de bois  fixé dans le mur". Un bon exercice !"

Moi : "J'ai sommeil rien que d'y penser. Vous n'avez pas peur des tourments de la chair ? Des extases ? D'éventuelles lévitations, vous savez, comme le moine bouddhiste dans Tintin au Tibet ?"

Moochagoo :  "L'extase ? J'espère garder un minimum de contrôle sur moi-même. Je relirai Le Nuage de l'inconnaissance*, c'est le genre de pensée apophatique qui me plaît."

Moi : "Je vais essayer de trouver "un cilice fait de lames de fer blanc", tel qu'en portait Pierre d'Alcantara. Je suis sûr que vous en ferez bon usage".

Belle journée !

* Un texte mystique écrit par un auteur anglais anonyme du XIVème

Résumé : L'enveloppe corporelle de Monsieur Moochagoo va-t-elle se dissoudre sous l'effet de l'extase ? Quel suspens insoutenable !


Le Bernin : L’extase de Sainte-Thérèse (Chapelle Cornaro, Rome).

Mystère !

Je parcourais "Le Monde" du 30-10-09 dans le RER, lorsque je lus : "Les constructions de ces imposantes statues de pierre [de l'Ile de Pâques], pesant des tonnes et mesurant jusqu'à 20 mètres de haut, reste un mystère. Certains insulaires vont jusqu'à  évoquer le concours d'extraterrestres."

Connaissant son intérêt pour les extraterrestres, j'en parlais à Monsieur Moochagoo qui me demanda, pince- sans-rire, s'ils avaient acheminé les statues par camions.

Je répondis : "Il faudrait savoir interprêter le rongo-rongo, ce système de signes retrouvé sur l'Ile. On y parle peut-être de camions. Et quel était leur carburant ? De la noix de coco ? Les extraterrestres étaient-ils venus pour chasser les papillons ? Ont-ils changé d'avis en voyant les premières statues de pierre ? Un sentiment altruiste les a-t-il poussé à aider les habitants ?"

Monsieur Moochagoo rêvait. Il était sur son sujet préféré : les OVNIS et les extraterrestres. C'ést le seul sujet où il abandonne un peu de sa logique caustique.


Je revins à la réalité : "Mais je n'imagine pas une grand vaisseau extraterrestre emportant des lots de statues avec un "faisceau d'anti-gravité", ça fait film de série Z".

Monsieur Moochagoo soupira : "Vous avez raison, qu’ "ils" soient là ou pas, absolument rien ne permet de l'affirmer. Tenez, le 18 avril 2009, dans la Sarthe, des gendarmes auraient vu une sphère lumineuse (20/25m de hauteur), au dessus des champs et en lisière de la forêt de Jupilles, à 3h25 du matin. Mais, c'était un canular."

Dommage, avec ce genre de phénomène, on disposerait d'un bel éclairage public à peu de frais.

Belle journée !

Résumé : Gardien de statues à l'Ile de Pâques, est-ce bien payé par les extraterrestres ?


Illustration de Christopher Foss


Un billet sur rien

"Ce qui me semble beau, ce que je voudrais faire, c'est un livre sur rien [...], qui se tiendrait lui-même par la force interne de son style,  [...] un livre qui n'aurait presque pas de sujet, ou du moins où le sujet serait presque invisible, si cela se peut". Flaubert (Correspondance).

A ce moment-là, Flaubert travaille sur Madame Bovary et il s'ennuie. Seul le style l'intéresse. Mais comme toujours, mes yeux se sont arrêtés sur quelques mots : "un livre sur rien". Je veux faire un billet sur rien, tel est mon voeu.

 Je n'aurais pas dû en parler à Tante Germaine, car elle me répondit in petto : "Je croyais que l'essence même de tes billets, c'était justement ce
rien que tu appelle de tes voeux. Les seuls billets que j'ai aimé durant ton voyage, sont ceux où tu t'inspire du genre "Westerns". Pour le reste, c'est sûr, le sujet était invisible."

J'eus l'impression que Tante Germaine jouait à colin-tampon avec mes billets, qui, c'est vrai, ne participent pas à une entreprise romanesque, ni ne s'occupent "des traverses du sort, de la fortune bonne ou mauvaise, du conflit des passions, des caractères.." (Gide, "Les Faux-Monnayeurs") .

A la rigueur, mes billets pourraient avoir l'ambition d'éclairer un peu la question de Ferdinand Bardamu, le héros du "Voyage au bout de la nuit" (Céline*) : "Pourquoi qu'on est là ?" ; ou aussi la question que pose, au moment de sa mort, un personnage de Queneau : "Qu'est-ce que j'aurai foutu ici ?" (Le Chiendent).

Tante Germaine m'a fait remarquer que Sartre avait longuement traité de ces questions existentielles, et que j'arrivais un peu tard.

Bon, ce n'est pas encore un billet sur rien.

Belle journée !

 *
Autant on peut estimer Céline comme auteur littéraire, autant l'individu Céline fut parfaitement abject.

Résumé : En effet, la frontière est mince entre : "Pourquoi qu'on est là ?", et : "Qu'est-ce que j'aurai foutu ici ?"


Valkimi, auteur légendaire du Ramayana.

Les auteurs sont morts, de préférence.

"[L'auteur]...C’est également le nom propre d’une personne qui a vécu de telle à telle date (ou qui vit encore, mais les auteurs sont morts de préférence)"

Tante Germaine m'avait dit : "Sur l'auteur, lis le cours 'Qu'est-ce qu'un auteur ?', d'Antoine Compagnon, au Collège de France". Je lus les deux premiers cours et  tombait sur cette phrase qui m'a affligé vers la fin : "les auteurs sont morts de préférence".

J'ai bien essayé de changer auteur par lecteur, mais je provoquais un paradoxe : "[Le lecteur]...C’est également le nom propre d’une personne qui a vécu de telle à telle date (ou qui vit encore, mais les lecteurs sont morts de préférence)". Un lecteur mort, n'est pas un bon lecteur.

Je fais un aparté sur le lecteur. Un auteur aimerait souvent vérifier si un lecteur est en bon état. Est-il trop vieux, trop jeune, y a-t-il des problèmes de compatibilité avec l'auteur, avec le sujet du livre ? Il serait même intéressant d'avoir une description du Constructeur, mais, de notoriété publique, c'est un taiseux.

J'informais Monsieur Moochagoo du cours pris par mes recherches. Il était vêtu d'un kimono et écoutait son amie japonaise jouer du Shamisen (instrument traditionnel à trois cordes). Elle s'arrêta à ma vue. Nous fîmes de petites inclinaisons (ojigi).

Il me répondit : "Agir sans but ni profit est l'attitude exacte" (Dogen, 1200-1253).

L'entretien était clos.

Belle journée !

Résumé : Monsieur Moochagoo provoque souvent une certaine déconvenue chez ses interlocuteurs.

Est-ce la clochette qui résonne dans le vent ?

Question au Maître : "Est-ce la clochette qui résonne dans le vent ?"
Réponse du Maître : "Ce n'est ni le vent, ni la clochette. C'est notre esprit seul qui résonne".

Monsieur Moochagoo méditait sur cette anecdote rapportée par Samghanandi, patriarche bouddhiste (époque indéterminée). Je ne lui dis pas que cette anecdote me faisait penser à la Fée Clochette dans "Peter Pan".

Je venais le voir, car j'avais lu dans "Conférences" de Jorge Luis Borges (1979), que celui-ci ne s'intéressait au livre qu'avant sa matérialisation. Pour ma part je ne voyais pas ce qu'était un livre immatériel. Est-il dans l'esprit de l'auteur ? "Un livre immatériel résonne-t-il au moment de s'incarner dans un support papier ou digital ?", dis-je, un brin provocateur.

Monsieur Moochagoo me lança un regard très sec, et cita Ikkyu (1394-1481) : "Est-ce la clochette ou est-ce le vent qui possède un son ?"

Je lui demandais s'il voulait me dire : "Est-ce le livre immatériel ou est-ce son support qui possède le statut de livre pour un auteur ?"

J'eus droit à un deuxième regard très sec. Il cita Barthès : "La naissance du lecteur doit se payer de la mort de l’Auteur". [R. Barthes, Le bruissement de la langue, 1984]

Je me demande si j'ai bien écris ce billet.

Belle journée !

Résumé : Les Auteurs ont été sérieusement endommagés. Les retrouver sera dorénavant difficile.




Cerf

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Le tête à tête avec un cerf dix-cors durait depuis une minute. A dix mètres de nous, il occupait toute la largeur du chemin "La Deuxième Route Ronde" de la forêt de Chantilly. Le soleil qui passait à travers le brouillard matinal et les grands arbres, lui donnait un air fantomatique.


Je pensais aux innombrables gravures du XIXème siècle qui représentent cet animal. Toutes ces gravures se superposaient dans mon esprit à l'image du cerf que nous avions devant nous, pour n'en faire plus qu'une. La minute qui venait de s'écouler semblait "une minute affranchie de l'ordre du temps". [Proust]

Dieu merci, aucun chasseur ne piquait des deux en criant "Taiau, taiau, taiau". J'étais paralysé, un seul geste le ferait partir. Monsieur Moochagoo, restait aussi immobile qu'un personnage du théatre Nô qui interprète un de ces arrêts prolongés, qui énervent tant les spectateurs occidentaux. Je tentais lentement de saisir mon appareil de photo...et il partit comme à regret, encore plus curieux que nous.

Monsieur Moochagoo recommença à parler : "Savez-vous que pour les Inuits, nous sommes des Kablunaks [Etrangers] ?"

Belle journée !

Résumé : Moi, un Kablunak ? Je ne me suis jamais senti aussi ridicule !

Bande de nazes !

Monsieur Moochagoo : "Vous n'avez jamais eu envie d'écrire le mot "Fin", ou une phrase provocante du style : "Allez bande de nazes, je vous quitte", sur votre Blog ?"

Moi : "Je n'aurais pas utilisé le terme : Bande de nazes. Si j'avais eu l'intention de terminer ce blog, je m'en serais remis au hasard. Je préférerais que la fin soit causée par une coïncidence ou une rencontre fortuite."

Monsieur Moochagoo : "Vous pourriez vous décider en tirant les cartes d'un tarot, ou en jetant en l'air une pièce de monnaie ?"

Moi : "Pierre Soulages a dit : 'Il faut être attentif à ce qu'on n'attend pas, à ce qu'on ne connaît pas [...] Nous ne savons pas ce que nous allons faire, ni ce qui va se faire' [Le Monde du 16/10/09]. Je suis entièrement d'accord avec ses paroles. Tirer les cartes ou jeter un pièce en l'air, c'est provoquer le hasard. Je préfère donc une coïncidence ou une rencontre fortuite."

Monsieur Moochagoo : "Ce serait pourtant intéressant d'écrire sous la menace d'une fin imminente !"

Moi :  "Vous jouez sur les mots. Tenez, j'aimerais écrire un jour des billets aseptisés qui racontent un monde idéal en papier glacé."

Monsieur Moochagoo : "Pour l'instant, vos billets ont plutôt une écriture éraillée, si je peux me permettre cette catachrèse".

Moi : "Une écriture éraillée ? Bon, d'accord, je m'y tiens. "Et d'ineffables vents m'ont ailé par instants". (Rimbaud)

Résumé : "Ouf ! Quelle émotion ! Ce billet va enrichir ma collection", dit un client du Hasvik Hotel [Hasvik, Norvège], en fermant son ordinateur portable.

Illustration de Mike McCain (http://www.mikebot.net/)



La musique adoucit les moeurs

Lorsque j'arrivais chez Monsieur Moochagoo, il y avait là une de ses amies japonaise, qui jouait de la Koto (cithare japonaise), habillée d'un kimono traditionnel.

Il m'expliqua que David jouait de la cithare pour délivrer Saül des esprits mauvais* : "La musique possède une sorte de charme qui apaise et guérit. J'en ai besoin après chaque voyage, pour rétablir mon équilibre intérieur".

"Je penserai à cela, la prochaine fois que j'écouterai les vociférations heavy metal du groupe Ramstein", répondis-je, "vous savez le genre : We're all living in Amerika, Coca Cola, Wonderbra, we're all living in Amerika, Amerika, Amerika / This is not a love song, this is not a love song..."

Il ignora ma remarque : "Vous connaissez l'expression le début annonce la suite, et bien, en dehors des charmes du Koto, je m'initie au théatre Kyôgen". Il prit un masque de Shite sur une table, et commença à chanter un Uta du Kakushidanuki ("Le Blaireau Caché", farce burlesque japonaise). Le son de sa voix était curieux et évoquait un chat dont on écrase la queue.

Un chien se mit à hurler dans un appartement voisin. Je m'éclipsais discrètement.

 Belle journée !

Résumé : Peut-être reverrons-nous un jour l'amie japonaise de Monsieur Moochagoo.

* "Ainsi, chaque fois que l'esprit de Dieu assaillait Saül, David prenait la cithare et il en jouait; alors Saül se calmait, il allait mieux et le mauvais esprit s'écartait de lui"  (1 Samuel, chapitre 16)




"Il faut combattre les effets du décalage horaire"

Se retrouver au milieu d'une procession religieuse au nord du village de St-Lambert, en pleine Vallée de Chevreuse, après avoir parcouru des milliers de km dans des régions désertiques est une surprise presque exotique. A part un tout petit garçon qui faisait pipi au milieu des fidèles, tous avaient un air de gravité en accord avec la cérémonie.

Monsieur Moochagoo m'avait dit le samedi : "Il faut combattre les effets du décalage horaire. Nous allons faire un parcours classique : le chemin de Port Royal, avec un retour par Les Grands Ambésis et St-Forget, un petit 25 km, sans forcer. Idéal !"

Dans la côte de St-Lambert, après le Carrefour du Roi de Rome, il a fallu éviter une cinquantaine de cyclistes, qui participaient à une course VTT de la ville de Chevreuse. Un petit groupe s'exerçait même au monocycle (VTT à une roue). Quelques jeunes filles débutantes hésitaient à descendre, car freiner dans la boue peut s'avérer problématique.

Un couple de randonneurs étaient devant nous à la sortie du RER de St Rémy-lès-Chevreuse. Nous les avons dépassé un peu avant Chevreuse, mais, après 3 km, nous les avons aperçu devant nous au Moulin de Fauveau. Nous les avons à nouveau dépassé, car ils sont allés visiter le site de l'ancienne Abbaye de Port Royal. Mais à nouveau, 3 km après, au lieu du déjeuner au Carrefour de la Minière, ils étaient devant nous.

Monsieur Moochagoo n'était pas loin de penser que nous avions affaire des êtres dotés de pouvoirs mystérieux. Je me moquais de lui en lui disant que nous étions loin de l'atmosphère du film "Le Projet Blair Witch". Après le déjeuner (et un petit rosé), nous ne les avons plus revu.

Belle journée !

Résumé : Le rosé bien frais doit être bu sans penser à rien de particulier.

"It’s pretty damned magnificent"

Dans le film qui passait dans l'avion, le héros disait à l'héroine : "It’s pretty damned magnificent". Mon intérêt tomba avec cette phrase, et je retirais mes oreillettes.

Je ne pouvais pas dormir comme Monsieur Moochagoo, qui avait fermé les yeux juste après avoir murmuré : "La vie, c'est comme nager dans un océan d'incertitudes". Je n'avais eu le temps de lui demander s'il pratiquait la brasse ou le crawl. Madame Snake somnolait sur trois sièges.

J'étais captivé depuis le départ du vol par un homme grand et corpulent, qui était assis sur un siège de la rangée voisine. Il avait réussi à caser son ventre avec difficulté et regardait fixement devant lui. Comme moi, il avait vu le début du film, mais avait coupé le son assez rapidement.
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A part le repas, qu'il avait englouti rapidement, il ne faisait rien. Je dormis par intermittence, regrettant de ne pouvoir dormir à plat ventre ou sur le côté gauche. A chaque fois que j'ouvrais un oeil, mon voisin semblait scruter un point invisible. J'eus été incapable, comme lui, de ne rien faire.

Les heures ont passé, j'ai fini pas m'intéresser au deuxième film, un comédie assez désolante, qui avait eu un grand succès. Quand on s'ennuie, après avoir lu un livre d'Yves Bonnefoy, "Rome 1630", un film médiocre vaut mieux que rien.

Une heure avant l'arrivée, mon voisin chaussa des lunettes avec des verres assez épais et jaunes, et fit ce qu'il savait le mieux faire, regarder fixement devant lui. Cinq minutes avant l'atterrissage, il s'endormit la tête en avant et se réveilla brusquement au moment du choc des roues sur la piste avec l'air de dire : "Où suis-je ?".

Lorsqu'il se leva, je m'aperçus qu'il devait faire dans les 1,90m pour 130kg, avec un torse massif et large. Une force de la nature, capable de ne rien faire pendant huit heures trente*.

Un beau vol !

* Depuis, j'ai imaginé que c'était un mathématicien qui faisait défiler les équations devant ses yeux, comme certains mathématiciens de haut niveau, qui se couchent et voient défiler les équations sur le plafond de leur chambre. En ce qui me concerne, voir une simple addition me demanderait déjà un effort quasi insurmontable.

Résumé : Monsieur Moochagoo avait oublié sa robe de chambre, mais tout ceci est de l'histoire ancienne.




Outre-Atlantique - dernier


Government Camp

un compteur pour votre site 09-09

5 octobre 2009

Monsieur Moochagoo se tenait debout, les deux pieds dans la neige, et regardait le Mont Hood, entièrement blanc. Je lui demandais pourquoi il restait les deux pieds dans la neige, alors que la chaussée était sèche et dégagée juste à côté de lui.

Il me répondit que la neige blanchissait ses états d'âme et que cela lui faisait du bien. Pour notre dernière journée nous étions venus jusqu'à "Government Camp", aux pieds du Mont Hood (un stratovolcan éteint de 3426m), 60 miles à l'Est de Portland (Orégon).

Je lui demandais avec circonspection s'il n'avait pas voulu plutôt dire refroidissait, au lieu de blanchissait. J'eus droit à un regard sévère et une réponse énigmatique : "Excellent ! Voilà qui pourrait se révéler un heureux substitut. Je reste convaincu que la chose la plus importante, c’est la réduction." Je songeais que nous n'étions qu'à 1000m d'altitude, et qu'il ne pouvait avoir l'ivresse des hauteurs.

Longtemps les propos de Monsieur Moochagoo m'ont paru très énigmatiques et il en résultait que son esprit ne pouvait être qu’une terra incognitaMaintenant, j'ai évolué, ses propos ne sont plus qu'énigmatiques.

Nous sommes redescendus déjeuner entre ZigZag et Rhododendron, deux localités sur la route 26. Le restaurant était tenu par une jeune femme imposante, originaire de Dubrovnik. La cuisine correcte, fut une bonne surprise.

Demain réveil à 6h30. Retour à Paris, via Dallas.

Belle journée !

Résumé : "Oh, je ne crois pas qu’il faille chercher une logique là-dedans".


Outre-Atlantique - 18

3 octobre 2009

ll faut bien rentrer..et retraverser l'Orégon d'Ontario à Portland (600km). Alors qu'il neigeait sur l'autoroute 84 depuis un bon quart d'heure, Monsieur Moochagoo avait "un état d'âme de camembert". Je m'interrogeais sur cette expression.

Je lui demandais à tout hasard, si c'était un état d'âme "coulant". Il me répondit : "Vous me connaissez, je suis tout sauf coulant". Il garda le silence, je n'étais pas plus avancé. A l'inverse, je demandais alors : "Alors, un état d'âme pasteurisé ?"

"Vous insinuez que mes états d'âme sont carrément insipides ?" dit-il, l'oeil noir. Ouh là, je gardais par devers moi une dernière question sur les états d'âmes de camembert aux asticots.

A ce sujet, certains amateurs affirment qu'il faut laisser l'asticot propre en suçant le camembert autour. Je vous laisse le soin d'en apprécier le bien-fondé gastronomique.

Mes pieds se refroidissaient. Le thermomètre de la voiture affichait 0°C, au dehors. Il neigeait de plus en plus. Heureusement la neige ne tenait pas, sinon nous aurions eu quelques problèmes.

L'actrice Shirley McLaine, bien connue pour ses croyances "New Age", affirme que lorsqu'on a froid, il faut penser à une journée où la chaleur était torride, et on se réchauffe immédiatement. Je pensais fermement à Yuma et à ses 42°C. Mais, à ce moment-là, Madame Snake demanda de monter le chauffage de la voiture. Peste, mon expérience tomba à l'eau. Ce sera pour une autre fois.

Une fois quittées les Montagnes Bleues, la neige s'arrêta de tomber brusquement. Au niveau de Pendleton, la route était sèche.

Belle journée !

Résumé d'un lecteur américain : " In some ways, about camembert, it leaves me with even more questions" (D'une certaine façon, après la lecture de ce billet, je me pose encore plus de questions sur le camembert).


Grosses rafales de neige "mouillée".


Après la neige, les éoliennes. On remarquera l'authentique casquette de la Légion Etrangère de Madame Snake, sans laquelle un voyage n'est pas un voyage.




Outre-Atlantique - 17

[Un journée sans internet]

30 septembre - 1er Octobre 2009




Nous étions à Wells au Nord du Nevada, vers dix heures du matin et j'étais songeur. Je n'étais pas songeur devant l'enseigne de McDonald où nous n'avions jamais déjeuné, malgré les demandes pressantes de Madame Snake. Je n'étais pas songeur devant le prix de l'essence : 2.69$ pour 1 gallon d'essence sans plomb (1,90 euros pour 3,785 litres)* ; ce qui reste très inférieur aux prix européens. Enfin je n'étais pas songeur devant le nom de l'entreprise de distribution d'essence : "Love's".

J'étais songeur devant cet arbrisseau couvert de glace, alors qu'à peine une dizaine de jours auparavant nous étions à Yuma, avec 42°C de chaleur. A peine deux jours avant nous remontions vers le nord de l'Arizona par un vent très fort qui soulevait au fond de chaque canyon des nuages de poussière et de sable de plusieurs centaines de mètres de hauteur.

Quand les bourrasques de sable passent au dessus de la route, la seule solution est de "s'accrocher" au camion qui est devant, et de suivre ses feux arrières.


La photo ne rend pas bien les bourrasques de sable.

Et subitement, en passant dans l'Utah, le vent s'était calmé, mais une poche de froid centrée sur le Colorado, avait déposé de la neige au dessus de 2000m sur les montagnes à l'est de l'axe Cedar City - Salt Lake City.

La chaleur était revenue en parcourant l'autoroute 80, toute droite sur 100 miles, entre Salt Lake City et Wendover**. Cette autoroute est construite sur le Lac Salé. Le miroitement de la chaussée, se mêle au miroitement des nappes de sel, et seuls les minces bas côtés indiquent la route à suivre.

Et, ce 2 octobre au matin, j'étais là, à contempler cet arbrisseau gelé, songeur.

Résumé : A cause du froid, Madame Snake ne met plus ses chaussures Croc, mais des baskets.

* Au Nouveau Mexique, on trouve l'essence la moins chère : 2,29$ pour 1 gallon.
** A Wendover, il y a des casinos, au milieu littéralement de nulle part. Nous y avons couché. Madame Snake a gagné 60$. Monsieur Moochagoo a essayé une nouvelle martingale qui lui a fait perdre 47$. J'ai surveillé Madame Snake pour qu'elle ne reperde pas ce qu'elle avait gagné.


Autoroute 80. Là aussi la photo ne rend pas du tout les miroitements.

Outre-Atlantique - 16

27 septembre 2009

"Vous ne trouvez pas que ça sent très mauvais dans cette voiture ?" En conduisant, Madame Snake s'interrogeait sur l'origine de cette déplaisante impression olfactive. Monsieur Moochagoo et moi avions pris une douche ce matin, comme tous les matins. Je regardais la route et aperçu une carcasse de chien à l'origine de cette puanteur de charogne. Il ne restait plus que la tête et les pattes de devant, une partie des côtes et de la peau.

"Vraiment, les corbeaux ne font pas leur boulot !" Madame Snake voyait dans les malheureux corbeaux des auxiliaires naturels et obligés des services de nettoyages de la voie publique. En plein pays Navajo, à des lieux d'un site urbanisé, je doutais qu'on se soucia des chiens écrasés sur les bas-côtés de la route 191 (Arizona).

Nous venions d'éviter un cheval somnolant, et une vache placide qui désirait brouter de l'autre côté de la route. Seuls les écureuils, plus rapides, ne représentaient aucun danger. Il y a quelques jours, Madame Snake fût à deux doigts d'écraser un petit lapin assis sur un cattle guard (grille à même la route empêchant le bétail de passer). Il plongea in extremis entre les barreaux. Madame Snake, très sensible à la mort par écrasement des petits lapins, s'en était remise avec difficulté.

Les tremblements de l'air sur l'asphalte étaient parfois troublés par des "dust devils", de puissants tourbillons de sable dont il vaut mieux s'éloigner. A un moment un tourbillon invisible fit monter à vingt mètres de hauteur ces plantes en boules, que l'on voit rouler dans les westerns. Un des boules retomba près de la voiture et rebondit au loin.

Les rares nuages prenaient des formes étranges, rien que pour énerver Monsieur Moochagoo.

Une journée ordinaire.

Résumé : Un nuage en forme de vaisseau de Star Trek, voilà qui est troublant.





Wild West - 3 (Outre-Atlantique - 15)

Monsieur Moochagoo était sur le plancher du saloon en train d'étrangler "Stumpy" Brennan. Celui-ci bleuissait à vue d'oeil. Je m'approchais en évitant une chaise volante, et lui dis : "Ne le tuez pas tout à fait, on va avoir des ennuis avec le sherif d'Albuquerque".

Monsieur Moochagoo prit une poêle qui traînait par terre et assomma Stumpy d'un bon coup. Celui-ci recommença à respirer, quoique évanoui.

Je vis comme au ralenti arriver une pinte de bière avec sa mousse. Je l'évitais en souplesse et elle atterrit sur Rafael Garcia de Oaxaca, qui s'écroula la tête dans le crachoir en cuivre. Il aurait pu trouver mieux. Franchement, c'est dégoûtant.

Nous avions enfin atteint Albuquerque, et Madame Snake avait vendu le chargement de bourbon au meilleur prix. Monsieur Moochagoo et moi étions allés nous laver, parce que soi-disant nous sentions comme des putois. Les gens sont méchants. C'est vrai que l'eau du bain était couleur café. Ce qui m'embêtait le plus, c'est que pendant une semaine j'allais sentir bon, j'ai horreur de ça.

Nous étions allés fêter "entre hommes" la fin du voyage, au Tanglefoot. Au troisième verre, Monsieur Moochagoo avait été traité de "pied-tendre" par Wild Bill, un cow-boy de deux mètres de haut (avec les bottes). J'aurais dû l'emmener voir ces dames, car c'est là que la bagarre a commencé et qu'elle s'est généralisée.

Wild Bill s'était retrouvé sur la table de poker, et les joueurs, dont Stumpy, s'étaient attaqués à tout le monde. J'avais fais un croche-pied à Stumpy et Monsieur Moochagoo avait commencé à l'étrangler.

Rien de tel qu'une bonne bagarre ! Malheureusement on a dû arrêter parce que Madame Snake est entrée avec mon fusil, a tiré un coup dans le plafond, suivie par le Sherif Harley Thorne, l'oeil bleu glacial sous son Stenson.

On a fini la nuit derrière les barreaux. Monsieur Moochagoo et Stumpy sont devenus grands copains (il avait gardé une petite flasque de bourbon). Au matin ils se sont quittés en se disant : "A la prochaine bagarre !"


Belle bagarre !

Résumé : Un billet en forme de bourrage de crâne.



Outre-Atlantique - 14

[Trois jours sans internet]

22 septembre 2OO9

"Vous ne trouvez pas que ce nuage tout en longueur, juste au dessus de nos têtes, a un air bizarre ?"

Monsieur Moochagoo me fit lever la tête. Il y avait bien, juste au dessus de nous, un seul nuage dans le ciel, qui devait faire vingt km de long sur un km de large environ.


"Non, je ne le trouve pas bizarre, mais je n'ai pas les connaissances d'un météorologue. Je vous vois venir, et je pense que c'est un peu grand pour un OVNI", répondis-je. Monsieur Moochagoo persista : "C'est pourtant bizarre", avec son air mystérieux. Quand il prend son air mystérieux, je n'insiste pas.

Nous étions au milieu des vingt-sept paraboles du NRAO Very Large Array, au Centre de Radioastronomie, à l'ouest de Socorro au Nouveau Mexique. Chaque parabole fait vingt-neuf mètre de haut, pour vingt-cinq mètre de diamètre. Ces paraboles se déplacent sur des voies en "Y", sur vingt-deux km. Être aux pieds d'un parabole est des plus fascinant, avec ou sans nuage bizarre..

Madame Snake était très déçue, car elle avait imaginé voir au moins un extraterrestre, "dans le genre de E.T." Je me frappais le front. Bien sûr, j'aurais dû penser à en faire venir un. La radioastronomie a des effets curieux sur le psychisme des gens.

En rentrant sur le circuit pédestre réservé aux visiteurs, Monsieur Moochagoo me montra l'ombre d'une parabole : "Regardez, l'ombre de la parabole ne colle pas réellement avec la direction du soleil, vous ne trouvez pas cela curieux ?"

Je regardais l'ombre attentivement et lui dis : "Ces paraboles sont énormes, comment voulez-vous estimer au juger, la forme que doit prendre leur ombre ?"

Aux toilettes, je me suis retrouvé avec des motards de fort bonne humeur. Ils étaient habillés dans le style "Harley bikers", et sans état d'âme particulier. Ils sont repartis sur leurs motos de type cruiser à grosse cylindrée, ravis de leur visite.

Belle journée !

Résumé : Les extra-terrestres ne devraient pas tarder.






Wild west - 2 (Outre-Atlantique - 13)

Monsieur Moochagoo venait de perdre son vaste chapeau, transpercé par un flèche, et planté dans le bois de notre chariot au dessus nous. Il alla le rechercher, désolé de voir qu'il y avait deux trous. Il marmonna en espagnol : "Que barbaridad !" et cracha au moins à un mètre, un jus jaunâtre.

Je lui dis bravo pour le crachas, et je lui conseillais de se coucher vite fait. La chance allait tourner et la prochaine flèche pourrait lui entrer dans l'oeil. Il convint que sa vision en serait diminuée. J'ajoutais : "Sans compter la dépense d'un bandeau !".

Nous étions partis de Las Cruces au Nouveau Mexique avec un convoi protégé par des hommes armés, pour aller livrer un chariot de bourbon à Albuquerque. Le long du Camino Real, les attaques apaches sont fréquentes. Ils surgissent des buttes ou "acomilla" de San Acacia, et dépouillent les voyageurs après les avoir occis.

L'attaque avait eu lieu vers 16h, et nous avions mis les chariots en rond. Nous nous sommes réfugiés sous le chariot avec des sacs. Madame Snake m'avait encore fauché mon fusil. Je n'avais plus que mon Smith & Wesson "Modèle 3" et une grande pelle pour me protéger le visage. Elle avait fait "dong" plusieurs fois.

Monsieur Moochagoo avait ricané : "Vous sonnez le repas, c'est pourtant pas le moment, Madame Snake n'a rien préparé !".

Un des chariot était en feu et Madame Snake craignait pour son bourbon. Elle avait déjà abattu trois chevaux et estourbi un jeune indien d'un coup de crosse. Elle l'avait fait repartir en lui disant en apache (elle été élevée par une indienne) : "Je ne tue pas les papooses, retourne dans les jupes de ta mère, salopiot !"

Un de nos accompagnateurs Scotty Toller, un ancien sergent, n'ira pas plus loin, avec cette flèche en travers de la gorge. C'est dommage, on avait bien rigolé le soir précédent en buvant du bourbon. Le vieux Glyn McLyntocK ne jouera plus du banjo, il a été piétiné par les mules du charriot en feu. Lui qui n'aimait pas les temps morts lorsqu'on vidait des verres de tord-boyaux, il a été servi.

Tout d'un coup, le combat s'est arrêté et un apache, qui semblait être le chef - est venu avec un chiffon blanc. Il voulait discuter avec Madame Snake. J'ai dis "Ouh là, il la connaît pas". Monsieur Moochagoo a répondu : "Le pauvre, une cruelle épreuve", en crachant sur ma botte. J'en ai profité pour la nettoyer avec mon mouchoir.

Madame Snake est revenue une heure plus tard, mon fusil sous le bras. Elle a dit sobrement: "On a discuté. On laisse un caisse de piments séchés qu'on devait vendre avec le bourbon. J'ai donné encore un torgnole au jeune papoose, avec la permission de Juh, le chef apache. Et voilà, on repart !"

Et on est reparti. Belle journée a dit Monsieur Moochagoo !

Résumé : Des moments sublimes et d'autres plus dépouillés.



 
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